‹ Histoire de la dernière capitulation de ParisChapitre 31 sur 39 · A II188I1UR8 LB8 COHIII88AIR1S · texte numérisé non relu

A II188I1UR8 LB8 COHIII88AIR1S

Messieurs,

Comme il est important que vous n'ignoriez rien de ce qui se passe, et qu'il se peut que la nature des événements qui ont lieu d'un côté ait quelque i nfluence sur la direction qu'ils peuvent prendre ailleurs, j'ai l'honneur d'adresser ci-joint à Vos Excellences copie d'une dépêche télégraphique de M. le duc d'Albuféra ; vous verrez, messieurs, qu'après un avantage obtenu par les troupes autrichiennes, ce maréchal a proposé un armistice de quelques jours qui a été accepté. C'est une circonstance dont vous pourrez tirer parti auprès de MM. les comman-^ dants en chef des armées anglaise et prussienne.

Je prie Vos Excellences, etc.

Dépêche iV« 6,

Paris, i<r juillet i815.

A MESSIEURS LES COMMISSAIRES

Messieurs,

Je viens de recevoir la dépêche sous le n» 4 que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date de ce jour. Je vous ai prévenus que votre lettre n9 2 ne m'est point parvenue. Je vous prie de me faire connaître par quelle voie vous l'avez expédiée, ou de la réclamer vous-mêmes, et, dans tous les cas, de vouloir bien m'en envoyer une copie.

Vous annoncez, messieurs, que vous êtes autorisés à croire que Napoléon Bonaparte éloigné, il pourrait être signé une suspension d'armes de trois jours pour régler un armistice pendant lequel on traiterait de la paix. La condition voulue étant remplie, il n'y a plus en ce moment aucun motif qui puisse s'opposer à une suspension d'armes et à un armistice. Il est vivement à désirer que la suspension d'armes, au lieu d'être de trois jours seulement, soit au moins de cinq jours. Nous ne pensons pas que les Anglais et les Prussiens seuls prétendent forcer nos lignes. Ce serait vouloir faire gratuitement des pertes inutiles. D'après eux-mêmes, ils ne doivent être rejoints par les Bavarois que dans la première quinzaine de ce mois; il peut leur convenir ainsi d'attendre ce renfort, et c'est une raison de plus pour ne pas se refuser à un armistice qui aura pour eux autant et plus d'avantage que pour nous.

Enfin si les alliés ne veulent pas tout à fait oublier leurs déclarations solennelles, que prétendent-ils maintenant? Le seul obstacle qui, selon

eux, s'opposait à la conclusion de la paix est irrévocablement écarté : rien ne s'oppose plus ainsi à ce rétablissement, et pour arriver à la paix, rien de plus pressant qu'un armistice.

Ia commission de gouvernement a eu sous les yeux tous les détails que vous avez transmis du langage que vous tient le duc de Wellington; elle désire, messieurs, que vous vous attachiez à distinguer la qiiestlon politique de la forme du gouvernement de la France, et la question actuelle de la conclusion d'un armistice. Sans repousser aucune des ouvertures qui vous sont faites , il est facile de faire comprendre au duc de Wellington que si, dans l'état actuel des choses, la question politique du gouvernement de la France doit inévitablement devenir le sujet d'une sorte de transaction entre la France et les puissances alliées, l'intérêt général et de la France et des puissances elles-mêmes est de ne rien précipiter et de ne s'arrêter à un parti définitif qu'après avoir mûrement pesé ce qui offrira des garanties véritables pour l'avenir. Il est possible que les puissances elles-mêmes , mieux éclairées sur les sentiments de la nation française, ne persévèrent pas dans des résolutions qu'elles peuvent avoir prises d'après d'autres données. Napoléon n'est plus à Paris : depuis huit jours sa carrière est finie. S'il existait en faveur des Bourbons une disposition nationale, cette disposition se serait manifestée avec éclat et leur rappel serait déjà consommé. Il est donc évident que ce n'est pas le rétablissement de cette famille que veut la nation française ; il restera aux souverains alliés à examiner si, en voulant l'imposer k la nation malgré elle, ils n'agiraient pas euxmêmes contre leurs propres intentions, puisqu'au lieu d'assurer la paix intérieure de la France, ils y sèmeraient de nouveaux germes de discorde.

