‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 58 sur 191 · LIVRE DEUXIÈME. ant · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. ant

chaient les premiers. Leur teint, leur physionomie, la singularité de toute leur personne, les faisaient regarder comme des hommes d’une espèce nouvelle. Après eux on portait les ornements d'or façonnés par l’art grossier de ces peuples; les grains d’or trouvés dans les montagnes et la poudre du même métal recueillie dans les rivières ; enfin les différentes productions de ces pays nouveaux. Colomb fermait la marche et attirait tous les yeux. On contemplait avec admiration cet homme extraordinaire dont le génie et le courage avaient conduit les Espagnols, à travers des mers inconnues, à la découverte d'un monde nouveau. Ferdinand et Isabelle le reçurent, assis sur leur trône, vêtus de tous les ornements royaux et placés sous un dais magnifique. A son approche ils se levèrent. et ne permettant pas qu'il se mit à genoux pour leur baiser la main, ils lui ordonnèrent de s'asseoir sur un siége préparé pour lui, et de leur faire le récit de son voyage : ce qu'il fit avec une gravité également convenable au caractère de la nation espagnole et à la dignité de l’assemblée et en même temps avec la modeste simplicité d’un esprit supérieur qui, content d’avoir exécuté de grandes choses, ne cherche pas à les relever par une vaine ostentation. Lorsqu'il eut fini sa narration, le roi et la reine se mirent à genoux pour rendre grâces à Dieu d’une découverte dont ils espéraient recueillir pour leurs royaumes les plus grands avantages. Ils donnèrent à Colomb les marques les plus éclatantes de la reconnaissance et de admiration que leur inspiraient son courage et ses travaux. Il fut confirmé, lui et ses héritiers, par des lettres patentes, dans tous les priviléges stipulés dans le traité de Santa Fé. Sa famille fut anoblie. Le roi, la reine, et, à leur exemple, tous les courtisans le traitèrent en toute

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occasion avec les égards réservés aux personnes du plus haut rang. Mais ce qui salisfit, plus que toutes ces faveurs, cet esprit actif et entreprenant, toujours occupé de grands objets, ce fut l'ordre d’équiper promptement une flotte avec laquelle il pit non-seulement s'assurer la possession des pays qu’il avait déjà découverts, mais aller encore à la recherche des contrées plus riches qu'il se flattait toujours de découvrir.

Tandis que ces préparatifs se faisaient, le bruit de l'expédition et des découvertes de Colomb se répandait et attirait l'attention de toute l’Europe. La multitude, frappée d’étonnement en entendant dire qu’on avait découvert un nouveau monde, ne pouvait croire une chose si fort au dela de la sphére des idées communes. Les hommes instruits, capables de concevoir toute l’importance de ce grand événement et d'en prévoir les suites, l’apprirent avec des transports d’admiration et de joie. Ils en parlaient avec ravissement ; ils se félicitaient les uns les autres d'avoir vécu dans un siècle où cette grande découverte reculait les bornes des connaissances, ouvrait au genre humain une moisson nouvelle de recherches et d'observations, et fournissait désormais à l’homme un moyen de connaître parfaitement la structure et les productions du globe qu’il habite. Les opinions se partagèrent, et l’on forma différentes conjectures sur les pays nouvellement découverts ; on demandait à quelle division de la terre ils appartenaient. Colomb soutenait toujours sa première idée, et voulait qu'on les regardat comme une portion de ces vastes régions de l'Asie comprises alors sous le nom général d’/nde. Ce sentiment était confirmé par ses observations sur les productions de ces pays. L'or abondait dans l'Inde, et il avait rapporté des

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