‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 91 sur 187 · LIVRE TROISIÈME. !SI · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. !SI

était enlièremeiU changée pour des raisons qu'on ne connaît pas. Après beaucoup de tentatives pour les gagner, il fut obligé d'employer la violence. Quoique les Indiens fussent nombreux et qu'ils attaquassent avec beaucoup de courage, ils furent battus avec un grand carnage en différentes actions. Les pertes qu'ils firent, rétonnement et la terreur que leur inspirèrent les effets destructeurs des armes a feu, enfin l'aspect effrayant des chevaux dans le combat, déconcertèrent leur courage et les forcèrent à demander la paix. Us reconnurent le roi de Castille pour leur souverain, et donnèrent a Corlès des provisions, des habits de coton, un peu d'or et vingt femmes esclaves (101).

Cortès continua sa course a l'ouest sans perdre, autant qu'il le pouvait, le rivage de vue, afin d'observer le pays^ mais il ne put trouver aucune place propre au débarquement jusqu'à ce qu'il fût arrivé a Saint-Jean-d'Ulloa. Comme il entrait dans le havre, un grand canot rempli d'Indiens, parmi lesquels deux semblaient être des personnes de distinction, s'approcha de son vaisseau avec des signes de paix et d'amitié. Les Indiens vinrent à son bord sans crainte et sans défiance, et lui adressèrent, d'un air très- respectueux, un discours qu'Aguilar n'entendit point. Cortès se trouva très-embarrassé d'un incident dont il prévit toutes les conséquences. Il commença a craindre pour le grand objet qu'il méditait les lenteurs et l'incertitude que causerait nécessairement l'impossibilité de communiquer ses idées autrement que par le secours imparfait des signes et des gestes; mais il ne demeura pas longtemps dans cette inquiétude. Un heureux hasard suppléa à ce que toute sa sagacité n'aurait pu faire. Une des femmes esclaves qu'il avait eues du

cacique deTabasco, se trouvant présente a l'entrevue de Cortès et de ses nouveaux hôtes, aperçut son embarras et la confusion d'Aguilar, et comme elle entendait parfaitement la langue mexicaine, elle expliqua dans la langue yucata, qu'Aguilar entendait, ce que disaient les Indiens. Celte ftmme, connue dans la suite sous le nom de dona Marina , et qui fait une si grande figure dans Fhistoire du Nouveau-Monde où les plus grands événements sont presque toujours Teffet de très-petites causes, était née dans une des provinces de l'empire du Mexique. Après avoir été faite esclave dans une guerre et avoir éprouvé diverses aventures, elle était tombée entre les mains des peuples de Tabasco et avait vécu assez longtemps parmi eux pour apprendre leur langue sans oublier la sienne. Quoique cette manière de converser par Fentremise de deux interprètes fut très-fatigante et trèsennuyeuse, Cortès fut ravi d'avoir découvert ce moyen de communiquer avec les habitants d'un pays où il voulait pénétrer, et, dans les transports de sa joie, il regarda cet événement comme une marque éclatante des secours de la Providence en sa faveur.

Il apprit alors que les deux personnes qu^il avait reçues à son bord étaient députées de Pilpatoe et de Teutilé, Tun gouverneur de la province a laquelle il abordait et qui était soumise a un grand monarque appelé Montézuma , Tautre commandant de ses troupes -, ces députés étaient envoyés pour s'informer des intentions de Cortès en visitant leur côte et pour lui offrir les secours dont il pouvait avoir besoin pour continuer sa route. L'air de ces Indiens et les intentions exprimées dans leur message frappèrent Cortès. 11 les assura, dans les termes les plus respectueux, qu'il abordait chez eux avec des sentiments

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