LIVRE DEUXIÈME
guèrent dans cette carrière avaient été tous formés sous lui et devaient à ses lecons les connaissances et l’habileté qui les mettaient en état de suivre ses traces. Alonzo Nigno , qui avait servi sous l'amiral dans sa dernière expédition, se joignit à Christophe Guerra, marchand de Séville, pour équiper un seul vaisseau, avec lequel il alla à la côte de Paria. Ce voyage semble avoir eu plutôt pour but un commerce lucratif qu'un intérêt" ‘ral et important à la nation. Nigno et Guerra ne “rent cune découverte intéressante, mais ils rapportèrent en Europe une assez grande quantité d’or et de perles pour exciter dans leurs compatriotes le désir de faire des entreprises semblables. Peu de temps après , Vincent Yanez Pinson , un des compagnons de Colomb dans son premier voyage, partit de Palos avec quatre vaisseaux. Il fit voile droit au sud et fut le premier Espagnol qui se hasarda à passer la ligne. Il ne parait pas avoir pris terre en aucun endroit de la côte de l’Amérique par delà l'embouchure du Maragnon, appelé autrement la rivière des Amazones. Tous ces navigateurs adoptaient la fausse théorie de Colomb et croyaient que les pays découverts étaient une partie du grand continent de l'Inde.
Dans le cours de cette première année du seizième siècle, le Brésil, cette belle partie de l'Amérique dont Pinson s'était approché de si près saps y toucher, fut enticrement découvert. Le succès du voyage de Gama aux Indes orientales avant encouragé le roi de Portugal à armer une flotte assez puissante non-seulement pour ouvrir un commerce avec ces riches contrées, mais pour y tenter quelque conquête, il en donna le commandement à Pedro Alvarès Cabral. Celui-ci, voulant s'éloigner de la côte d'Afrique pour éviter des vents de terre variables
ou des calmes fréquents, porta au large et s’avança si fort à l’ouest qu’à sa grande surprise il trouva une terre sit"ée sous le dixième degré au delà de la ligne. Il imagina d’abord que c'était quelque île de l'océan Atlantique jusqu’alors inconnue, mais, en suivant les côtes pendant plusieurs jours, il fut conduit à croire qu'un pays si étendu faisait partie de quelque grand continent, et cette conjecture se trouva juste. Cette terre était la partie de l'Amérique méridionale connue aujourd'hui sous le nom de Brésil. Il y toucha; et, s'étant formé une idée trésavantageuse de la fertilité du sol et de la beauté du climat, il en prit possession au nom du Portugal et dépécha un vaisseau à Lisbonne pour y porter la nouvelle de cet événement, aussi intéressant qu’inattendu. La découverte du Nouveau-Monde par Colomb avait été le fruit d’un génie actif, éclairé par la théorie et guidé par l’expérience, suivant un"plan régulier et l’exécutant avec autant de courage que de persévérance ; mais l'aventure des F rtugais nous montre que le hasard seul aurait pu ame. 2r ce grand événement dont l'esprit humain se glorifie aujourd’hui comme de son ouvrage. Si la sagacité de Colomb ne nous avait pas fait connaître l'Amérique, quelques années plus tard un heureux hasard nous y aurait conduits.
Pendant que l'Espagne et le Portugal faisaient ainsi des progrès dans la gonnaissance de cette vaste portion du globe où Colomb avait porté leurs pas, lui-même, loin de jouir des honneurs et de la tranquillité que méritaient de si grands services, avait à combattre tous les obstacles et à dévorer tous les dégoûts que pouvaient lui susciter l'envie et la malveillance des gens qui étaient sous ses ordres et l’ingratitude de la cour qu'il servait. L’accommodement fait avec Roldan avait à la vérité désuni et af-