‹ Histoire de la destruction du paganisme dans l'empire d'OrientChapitre 9 sur 31 · J )'i;i-.->iiKm: I'Aimik. 1"" i-khioki:, skctiox ir · texte numérisé non relu

J )'i;i-.->iiKm: I'Aimik. 1"" i-khioki:, skctiox ir

il lail allusion à ladévaslaliuii du iiionunieiil do l'aiisaiiias, dans le (rmplc de Minerve à Sparte, délruil, (iil-il, par les modernes Titans, avec h consentement de l'empereur qui régnait alors '. 11 nieidionne également la ruine du temple d'Esculape en Cilieie, déplorée si éloquemment, dit-il, par son ami le rlieleur Acaeius". Enlin, dans l'un de ses discours funèbres en l'honneur de Julien ^ après avoir reproché aux dieux la morl du plus zélé de leuis adorateurs , il s'écrie dans son transport : « Vous ap- « prouviez donc ce prince, vrai Salmonée, dont tout à « l'heure nous maudissions l'impiété, ce Constance qui, a vous li^rant une guerre incessante, avait éteint le téu « sacré, aboli la joie de vos sacrifices, renversé vos autels, « démoli vos temples, délruil vos honneurs, pour mettre « à la place ceux de je ne sais quel dieu mofl. » Les éloges que Libanius donne à Julien \ comme restaurateur des

* Liban., Ep. 1080, Ausonio, not.

' Ep. 607, Acacio, Liban. Epp. Ed. Wolf. Ainsi. 1738. Acacius, rliéleur loué par Suidas, enseignait dans les écoles de Pliénicie et de Palestine [Liban., Ep. 666). Libanius vanle fort son discours sur la destruction du temple d'Esculape : « Après avoir, lui dit-il « (Ep. 007, p. ;291;, prouvé dans celle harangue admirable la puis- « sance du dieu par les nombreuses inscriptions de ceux qui ont « recouvré la santé dans son temple, tu décris d'une manière tra- « gique les allaques des athées, la ruine du temple, la profanation « des autels, les oulrages faits aux suppliants. » Acacius, comme nous l'apprenons par une autre lellre de Libanius (Ep. 319, Acacio), croyait avoir recouvré la santé dans ce même temple, et son discours paraît avoir eu pour but d'en solliciter la restauration sous le règne de .lulien. Enlin, Libanius lui-même croyait aussi avoir des obligations ù ce dieu pour la guérison de ses maux de lêle, et recommandait fort sérieusement ce remède à tous ses amis (Ep. •1074, Modesto, 143i,Rufino).

3 Liban., Monod. 0pp. fol. I. ^1, p. îi:.i5-2o3.

' Ibid.. p. 2rSD. Epilnpli.. liiid , p. ^288. La permission de sacritier, que Julien annonra en :'.(i() a ses peuples 'Amm. Marc, XXII. ."i.

HKGNK UI'.S MIS DK COVSTA.VTIX. 93

tciiiplcs (M (les sa( rilii'es , su|)|)()S('nl ('onstainineiit les mêmes profanalions do la pail de son prédécesseur ' ; il en est de même de ceux (ju'il donne à liaceliius, prêtre de Diane, pour avoir rétabli en grande pompe sa statue '. Eunape adresse un semblable éloge à Chrysanlhe. Il ne restait, selon lui, plus d'autels à Sardes, lorsque ce philosophe entreprit de les relever et de reconstruire les temples qu'il trouvait en ruines *. Saint Cyrille d'Alexandrie \ tout en niant avec vivacité les homicides religieux que Julien imputait aux chrétiens, reconnaît, sans hésiter, qu'ils avaient détruit des autels et des temples. Enlin, Sozomène, qui parle aussi, et presque dans les mêmes termes qu'Eusèbe, des temples fermés dans les villes et les campagnes, ainsi que des |)eines infligées aux idolâtres, y voit l'exécution de lois formelles publiées par les fils de Constantin ^

Ainsi, en Orient, l'on n'en était plus à chercher des prétextes : on dépouillait, on démolissait tous les temples où l'on était sur de n'éprouver aucune résistance, ou dans lesquels on craignait la célébration de rites séditieux. La réunion de témoignages que nous venons de citer ne permet pas de douter que les atteintes contre l'ancien culte, déjà

Julian. Ep. ad S. P. Q. Alhen.) suppose également qu'avant lui les sacrifices avaient été interrompus.

