LE PUY
La fabrication de la dentelle, en Auvergne, dont le Puy est le centre, est considérée comme la plus ancienne et la plus importante de France. Elle s'étend sur les quatre départements de la Haute- Loire, du Cantal, du Puy-de-Dôme et de la Loire, et occupe de 125 à 130,000 dentellières ; elle est Tunique industrie de la Haute- Loire , département qui, à lui seul, compte 70,000 ouvrières en ce genre. En Auvergne, comme ailleurs, cette industrie a subi des vicissitudes ; elle a eu tour à tour ses jours d'épreuves et de prospérité.
Dans les chroniques du Puy, du seizième siècle, on lit que les merciers de Notre-Dame des Anges, « qui, suivant l'usage, faisaient dans la ville le commerce des passementeries , broderies , dentelles, etc., comptaient alors quarante boutiques et qu'ils figuraient avec enseignes et torches, au premier rang, dans les solennités religieuses ». A en juger par les documents locaux, la fabrication de la dentelle forme, depuis plus de deux siècles, l'occupation principale des femmes dans toute la province ; souvent elle eut à souffrir des édits somptuaires : celui de 1640 fut sur le point de Fanéantir tout à fait. Au mois de janvier de cette même année, le sénéchal du Puy fit publier par toute la ville un édit du parlement de Toulouse qui défendait, sous peine d'une forte amende, à toute personne de quelque sexe, qualité ou condition qu'elle fût, de porter sur ses vêtements de la dentelle « tant de soye que
de fil blanc , ensemble passement , clinquant d'or ni d'argent fin ou faux, » donnant ainsi , par une ordonnance , un coup mortel à l1 industrie d'une grande province. Les motifs allégués pour ces absurdes restrictions, c'était d'abord la difficulté de trouver des servantes , un très-grand nombre de femmes étant retenues par leurs fuseaux ; puis l'habitude générale de porter de la dentelle dans toutes les classes rendait impossible la distinction extérieure des rangs dans la société. Un jésuite, le P. Régis, témoin de la consternation de tout le pays, se rendit à Toulouse et obtint la révocation de l'ordonnance ; mais non content de ce premier succès, il ouvrit aux produits de l'Auvergne le marché de l'Espagne et par suite, celui du Nouveau-Monde, ce qui contribua à la grande prospérité qu'on voit durer jusqu'en 1790. Le P. Régis, qui fut canonisé pour ses bonnes œuvres , est resté l'objet de la vénération générale en Auvergne , et, sous le nom de saint François Régis, il est devenu le patron des dentellières.
Peuchet, son prédécesseur Savary et d'autres auteurs de statistique, représentent les manufactures du Puy comme les plus florissantes de la France. Elles se pliaient à toutes les variations delà mode et quand la dentelle de fil fut moins demandée , on se mit à fabriquer des blondes blanches et des noires.
Le fil employé en Auvergne se tirait de Harlem par l'intermédiaire des commerçants de Rouen et de Lyon ; à l'époque de sa plus grande prospérité, le Puy en achetait pour 400,000 livres annuellement.
Les dentelles faites pour l'exportation étaient de qualités communes, variant de 30 sous à 45 livres par pièce de 12 aunes. La vente de ces dentelles s'élevait annuellement à 1,200,000 livres (1).
(l) « En temps de paix, il s'en vendables trois quarts en Europe : le royaume de Sardaigne en prenait pour 1 20,000 fr. par l'entremise des marchands de Tu-