ii PKKMiKUi: f'AFtni;, \" I'F.iiiouk, «iF.criov iv
« rcMix (lui n'ont fait (jnc lii'cr une juste vonuc.inco de l'ou- « trago ((uo les (iatiléens avaient t'ait à ioui's dioiix ' ? »
Fermer les yeux sur de tels attentais, c'était presque s'en déclarer capable. Tout gouvernement est complice des injustices qu'il ne réprime pas. La tolérance de Julien, l'ondée, coimne nous l'avons vu, sur des motifs de vanité ou de prudence beaucoup plus que sur de solides notions de justice et sur un respect consciencieux pour le droit, ne tint pas contre la déllance el l'antipathie dont il se sentait l'objet. « Au lieu, disaii-il ', de me savoir gré de mon support « et de mon indulgence pour leurs crimes passés, les \)vè~ <i très chrétiens ne savent que regretter leur ancienne do- « mination ; parce qu'il ne leur est plus permis de rendre « la justice, de dicter des testaments et de s'attribuer les « héritages des familles, ils ne cessent d'exciter du tu- « mulle parmi le peuple. « Les chrétiens, il faut en convenir, donnaient quelquefois prise aux accusations de leurs atlversaires. A Mœrus en Phrygie, quelques-uns d'enlie eux pénétrèrent de nuit dans le temple, et y brisèrent toutes les statues des dieux. A Pessinonte, à Césarée, des sanctuaires furent détruits presque sous les yeux de l'empereur, et les docteurs de l'Église, loin de blâmer, comme ils l'auraient <lù, ces actes de fanatisme, n'y voyaient que l'effet d'un zèle digne d'encouragement \ Mais Julien devait-il, à son tour, envelopper des innocents dans le châtiment qu'avaient encouru les coupables? Devait-il déclarer aux habitants de Pessinonte ' qu'il ne viendrait à leur secours qu'autant qu'ils se rendraient propice la mère des dieux; à ceux de
' Sozom., V, 9, ad lin.
» JuL, Ep. 5L>, t. 2, p. 437.
' Socr., III, i:> Crpjj. Xaz , Oral, i, c. 92.
* 7(//., 1 p 40;mI Arsac, [). i'M.
IîI-ArTI<)\ l'AÏFWF sors JIIIFX. 14?)
Nisiho, monafés i)ar mip incursion dos Perses', qu'il no recevrait leurs dépulôs, ne mellrail les pieds dans leur ville et ne leur enverrait des renforts, que lorsqu'ils auraient abjuré le christianisme et lait profession du culte national ï Le légitime prosélytisme que saint Atlianase exerçait parmi les païens de son diocèse, lui méritait-il l'exil rigoureux dont il fut frappé*^? Enfin, était-il juste de faire peser exclusivement sur ceux qui refusaient de sacritler aux dieux l'impôt personnel exorbitant que Julien fut obligé de lever pour les frais de la gueri'e de Perse'' ?
C'est surtout depuis que les préparatifs de cette guerre l'eurent amené à Antioche, que sa comluite envers les chrétiens devint tout à fait intolérante et oppressive*. Au moment démarcher contre le plus redoutable ennemi du nom romain, il crut ne pouvoir par trop de marques de dévotion s'assurer la protection des dieux. Ce n'étaient partout que consultations d'oracles, de devins, que sacrifices, hécatond)es; et les païens eux-mêmes disaient que s'il remportait la victoire, le bétail de l'empire n'y suffirait plus ^ Cet excès de zèle déplut aux habitants d'Antioche; ils accablèrent le victimaire, comme ils l'appelaient, de sarcasmes,* de quolibets qui le piquèreid au vif et lui firent perdre toute mesure. L'irritation qu'il montra dans son Misopocjon éclata d'une manière plus violente encore au sujet de l'oracle d'Apollon Daphnicus''. Cet oracle, interrogé solennellement sur l'événement de la guerre, s'obs-
' Sozom., V, 3.
•■' Julian., Ep. G, ^2G, r;j. Rufm., llist. Eccl., X, 33, 34. Theodor., III. 9.
•■» Socr., lit, r.i.
'■' Wiggers, Julian. d. Aljtniaii., I. c, |). !5n et siiiv. • Amm. jI/arc.,XXII,d2.
'' rhpotlor., III, 10. Chripost., In S. Pali.xl. Ihifin. X, 3;i. 36.
iAC) l'UEMIKRR PAinn:, 1'* PKRIOOR, SEf.TION IV.
tiiiîi à p^anlcr Ut silenrc, et les prèlnîs déclaivronl rpi'il ne parlerait poiiil, tant que les restes du martyr Bahjlas seraient encore à Daphné. Sommés de les enlever de ce lieu, les chrétiens les rapportèrent en procession à Antioclic, en chantant des canti(iues contre les idoles et leurs adorateurs. Julien se crut |)ersonnellement insulté; il chargea son préfet d'arrêter les principaux auteurs de ce désordre, et en fit punir plusieurs ; l'un d'eux, entre autres, le jeune Théodore, fut condamné à d'horrihles tortures, dans lesquelles sa fermeté ne se démentit ])as mi instant. Quelques jours après, le feu prit au temple même d'Apollon. Malgré le témoignage des portiers, qui déclarèrent eux-mêmes cet accident purement fortuit', Julien, décidé à trouver les chrétiens coupables, en fit mettre de nouveau plusieurs à la question, ordonna de fermer la principale église d'Antioche, et en quittant cette ville, il lui donna pour gouverneur Alexandre, homme violent et cruel, disant qu'à la vérité Alexandre n'était pas digne d'un tel poste, mais qu'Antioche était digne d'un tel gouverneur.
Voilà où Julien en était venu, malgré toutes ses promesses et toutes ses résolutions de tolérance ^ ; et c'est là qu'en vient presque inévitablement tout prince qui'entre-
^ Theodor., 111,10. ^mm., XXII, 12.
' Les historiens ecclésiastiques lui reprochent encore d'autres traits, les uns d'une insigne cruauté (fiM^'n.,X, 32, 33. Theodor., 111,17, 20. Sozom., V, 17. Chrysost., In Juvent. et Max., c. 2 3), les autres d'une tyrannie mesquine et iracassière. On voit que saint Jérôme l'a jugé bien favorablement lorsque, dans son Supplément a la Chronique d'Eusèbe, il s'exprime ainsi : « Jiiliano « ad idolorum cullura converso, blanda persecutio fuit, illiciens « magis quam impellens ad sacrifiiandum. » Saint Jérôme, qui ne rei^ul le baptême que l'avant- dernière année du règne de Julien et ne quitta l'Oci-ident qu'en 373, jugea les actes de ce prince d'après ce qu'il avait eu lui même sous h s yeux. Ôr, en Occident
RÉACTION l'AÏKXNE SOLS JULIKN, 447
prend, ne lïil-ce d'ahuril (jue par les voies les plus pacifiques, de changer la religion de ses sujets. Quand celui qui a la force en main a daigné pour quel({ue temps condescendre à des voies de douceur, c'est à ses yeux méchanceté pure que de ne pas céder à ses bienveillants efforts ; des exhortations il en vient aux reproches, des reproches aux menaces, et, si les menaces demeurent sans effet, plutôt que de voir son pouvoir méconnu, son autorité compromise, il passe bientôt à des mesures plus sévères, et les tentatives de prosélytisme aboutissent presque toujours à des actes de persécution. Lorsque Louis XIV, au commencement de son règne, se montrait si mesuré dans ses efforts pour la conversion des huguenots, pensait-il finir un jour par les dragonades et la révocation de l'édit de Nantes ? Julien ne se fût pas davantage arrêté sur la pente fatale où il était lancé, et, quoi qu'on en ait dit, il avait poussé les choses assez loin, pour qu'on pût prévoir jusqu'où il les pousserait encore. Il n'avait régné que vingt mois, et déjà toutes ses promesses de tolérance étaient oubliées; qu'eûtce été s'il eût régné vingt ans? Déjà même n'avait-il pas menacé les chrétiens de toute sa sévérité, lorsqu'il serait de retour de son expédition contre les Perses ' ?
