LIVRE QUATRIÈME
mée nombreuse. Mais là encore , par l’imprudente crédulité de Inca, ils ne rencuntrèrent aucun obstacle, et prirent tranquillement possession d'un fort construit pour défendre ce passage important. A leur approche, Atahualpa leur fit renouveler les assurances de son amitié, et leur en donna des gages en leur envoyant des présents plus riches encore que les premiers.
A son entrée dans Caxamalea, Pizarre prit possession d'une grande cour oy place, dont un des côtés était formé par une maison que les historiens espagnols appellent le palais de l’Inca et l’autre par un temple du soleil, prineipale divinité des Mexicains, le tout environné d'un fort rempart de terre. Après avoir établi ses troupes dans ce poste avantageux, il dépécha Fernand Soto et son frère Ferdinand au camp d’Atahualpa éloigné de la ville d’environ une lieue. Ils étaient chargés de confirmer les assurances que Pizarre avait déjà données de ses dispositions pacifiques, et de demander une entrevue avec l’Inca , afin de lui expliquer plus au long les intentions que les Espagnols avaient eues en venant dans son pays. Ils furent reçus avec toutes les attentions de l'hospitalité que les Péruviens eussent pu employer à l'égard de leurs meilleurs amis, et Atahualpa leur promit qu'il irait, dès le lendemain, les visiter dans leur quartier. Le maintien décent du monarque , l'ordre qui régnait à sa cour, le respect avec lequel ses sujets approchaient de sa personne et exécutaient ses ordres étonnèrent les Espagnols, qui n’ayaient encore rien vu en Amérique au-dessus des petits caciques de quelques tribus sauvages. Mais leurs regards s’attachérent bien davantage sur les immenses richesses étalées avec profusion dans le camp du monarque. Les ornements que portaient sur leurs personnes }’Inca et les
gens de sa suite , les vases d’or et d'argent dans lesquels le repas qu’on leur donna fut servi, la multitude d’ustensiles de toute espéce , faits de ces précieux métaux, furent pour eux un spectacle qui surpassait toutes les idées d’opulence que pouvait se former un Européen du seizième siècle.
A leur retour à Caxamalca , l'imagination encore échauffée du spectacle dont ils avaient été témoins, et leur cupidité s’excitant de plus en plus, ils firent à leurs compagnons une description si séduisante de ce qu'ils avaient vu, que Pizarre se confirma dans la résolution qu'il avait déja prise. Il savait par les observations qu’il avait faites sur les mœurs des peuples du Nouveau-Monde , aussi bien que par l'exemple de Cortés , de quelle conséquence il pouvait être pour lui de se saisir de la personne de l’Inca. Pour en venir à bout, il forma un plan qui demandait autant d’audace que de perfidie. Au mépris du caractère qu'il avait revêtu en s'annonçant comme l’ambassadeur d’un grand monarque qui recherchait l'alliance de l’Inca ; au mépris des assurances répétées d'amitié qu’il lui avait données, et des offres de service qu’il lui avait faites, il résolut de se prévaloir de la simplicité confiante avec laquelle Atahualpa comptait sur ces protestations, et de s'emparer de la personne de ce prince dans l’entrevue à laquelle il l’avait invité. Il prépara l'exécution de son plan aussi froidement et avec aussi peu de scrupule que si cette trahison n'eût pas dû faire un jour sa honte et celle de son pays. Il divisa sa cavalerie en trois petits escadrons sous le commandement de Ferdinand son frère, de Soto et de Benalcazar. Il ne fit qu’un corps de son infanterie; seulement il garda près de sa personne vingt de ses plus déterminés soldats pour le seconder dans la pé-
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