LIVRE TROISIÈME
plus timides furent épouvantés et firent des objections. Les plus éclairés et les plus hardis, persuadés que c'était le seul moyen qui pût les tirer du danger qui les menaçait, l'approuvèrent hautement et entraînèrent leurs compagnons, de manière qu'on convint d'en tenter surle-champ l'exécution. A l'heure ordinaire de la visite que Cortès faisait tous les jours a Montézuma, il se rendit au palais, accompagné d'Alvarado, Sandoval, Lugo, Yelasquez de Léon et Davila, cinq de ses principaux officiers, et de plusieurs soldats de confiance. Trente hommes choisis le suivaient sans ordre, séparés et paraissant guidés par la seule curiosité. De petites troupes furent postées de distance en distance dans toutes les rues qui conduisaient du quartier des Espagnols a la cour, et le reste des Espagnols avec les Tlascalans étaient sous les armes, prêts a sortir au premier signal. Cortès et sa suite turent admis sans difficulté en présence du monarque, et les Mexicains se retirèrent par respect, comme ils avaient coutume de le faire. Le général s'adressa alors au monarque d'un ton tout a fait différent de celui qu'il avait employé dans les conférences précédentes. Il lui reprocha amèrement d'être l'auteur de l'attentat commis par un de ses officiers contre les Espagnols, et lui demanda une réparation publique pour la mort de quelques-uns de ses compagnons, ainsi que pour l'insulte faite au grand prince dont ils étaient les serviteurs. Montézuma, confondu de celte accusation inattendue, et changeant de couleur, soit qu'il fût coupable, soit qu'il ressenlît vivement l'indignité avec laquelle on le traitait, protesta de son innocence avec une grande vivante, et, pour en fournir une preuve, ordonna sur-le-champ qu'on allât saisir Qualpopoca et ses complices, et qu'on les conduisît a Mexico. Cortès répii-
qua qu'une assurance aussi respectable que celle que lui donnait l'empereur le persuadait entièrement, mais qu'il fallait quelque chose de plus pour rassurer ses compagnons, qui persisteraient a regarder Montézuma comme leur ennemi, s'il ne leur donnait une preuve de sa confiance et de son attachement en quittant son palais et en venant faire sa résidence au milieu des Espagnols, où il serait servi avec tous les égards dus a un si grand monarque. A cette étrange proposition, Montézuma demeura muet et presque sans mouvement. Enfin, ranimé par l'indignation, il répondit avec hauteur que les personnes de son rang n'étaient pas accoutumées a se rendre ellesmêmes prisonnières, et que, quand même il aurait la faiblesse d'y consentir, ses sujets ne souffriraient pas qu'on fît un pareil affront a leur souverain. Cortès, voulant éviter les moyens de violence, s'efforça tour à tour de l'adoucir et de l'intimider. La dispute devint vive-, il y avait plus de trois heures qu'elle durait, lorsque Velasquez de Léon, jeune homme brave et impétueux, s'écria : « Pourquoi perdre le temps en vaines paroles.? Qu'il se laisse conduire ou je lui perce le cœur, m La voix menaçante dont l'Espagnol prononça ces mots et le geste terrible dont il les accompagna frappèrent Montézuma de terreur, et, s'abandonnant à sa destinée, il céda a la volonté des Espagnols.
Ses officiers furent appelés. Il leur communiqua sî résolution. Malgré l'étonnement et la douleur dont ils] étaient pénétrés, aucun d'eux n'osa faire une question kj l'empereur. Ils le conduisirent en silence et baignés d< larmes au quartier des Espagnols. A peine sut-on dani la ville que les étrangers emmenaient l'empereur, que h peuple, s'abandonnant à tous les transports de la douleur