LIVRE DEUXIEME
lui, la sonde et tous les autres instruments d'observation étaient sans cesse entre ses mains. D’après l'exemple des navigateurs portugais, il était attentif au mouvement des marées , à la direction des courants , au vol des oiseaux ; il observait les poissons, les plantes marines et tous les corps flottants sur la mer, et il recueillait dans un journal toutes ses remarques avec une exactitude scrupuleuse. Ses équipages, accoutumés seulement à des voyages trèscourts, ne pouvaient manquer de s'effrayer à mesure qu'ils s’éloignaient davantage des "res. Colomb s’efforça de leur cacher une partie du emin qu'ils faisaient. Dans cette vue, quoique le deuxième jour après leur départ de Gomera ils eussent fait dix-huit lieues, Colomb ne leur en compta que quinze et employa constamment le même artifice. Le 14 septembre la petite flotte se trouvait à plus de deux cents lieues à l'ouest des îles Canaries, plus loin de terre qu'aucun vaisseau espagnol n'avait été jusqu'alors. Là nos navigateurs furent frappés d’un phénomène aussi étonnant que nouveau pour eux. L’aiguille aimantée ne se dirigeait plus exactement à l'étoile polaire, mais à un degré plus ouest : différence qui croissait à mesure qu'ils avançaient. Cet effet, aujourd’hui familier, quoique sa cause soit demeurée parmi les mystères de la nature que l’homme n'a pas encore expliqués, remplit de terreur les compagnons de Colomb. Ils se voyaient perdus dans un océan inconnu et sans bornes , loin de toutes les routes fréquentées. Là les lois de la nature semblaient s’altérer , et le seul guide qu’elle leur eût donné allait leur manquer tout à fait. Colomb, avec autant de présence d'esprit que d'adresse, inventa sur-le-champ une explication de ce phénomène, qui, sans le contenter lui-même, parut si plausible à
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