la persécution avait sévi avec beaucoup moins de violence. Il est fort douteux qu'il faille ajouter foi aux nombreux supplices de chrétiens, qui, selon le martyrologe romain, auraient eu lieu k Rome sous ce règne {Fabrù:., Lux Evang., p. 296).
* De là les vœux que les chrétiens formaient ouvertement contre lui. Leurs sentiments au sujet de cette guerre sont peints au naturel dans le dialogue satirique intitulé ■< l'hilopalris » qui se trouve parmi les œuvres de Lucien (Ed. Reilz, t. 3, p. bSi], mais que Gesner (Ibid., p. 708) et Neander (Kirch.-Gesch., t. 2, p. 191) ont démontré a|)|)iirlL'iiir ii uiu- épo(|ue postérieure, et très probablement h celle de Julien. Crilias, l'un des inlerUiculeurs [Luc, p. 012 014), raconte qu'il c'bl entré dans une réunion d'hommes au visage pale et penché
i48 Mii.MiinK l'MUiK. 1" l'ii'.iciii;, vKciiov in.
Et c'esl ce priiico irli'Oiii'.Khî, iiilol(''r;iiit cl hiizdl, loiirnant, comme l'a dit (;iiàleaiil»ii;iii(l ', le visage au passé, le ilos à l'avenir, qu'ont laul |)n''e()nis('' dans le siècle dernier ceux qui se disaioul les amis du i>rogrès, de la tolérance et des lumières!
Quant au succès de la réaction dont il s'était déclaré le chef, son apostasie trouva certainement beaucoup d'imitateurs. Selon Rulin % une notable partie du peuple, selon Grégoire de Nazianze '\ et selon Julien lui-même '', la plus grande partie de l'armée, revinrent au culte des dieux. Saint Astère, évèque d'Amasée, déplore les détections sans nombre que l'appât d'un peu d'or occasionnait dans l'Église de Christ \ Mais [)0ur savoir au juste le profit que le paganisme recueillait de ces défections, écoutons ce qu'en pensaient les païens eux-mêmes : « Sois zélé envers les « dieux, écrivait Libanius au gouverneur Alexandre*^, et
vers la lerre, lesquels, le voyant arriver d'un airconlenl, sont venus avec empressement il sa rencontre, espérant qu'il apportait la nouvelle d'une défaite. Comme il leur répond qu'au coiilraire tout estdans l'allégresse, ils soutiennent que la ville est menacée de sa ruine, que l'armée a été vaincue par les ennemis. Mais Critias, indigné, leur réplique : a Gardez vous de vous flatter avec les contes de vieille dont o on vous repaît. C'est sur vous que la ruine fondra, vous qui sou- « Imitez du mal a votre patrie... » C'est par opposition k ces sentiments anti-nationaux, que l'auteur reproche aux cliréliens, qu'il donne à son dialogue le nom de PhUopatris.
' Éludes historiques, t. 2, p. 57.
- Rufin., Hist. Eccl., X, 32.
•' Greg. Naz., Oral. 4, c. H , 64, 65.
■' M., Ep. 38, p. 415.
^ Aster., Serm. de avaril. (in Combefis., Collect. grœc. lat. Pal. Paris, 16i8,t.l,p.o6;. SaintJérôme(Suppl. in Eus.Chron., p.OSV^ , après avoir pailé du caractère bénin de la persécution de Julien, ajoute : u in qua niulti e\ nosiris volunlale piopiià corrui-- « runt. )i
^ Liban. ,E[). lUoT.
liEACTION l'.VÏlA.Nf: SOLS .11 (.1F\. 1 iO
« accrois aulaiil que lu le pouri'as le iioinliic (ie leurs « adorateurs; mais ne félonne pas s"il s'en Irouvc qui, « après leur avoir sacrifie, regrellent ce qu'ils vicnneiil de « faire ; en public ils t'obéissenl, mais de retour chez eux, (( leurs femmes, les larmes, la nuit les conseillent autre- « ment.» On vit, sous lerègnede.lulien,cequ'on n'avait point vu parmi les païens sous le règne de Constance, des renégats tiétris par l'opinion, montrés au doigt dans les rues; des soldats quirefusaient courageusement le prix de l'apostasie, ou ({ui, après l'avoir reçu sans y attacher dimportance, le lejetaient bientôt avec mépris, au risque d'attirer contre cil \ le courroux de l'empereur '. Julien lui-même ne s'abusait point entièrement sur la valeur des conversions qu'il avait faites. 11 avait beau, dans ses mandements pontificaux^ piècher la ferveur pour les dieux, le respect pour leurs temples et leurs simulacres, il se montrait peu satisfait du zèle de ses prosélytes. « Par Jupiter hospitalier, écrivait-il a au philosophe xVristomène \ hàte-toi de te rendre auprès « de moi, cl, parmi les Cappadociens, montre-toi un vérie table (irec, car ici plusieurs refusent de sacrifier, et tt parmi ceux qui sacrifient, peu le font de bon cieur, et « ce sont malheureusement les plus ignoiants. »
Il faisait les mêmes confidences au pontife Théodore, et se rappelant la constance admirable des anciens Juifs, il gémissait sur le contraste que faisaient avec elle « le mépris « des païens pour les lois de la patrie et leur indifférence a pour le culte des dieux ^ « Lorsqu'il sacrifiait, bien sou-
» Sozom., V, 17. Theodor., III, 17. Greg. Saz., Oral, i, c 81, p. HU-1^20.
" JuL, Frai^m. Voy. ci-dessus, p. 132, lîJo. ■ Ep. 4, I. 1. p in.Sc.
* Kp. Ci ad Tliond.. 1 i, p. 4o:i c.
loi) I'(u:mii,i;k l'.vitrii;, l'"' ckkiouk, skctki.n iv.
