CHAPITRE IX
GapitnlatioD. — Discosnoa des articles. — Projet présenté par M. Bignon ; modifications proposées par le duc de Wellington ; texte définitif de la convention.
Trois intérêts étaient en jeu du côté de la France dans cette transaction : l'intérêt militaire, l'intérêt municipal, l'intérêt politique. Chacun était plus spécialement représenté par l'un des commissaires, le premier par Guilleminot, chef d'état-major de l'armée de Paris ; le second par le préfet de la Seine, le troisième par le ministre des aflfaires étrangères.
L'intérêt militaire, une fois la reddition de Paris admise en principe, était d'obtenir les plus longs délais, les plus grandes sûretés possibles pour la libre retraite de l'armée et l'évacuation de son matériel.
L'intérêt municipal réclamait toutes les précautions de police, d'ordre et de sécurité compatibles avec l'occupation de Paris par les armées étrangères.
Enfin, l'intérêt politique était de nature complexe. Le gouvernement provisoire devait, jusqu'au dernier moment de son existence, réclamer, en retour des avantages militaires que la capitulation de Paris assurait aux alliés, quelque condescendance pour le principe de l'indépendance nationale dans le choix du nouveau souverain, dans la dis-
CAt>ÎTt3LATI0N DE PARÎS. M
ciîssioii des garanties qui pourraient être demandées; et si ce dernier effort échouait devant une volonté bien évidente et bien arrêtée de rétablir Louis XVIII, stipuler au moins, comme condition suprême d'arrangement, les sûretés nécessaires à tous ceux qui, soit par conviction, soit par entraînement ou nécessité, avaient pris une part notable aux derniers événements. Cette clause du projet était tellement de rigueur^ que les commissaires avaient ordre de rompre, si les généraux nlliés s'y refusaient. Les menaces inopportunes des proclamations royales contre les auteurs ou fauteurs des événements politiques des Cent- Jours, justifiaient cette précaution, et le bon sens le plus vulgaire suffit pour comprendre quô cette promesse d'amnistie politique n'avait de portée qu'au point de vue du rétablissement de Louis XVÏII, les alliés n'ayant personnellement aucune vengeance politique à exercer. S'il avait pu subsister alors dans l'esprit des commissaires quelque doute sur l'interprétation ultérieure de cette clause, un fait grave et tout récent aurait suffl pour les rassurer pleinement. Huit jours auparavant, on s'eil souvient salis doute, Davoust, à Tincitation de Fouché, avait proposé le rappel spontané de Louis XVIII. Nous avons dit par suite de quels incidents cette démarche n'avait pas eu de suite; mais on doit ajouter, à la décharge de Davoust, qu'il n'avait agi aiiisi qu'à la siilte de pourparlers avec l'agent principal de Louis XVIIIj M, le baron de VitroUes, envoyé par le duc d'Otrante au quartier général de l'armée de Paris. L'une des premières conditions auxquelles le prince d'Eckmûhl subordonnait le rappel des Bourbons, était précisément une promesse formelle d'amnistie générale, de pardon absolu, et cette clause avait été agréée sans difficulté. A cette époque, M. de VitroUes se montrait en-
core plus accommodant, car il promettait au nom de Louis XYIII, pour prix de ce rappel spontané, le maintien de la cocarde tricolore, celui des deux Chambres, etc. Le 3 juillet, l'ennemi était aux portes de Paris; on n'avait plus le droit de se montrer aussi exigeant. Néanmoins l'avantage fait par la capitulation aux alliés, et par suite à Louis XYIII, qui marchait à leur suite, était assez grand, pour qu'on dût compter de leur part sur l'accomplissement de Tunique clause d'amnistie à laquelle on se réduisait.
L'attitude de lord Wellington, et les premiers mots qu'il adressa aux commissaires français, semblaient faits pour éloigner de leur esprit l'idée qu'il pût exister quelque malentendu sur la nature et la portée de la transaction qu'on allait conclure. Apprenant par leurs pleins pouvoirs la qualité particulière de chacun d'eux, lord Wellington dit à M. Bignon qu'il le considérait comme étant spécialement Vofficier du gouvernement. (Ce furent ses propres termes*). Puis, la discussion s' étant engagée et semblant traîner en longueur, Wellington, s' adressant à M. Bignon, comme au négociateur principal, lui demanda s'il n'avait rien préparé d'avance par écrit, M. Bignon lui remit le projet de convention approuvé par la commission de gouvernement. Wellington, se levant aussitôt, passa dans la pièce voisine pour examiner ce projet avec Blûcher et les autres officiers anglais et prussiens. Il dit en sortant, aux commissaires français, que cet examen séparé n'avait d'autre but que d'assurer les bases de la discussion, et d'éviter par là des longueurs inutiles.
Après une demi-heure d'attente, qui, malgré cette explication, dut paraître fort pénible aux commissaires
* Notes de M. bignon.
CAPITOLATIOH DE PARIS. lOi
français, Wellington réparât avec les autres, et remit à M. Bignon son projet avec de nombreoses modifications et corrections écrites au crayon par lui-même. Ces modifications, toutefois, n'étaient pas imposées, mais seulement proposées. Les prétentions, des deux côtés, se trouvaient ainsi nettement formulées, et ce fut sur cette base que s'établit la discussion dont sortit l'arrangement final.
Pour rintelligence complète de cette discussion, nous allons d'abord mettre en regard le projet et les modifications en regard du texte définitif.
Ce jourd'hni, 3 Juillet 181 5, les commisBaires nommés par les commandants en chef des années respectives, savoir: le général l>aron de Mûffling, muni des pleins pouvoirs de S. A. le prince Blûcher, conmiandant en chef de l'armée prussienne ; M. le colonel Henrey, muni des pleins pouvoirs de S. E. le duc de Wellington, commandant en chef de l'armée anglaise.
D'une part ;
Et M. le baron Bignon, chargé du portefeuille des affaires étrangères; M. le comte Guilleminot, chef d'état major général de l'armée française; M. le comte de Bondy, préfet du département de la Seine, munis des pleins pouvoirs de S. E. le maréchal prince d'Eckmtlhl, commandant en chef l'armée française.
De l'autre part;
Sont convenus des articles suivants :