‹ Histoire de la dentelleChapitre 47 sur 108 · ILE DE FRANGE · texte numérisé non relu

ILE DE FRANGE

clair et fin, dessin formé par un gros fil. La blonde blanche semble se porter assez peu. A son décès la duchesse de Duras n'avait qu'une paire de manchettes à trois rangs , deux fichus et deux paires de sabots en blonde (1). Mme du Barry en fit de plus considérables emplettes (2).

Chantilly tomba en 1793. Considérée comme manufacture royale et ne produisant que pour les classes riches, elle fut la victime de la fureur démagogique : les malheureuses dentellières et leurs patrons périrent sur l'échafaud. On n'entend plus parler du Chantilly jusqu'à l'empire , époque pendant laquelle il jouit de la plus grande prospérité. En 1805, la blonde blanche fit fureur à Paris, et sa fabrication occupa presque toutes les ouvrières. Les blondes de Chantilly étaient alors en grande réputation ; on en exportait beaucoup, notamment de la noire, en Espagne et dans les colonies espagnoles d'Amérique ; nulle autre fabrique ne produisait alors des mantilles , des écharpes ou autres grandes pièces d'une aussi remarquable beauté. Vers 1835, la dentelle noire redevint à la mode et les ouvrières se mirent à l'œuvre pour faire de la dentelle noire à fond double , puis bientôt après elles ravivèrent le fond simple du siècle dernier, appelé fond aVAlençon, genre qu'on a continué jusqu'aujourd'hui, sans concurrence possible.

Les dentelles de Chantilly ont eu à lutter toutefois contre celles de Bayeux; mais quoique le travail soit le même, Chan-

(1) Inventaire de décès de la duchesse de Duras, 1789.

(2) « Une fraise à deux rangs de blonde très-fine, grande hauteur, 120 livres. « Une paire de sabots de la même blonde, 84 livres.

« Un fichu en colonnette, la fraise garnie à deux rangs d'une très-belle blonde fond d'Alençon, 120 livres.

« Un pouff bordé d'un plissé de blonde tournante fond d'Alençon, à bouquets très-fins et des bouillons de même blonde. »

Cette merveilleuse coiffure était complétée par « un beau panache de quatre plumes, couleurs impériales, 108 1. »

tilly soutient encore son ancienne réputation. Ses dentelles se sont toujours distinguées par la finesse du réseau et le tissu serré des fleurs , ce qui leur donne cette fermeté qui caractérise en ce genre les produits de première qualité.

En 1851, il y avait encore de 8,000 à 9,000 dentellières dans les environs de Chantilly. Mais devant la concurrence d'autres industries plus lucratives alimentées par le voisinage de la capitale, ce nombre diminue tous les jours ; et les châles soi-disant de Chantilly qui figuraient à l'Exposition universelle de Londres en 1862 avaient été fabriqués à Bayeux.

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