1 Vo.vez encore les Ep. (»7;J et 730 de Libanins en faveur de son ami Orion, iiui, a Bostra, n'avait pris aucune part a ces profanations. Voyez aussi le tableau qu'.\mmien trace de la cour de Constance et de ses favoris enrichis des dépouilles des temples [Amm., XXII, 4).

2 Liban., Ep. Cr22, iWt, p. 297.

' lùmafj., De vil. phil. in Chrysanth., p. 503. Ed. Boissonade. PaVis, 1849. In-8.

'• In .Iulian., liv. (! [Cyrill. Al. 0pp., t. 0, p. 206).

» Sozom., Ilisl. Eccl., III, 17 : « .Non contents, dit-il, de conûr- « mer les lois de leur père, ils en publièrent eux-mêmes contre ceux « qui osaieul sacrilier aux dieux, nu adorer les idoles, ou ext icer « de quelque luanièrc le ciillf des païens. »

J> i l'KIMIl ItH l'AKTIK, \'" IMUloKi:, SKC ll(l\ H.

si noinluviiscs sous Coi)slanliii,-ireusseiil reduiil)k'' deliai"diesse et d'inleiisilé suus Constance ; et c'est précisément la violence de ces attaques qui va nous aider ù concevoir comment une reli^iion, réduite à la situation où le paganisme se trouvait alors, put tenter les chances d'une léaclion.

Les réactioPiS religieuses, en effet, n'ont lieu d'ordinaire que lorsque les attaques livrées aux institutions existantes sont allées au delà de ce qu'exigeait, de ce que comportait l'état de l'opinion. An premier effort, tout cède, tout plie devant l'enlrainement du siècle; mais, au bout de quelque temps, les mécontentements amassés produisent leur effet : les partisans du passé se reconnaissent, se rallient, réunissent leurs efforts ; et pour peu que les circonstances leur soient favorables et qu'un chef habile ou puissant se mette à leur tète, ils forcent momentanément l'ennemi à reculer.

Tel est le phénomène que va tout à l'heure nous présenter le paganisme. Mais, afin de nous rendre raison des succès passagers qu'il obtint dans cette tentative, il est nécessaire, avant tout, de compter les appuis qui lui restaient, et de faire en quelque sorte l'inventaire de ses forces.

SECTION III

Appuis «lu paganisme daiiK l'empire d'Orient.

Toute religion qui compte plusieurs siècles d'existence a eu le temps de créer chez les peuples qui la professent des habitudes, des mœurs, des intérêts en conformité avec elle, et qui lui servent d'appui longtemps après que son prestige a commencé à se dissiper. Aussi est-ce d'ordinaire aux deux extrémités du corps social que les cultes vieillis trouvent leurs partisans les plus nombreux et les plus tenaces. Tandis que les classes privilégiées y demeurent attachées par un esprit de conservalion plus ou moins intéressé, la foule ignorante y adhère par esprit de préjugé et de routine. Tels étaient aussi, au quatrième siècle, les principaux auxiliaires du polythéisme en Occident '.