\c\\[ il ii;n;iil auprès tl(> lui que quelques vieilles i'onnnes, ol dans les jours les plus solennels il trouvait le temple vide d'offrandes, de iidèles el même de sacrificateurs'. A son passaiic à Berce, en Sjrio, il voulut discourir devant le sénat sur la religion : « Tous, racontc-t-il à Libanius - , « louèrent mon discours, mais peu y souscrivirent, et « quelques-uns de ceux qu'auparavant je croyais bien « disposés, ne lardèrent pas à se montrer ce qu'ils étaient « et à dépouiller toute convenance et toute pudeur. » A Batné, où il passa ensuite, il trouva les apparences meilleures : des nuages d'encens parfumaient l'air, des victimes étaient partout préparées; mais il lui sembla qu'elles le fussent moins pour les dieux que pour lui-même, et ce zèle ne lui parut tant s'afliclier que pour attirer les regards de Tempereur^. Julien ramena au polythéisme ceux que des vues intéressées en avaient détachés, et que les mêmes vues devaient en détacher par la suite; il ôta au christianisme beaucoup de sectateurs qui ne l'étaient que de nom, mais ne lui ôta que bien peu d'adhérents respectables. Il défit, en un mot, et cela était aisé, le mauvais ouvrage de ses prédécesseurs, mais il ne put détruire l'oeuvre plus sohde du temps et de la vérité.
Eùt-il mieux réussi après un plus long règne? Extérieurement, sans doute, le culte païen eût pris encore i»lus de consistance, de nouvelles apostasies eussent été le fruit de nouvelles mesures de rigueur ; mais, sous le règne de l'oppres-
' Jul., Misopog. 0pp. 1, p. 362.
« Ep. 27, ad Liban., p. 399 el suiv
3 II avait fait la même observation à Constanlinople, lorsqu'enlrant unjonrdanslelemple delaFurlune, ilavait, élé salué par le peuple de nombreux vivat. 11 inlerdil depuis ce moment les acclamalions dans les temples (Ju/j'au, Ep. 64, in Fabric. Bibl. Gr. Ed. Ilarles, l. -6, p. 735;.
RRACTIOX l'AÏKWK SOLS JILIKN. !ol
sion , l'on cùl vu de nouveau lleurir le zèle; à côte des apostats, il y eût eu des martyrs ; de nouveaux Théodore, de nouveaux Marc d'Arcthusc eussent conquis l'enlhousiasnie des peuples, et, en supposant que Julien n'eût pas été lui-même obligé, comme Galérius et Maximin, de rendre aux chrétiens la liberté de conscience, c'eût été infailliblement la première mesure par laquelle eût débute son successeur. F/Église enfin eût repassé par les mêmes phases quelle avait déjà si heureusement traversées ; les erreurs du règne de Julien eussent été effacées par un autre règne; l'Église eût retrouvé un autre Constance-Chlore, en attendant un autre Constantin.
En tout cas, il est certain, d'après ce qui précède, que si, en Occident, grâce surtout à l'appui des masses, le paganisme conservait encore quelque vigueur, dans l'empire d'Orient son crédit était singulièrement ébranlé. En Occident, nous avons vu Magnence appuyer son usurpation avec quelque succès sur le zèle de la population païenne ; nous verrons plus tard Eugène, à Taide du paganisme restauré, se soutenir vingt-sept mois dans Rome ; en 408, Attalus compteia encore sur le même appui, et non tout à fait en vain. Dans l'empire d'Orient, le paganisme est si loin d'offrir aux usurpateurs la même ressource, que Julien, pour réussir, a dû dissimuler sa profession païenne, et, comme le dit Ammicn, « pour se concilier la faveur de tous, faire « semblant d'être chrétien '. » Ainsi, tandis qu'en Occident on conspire à l'aide du paganisme, en Orient, au conti'airc, c'est pour le paganisme que Julien conspire; c'est lui (|ui soutient l'ancien culte, non l'ancien culte qui le soutient; sa profession païenne, loin de lui prêter aucun
' Amm.,\\\,2.
\b'2 i'iiKMii;ni: l'Ar.rii., l" i-KUioitr., m-cikin i\.
appui, lui est au coiilraire un ohslaclc, et Iciiiil, au\ yeux (le ses sujets, le mérite inconteslable de sa gloire cl de ses vcrlus.
(^csl ce (lui a fait dire à M. lieuiinot ' (]ue Julien, au lieu (le prendre son point d'appui en Orient chez les rhciteurs et les philosophes, aurait dû le prendre en Occident, où l'intérêt de l'aristocratie et les préjugés de la multitude lui offraient un rempart bien plus sur. Mais, comme M. Beujiuot l'a lui-UKmie remarqué, Julien par sa naissance, par son éducation, par ses goûts, par ses liaisons, par ses études, était Grec avant tout, Grcecitlus, Asianufs, conjme l'appelaient ses soldats chrétiens dans leiïrs moments de mauvaise humeur -. C'était sous la forme hellénique, néoplatonicienne, qu'il avait embrassé le paganisme; pour le concevoir sous une autre forme, pour le défendre par d'autres moyens, il lui eût fallu se contrefaire, et peut-être eût-il encore moins réussi. En toutes choses, l'individualité est une des premières conditions de succès; on ne lait bien que ce (ju'on fait en demeurant soi-même.
' nplll/HuI, I. 1, p. -lo el SUIN
^ Amin. Marc, XVII, U.
SECTION V
De la mort de Julien à l'avènement de Théodose.
( An 363 - 379 )
Si, du vivant même de Julien, son projet de reslauration avait déjà rencontré tant de résistance, à plus forte raison sa mort prématurée dut-elle achever d'anéantir les espérances du parti païen en Orient. Celait comme l'arrêt iinal du destin contre la réaction qui venait d'être tenlée; les dienx, en laissant frapper leur plus zélé défenseur, semblaient eux-mêmes avouer leur défaite. Libanius est consterné, atterré ^ Le préfet Sallnste, loin de poursuivre les desseins de son auguste ami, refuse la pourpre qui Ini est offerte, et dirige le choix de l'armée sur un officier chrétien, ï'rocope, paient de .Inlien'-, probablement païen comme lui', et auquel l'empeieur défunt avait, disait-on, lemisde ses propres mains, en présence des autels, lachlamyile impériale ^ livre lui-même à Jovien ce signe de la puissance
' Voyez sa Monudia in Julianuiii .
2 Ëunapii Kxcerpla [Main, Script, vel. coll., l. i2, p. :2G7, ^^Ol).
^ C'est l'opinion de (libbon (I. ;>, p. ^21) et de Tillemont (llist. des Emp., t. 5, p. 79), et celle opinion nous paraît fort vraisemblable. Si, parmi les médailles de l'rocope, il s'en trouve une avec le labarum et le monogramme du Christ (fiandnri, Num. imp. rom., t. 2, p. 47'.». Mionnet, Rareté des méd. rom,, t. 1, p. 442-4W), c'est (|ue, dans un vv^iw si court, il n'eut le temps de. faire aucune innovaliiui a cet éirard. L'n nouvel indice de ses tendances païennes, c'est que Li])anius tut accusé d'avoir écrit son panrtivriiiue {Liban., De vilà suà, p. .j|-2. Fubric, Bibl. Cr. K'I. Ilarl,, l 6, p. 753).