Vous n'avez pas pu vous procurer, messieurs, les proclamations de. Louis XYIII. On les connaît ici. et déjà la nature de ces proclamations détruit toutes les espérances que pourrait donner le langage du duc de Wellington. On peut juger par l'esprit qui respire dans ces actes récemment publiés, que le ministère royal actuel n'a pas voulu, ou n'a pas pu empêcher, ce que la nation française pourrait attendre de ce gouvernement.

Au reste, messieurs, vous devez vous borner à tout entendre, v.ous

nous devoDS être également satisfaits de son silence, nous en laissons sur lui le poids. »

M, Bignon : Je l'accepte ; je ne crois pas que l'opinion d'un ministre doive être une loi pour moi.

DfiCLARÀTlOlf DE MOHSIBUR BIGNON.

Moniteur du 12 Juillet 1819.

Au moment où la session des Chambres arrive à son terme, oii je ne dois plus craindre de fournir à l'imprudence des passions un prétexte pour exciter de nouveaux orages, je dois au département qui m'a honoré de son choix, je dois à la France, sur le passage si odieusement interprété de mon opinion imprimée au sujet des pétitions pour le rappel bes bannis, non une explication qui ne me paraît ni convenable ni utile de donner encore, mais une indication de la gravité des motifs qui m'ont empêché de répondre aux interpellations que m'ont adressées les ministres dans la Chambre des députés. Quoique le langage impérieux et offensant dans lequel étaient exprimées ces sommations, eût pu seul m'empêcher d'y satisfaire, ce n'est point cette considération qui m'a arrêté. C'est surtout dans l'intérêt du gouvernement que j'ai cru devoir garder le silence, et il n'y a là, quoi qu'en disent les ministres, ni calomnie ni présomption de calomnie. Le ministère actuel, en admettant qu'il soit infaillible, peut-il couvrir de cette infaillibilité tous les actes des ministres précédents ? Comment ne pas comprendre, ou plutôt comment affecter de ne pas comprendre que, dans le cours des temps, dans le mouvement naturel des choses et, à plus forte raison, dans la succession violente et forcée d'événements extraordinaires,

il est des questions, des époques, des circonstances, qu'une politique éclairée commande de ne loucher qu'avec une extrême retenue? Et c'est sur des questions, sur des époques, des circonstances de cette nature que le ministre est venu, en pleine séance, me sommer d'entrer dans des détails qui devaient nécessairement réveiller des souvenirs délicats et amener de dangereuses discussions. Si le ministère ne voyait pas cet inconvénient, il était bien aveugle, s'il le voyait et n'en tenait pas compte, il était bien imprudent ou il me donnait une haute preuve d'estime eu comptant sur la persévérance de mes refus. En vain par ses défis, il a témoi)(né qu'il me dispensait de toute réserve; l'indiscrétion d'une teUe dispense, que ne m'eussent pas accordée de véritables hommes d'État, n'a pas dû m'affranchir de ce que ma conscience me présentait comme un devoir.