Dans l'empire d'Orient, ces deux classes ne lui prêtaient pas, à beaucoup près, un appui aussi sohde et aussi sûr. Il s'y trouvait sans doute une multitude irréfléchie que l'habitude enchaînait à ses anciennes traditions, comme son amour pour le plaisir la rendait idolâtre de ses antiques fêtes ; cependant cette multitude, élevée sous l'influence de la civilisation grecque, et sourdement travaillée par l'incrédulité, était loin d'avoir pour son culte Taveuglc attachement que montraient les populations d'Occident, et tout particulièrement celle de Rome. Quelques paroles railleuses, que Constantin s'était permises contre les sacrificxîs du Ca-

• Brugnot, liilnd., pag. 34,30, clc.

*:>(» »>KK>IIKUi: l'AUilK, 1"^ l'CKIOUK, SKCÏIO.V III.

pitolt', lui avaient atliiv l«^s malédictions du peuple romain'. liu Orient, au ronlraire, nous avons vu <iu'un simple agent, muni d'un ordre de sa pari, avait pu confisipjcr impunément les ornements et les trésors des temples. Quant à l'arisloeratie, à peine restait-il en Orient une classe digne de ce nom : les conquêtes des (Jrecs, puis celles des Uomains, avaient dès longtemps ruiné l'ancienne noblesse des villes; les empereurs l'avaient remplacée par une sorte de noblesse administrative, composée de ceux qui avaient rempli quelque cbarge relevée ou qui portaient le litre de quelque emploi ; mais celle aristocratie iaclice, sans racines dans le sol, sans illustration personnelle, presque sans considération enfin, malgré les titres pompeux dont elle était revelue, ne formait point un ordre dans l'État'-, et son ascendant ne pouvait, même de bien loin, se comparer à celui qu'exerçait encore le patriciat de Rome. Ayant d'ailleurs moins de privilèges à conserver, en particulier moins de part aux honneurs lucratifs du sacerdoce, elle avait par cela même un inténM bien moins vif au maintien des anciennes inslitulions religieuses.

Mais, si le paganisme trouvait en Orient, chez le peuple et la noblesse, des appuis moins efficaces qu'en Occident, en revanche il y trouvait des partisans plus nombreux et plus influents chez les lettrés et chez les philosophes.

C'était toujours parmi les peuples de langue grecque que la littérature classique était cultivée avec le plus d'ardeur ', Tandis qu'à Rome les classes élevées elles-mêmes affichaient assez de mépris pour les lettres \ tandis que dans tout

• Zosim., Hist.,11,29, 30.

- Le Uas, Hisl. du Moyen Age, t. 1, p. 2, 3.

* teugnot, l. i, p. 477.

^ Amm. More. XWIII. r, 3. p. .^29.

rOccidciil, l«'s rcolt's ilc rh(l(»rique ne prospéraient (|n'i\ l'aide (les suhventinns impériales, les écoles d'Orient se stildsaienl pour la |)lupail à elles-mêmes, on, si elles recevaient (pielques subsides, c'étai<Mit les villes (pii les leur assuraient en retour des a\anlages ([u'elles-mèmes i( liraient de ces étahlissements '. f.es écoles d'Éplièse, de Milel , de Nicomédie, de Césarée en Cai)padoce, de |)lusieurs villes de Syrie et de Mésopotamie, l'école d'Allièncs |)riiicipalement, la plus renommée et la plus llorissantc de toutes-, nuiraient chaque année un immense concours d'élèves qui, de toutes les provinces de l'Orient, venaient, sous les auspices de maîli-es qu'on appelait rhéteurs ou sophisfes, étudier les anciens modèles, se t'oi"mer à l'art de bien dire, de briller dans la discussion, de résoudre avec facilité les questions épineuses, de parler d'abondance et sans préparation sur tous les sujets. L'étude des belleslettres était en Orient le complément obligé de toute éducation soignée: nul n'était censé propre à remplir avec succès les fonctions publiques, s'il ne s'était formé à l'éloquence sous la direction de quelque [irofesseur renommé. Aussi le droit denscigner la rbétoricpie était-il une des tlistinctions les pbis a\idemenl recherchées; la charge de sophiste dans les grandes villes était disputée avec la même

' Schlosser, Wellgescliichle, A" Tli., 3'' AIjUi , p. 5(1 et suiv. — rniversihf'leri, Sludirend. und l^rofess. der Gricclien lin Schlosser iind />Vrc/*r.*f Arcliiv. der Gescti., t. 1, p. 217 et suiv.).

