GEORGES II
A la cour de Georges II et dans les circonstances d'apparat, la dentelle de Bruxelles remportait sur toutes les autres. A Tun des levers de 1735 , les coiffures en point de Bruxelles dentelé, les manchettes à triple rang du même point, les barbes attachées avec des solitaires de diamant furent généralement admirées. On appelait coiffure à V anglaise une coiffure disposée d'une certaine façon, mais composée de point de Flandre. Un auteur du temps fulmine contre cette passion des dentelles étrangères. « Les dames « anglaises , dit-il , dépensent plus de deux millions annuellece ment en dentelles étrangères; autant vaudrait, pour des pro- « testantes , doter des couvents , puisqu'elles savent que ces den- « telles de provenance flamande sont l'œuvre de religieuses pa- « pistes. »
Pourtant, à l'occasion du mariage du prince de Galles (1736), toute la cour porte des dentelles anglaises , à Y exception du duc de Marlborough qui paraît en point d'Espagne. Mais on ne suivit pas longtemps cette voie. La princesse Palatine rapporte, dans ses Mémoires, que le secrétaire de sir Luc Schaub , après avoir été engourdi par quelque drogue, fut dépouillé d'une somme d'argent qui lui avait été confiée pour aller acheter à Paris des manchettes de point de France destinées à la princesse de Galles elle-même.
Georges II était fort recherché dans sa mise , comme le prouvent diverses anecdotes contemporaines (1). Ce fut quelques années avant sa mort que se fonda la société anti-gallicane (2),
(1) Pendant la dernière maladie de la reine Caroline, ce prince, quoique visiblement inquiet et attristé, se souvenant qu'il donnait audience le lendemain , recommanda lui-même à ses pages de faire préparer de nouvelles manchettes, désirant de paraître convenablement devant les ambassadeurs étrangers.
(2) Dans un précédent chapitre, il a été question de cette société, qui tenait
dans lé but patriotique d'encourager l'industrie nationale. Cette société contribua efficacement au développement de F industrie dentellière : elle obtint de très-grands progrès , en excitant , par des récompenses et des prix en argent, une émulation qui gagna les femmes bien élevées mais peu aisées , et leur fit comprendre l'avantage d'ajouter les profits d'un travail artistique à leur faible revenu ; ces femmes se chargèrent des beaux travaux de longue haleine qui ne peuvent être exécutés , ou ne le pouvaient être alors, que dans les couvents ou par des personnes ayant un peu plus pour vivre que le travail de leurs mains.
Vers 1756, certains changements se produisent dans les modes. « Les longues barbes , le bonnet en fer à cheval , les coiffes attachées sous le menton ont fait leur temps » , écrit à cette époque le Connaisseur ; voici venir maintenant les cardinales ou pèlerines en dentelle et les robes flottantes ou déshabillés , puis des manchettes à triple garniture et enfin la blonde , chose toute nouvelle alors. Le tablier de dentelle, à la mode depuis le temps d'Élisabeth, se maintint jusqu'à la fin du dix-huitième siècle. Comme tout ce qui est à la fois utile et joli dans la toilette , il put braver le dédain avec lequel on le traita plus d'une fois. Richard Nash, qu'on appelait le beau Nash, professait la plus grande aversion pour le tablier, et il poussa l'impertinence jusqu'à exclure de la salle de bal de Bath les dames qui porteraient cet insigne des soubrettes (1).
Georges II fit tout ce qu'il put pour favoriser Y industrie en Andes réunions trimestrielles et donnait des prix. A la séance de novembre 1752, il fut décidé qu'on donnerait un premier prix de 5 guinées pour une paire de manchettes d'homme en point à l'aiguille, et pour une paire de barbes en dentelle au fuseau, un prix de 15 guinées. 11 y avait aussi des seconds et des troisièmes prix.
(1) C'est ainsi qu'il enleva son tablier à la duchesse de Queensberry et le jeta aux femmes de chambre, quoique ce tablier fut du point le plus riche et eût coûté 200 guinées.
gleterre; mais à cette époque la contrebande s'accrut avec une rapidité effrayante. C'était une guerre ouverte entre remployé de la douane et la société tout entière ; toutes les classes y prenaient part : les femmes du plus haut rang , les femmes de chambre , les simples matelots , tous voulaient se soustraire aux droits exorbitants et frustrer le gouvernement.