‹ Histoire de la dentelleChapitre 72 sur 108 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

ANGLETERRE. — GEORGES Ier ET GEORGES 1T.

GEORGES Ier (1714-1727).

L'avénement de la maison de Hanovre apporta peu de changement aux modes ou à l'industrie. En 1717 , le roi Georges Ie' publia un édit relatif au colportage de la dentelle ; mais on était trop préoccupé du vieux prétendant et de la cour de Saint-Germain; le roi lui-même, qui préférait beaucoup ses États allemands, y faisait de trop longs séjours pour que les petites affaires pussent avoir la place qu'on leur accorde volontiers d'ordinaire.

Cependant , les manchettes de dentelle font parler d'elles : on les porte longues et tombantes. Lord Bolingbroke , qui avait excité si fort F indignation de la reine Anne par la négligence de son costume , avait les mains cachées par la longueur exagérée de ses manchettes de dentelle. Dans ce temps d'agitation jacobite, ces manchettes-là facilitaient l'échange de billets politiques entre gens prudents et avisés.

Les dentelles continuent à jouir de la plus grande faveur. « Depuis que sont à la mode, dit un auteur indigné, vos coiffures fantastiques faites de fil d'archal , de ruban et de dentelle , et vos falbalas de trois cents aunes par robe avec son jupon, il n'y a plus une bonne femme de ménage dans le pays. » Aux baptêmes (1), aux mariages, aux funérailles, la dentelle tient une large

(1) Les dentelles de baptême rappellent le malheur arrivé au duc et à la duchesse de Chandos. En 1778 Georges III et la reine Charlotte tenaient leur fille sur

place ; on les voit même figurer sur les bancs des assises lorsqu'une beauté célèbre de ce temps, la demoiselle Marguerite Rudd, y comparaît accusée de faux. Son gracieux ajustement, le bon goût de ses dentelles , ses longues pleureuses surtout émurent un moment le jury ; mais, malgré tant de séduction , la pauvre fille n'en fut pas moins condamnée à la potence.

Au dix-neuvième siècle , les jeunes personnes ne portent pas ou ne devraient pas porter de dentelles avant leur mariage. Au temps de Georges Ier, l'étiquette était différente, et Ton voit la duchesse de Portland faire présent à Mme Élisabeth Montague, alors jeune fille, d'une coiffure de dentelle et de manchettes assorties.

Cette fureur pour la dentelle portait à en acheter beaucoup à crédit ; la plupart des femmes du monde devaient des sommes énormes à leurs fournisseurs. Le lendemain d'une réception à la cour, où presque toutes les femmes avaient paru en dentelles empruntées, c'est à-dire , non payées, le principal marchand de dentelles de Londres fut sur le point de faire faillite; les créanciers assiégeaient les maisons des grands. La fureur du jeu vint s'ajouter à la fureur de la parure. Un journaliste du temps rapporte qu'une dame , après avoir perdu tout ce qu'elle avait d'argent sur elle , mit pour enjeu sa coiffure de dentelle , son mouchoir, et finit par .regagner avec sa berthe les objets perdus.

les fonts. La pauvre petite créature, surchargée et enveloppée de dentelles , tomba en syncope. La mère, pénétrée du plus profond respect pour l'étiquette, ne voulut pas laisser interrompre une cérémonie où un roi et une reine allaient nommer sa fille Georgiana -Charlotte. L'archevêque de Cantorbéry , qui officiait, fit la remarque, en remettant la petite fille à sa nourrice, que jamais il n'avait baptisé d'enfant si tranquille. La cérémonie achevée, on essaya de ranimer l'enfant, mais en vain: elle mourut au bout de quelques heures, victime d'une bien coupable absurdité. (Causerie sur les baptêmes royaux, Cornhill Magazine, avril 1864.

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