* « Chaque terre, dit Ilimerius, a son fruit, cliaf|ue nation son '( caractère qui la distingue: la Tiiessatie est fameuse par ses clie- « vaux, tes Mèdes par leurs festins, les Gaulois par leur clievelure, « Delplies par ses lauriers, Lacédémone par sa valeur; le fruit naluc rel (i'Alliènes c'est l'éloquence. Jeunes gens, sauvons notre ville " en conservant cliez elle ce divii» flambeau » Kdil. Diilui i, |Xl!t. Orat. 21, 0. 1, ?,, p. 87 .

;l,S i'i;i Miiiii. l'AHin. 1" l'i.i'.KiiiF., si.c.iKis m.

ardeiii' ijii 'lulii'l^ji^ la coiiroimo dans les jeux ohmpKjuos '. A chaque vacance, une Joule de cuinpélileurs se mettaient sur les rangs ; le peuple assislail aux épreuves, et telle était la vivacité avec laquelle il prenait parti entre eux, telle était la violence des luttes qui s'engageaient dans ces occasions, que souvent les proconsuls étaient obligés de prendre des mesures pour protéger la sûreté publique'-. Au milieu de la décadence générale des institutions, au milieu de la langueur de la vie politique, l'éloipience, ou du moins ce qu'on voulait bien encore appeler de ce nom, était loujours une aiîaire importante pour les Grecs; ce peuple, qui n'était plus rien, se sentait vivre encore par sa renommée littéraire ; c'était par elle, en quelque sorte, qu'il se constatait à lui-même son identité. Rome avait brillé par l'empire, et tout ce qui rappelait les souvenirs de sa grandeur chatouillait l'orgueil des Romains; la Grèce avait brillé par l'éloquence, et le culte des lettres était demeuré le caractère distinctif et national de tout ce qui portait le nom grec.

Mais dans cette littérature elle-même, que trouvait-on, sinon l'empreinte profonde de la religion qui avait présidé à son berceau et inspiré ses principaux chefs-d'œuvre? Homère, le prince des poètes, était en même temps le chantre sacré des Grecs; ses épopées renfermaient le principal dépôt de leurs traditions religieuses. C'était dans la mythologie que les rhéteurs puisaient le sujet ou l'ornement de leurs déclamations^; à l'ouverture des fêtes pu-

' Himi'riiis, en proclamant la liste des philosoplies et des rliéleurs, s'écrie : ? Voici vraiment le rôle de la noblesse alliénienne! » (Eclog. 7, ex orat. Areop , p. 21).

' Schlosser, ihid., p. .^3.

' Voyez celles de Ubaniiis, ruilont (l;ins le preiniei- volume de ses

AIM'I'IS 1)1 l'A(;.\MS\IK KN (lltlK.Vf. 99

Miqiies, leur éloquence éiail mise ;\ coiilribulion, ol leurs discours, destinés à retracer l'origine des jeux sacrés, étaient remplis d'allusions païennes '. Il y avait, comme Ta si bien remarqué LibaTiius^ une étroite parenté entre l'ancienne littérature et l'ancienne relig-ion; et le même mot servait à les désigner l'une et l'autre ^ Qu'on ne parlât point aux sophistes de celle religion nouvelle qui, au cortège gracieux des muses helléniques, substituait la muse barbare d'un Ézéchiel, d'un Jérémie, et proposait aux enfants de la Grèce de s'instruire à l'école des pêcheurs de Nazareth !

