‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 90 sur 191 · LIVRE DEUXIÈME. A · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. A

liberté le chef des mutins, que Colomb avait amené dans les fers pour le faire juger pour ses crimes, et menaça tous ceux qui avaient défendu le parti de l’amiral de rechercher leur conduite. Colomb se soumit en silence à ce qu'il ne pouvait empêcher ; mais il montra une extréme impatience de quitter un pays où commandait un homme qui l'avait traité en toute occasion avec tant d’injustice et d'inhumanité. Ses préparatifs furent bientôt faits, et il mit à la voile pour l'Espagne avec deux vaisseaux. Le malheur, qui avait accompagné sa vie, continua de le p “rsuivre jusqu’à la fin de sa carrière. Un de ses vaisseaux fut obligé de revenir à Saint-Domingue, ne pouvant plus tenir la mer : l’autre, battu par de violentes tempêtes, fit sept cents lieues avec des vergues pour mats, et gagna avec beaucoup de difficulté le port de Saint-Lucar. Colomb y recut en arrivant la nouvelle de l'événement le plus facheux qu'il pit craindre. Isabelle venait de mourir, et avec elle il perdait la dernière ressource qu'il avait espéré de trouver dans sa justice , son humanité et sa bienveillance. Il ne restait plus personne qui pit réparer les injustices qu'on lui avait faites, le récompenser de ses services et le dédommager de ses souffrances. Ferdinand l’avait toujours traversé, et avait été souvent injuste envers lui. Des scllicitations auprès d'un prince si prévenu devenaient pour lui aussi désagréables qu’inutiles. C'était pourtant dans cette triste occupation que Colomb était destiné à consumer le reste de ses jours. Aussitôt que sa santé put le lui permettre, il alla à la cour. Ferdinand le reçut avec une politesse froide. Colomb lui présenta requête sur requête pour obtenir la punition de ses oppresseurs et la restitution de tous les priviléges qui lui étaient promis par le traité

de 1492. Ferdinand l’'amusa de belles paroles : il employa toutes sortes d'artifices pour éluder ses demandes et laissa voir clairement l’intention où il était de ne jamais terminer cette affaire. La santé affaiblie de Colomb flattait Ferdinand de l'espérance qu'il serait bientôt délivré de ce solliciteur importun, et le’soutenait dans l’exécution de son injuste plan de délai. Il ne fut pas trompé dans son attente. Le cœur navré de l’ingratitude d’un monarque qu'il avait servi avec tant de fidélité et de succès, épuisé par les fatigues et les chagrins qu'il avait essuyés, et affaibli par les infirmités qui étaient le fruit de ses travaux , Colomb finit sa vie à Valladolid , le 26 de mai 1506, dans la cinquante-neuvième année de ‘son age. Il mourut avec la fermeté qui avait toujours distingué son caractère, et avec les sentiments de religion qu'il avait montrés dans toutes les circonstances de sa vie.

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