' /osim.. IV, i.
ioi piiK.MiKMi; l'Aiiiii:. !"■ l'KiîKtni:, skctiox v.
siiprt'iiio, 011 (leiiKiiuiaiil d'clrc dclic tlu S(^iinc'iil mililairo, et de pouvoir, dans sa relraite, vaquer eu paix aux travaux des champs. Et, lorsque peu de temps après, en 365, ce même Procope, menacé par les successeurs de Jovien, essaie d'usurper le trône et conspire une année entière contre Valens, nous ne voyons pas que sa profession religieuse joue le moindre rôle dans son usurpation, ni que son paganisme lui procure un seul adhérent de plus que ceux que lui avaient valus son mariage avec la veuve de Constance et les honneurs qu'il avait distribués autour de lui '.
La consternation des païens ne fit qu'augmenter le triomphe de leurs rivaux. A la première nouvelle de la mort de l'apostat, tout Antioche l'ut en fêtes et en banquets ; les églises, les tombeaux des martyrs, les théâtres même retentirent de cris d'allégresse -. Grégoire de Nazianze, qu'on regrette de voir, dans cette occasion, insulter à un ennemi qu'il ne craignait plus, répandit du haut de la chaire chrétienne les flots de sa verve éloquente et amère. Mais un triomphe est-il complet pour la multitude, si le parti vaincu n'est foulé aux pieds et réduit aux abois? En dépit des recommandations de clémence qui terminaient la philippique de Grégoire ^ le premier moment fut terrible pour les païens; en
' Voyez le récit de cette conspiration dans Zosime (IHst., IV, -4), et avec beaucoup plus de détails dans Ammien (liv. 26, c. 6-9).
^ Theod., III, 38. Ces clameurs iudécentes donnèrent lieu aux païens d'imputer la mort de Julien « à ceux de ses sujets auxquels, dit Liba- « nius, il ne convenait pas qu'il vécût, et qui n'avaient cessé de lui ten- « dre des embûches» {Liban., Orat. in JuL, t. 2, p. 'Mi). Bien que ce soupçon fût probablement injuste, Sozomène (VI, % ne fait aucun effort pour le repousser, et déclare, avec son fanatisme ordinaire, qu un lel meurtre n'aurait eu rien que de louable et de méritoire.
^ Greg.. Orat. 4, c. 124. « Montrons, disait-il, à nos adversaires « combien sont différentes les inspiralions qu'ils reçoivent de leurs 9 idoles et celles que nous recevons de Jésus-Christ, lequel, glorifié
t)E l\ MORT DE JULIEN A h AVÈNEMENT DE THÉODOSE. loo
plusieurs lieux on aballil leurs juilels, on ferma, on rasa leurs temples, on mil plusieurs de leurs prêtres en prison, tandis que les autres se cachèrent ou s'enfuirent; des préfets amis de Julien furent menacés par le peuple furieux '; les rhéteurs, les philosophes furent obligés de déguiser leur profession^. A Babylone, Libanius faillit succomber aux embûches qui lui furent tendues ; il encourut même sérieusement la disgrâce de Jovien, pour la douleur qu'il avait fait éclater aux funérailles de l'apostate Mais l'empereur céda bientôt à de meilleures inspirations et à de plus sages conseils. Il se laissa apaiser envers Libanius \ fit élever à Tarse un monument en l'honneur de Julien \ conserva àPriscus, à Maxime et à leurs amis les dignités dont ils avaient joui sous le précédent règne ^, rappela les philosophes qui s'étaient enfuis de la cour, et enfin arrêta les violences populaires par l'expression positive de l'intention où il était, de faire jouir tous ses sujets d'une pleine liberté de conscience. Su volonté à cet égard était déjà connue, lorsqu'il vint à Constantinople recevoir la pourpre et le consulat ; car l'orateur Themistius, qui, à la tète de la députation sénatoriale, fut charge de lui porter à Dadastane les hommages de ses sujets, le félicita pubhqueraent sur son édit en faveur de la tolérance e
« par sa passion, a vaincu sans faire usage de sa puissance. Propa- « geons, comme lui, l'Évangile au moyen du temps et de la douceur, " et triomphons de nos euneuus par la clémence. » Ces exhortations eussent été plus eflicaces, peut-être, sans les amères invectives qui les précédaient.
* Liban., Epist. 1489, ad Modest.
2 Liban., Orat. in JuL, p. 327. Suer., III, 2i.
3 Liban., Ep. \ i8«J, ad Modest.— De vilà sua (0pp. fol. t. 2, p. i6).
* Ibid,
y Amm. Marc, W\ ,d, iO.
* Eunap., In Maxim., p. iTS.
■' Themistius, Oral. 5 consularis ad Jovianura.
Jofi r'Ki.Miliur. PAKiiK, 1" l'Kr.ioni:. section v.
a Seul, ô prince, lui ilil-il, lu as su reconnaître qu'il csl des « choses qui cchappeul à loule conirninte cl sont supé- « rieines à loul commaudemenl; je veux dire la verlu et « surtout la piété... Maiire en tout le reste, tu as laissé ce « qui concerne la rdij-ion au jugement de chacun. Tu as « en cela imité Dieu, qui, ajant mis dans le cœur de tous « les honnnes un penchant naturel à Tadorer, leur a laissé « à ( hacun le choix de leur culte. Leur ôter celte lihcrté, « c'est s'élever contre Dieu même. Aussi les lois de Chéops « et de Cambyse leur ont-elles à peine survécu, tandis que « la tienne est immuable comme celle de Dieu, d'où elle « procède... Ni les confiscations, ni les croix, ni les flammes « ne peuvent abolir cette loi divine : on peut tuer le corps, « on peut arracher à la langue des professions menteuses, « mais l'àme el la pensée conservent leur liberté... II faut « aux hommes des luttes pour animer leur zèle et leurs ef- « forts; il est bon pour cela qu'ils arrivent à la piété, les uns « par une voie, les autres par une autre. De même que dans « ton armée et dans ton empire, tous, quoique soumis au « même commandement, n'occupent point le même grade « et ne remplissent point les mêmes fonctions, le maître « de l'univers se complaît aussi dans cette variété dopinions « qui fait que les uns professent le culte syrien, les auties « le culte égyptien ou le culte grec*, et que les premiers a eux-mêmes se partagent en deux camps-.... C'est ce que « tu as reconnu, ô prince! et ta loi de tolérance n'est pas « moins précieuse pour l'empire que ne l'a été ton traité « avec les Perses ; car si ce dernier met fin à nos guerres
< C'esl la même pensée qu'exprimait plus lard Symmaque dans sa Relation : « Suus cuique mos, suus cuique ritus est. Varios cus- « todes urbibus cunetis mens divina dislribuit. Ut animœ nascenti- « bus, ita populis fatales -reiiii dislrihuunlur» (Sj/r?(m.,liv.l0,ep.54).
