‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 166 sur 191 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

faible pour les alarmer , et qu'ils croyaient pouvoir arréter facilement dès qu'ils en auraient le loisir.

Ce concours de circonstances laissa à Pizarre la facilité de pousser ses opérations presque sans obstacles et d'arriver jusqu'au centre de l'empire avant qu’on eût fait un seul effort pour l'arrêter dans sa marche. Les Espagnols, en s’avançant, apprirent quelque chose de la division qui partageait le royaume; mais ils n’en furent bien instruits que par des envoyés d’Huascar à Pizarre, à qui ce prince demanda du secours contre Atahualpa, comme contre un rebelle et un usurpateur. Pizarre comprit d’abord l'importance de cette ouverture, et prévit si nettement tous lés avantages qu'il pouvait retirer de la guerre civile qui divisait le royaume, que, sans attendre le renfort qui lui arrivait de Panama, il se détermina à s’avancer pendant que la discorde intérieure mettait les Péruviens dans l'impossibilité de l’attaquer avec toutes leurs forces, espérant lui-même qu’en prenant la défense de l’un des compétiteurs selon les circonstances, il pourrait plus aisément les opprimer tous les deux.

Comme il était obligé de partager ses troupes et de laisser à Saint-Michel une garnison suffisante pour défendre cette place, qui devait lui servir de retraite en cas d'événement et de port où il pût recevoir les secours qu’il attendait de Panama, il commença sa marche avec une troupe peu considérable et en assez mauvais état. Elle consistait en soixante-deux cavaliers et cent deux fantassins, dont vingt étaient armés d'arquebuses et trois de mousquets. Il dirigea sa route sur Caxamalca, petite ville à douze journées de distance de Saint-Michel, et où Atahualpa était campé avec une grande partie de ses troupes. Il n'avait fait encore que peu de chemin, lors-

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qu'un officier, dépéché par l'Inca, vint à sa rencontre avec un riche présent de ce prince qui lui offrait son amitié, et le faisait assurer qu’il serait bien reçu à Caxamalca. Pizarre, employant l'artifice déjà mis en usage par ses compatriotes en Amérique, se donna pour l’ambassadeur d'un prince puissant, et déclara qu'il s'avançait avec l'intention d'offrir à Atahualpa son secours contre les ennemis qui lui disputaient le trône.

Les Péruviens, ne pouvant se faire aucune idée du véritable objet que les Espagnols avaient en vue en entrant dans leur pays, s'épuisaient en conjectures. Devaient-ils regarder ces étrangers comme des êtres d’une pature supérieure, qui venaient à eux pour leur faire du bien ou pour punir leurs crimes, ou bien comme des ennefnis de leur repos et de leur liberté? Les protestations des Espagnols, qui ne cessaient de dire qu'ils étaient venus apporter aux Péruviens la connaissance de la vérité et les conduire dans le chemin du bonheur, donnaient quelque vraisemblance à leur première opinion; mais ils étaient rejetés dans la seconde par les violences, la rapacité et la cruauté de ces terribles hôtes.

Dans cette incertitude, la déclaration que Pizarre fit de

ses intentions pacifiques dissipa les craintes de l’Inca, et le détermina à recevoir les Espagnols en amis. En conséquence, on les laissa traverser paisiblement un désert sablonneux entre Saint-Michel et Motupé, où le plus petit effort d’un ennemi, joint à la détresse où ils se trouvaient en traversant un si mauvais pays, leur aurait été fatal. De Motupé, ils s’avancèrent vers les montagnes qui environnent la partie basse du Pérou, et passèrent par un défilé si étroit et si inaccessible qu’un petit nombre d'hommes aurait pu le défendre contre une ar-

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