‹ Histoire de la dentelleChapitre 36 sur 108 · CAEN · texte numérisé non relu

CAEN

Caen fit de bonne heure des dentelles de fil noir et de fil blanc ; celles de fil noir étaient les plus estimées. Ce ne fut qu'en 1745 que les blondes, qui ont fait sa réputation, commencèrent à paraître. Les premières soies employées pour cette nouvelle industrie étaient écrues, de là le nom de blondes (2). Un peu plus tard on se procura de la soie plus blanche ; on fit alors de ces belles dentelles qui bientôt acquirent une grande importance commerciale. En aucun autre endroit, on n'est parvenu à faire des blondes d'un blanc si pur, d'un travail si achevé, d'une lé-

(1) Almanach de Dieppe pour 1847.

(2) La soie venait de Nankin par voie d'Angleterre , aussi les premières blondes ont-elles également porté le nom de Nankin. La soie noire appelée grenadine était teinte et prép rée à Lyon; le fil de lin venait de Harlem. Roland (ouvrage cité) .

gèreté si grande, d'un brillant si beau. Les blondes de Caen eurent un succès immense en France, et furent exportées sur une grande échelle ; elles contribuèrent à la prospérité générale des pays environnants ; on en faisait dans presque toutes les chaumières.

Cependant la blonde blanche exige une propreté si exquise , même une pureté d'haleine telle que toutes les femmes ne peuvent être chargées de ce travail ; celles qui n'ont pas les qualités requises font de la dentelle noire. Les dentellières qui font la blonde blanche travaillent l'été en plein air et l'hiver dans des greniers pratiqués au-dessus des étables, afin que le feu, dont la fumée est redoutable pour les blondes, ne soit pas nécessaire .

Peuchet parle de dentelles blanches faites à Caen, depuis les plus bas prix, jusqu'à 25 livres l'aune. Il n'y a guère que quelques années qu'on a essayé d'imiter les points d'Alençon et de Malines.

Selon Arthur Young, le salaire des ouvrières en blondes était supérieur à celui des dentellières de Dieppe et du Havre ; une ouvrière pouvait gagner par jour de 15 à 25 sols.

Le commerce des blondes ne souffrit pas de la crise de 1821 à 1822, qui mit les fabricants de dentelle à deux doigts de la ruine, alors que le tulle au métier fut d'un usage universel. La demande des blondes, au contraire, s'accrut; il s'en exportait de grandes quantités en contrebande de Caen pour l'Angleterre. Les ouvrières en blonde gagnaient un quart de plus que les autres dentellières, aussi, toute la contrée était-elle en pleine prospérité. En 1840, la mode se lassa temporairement des blondes et immédiatement Caen se mit à faire de la dentelle noire dont le succès fut complet. Caen produit aussi des blondes d'or et d'argent, mêlées parfois de perles.

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