Un reproche s'est élevé contre moi. On objecte que j'aurais dû m'abstenir d'annoncer une déclaration que je ne croyais pas pouvoir faire à l'instant môme; mais lorsque, contre toute attente, par un brusque changement,changementd(mtlunatureest inexplicable, nousavons entendu la malédiction sortir, de la même bouche d*où devaient couler des paroles d* espérance, n'est-il pas naturel que j'aie cédé au besoin de faire connaître que tous les arguments en faveur desj[)annis n'étaient pas épuisés, et qu'il en existe d'autres encore dont il pourra ultérieurement être fait usage? N'est-il pas naturel que j'aie cédé au besoin de dire à la eolôre aveugle qui prononçait une proscription nouvelle, que ses arrêts ne sont pas irrévocables, de dire à Tinfortunè une seconde fois proscrite, que ses souffrances auront un terme? Le bruit qui a eu lieu à cette ôoftasion, œ 6ont les ministres qui Font fait, ce sont eux qui ofit voulu lé faire, fci lel tninistrès n'eu^seftt 6u en vue que les véritables intérêts de l'Ëutt, est-ce en séance publique, au risque de faire naître d'orageux débats, qu'ils devaient mè demander des explications ? Sans leurs sommations inconvenantes, sommations tardives, qui, jetées à l'improviste au milieu d'une question à laquelle elles n'avaient aucun rapport, semblent n'avoir eu pour but que de détourner l'attention de la Chambre des abus compris dans l'emploi du domaine extraordinaire, sans cette sortie déplacée des ministres et •ans les violentes invectives des journaux à leurs ordres, qu'eussent

signifié les absurdes et ridicules commentaires des journaux d'un autre parti? Tout Téclat qu*a eu cette affaire, tout le scandale, s'il y a eu du scandale, est l'ouvrage des ministres; le tort n'en doit retomber que sur eux. La France, en comparant leur conduite et la mienne, jugera de quel côté a été la sagesse ou l'irréflexion. Elle jugera qui a le mieux servi son pays, qui a eu un plus juste sentiment des devoirs de sa position, ou du ministère exposant un député à nuire aux intérêts du gouvernement pour sauver son amour-propre personnel, ou du député sacrifiant son amour-propre personnel pour sauver un intérêt du gouvernement. Lorsque je parlerai, je veux le faire avec une telle forme et avec une telle mesure que, loin d'être réputé ni V ennemi du gouvernement ni son calomniateur, on reconnaisse surtout en moi le patriote qui craint de lui porter le moindre préjudice. Les injures, même ministérielles, sont bien peu puissantes, puisqu'elles ne sauraient ôter à un honnête homme la faculté d'empreindre dans tous ses actes son caractère de bon citoyen.

Parmi les méprisables insultes que me prodiguent certains journaux et certaines correspondances, il est une insinuation d'une profonde perfidie à laquelle dès à présent je ne puis rester insensible. On a cherché à faire entendre que, si j'avais eu en effet quelques raisons d'un grand poids à faire valoir en faveur des hommes frappés par les mesures de proscription, je serais coupable de ne pas les avoir fait connaître dans un temps où leur révélation eût pu sauver mes amis. En annonçant, dans mon opinion imprimée, qu'il existe un argument puissant qui n'a pas été employé encore, j'ajoute qu*une déplorable fatalité m*a seule empêché de le produire en une grande conjoncture. Ce moment était le seul où je pusse parler. Des preuves irrécusables, des pièces, authentiques constateront que j'ai, dans cette grande conjoncture, fait tous les efforts possibles pour être entendu. Je borne là les explications préliminaires que je crois pouvoir donner aujourd'hui.

J'ai accepté la responsabilité de mon silence. J'en porte le poids avec une résignation dont je suis fier. Déjà j'ai subi deux mois d'injures sans me plaindre. Je ne plains que ceux qui les commandent ou qui les payent. Le vain succès que l'on croit obtenir par de semblables moyens n'est qu'un triomphe peu honorable et de courte durée. La

vie des hommes qui ont part aux affaires, dans un gouvernement représentatif, ne se compose pas d'une heure, d'un jour, d*un mois. La France m'a vu et elle me verra constamment demander l'observation de la Charte, réclamer les lois de l'humanité, invoquer les droits de l'éternelle justice. On m'a menacé du jugement de la France ; c'est ce jugement que j'appelle ; c'est là que je place mon espoir ; c'est là que j'attends ma récompense.

Signé : Bignon, député de VEure,

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