‹ Histoire de la dentelleChapitre 82 sur 108 · HONITON · texte numérisé non relu

HONITON

Il n'est pas douteux que les réfugiés flamands et brabançons (1 ) n'aient apporté, dans le Devon, comme dans plusieurs autres comtés Fart de faire la dentelle au fuseau ; mais il est probable qu'avant leur arrivée , on faisait déjà diverses sortes de dentelles avec de la soie et de gros fil. Quoi qu'il en puisse être , au temps de Jacques Ier, cette industrie était florissante sur différents points du comté. Il ne reste aucun spécimen authentique des premières dentelles qu'on y ait faites. L'évêque Stafford, mort en 1398, porte sur son tombeau , dans la cathédrale d'Exeter, un collet qui semble être de filet brodé et dont le dessin est très-gracieux (fig. 137) . On voit dans la même église l'effigie de lady Doddridge, morte en 1614 : ses manchettes et sa berthe sont ornées d'une dentelle à dessins symétriques très-simples (fig. 138). La fig. 139 est prise de l'effigie de lady Pôle, morte en 1623, et dont le tombeau est dans l'église de Colyton : cette dentelle forme la triple garniture de la berthe et celle du bonnet.

La dentelle d'Honiton (comté de Devon) a longtemps conservé le caractère flamand. L'auteur en possède de nombreux spéci-

(1) De nos jours encore, beaucoup de fabricants de dentelle du Devonshire attestent, par leurs noms, leur origine flamande.

mens , tous rappelant les anciennes dentelles de Flandre à grands dessins courants, unis par un fond de bride , auquel plus tard on mêla le fond de Bruxelles. Dans la fig. 140 se retrouve le vase de fleurs flamand qu'ont imité les vieilles dentelles d'Angleterre à fond de bride. Sous le rapport de l'exécution, ce spécimen peut soutenir la comparaison avec les produits duBrabant. S'il est de fabrication anglaise , sa date ne doit pas dépasser le commencement du siècle dernier. C'est à ses fleurs qu'Honiton

Fig-. 137. — Collet brodé de l'évêque Stafford.

doit sa renommée. Comme pour le point de Bruxelles, on les fait séparément. D'abord, on insérait les fleurs en exécutant le fond tout autour sur le carreau ; puis on les a appliquées sur le fond.

La fig. 141 est un exemple du dessin inséré dans le fond et se composant du papillon et du gland , si souvent reproduits dans le vieux point d'Angleterre, et que nous avons vu figurer sur la chemise de la reine Elisabeth. Le dessin de la fig. 142 est appliqué sur le fond de tulle au fuseau. La fabrication de ce tulle formait, au siècle dernier, une branche considérable de

Barbo en dentelle tic Devon du milieu «lu dix-huitième* siècle.

l'industrie d'Honiton; il était très-bien fait, mais il coûtait cher : un voile d'Honiton se payait souvent 100 guinées (2,o00 fr.). L'invention du tulle à la mécanique jeta dans la détresse les

Fig. 138. — Berthe de lady Doddridge.

ouvrières en tulle de cette ville ; après avoir lutté quelque temps , elles furent obligées de quitter leurs fuseaux.

Fig. 139. — Garniture en dentelle de lady Pôle.

La planche XIV représente une barbe d'un charmant dessin ; nous l'avons acquise d'une dame du Devonshire qui la tenait de sa bisaïeule. Le travail en est si parfait que nous le déclarâmes

T œuvre des ouvrières de Bruxelles ; mais F ayant montré à quatre dentellières différentes, toutes reconnurent, à quelque particularité des jours, qu'il avait été exécuté à Honiton.

Pendant une vingtaine d'années le commerce de la dentelle souffrit beaucoup dans le Devon; et les fabricants d'Honiton,

Fig. 1^0. — Vieille dentelle qu'on croit être de fabrication anglaise ( Devonshire).

oubliant les efforts de leurs pères pour perfectionner leur industrie, adoptèrent le plus affreux genre de dessins, qu'ils « tiraient de leur propre tête », disaient-ils. Les queues de dindon, les poêles à frire , les cœurs de bœuf remplacèrent les gracieux dessins de l'ancienne école ; pas une fleur, pas une feuille n'était

mécanique , en exigeant que toutes les fleurs fussent copiées d'après nature. La robe était ornée d'une haute guirlande de fleurs qui par les lettres initiales de leur nom formaient , par une sorte d'acrostiche, le prénom de la reine (1).

L'exemple de cette princesse fut trop peu suivi, et lorsqu'arriva le moment de faire les dentelles de noce de la reine Victoria, ce ne fut pas sans difficulté qu'on trouva le nombre nécessaire d'ouvrières. Mlle Jeanne Bidney se chargea de la commande, elle la fit exécuter dans le petit hameau maritime de Beer et ses

Fig. 1U2. — Vieux point d'application d'Honiton.

environs (2). La robe coûta 1,000 liv. st. (25,000 fr.) ; elle se composait de fleurs unies entre elles sur le carreau par des points

(1) Amarante, Daphne ( lauréole), ZTglantine,

Lilas, ^uricule, Ivy (lierre), -Dahlia, iLglantine.

(2) Les ouvrières en dentelle de Beer, d'Axmouth et de Branscombe ont toujours passé pour les meilleures.

a jour. Le dessin fut immédiatement détruit, nous ne pouvons donc pas le décrire. Les robes nuptiales de la princesse royale , de la princesse Alice et de la princesse de Galles étaient en point d'Honiton; le dessin représentait les fleurs nationales (1), auxquelles se mêlaient les plumes de la principauté de Galles et des branches de fougère , l'ensemble produisant un très-heureux effet.

Depuis quelques années l'application d'Honiton a presque entièrement fait place à la guipure moderne (fig. 143), qui consiste en fleurs reliées ensemble par des bavettes à picots, des points de lacet, du réseau, ou des points de boutonnière (ces derniers produisent le plus d'effet ) . Les dentellières d'Honiton montrent beaucoup de facilité à imiter les dessins de Bruxelles, qu'elles rendent avec une extrême exactitude (fig. 144). Une nouvelle branche d'industrie a récemment été créée dans le Devonshire , celle de la réparation des vieilles dentelles. Les mantelets, les tuniques, les hauts volants qui enrichissent les magasins des premiers marchands de dentelles de Londres sont faits en grande partie , avec de vieux fragments, par les dentellières du comté de Devon.

A l'Exposition internationale de 1862, la dentelle d'Honiton, quoique très-belle par la qualité et l'exécution , ne pouvait guère soutenir la comparaison avec les produits de France et de Belgique. Les dessins étaient en général trop rapprochés et sans caractère ; c'étaient de lourds médaillons , de disgracieuses arabesques entremêlées de bouquets , pauvres imitations de la nature. Cette négligence du dessin est la cause de la déchéance de ce point dans l'estime publique.

Cependant on a vu, en 1864, à l'exposition d'agriculture de Clifton (faubourg de Bristol) , une série de dentelles d'Honiton

(1) La rose (Angleterre), le chardon (Écosse) et le trèfle (Irlande).

offrant des dessins faits d'après nature. La reine témoigna le désir que les objets exposés lui fussent envoyés à Windsor afin qu'elle

Fig. 1^3. — Guipure d'Honiton.

pût les examiner, et elle fit une commande de deux volants avec les garnitures de dentelle assorties. Lorsque la reine eut approuvé le dessin, l'exécution en fut confiée aux dentellières deSidmouth.

La fig. 145 est l'une des branches de chèvrefeuille dont le dessin est composé.

Fig. 1U5. — Branche de chèvrefeuille, point d'IIoiriton.

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