Au surplus, ils savaient bien de quoi les menaçait le triomphe de cette religion. Déclarer la guerre aux dieux, c'était la déclarer aux rhéteurs. Les écoles, à la vérité, subsistaient encore; les empereurs faisaient encore profession de les protéger ; Eustathe, Libanius avaient encore leurs entrées à la cour '. Toutefois, ils ne se dissimulaient point que leur règne touchait à sa fin ; des signes non équivoques trahissaient le désir qu'on avait de se passer d'eux ; les égards froids et contrairds (ju'on leur montrait marquaient déjà plus que de la méfiance ; chaque jour quelque nouvelle mortification venait irriter leur amour-propre, et déjà s'amassaient dans l'àine ulcérée de Libanius ces ressentiments qu'il fit éclater plus tard. <i Ùue faisait-on, dit-

œuvres. Voyez principalemenl celles d'Himeriiis, dans la uoiivclle édition de Diibiier, ii la siiile des œuvres de Pliiloslrate.

1 Voyez par exemple Liban., K;». 62:2, Baccliio, p 297, e(f., etc.

* Oral. Apol. 0pp. loi. l. 2, p. 591 : OUv.% /m aj^i^-^r TaOrx «jj-v--

» k/lrMao/.;. Voy. Ilenric. ^teph.. Thés. ling. prff-c. Edil. Hase, t. 3, p. 770. KXÂr.viao.'.; imllalio Gra'corum, Geniilisrniis, lillera) griocre. Voy. de même Siiicerus, Tlies. K>cl., 1089-1092.

'■> F.niini)., In .l'.des, |). iO."). JJhaiiii Masiliciis, elc.

ilMI j'iti MiKHK l'Ait III, i" rriifidiK, sFc.Tiitv m.

'( il ilaiis son Apologie ', pdiir les l'avoi'is <le Mercure el des « Muses? Jamais Couslanee ne les appelait auprès de lui, « jamais il ne leur adressai! lui mot d'éloge, jamais il ne « daignait leur parler ni les écouler. Ses amis, son corléjic « ordinaire, c'élaieid les barbares, les eunuques, auxcpiels « il confiait les affaires de l'Etat; gens complètement « étrangers aux lettres, détracteurs de ceux qui les culli- « >aienl, mettant toute leur habileté à les écarter de la « peisoime du princ(\ pour l'entourer uni(|uement d'en- « nemis des dieux, d'adorateurs des loml)eau\, de coii- « tempteurs d'Apollon et de Jupiter, gens enlin (pii pous- « saient l'insolence jusqu'à faire nommer aux charges les « plus relevées des hommes qui n'avaient d'antre titre « qu'un misérable talent de scribes ; tandis que Constance « se félicitait, comme si les affaires de l'État n'eussent pu « tomber eu meilleures mains. » Ce que pensait alors J.ibanius, les rhéteurs les plus considérés, les Himerius, les Themistius le pensaient comme lui, et se rattachaieiil avec d'autant plus d'amour et de regret aux beaux temps de la religion grecque, quavec elle les lauriers de l'éloquence semblaient sur le poini de se tlétrir*.

» Liban., 0pp. fol. t. 2, p. 5VH-o93.

* (' Autrefois, ditilimerius avec un soupir, iln'y avait personne île « plus respecté dans Athènes que les sophistes; lesso[thistes t'Iaienl " tout pour les Athéniens. De tous côtés l'on voyait aftluer dans cette « ville ceux qui professaient cet arl » (Orat. 4, c. i, p. 53. ) Et ailleurs : « Athènes, si illustre quand les lettres florissaienl « dans son sein, ne fait plus que véiïéter comme elles. Jadis elle « brillait par la célébrilé de ses rhéteurs; le I^ycée, les Thermes '( mêmes élaienl pleins de ses sages... Depuis que sa voix est étouf- « fée, le gouvernement de la chose publique esl entre les mains des '< esclaves el des matelots. » (Oral. 21, c. 2, p. 87}. l'arlonl nous voyons s'unir chez Himerius ces deux seiilimenis, de regret sur la décadenct' dos lellres, et d'amour pour ranrioi ciille. Il avait élc\é

