LIVRE PREMIER
bonheur des hommes. ei qui justifiait la devise qu’il avait prise pour désigner la seule ambition de son âme : Le désir de faire le bien.
L'effet de sa première tentative ne fut pas d’une grande importance; c'est le sort de toute entreprise nouvelle. Il équipa un seul vaisseau doat il donna le commandement à Jean Gonsales Zarco et à Tristan Vaz, deux gentilshommes de sa maison, qui s’offrirent volontairement à diriger l'expédition : il leur recommanda d'employer tous leurs efforts pour doubler le cap Bojador, et de gouverner de là vers le sud. Fidèles à la manière de naviguer généralement adoptée, ils firent route en longeant la côte, et en suivant cette direction ils durent rencontrer des difficultés presque insurmontables pour doubler le cap; mais la fortune vint au secours de leur inexpérience et empécha leur voyage d’être entièrement infructueux. Un coup de vent qui s'éleva tout à coup les jeta en pleine mer, et tandis qu’ils s’attendaient à tout moment à périr, ils touchérent à une île inconnue qu'ils nommèrent Porto- Santo en mémoire de l’heureuse délivrance du danger qu’ils venaient de courir. Dans l’état où était la navigation , la découverte de cette petite île parut une affaire si importante qu'ils retournèrent sur-le-champ en Portugal pour en porter la nouvelle à Henri, de qui ils reçurent les applaudissements et les distinctions que méritait une expédition heureuse. L’ardeur avec laquelle ce prince suivait son objet favori lui fit trouver dans ce petit succès les motifs les plus encourageants pour en espérer de plus considérables et pour faire de nouveaux efforts. L'année suivante Henri équipa trois vaisseaux sous le commandement des mêmes ofliciers auxquels il associa Barthélemi Perestrello , et il leur ordonna de prendre possession de
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Vile qu’ils avaient découverte. A peine commencaient-ils à s'établir à Porto-Santo qu'ils observérent à l'horizon vers le sud une espèce de tache fixe semblable à un petit nuage noir. Ils parvinrent peu à peu à conjecturer que ce pouvait bien être une terre; ils se remirent en mer pour s’en assurer, et ils arrivèrent à une grande ile, inhabitée et couverte de bois, à laquelle ils donnèrent par cette raison le nom de Madeira. Comme le principal objet de Henri était de rendre ses découvertes utiles à sa nation, il équipa sur-le-champ une flotte pour aller établir une colonie portugaise dans ces deux îles. Il eut soin d’y faire porter les semences, les plantes et les animaux domes‘iques communs en Europe; mais comme il prévit que la chaleur du climat et la fertilité du sol ne pouvaient manquer d'être favorables à d’autres productions, il se procura des plants de vigne de l’île de Chypre dont les vins étaient alors très-renommés, et des cannes à sucre qu'il tira de Sicile où l’on en avait introduit depuis peu. Ces précieux végétaux prospérèrent rapidement dans les deux nouvelles iles ; on ne tarda pas à reconnaître les grands avantages de leur culture; et le sucre et le vin de Madère devinrent bientôt les articles considérables du commerce du Portugal.
Dès qu’on eut commencé à sentir les avantages qui résultaient de ee premier établissement pour les parties occidentales de l’Europe, l'esprit de découverte parut moins chimérique et augmenta d’audace et d'activité. Les Portugais, en continuant leurs voyages à Madère, s'étaient accoutumés par degrés à une navigation plus hardie, et au lieu de se trainer timidement le long de la côte, ils ne craignirent pas de se lancer en pleine mer. Gilianez, qui commandait un des vaisseaux du prince
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