' Probableincnl les Juifs r| 1rs rluéliens,
lu: LA MoiiT rti' .iri.iFX a i.'AVK\r.>ii:\i in: Tiii;oiH>sr.. ir»7 (^ nxlrriotircs, la premiiTL' rleiiKlra nos discordes iiiles- « liiios '. »
ïhciiiistius prêtait ici, un peu gratuitement, à l'empereur un point de vue philosophique qui n'était pas le sien. La tolérance de Jovicn était tout simplement dictée par l'humanité et surtout par la prudence. Quant à l'historien Socratc, qui rapporte un fragment de ce discours de Themistius, il fallait qu'il fût bien préoccupé des débats théologiques et intérieurs de l'Éghsc, pour ne \oir dans les paroles que nous venons de citer qu'une allusion à la neutralité que Jovien observadans ces débats-. Quel intérêt le païen Themistius avait-il à louer une tolérance, dont ses coreligionnaires n'eussent point profité? Que lui importait que Jovien accordât ou non la liberté aux chrétiens orthodoxes? Et qu'eût signifié, dans le sens qu'adopte Socrate, l'espoir exprimé par Themistius « que l'empereur, après « avoir fait célébrer les petits mystères hors du temple, per- « mettrait la célébration des grands mystères dans le sanc- « tuaire même de Cérès?^ » Peut-être l'historien ecclésiastique vonlait-il donner le change sur l'objet d'une tolérance dont au fond il était scandalisé, et c'est pour cela qu'il send)le représenter, * conmie le résultat des ordres de Jovien la fermeture des temples, la cessation des sacrifices et la fuite des païens, lesquelles n'étaient, comme nous l'avons vu, que l'effet de leurs appréhensions, ou celui des
» Them., Orat. 5, p. 68-70.
» Socr., m, 2o.
•' Them., I. c, p. 71, nol. Pelav., p. 409. iNeander suppose, il est vrai, que les |)aroles cilées par Sociale sonl tirées d'uu autre discours de Tliemislius, qui ne nous sérail pas parvenu. Mais, vu leur idenlil6 presque complète avec celles du discours que nous possédons, celle supposilioii nr me paraît pas suffisammenl fondée.
' 6'ocr.,IIl, ii.
-loS PRKMIKRK PARTIK, 1 •"' PKfUonK, SKCITIOV V.
\i()l('ncos populaires'. Penl-(MronussiSocrate confoiidail-il, comme Liltaniiis', avec les sacrilices ordinaires, les sacrifices magiques, que Jovien abolit en effet et dont ïhemisfius approuva lui-même la suppression ^ Mais Jovien fut si loin de prohiber d'une manière générale tous les sacrifices, qu'à Constantinople on en offrit publiquement pour la solennité de son élection au consulat \ que, dans son propre camp, l'on consulta les entrailles des victimes pour savoir si Ton traiterait avec l'eimemi, et que lui-même, par condescendance pour les préjugés de ses sujets, suivit les indications des aruspices *.
Nous sommes donc fondés à croire, en dépit de quelques témoignages contraires, que les mesures de Jovien, en matière religieuse, consistèrent moins en des actes d'hostilité contre l'ancien culte, qu'en des marques de faveur prodiguées au culte nouveau.
Non content d'abolir les injustes édits qui excluaient les chrétiens du droit commun, en particulier celui qui leur ôtait le droit d'enseigner les belles-lettres ", non content de faire relever celles des églises qui avaient été détruites, il adressa, selon Sozomène\ aux gouverneurs de provinces une circulaire, probablement analogue à fédit publié par Constantin en 324, et dans laquelle, proclamant le rétablissement légal du christianisme, il exhortait, mais sans contrainte aucune, ses sujets à en faire profession. Il rendit
* Gieseler, Lehrb. der Rirch -Gesch., t. i, p. 354, not. Neander, Kirch.-Gesch., l. 2, p. 144, not.
* Liban., Epitaph. 0pp., t. 2, p. 327.
' Them., Oral, n, p. 70, conim. Hard. et Pet., p. 40i.
* La Blettcrie, Vie de Jovien, p. 118.
» Ainm. Marc, XXV, 6. La Bietterio, Jovien, t. 1, p. 17. « Sorr., m, 16.
' Sozum., VI, 3.
DE r.A MORT ni- iVUKS A l.'AVriVI'MF.NT DK TllflorHtSf:. itjÇf
nu clei'^é, ;iiix vcnvos cl aux vierj^os duTlienncs les prérognlivos quo Julieu leur avait ravies, eu réduisant toutefois (l'un tiers, h cause de la disette, Vannona ou les largesses annuelles que l'Église recevait pour le soulagement des indigents '. Il nomma, non point exclusivement, comme l'affirme la chronique d'Alexandrie '\ mais préférablement, des chrétiens aux préfectures de l'Orient; enlin, pour témoigner que, sous son administration, le christianisme redevenait la religion de l'empire, il lit rétablir sur ses monnaies le labarum, avec la croix et le monogramme du Christ \
Après la mort de Jovien, qui ne régna que huit mois, l'empire fut de nouveau offert à Salluste, qui le refusa, soit pour lui-même, soit pour son fils, alléguant le grand âge de l'un et l'inexpérience de l'autre, et recommanda aux suffrages de l'armée un officier, qui, sous Julien, avait donné des preuves de l'attachement le plus intrépide au christianisme ^ Valenlinien fut nommé, tout d'une voix, en 364 ; et sur la demande des soldats, qui voulurent qu'il se donnât un collègue, il s'adjoignit au bout de trente jours son frère Valens, chrétien comme lui, auquel il confia l'administration des provinces d'Orient, en se réservant toutefois celles au midi du Danube, y compris la (irèce.
L'empire, menacé tout à la fois par les Perses et par les Goths, était alors dans la situation la plus critique. Valenlinien comprit le danger qu'il y aurait à le troubler encore au dedans par des persécutions, et suivant l'exemple que lui avait donn.é son prédécesseur, il publia, dès le commcnce-
' Theod., IV, 2
' In Bihiiolli. Ma\. Pair., t. 12, p. 933 b.
' Randuri.l.l, p. iU-Ul. liaron., Ann., l. i, p. 1G0.
* Sozom., VI, G Theod., III, 16. Zosim., IV, 2.