APl'Us 1)1 l-.\(;\M>MI:: K.\ OIUI'.M. 101

Il ii(> laiil point s'exagérer, saiisdoiile, la lervenrdccc zèle païen. Ce n'est jamais nii zèle de bien bon aloi (|ue eehii qui aime dans une religion autre cliose (lu'elle-mème. Combien de littérateurs, de poètes, navons-nous pas \ns se reprendre soudain, pour les croyanees du moyen âge, d'une belle ardeur qui n'a point duié ! De même eeux que l'amour de l'ancienne littérature retenait sous l'étendard du paganisme , visitaient le temple en artistes bien plus qu'en fidèles; ils en admiraient les décorations, rarchitecture encore plus que la divinité qu'on y invoquait. Une caresse, une avance du pouvoir, la perspective de quebpie distinction llatteuse leur arracliait de temps en temps d'étranges concessions. Dans un discours d'apparat, prononcé sous Constance, Tliemistius • remercie Dieu du secours qu'il a accordé à lempereur contre les Perses. Libanius, dans le panégyrique de ce prince", parle de la Divinité dans des termes qu'un théiste n'eût pas désavoués ^ cite avec éloge les opinions que le monarque a émises sur la Providence, et le loue d'avoir supprimé l'usage de la divination dans les affaires de l'État. Ce langage des rhéteurs, amis du paganisme, faisait prévoir qu'un jour, lorsqu'ils le verraient définitivement condamné par le siècle, ils sauraient se soumettre à la force des choses et calmer l'amertume de leurs regrets. Mais pour le présent, et aussi longtemps qu'ils espéraient soutenir l'ancien culte, c'était de son

son (ils dansles mêmes senlimenls (Oral. 23, c. M, p. !t3). Cept-ndaiU il s'exprimait sur le christianisme avec moins d'amertume que Lil»aiiius. « llimerius, sophiste d'Athènes, dit Photiusdiimer. Opp, prsef., « p. 3), n'aboie contre nous que sourdement, a la faron des chiens « craintifs. »

» Or.it. 2 deConst. Imp., p. 3î). Themist. Oral. Pans, 1684. fol.

- Liban., Orat. 3 Hasilic. Opp. fol. I. 2, p. H3, 137 h, 1 19 A).

lO-J i'iu;\iii:i!K l'Ainii:, T'' pkiuoim':, skctiu.n iri.

LÙlo (HIC se loiiiiiaiciit louis sMiipalliics, c'était on sa lavoiir que se (loplojail i'iiilluencc incoiilostaltlo qu'ils cxorçaienl autour d'eux. Saint Chrvsoslonie les signale parmi les plus redoutables suppôts de l'ancien culle'. Tout était encore païen dans les écoles de rlicloriquc; c'était un air ])aïen qu'on ros|)irait à Athènes, et cet air, disait saint Grégoire de Nazianze *', « était dangereux pour les âmes et souvent « mortel pour la loi. »

Une iniluenco plus puissante encore commençait à s'exercer en Orient en faveur du paganisme, je veux dire celle de la nouvelle philosophie qu'on est convenu de désigner sous le nom de néo-platonicienne , et dont le fondateur était Ammonius Saccas, Le concours ouvert dernièrement par l'une des classes de l'Institut de France, et qui a donné lieu à tant d'ouvrages remarquables sur lécole d'Alexandrie ', nous dispense d'entrer à cet égard dans de longs détails; il nous suffira de rappeler en peu de mots l'origine de cetie philosophie, les doctrines qui la caractérisaient, et surtout les causes elles circonstances de son alliance avec le paganisme.

Vers la fin du second siècle de notre ère, la philosophie grecque , dès longtemps épuisée par lenfantement de

' Chrysont., Contra Jiul. el (lentes. Lib. in S. liab^l., c. 2 (Opji. fol. Ben., 1. 1 , p. ri77; t. 2, p. o39 b c).

