LIVRE TROISIÈME
Conquête du Mexique par Fernand Cortès.
Fernand Cortès était né en 1485, à Médelin, petite ville de l’Estramadure, d’une famille noble, mais peu riche. Il avait été destiné d’abord à l'étude des lois, carrière qu'on croyait propre à le conduire à la fortune, et il fut envoyé à Salamanque, où il prit quelque teinture de savoir. Mais il se dégoûta bientôt de la vie académique. qui ne convenait pas à son génie ardent et inquiet, et se retira à Médelin, où il s’adonna tout entier à la chasse et aux exercices militaires. Il se montra si impétueux, si dissipé, si emporté, que, pour satisfaire l’inclination qui le portait au métier de la guerre, son père consentit à l'envoyer hors de sa patrie en qualité de volontaire dans quelqu’une des armées espagnoles. Cette nation avait alors deux théâtres sur lesquels les jeunes gens qui cherchaient à se distinguer pouvaient déployer leur valeur : l’un était l'Italie, où commandait Gonsalve de Cordoue, l'autre était le Nouveau-Monde. Cortès choisit le premier, mais une maladie l’empécha de s’embarquer avec un corps de troupes qu’on envoyait à Naples. Ce contre-temps lui fit tourner ses vues du côté de l'Amérique, où il était d’atileurs attiré par l'espérance d’être protégé par Ovando, gouverneur d’Hispaniola et son parent (98). A son arrivée à Saint-Domingue, en 1504, il fut accueilli comme il s’y était attendu, et le gouverneur l’employa dans plusieurs places honorables et lucratives; mais c'était peu pour son ambition. En 1514, sous le gouvernement de Diego
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Colomb, fils de Christophe Colomb et qui avait succédé à Ovando comme gouverneur d’Hispaniola, il sollicita la permission d’accompagner Diego Velasquez, envoyé par Diego Colomb pour s'emparer de. Vile de Cuba. Il se distingua tellement dans cette expidition que, malgré quelques disputes violentes avec Velasquez, occasionnées par des causes trop peu im. »ortantes pour que nous en occupions nos lecteurs, il obtint enfin ses bonnes grâces et une ample concession de terres et d’Indiens, sorte de récompense qu'on accordait alors ordinairement aux aventuriers du Nouveau-Monde.
Quoique Cortés n’eût pas jusque-là commandé en chef, les qualités qu'il avait montrées en différentes occasions difficiles donnaï:nt les plus grandes espérances et tournaient vers lui tous les yeux de ses compatriotes comme sur un homme capable des plus grandes choses. L’ardeur de la jeunesse, en trouvant des objets et des occupations propres à l'exercer, s'était calmée par degrés et s'était changée en une activité infatigable. L'impétuosité de son caractère, contenue par la discipline et adoucie par le commerce de ses égaux, n’était plus que la male franchise d’un soldat. Ces qualités étaient accompagnées d’une prudence calme dans ses plans, d'une vigueur soutenue dans l'exécution, et, ce qui est le caractère des génies supérieurs, de l’art de gagner la confiance et de gouverner l'esprit des hommes. Il joignait enfin à tout cela les dons de la nature qui frappent le vulgaire et attirent le respect, une figure agréable , une adresse extraordinaire dans les exercices militaires et une constitution robuste, capable de soutenir les plus grandes fatigues.
Velasquez, devenu gouverneur de Cuba, cherchait depuis longtemps un homme doué du talent de commander