I(i(l WIIKMIKIU; l'ARTIK, 1" l'i:ni(ll»K, SKCITIO.V V.
iiionl (le son ivfiiicjinc loi de lolôianco^viMMalo '. Ilpormil rovcrcicc i\c Ions les cultes, proU-gea les païens, les .luils, cl les divers i»arlis cln'étiens coiilre toute proscription arbitraire. Il maintint plusieurs païens dans leurs emplois, laissa à Prélextatus le proconsulat d'Acliaïc, auquel il avait été nommé sous Julien'-, conserva ses bonnes grâces au ihéleur Himerius ', donna à Sallusle la préfecture de l'Orient'. 11 laissa de même aux prêtres païens les privilèges qu'ils tenaient des anciens usages'', et défendit de les inquiéter en aucune façon; bieîi plus, par son édit du 29 mai 374, il accorda à ceux d'entre eux qui se seraient honorablement acquittes de leurs fonctions, la dignité de comte, avec l'exemption de toute contrainte corporelle et de toute charge curiale". Enlin xVmmien dit de lui ' : « Qu'il fut re- « marquable par la modération de son gouvernement, qu'il « demeura neutre entre les diverses professions religieuses, « qu'il n'inquiéta personne pour ses opinions, ne contrai- « gnit personne à adorer tel dieu, à exercer tel culle plutôt « que tel autre, et laissa enfin toutes choses dans l'élal où « il les avait trouvées. »
Valens, qui, par reconnaissance et plus encore par défaut d'habileté personnelle, se conduisait en général d'après les inspirations de son frère, usa envers les païens de la
* Celle loi est citée dans un édil subséquent de Valentinien, Valens et Gratien contre la magie (Cod. Theod., IX, 16, 9j : « Unicuique « quod animo imbiberit colendi libéra facultas Iribula est. »
2 Zosim., Hist., IV, 3.
■^ Lardner, Collecl. of anc. teslim.,1. 4, p. 113.
• Amm., XXVI, 5.
« Cod. Tbeod., XII, 1, 1. 60 (12 Sept. 3(U). Symin., Epp., 1. 10, ep rj4. Voyez dans l'ouvrage de M. Beugnot (t. 1, p. 235) la désignation plus spéciale de ces privilèges laissés aux prêtres.
e Cod. Theod., XII, 1, l.7r,.'
' Amin.,\X\,{).
DE LÀ MORT DE JLLIKN A l'aVÉNEMENT DE THÉODOSE. 161
même tolérance que lui, et ohliiit de Tliemislius les mêmes éloges que Jovien, son prédécesseur'. Le témoignage de Themistius est ici pleinement d'accord avec celui de Tliéodoret, avec cette difléreiice qu'il loue en Valens ce qui, sous la plume de Théodoret, devient le sujet de sanglants reproches : « Valens, dit ce dernier'^, accorda, pendant son séjour à Ance lioche, la plus grande liberlé aux Juifs, aux Gentils et à « tous ceux qui, se disant chrétiens, professaient des senti- « ments contraires à l'Evangile (les ariens). Les esclaves « des superstitions païennes célébraient en paix leurs mys- « tères; les erreurs des démons, abolies sous Jovien, mais « tolérées par le nouvel empereur, recommençaient à fleu- « rir; les orgies de Bacchus et de Gérés n'étaient plus relé- « guées dans le secret, comme elles l'eussent été sous un a prince pieux, mais étalaient publiquement et eu plein « forum leurs indécents spectacles. » El ailleurs ^ : « Tant « que régna ce prince, on vil l'encens fumer sur les autels, « les païens offrir aux dieux leurs libations et leurs sacri- « fiées et célébrer dans le forum leurs repas sacrés; les ini- « liés aux mystères de Bacchus couraient çà et là revêtus a de leurs peaux de bêtes sauvages, etc. ^ » Le témoignage de saint Épiphane vient encore ici fortifier tous les autres. Dans son 2'raité contre les hérésies, écrit la onzième année
» Them., Oral. 12 ad Valent, de relig., p. ISo et suiv. On y retrouve, en faveur de la tolérance, les mêmes considérations que renfermait déjii le discours consulaire. Socrate (IV, 32j el Sozumène (VI, 3G) en ont également méconnu le vrai caractère, en y voyant une exhortation à la tolérance envers les chrétiens orthodoxes, comme si Val(îns eût mérité à cet égard les louanges que Themistius lui donne en commençant.
« Theod., IV, 24.°
8 Ibid., V, 21.
* On comprend que les Romains, témoins de cette tolérance, purent quelquefois se méprendre sur les vrais scnlimenls de l'empe-
162 PRI-MIÈRE PAIlTIi:, i" PÉP.IODK, SECTION V.
(lii tv^no (leValonlinion ri de Valons', il parle des myslcres d'Eleusis, des diverses fêles religieuses des Grecs, en parliciilicr des cérémonies égyptiennes, comme se célébrant publiquement et sans aucun obstacle'^.
C'est à la faveur de celle tolérance que nous voyons une sorte de trêve s'établir entre les cbels des deux partis. Connue ces ennemis qui, le lendemain d'une action et à la veille de se mesurer de nouveau sur le champ de bataille, se délassent ensemble des fatigues du combat, échangent d'un camp à l'autre des paroles bienveillantes et courtoises, on voit sous Jovicn, sous Valenlinien et Valens, des évoques et des rhéteurs, fatigués de la lutte des règnes précédents, se réunir avec joie sur le terrain neutre des lettres et de la science, renouer des relations formées naguère dans les écoles d'Alexandrie et d'Athènes, se recommander leurs élèves, se communiquer leurs ouvrages, se rendre mutuellement de bons offices, et, dans une correspondance tantôt sérieuse, tantôt enjouée, se prodiguer des témoignages d'estime et d'attachement. C'est alors que saint Basile adresse à Libanius ces lettres affectueuses sur lesquelles nous reviendrons dans la suite ^. C'est alors qu'il écrit au rhéteur Sophronius, devenu gouverneur de la Cappadoce : « Si, dans ton extrême bienveillance, tu daignes « me remercier de l'avoir écrit et de l'avoir fourni l'occa-
reur, et c'tsl ainsi que s'explique l'inscriplion suivante d'un monument élevé par le préfet de Rome en l'honneur de Valens : t Valenli « iriumpiiatori et D. Ileicnli sacrum » (Gruter, Inscr. anliq., t. i, p. 286).
» Epiph., Adv. hœr., liv 1, c. 2, t 2, p. 2 c (0pp. Colon. ■I'682).
2 Ibid., liv. 3, c. 10-12, t. 2, p. 1092-1093.
^ Basil., Epp. 330-359, t. 3. La date précise de ces lellres n'est pas connue; mais l'épître 349 montre qu'elles ont été, au moins en p;ulie, écrites peiidaiil l'épiscopat de sauit Basile, savoir de 370 à 378.
