‹ Histoire de la dentelleChapitre 88 sur 108 · TULLE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

TULLE FRANÇAIS

En 1778, le nommé Caillon imagina une sorte de tulle, de (1) Valeur progressive du yard carré de tulle de coton uni :

1809 125 fr. » c.

(Extrait de Y Histoire du tulle et des dentelles mécaniques, en Angleterre et en France, par S. Fergusonfils; Paris, 1862.)

tricot-dentelle pour lequel l'Académie des sciences lui accorda une gratification de 800 fr.; mais cette invention n'eut pas de succès, ce n'était comme en Angleterre que du tricot. En 1784, Louis XVI envoya le duc de Liancourt en Angleterre pour étudier les perfectionnements apportés à la fabrication des bas et du tulle; le roi voulait aussi avoir des métiers. Le duc était accompagné de Rhumbolt, qui avait travaillé dans une fabrique à Nottingham; ayant appris ce qu'il désirait savoir, il revint en France. La monarchie était tombée, mais la République française accorda à Rhumbolt la somme de 1 10,000 fr. pour s'établir. La machine qu'il apportait était la première invention, un peu améliorée.

La rupture des relations commerciales empêcha la France de suivre l'Angleterre dans ses progrès; cependant, chose singulière, au commencement du siècle, on faisait moins de tulle en Angleterre qu'en France. Il y avait à Lyon et à Nîmes 2,000 métiers, tandis qu'en Angleterre, on n'en comptait que 1,200; mais la supériorité du tulle anglais était incontestable, aussi, pour protéger les manufactures nationales, le premier consul en prohiba l'importation. La demande ne fit que croître; le meilleur débouché pour les tulles de Nottingham était la France ; les fabricants anglais prirent donc leurs mesures pour les y introduire. Hayne, propriétaire de métiers récemment améliorés , s'était rendu à Paris pour faire des arrangements et organiser la contrebande, lorsque la guerre éclata; on le retint prisonnier. Bonaparte lui fit proposer d'établir une fabrique de tulle en France ; Hayne refusa, aimant mieux poursuivre son commerce illicite qui eut un très-grand succès pendant quelques années; mais, en 1809, un de ses agents le dénonça, toutes les marchandises furent saisies et brûlées; il perdit d'un seul coup 1,500,000 fr. Complètement ruiné, il s'enfuit en Angleterre.

Les manufacturiers français apportèrent eux aussi des améliorations à leurs métiers; un brevet fut pris, entre autres, pour un procédé à l'aide duquel on faisait un tulle croisé appelé fond de glace. Mais c'était en 1809, Tannée même de l'invention de Heathcoat; l'inventeur français ne put soutenir la concurrence.

On fit alors mille essais pour se procurer des machines à tulle de Heathcoat; mais l'exportation de toutes machines anglaises était punie de la transportation et de plus les fabricants de Nottingham établirent à leurs frais une ligne de surveillance, afin d'empêcher la sortie d'aucune machine. En dépit de toutes ces précautions, Gutts, un des anciens ouvriers de Heathcoat, trouva le moyen d'éluder cette vigilance, et, en 1815, il arriva à Yalenciennes avec une machine qu'il transporta bientôt à Douai. Il eut pour associé un M. Thomassin, et en 1816 le premier vrai tulle mécanique fut fabriqué en France. Une ouvrière de Douai le broda, et l'on en fit une robe qu'on offrit à la duchesse d'Angoulême. Vers la fin de la même année une seconde machine fut introduite à Calais pièce à pièce, avec l'aide de quelques matelots français.

Ce serait dépasser les limites que nous nou& sommes tracées que de suivre dans ses progrès successifs la fabrication du tulle à Calais. Nous nous bornerons à dire que ce fut en 1817 que la première machine à tulle fonctionna , cachée à tous les yeux , dans le faubourg St-Pierre, aujourd'hui le rival de Nottingham et le grand centre de la manufacture du tulle et de la dentelle mécaniques en France (1). Saint-Quentin, Douai, Cambrai, Rouen,

(1) La grande difficulté qu'eurent à surmonter les manufacturiers français provenait du coton. On ne le filait pas en France au-dessus du n° 70 , tandis que les Anglais allaient jusqu'à 160 et 200. Les cotons anglais étant prohibés, il fallait se les procurer en contrebande ; en 1834, ils furent admis moyennant le droit. Aujourd'hui, on file en France aussi fin qu'en Angleterre et l'on pro-

Caen ont, à diverses époques, fabriqué du tulle, mais quelquesunes de ces fabriques n'existent plus, les autres ont peu d'importance comparées à Saint-Pierre et à Lyon.

A Lyon on fait principalement le tulle de soie. Cette industrie remonte à 1791. On brodait les tulles de soie à Gondrieu pour en faire des voiles et des mantilles fort estimés en Espagne, en imitation des blondes de Catalogne.

En 1825, M. Dognin inventa le tulle grenadine noir et blanc; plus tard il fit usage de soies extra-fines et mit au jour ce léger et populaire tissu appelé d'abord tulle zêphir, puis tulle illusion. Le fils de M. Dognin est le premier qui fit du tulle de Bruxelles en France (1838).

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