DE LA MORT DK JULIEN A L'AVKN'EUreNT DE THÉODOSE. 163
« sioii de me rendre service, quelles actions de grâces ne « le dois-je pas nioi-môme pour des paroles si obligeantes « et pour un service si empressé! Puissé-je te voir bientôt, « pour l'exprimer de vive voix ma reconnaissance et jouir « de la précieuse société' ! » En 360, Grégoire écrit au même Sopbronius : «11 est de tout homme bien né d'Iio- « norer sa mère ; et si notre mère commune c'est la patrie, « toi qui Tas honorée par l'éclat de ta vie entière, toi le « patron de cette province, le bienfaiteur zélé de tous tes « concitoyens, protège Eudoxc, le fils du plus éloquent de
« nos rhéteurs^ » C'est dans le môme temps encore
que , recommandant à Themistius la cause de son ami Amphiloque, Basile lui dit : « Prouve-nous par ton exemple « cette maxime de ton maître Platon, que jamais les cités « ne verront le terme de leurs maux que quand la pliilo- « Sophie sera unie avec la puissance! Toi, qui possèdes à « la fois l'une et l'autre, fais-les concourir à la défense « d'iVmphiloque... Tu ne saurais mieux te montrer philo-
> Basil., Ep i92. Voyez encore ses é[)îlrcs flalleuses ii Candidien et k Modeslus, que leur pajïanisme avait mis précédeminent en faveur auprès de Julien (Epp.3, lOi, IH, 280, 281. Conf. Greg.Naz., Ep. 10, argument.). Quelque temps auparavant, il écrivait aii néoplatonicien Euslathe : « Ayant quitté Athènes tout exprès pour suivre " les leçons de plulnso|)liie, j'ai passé devant Conslanlinople, commn « L'iysse devant les écueils des Sirènes, pour te rejoindre plus promp- « tement à Césarée, où je ne t'ai point trouvé. C'est tout aussi vai- « nemenl que je suis allé te ciierclier en Egypte... Mainlenant que a tu es de retour dans noire pays, me voici malade a Alexandrie, où « je serai probablement retenu jusqu'à la fin de l'iiiver. N'est-ce pas « ]h un méchant tour du destin, comme vous l'appelez? n'est-ce pas « le supplice de Tantale?... Mais ta lettre est venue me consoler; et « ramené ;i des sentiménls meilleurs, je bénis la IVovidencc quand .« elle me favorise, et l'attends lors(iu'elle larde, certain qu'elle di- « rige toutes choses beaucoup mieux que nous ne saurions le désirer » (Ep. 1).
* Grej \az., Ep iH,. i. 2, p. :V2.
164 PREMIKP.E PaRTIF, 1" rKIllODE, SECTION V.
« sophc qu'on prenant en main la cause de la justice. Tu a ne saurais non plus nous obliger davantage, nous, tes « admirateurs, cl, s'd nous est permis de le dire aussi, tes « amis '..,. »
On aime à voir des hommes de ce mérite et de ce renom s'élever au-dessus d'un vulgaire fanatisme, et, tout en restant chacun tidèles à leur drapeau, se rapprocher par les principes et les sentiments qui leur étaient comnums, honorer les uns chez les autres l'amour du bien qui les animait tous, quoiqu'ils le cherchassent souvent par des voies si opposées? Mais ce rapprochement n'était évidemment possible qu'à une époque de tolérance. De quel front le parti vainqueur eùt-il fait de telles avances à des honunes qu'il eût laissé frapper de proscription, et comment ceux-ci eussent-ils pu les recevoir, sans paraître trahir leur propre parti et se manquer à eux-mêmes?
Du reste, la tolérance des premiers successeurs de Julien ne fut point sans exception, et, dans tous les cas, l'égalité entre les deux cultes fut loin d'être rélabhe. Julien avait fait restituer aux temples tous les terrains qui en dépendaient, et que ses prédécesseurs avaient donnés ou vendus. Dès la première année de leur règne (364), Valentinien et Valens se hâtèrent de les ôter aux temples et de les adjuger au fisc^. D'autres mesures, prises par les deux empereurs, e:i réparation des injustices ou des violences commises par Julien, portèrent également des atteintes indirectes à la hherté des cultes. Tous les sujets qui avaient à se plaindre de quelque acte d'oppression, souffert sous le précédent règne, furent admis par Valentinien à présenter publiquement leurs accusations; un grand nombre de païens furent,
1 Basil., Ep.24, t. 2, p. 22.
' Cod. ïheod., X, 1, 1. 8, <i févr. 364.
DE LA MORT DE JULIEN A l'aVÉNEMEM DE TdÉODOSE. 465
à cette occasion, destitués des emplois qu'ils remplissaientdans l'armée ou à la cour *. Le vertueux Salluste lui-même fut à la fin compris dans cette épuration. On exigea des prêtres et des philosophes la restitution des sommes qu'ils avaient reçues au profit du culte païen, et à défaut de cette restitution on en mit plusieurs à la torture^. Mais ce qui exposa surtout les païens à divers genres de vexations, ce furent les mesures décrétées parles deux empereurs contre l'exercice de la divination et de la magie.
Dès le commencement de son règne, Valentinien fut attaqué d'une maladie violente qui fut attribuée au poison. Il dirigea incontinent ses soupçons sur des amis de Julien, et se croyant victime de leurs enchantements, il renouvela avec un surcroit de sévérité, le 9 septembre 364 et le 12 décembre 365, les édits de Jovien contre la magie et les sacrifices nocturnes ^. Cette dernière défense , impliquant la suppression des cérémonies des mystères , alarma le romain Prœtextatus, qui remplissait, comme on l'a vu, les fonctions de proconsul en Achaïe. Les mystères d'Élcusis attiraient encore à celte époque * un immense concours de Grecs. Prœtextatus demanda grâce pour ces cérémonies '( bienfaisantes et salutaires, » alléguant que « les abolir « serait rendre aux Grecs la vie insupportable, en leur ôtant « ce qui rembellissait à leurs yeux. » Ses représentations
» Zosim., IV, 2.
* Liban., EpiUiph in Jul.,1. 2,p.327. Eunap., In Oribas., p. 498. La Bletterie, Vie de Jovien, t. 1, p. Ilo, 194. Ce dernier auteur conjecture, d'après l'époque où fut composée, selon lui, la seconde oraison funèbre de Libanius en l'iionneur de Julien, savoir dix-buit mois après sa mort, que ce fut sous Valens, et non sous Jovien, qu'eurent lieu ces actes de rigueur mentionnés par Libanius.
^ Cod. Tbeod., IX, 16, 1. 7, 8. Zosim., IV, 3. Sozom., VI, 35.
* Asterius, Serm. in Sanct. Mari, (in Combe/is., Coll. grffc. lai. pair., t. i, p. 193).
I(>0 i'iu:>iii:iîi-: I'Autii:, l"^" i-Kuioni:, sf.ctkin v.
l'inriil ravorahk'iiRMil ôcoulées ', ol les mystères d'Eleusis éeliappèreni, encore eetle lois, à la proscriplion prononcée contre les l'êtes nocturnes. Mais, cette exception laite, Valenfinien continua de sévir coidre les arts magiques et la divination mallaisanle avec une rigueur impitoyable, dans laquelle, néanmoins, son frère Valens ne larda pas aie surpasser.
Vers l'an 370^ ou 371, pendant que Valens résidait à Anlioclie, un jeune Sicilien, nommé Théodore, non moins distingué par ses talents que par sa naissance, lut impliqué dans une accusation de conspiration magique tramée contre les jours de l'empereur. Quelques personnes qui aspiraient, selon Sozomène ^, à un changement de culte, mais plus probablement h un changement de règne, voulant savoir qui succéderait à Valens, suspendirent un anneau au-dessus d'un bassin magique, sur le limbe duquel étaient gravées les vingt-quatre lettres de l'alphabet. Le hasard ou l'arlificc fit qu'il s'arrêta sur les quatre premières lettres du nom de Théodore; le jeune imprudent, séduit par l'espoir du trône, se laissa engager dans le complot et fut dénoncé à l'empereur. Le châtiment fnt terrible, mais ne s'étendit pas à Théodore seul. Tous ses complices, et même, dit-on, une foule de personnes dont le nom commençait par les mêmes lettres que le sien, partagèrent son supplice^. Le superstitieux Valens, qui n'avait pas moins de foi à la magie que ceux qui y recouraient contre lui, ne rêvait plus que comidots, et frappait indistinctement tous
1 Zosim., IV, 3. •
* C'est la date fixée par Baronius et Pagi {Baron., t. 4, p. 264) Tillemont et Reiske (Praîf. in Lib.) (ixenl l'année 371 , Lardner (Coll. of tesl., t. 4, p. 53), les années 373 et 374, date peu probable.
' Sozom., VI, 3d.
* Zosim., IV, 13. /1mm. , XXIX, 1 et suiv.
DF. LA MORT 1)E JL'LIEN A I.'aVKNEMEM' DE TIIÉODOSE. IfiT
ceux qui étaient suspects de consultations séditieuses. Les prisons regorgeaient, selon Zosime ' ; une multitude d'accusés étaient traînés devant le tribunal de l'empereur; les routes étaient couvertes de prisonniers et de fugitifs. Quoiqu'il y eût des chrétiens adonnés à la magie ^, et que plusieurs d'entre eux aient péri sous Valens comme suspects de ce crime ^ il était naturel cependant que les accusations se portassent principalement sur des coreligionnaires de Théodore. Les philosophes néo-platoniciens y furent impliqués plus que tous les antres \ Toujours entêtés de leurs pratiques théurgiques, et ne pouvant plus s'y livrer en public, ils s'y adonnaient avec d'autant plus d'ardeur en secret. A l'aide de la magie, ils conspiraient sourdement contre le nouveau régime dont ils étaient impatients de voir la fin, et leurs allures suspectes ne donnaient que tro[) de prise aux délateurs. Il suffisait, dit Zosime ^ d'une réputation, tant soit peu supérieure, de science pour éveiller les soupçons des agents de Valens. Une multitude de philosophes, de savants et de sophistes, Simonide Lydien, Hilarius de Phrygie, Andronique de Carie, Cœranius, Patrice et d'autres, furent victimes de cette vaste inquisition. Libanius lui-même fadlitàsy trouver compromis^. Priscus, mis en prison, ne fut relâché qu'avec peine. Maxime, qui, sous Julien, avait si insolemment abusé de son crédit, et, par ses lâches dénonciations, s'était fait de Valentinien un
* Zosim.y IV, 14.
* Basil., Ep. Canonica, 3, can. 83 (in Basil. 0pp., l. 1, p. 328, 330'. Beugnot, l. 1, p. 254.
' Beugnot, t. 1, p. 252, not.
* Sozom., VI, 35.
» Zosim., IV, 1i, 15.
« /.26an.,De\ilàsuà, 0pp. t. 2, p. 50. Fabr i c. , B\h\. Cr. VA. \Vdv\., l. G, p. 753.
108 IMU:.MIÈUE PARTIE, 1"' l'ÉIUOIli;, SKCTIOX V.
ennemi personnel, subit la peine que niéiilenl Ions ceux (|ni prolilenl des changements politiques pour satisl'aire leur ambition ou leur vengeance : condamné à une forte amende qu'il ne put payer, il fut mis à la question, puis relégué en Asie, où il fut en proie à une suite de misères vraiment tragiques, qui lui firent désirer la mort. Sur ses instances, sa femme lui prépara du poison, et, ne voulant pas lui survivre, elle en but la première; mais 3Iaxime, qui avait repris goût à la vie, ne toucha point au fatal breuvage; il parvint même à recouvrer sa liberté, et reparut avec quelque éclat dans le monde. Ce ne lut pas pour longtemps. Impliqué de nouveau dans une accusation de magie, et convaincu d'avoir prédit la mort prochaine et violente de l'empereur, il fut arrêté avec un certain nombre de conjurés, et égorgé par l'ordre du gouverneur Festus *.
Au milieu de ces poursuites contre la magie, si fatales même à la cause des lettres^, il était bien difficile que la tolérance religieuse n'eût aussi quelquefois à souffrir, et que les cérémonies païennes, qui avaient été mêlées au complot de Théodore, pussent s'accomplir avec Tentière liberté que les deux empereurs avaient fait espérer à leur avènement. La limite entre la magie et la divination légale n"elait pas si facile à saisir, que, sous des princes soupçonneux, les mesures prises contre l'une ne finissent aussi par atteindre l'autre. N'est-ce point ce qui a fait affirmicr à Libanius^ que Valenîinien et Valons, sur la fin de leur règne, tout en permettant le feu, l'encens et les liba-
» Eunap., In Maxim., p. iSl. La Bletteric, Vie de Julien, p. iî40.
2 Sozom., VI, 3j. Beaucoup de livres excellents furent brûlés, dit-on, comme suspects de renfermer des doctrines ou des recettes niagi(]ues.
3 Liban., Pro lerapl. (Ed. Reiske, t. 2, p. d63).
DE LA MORT DE JULIEN A l'AVÉNEMENT DE THÉODOSE. 109
lions sur les autels et l'entrée dans les temples, défendirent rimmolation des victimes? Ou bien devons-nous croire qu'un moment la haine de ces deux empereurs contre la magie les ait poussés à interdire formellement toute espèce de sacrifices? En admettant ce dernier cas, il faut tout au moins reconnaître, avec Tillemont ' et Riïdiger -, que l'interdiction dont il s'agit ne fut rigoureusement observée ni en Orient ni en Occident; car, à l'occasion des tremblements de terre qui dévasièrent la Grèce, Zosime^ nous apprend que, l'année de la mort de Valentinien, on célébrait encore publiquement à Athènes des sacrifices en l'honneur de Minerve; et saint Astère, évèque d'Amasée, parle des victimes que, de son temps, on offrait encore publi(iuement à Hercule, à Cérès, à Proserpine, à Esculape, dont les temples, ajoute-t-il, étaient encore debout dans le monde entier*. Au surplus, les deux empereurs eurent l'occasion de s'expliquer positivement sur le degré de tolérance qu'ils avaient l'intention de laisser au culte païen. Une députation, à la tète de laquelle se trouvait encore le même Prœtextatus, se rendit à Trêves pour exposer à Valentinien les griefs du sénat de Rome, dont quelques membres avaient été mis à la torture en conséquence des édits impériaux. Valentinien protesta n'avoir voulu porter aucune atteinte à l'exercice de l'ancien culte, et pour gage de ses dispositions, il publia, le 29 mai 371, une loi dans laquelle, tout en rappelant les engagements qu'il avait pris au commen-
' Tillemont, Hist. desEmp., t. 5, p. 131.
* Rudiger, De stal. Fag., p. 45.
3 Zosjm., Hist., iV,18.
* navra/cj tx; d/MoÀ-.rr,. Aster., Somi. in Martyr., loc. cil., p. 193. Les sermons de saint Astère d'Amasée ne paraissent pas avoir été prononcés avant le règne de Jovien {Busse, Grundr. dcr clir. Lltler., p. 83}.