» Greq., Orat 43 (0pp. Ed. Ben., t. 1, p. 787 a).

* Voyez It s ouvrages de MM. Vacherot, Jules Simon, Emile Saisset, Barlh Sami-//îVo«T. Joignez-} l'ouvrage deM. Jia(/e»sur l'école d'Alexandrie; les Histoires de la Philosophie de Tennemann,de lutter, eic; l'opuscule de A/f/ne?'.s, Beilrag zur Gesch. der Denk. der ersl. Jalirli Leipz. -1782, in-I2; les Fragments philosophiques deM. Cousin relatifs aux commentaires de Proclus et dOlympiodore, éd. 1847, t. 1 (voy. suricul p. i2f) el suiv.) ; la [iréf ce de son édition des omivres de Prodns; Bp7ij. Constant dans son ouvrage sur le Polythéisme romain, liv I.S Ouant à la lutte du néoplatonisme av(C lechrislia-

Al'l'l |N IM l'A(,A\l<Mi: IN oi;ii;.\i. 103

srs anciens syslènics cl icdiiitc à de slcrilcs liavaiix de con.incntalcurs, aspirait de plus en plus à se rajeunir par rédccfisnic '. Après avoir taché de concilier entre eux Platon, Aristote, Zenon, Pjlhagore, et de créer, par celle combinaison, des systèmes qui eussent du moins l'apparence de la nouveauté, elle sentait qu'il lui fallait autre chose que cet ancien fonds de doctrines grecques, déjà élaborées de tant de manières, et cherchait avec ardeur à d'autres sources de nouveaux matériaux pour la pensée et la méditation. De nouveaux besoins, d'ailleurs, conunençaient à se faire sentir à celte époque. La vogue des systèmes de Pyi-rhon et d'Epicure commençait à passer. On était las de ce matérialisme dégradant qui réduisait l'homme à la vie animale et végétative, de ce scepticisme universel, de ce vide absolu de croyances, qui le laissait sans ressources et sans consolation dans le malheur. On avait soif d'adoration, soif de certitude, soif de spiritualité, soif d'avenir; on aspirait à se remettre en relation avec linlini, à renouer les liens rompus entre la terre et le ciel, à ressaisir par la contemplation ce monde idéal que la triste et prosaï(iue philosophie des derniers temps avait couvert d'un voile épais.

Ceux que ces besoins, toujours plus vivement sentis, n'amenèrent point au christianisme, crurent ti'ouver dans les SNstènies tliéosophiques de lOrienl le nouveau principe de vie spirituelle et nioiiile (piils cliercliaieiil. Il leur semblait que les \icux sanclnaires de l'Orient dussent receler la

nisme, consultez Mof<lmm, De liirbalà per rcceuliores Plat. Eeclesià (in Disscri ad liist. Eccl. perliii. Allona, 1743. t. 1, p. 89 ; Ke.l, De oaiisis alieni Plalon. récent, a rcl. clirisl. aiiimi (in Opusc. Acad. Lips 18-21, p.:{!i1 elsuiv.).

' Ritlcr. IlisI (le la Diiil.. (rad. Paris, IS:?.-;, t. i, p. îitK? ^iGi.

lui I'Iu;mii.hi; rvitiii:, I" i'i;iti(>i<i;, ^i:(.nn\ m.

soiircc lit' loiile \crilo ol de loule sajfossc ' ; ol de inènio <|n(' le Militaire des païens, blasé sur ses dieux el ses rites iialiouauN, demandait à l'EgNpte, à la Syrie, à la Perse, des pruli(jues religieuses plus elficaees, les pliilosoplus, de lein* côté, csperaicul rencontrer dans la seienee des liiéroplianles orientaux des profondeurs que leurs propies systèmes ne leur offraient plus; ils j trouvaient tout au moins cet élan Aers l'infini, cet esprit de contemplation qu\ disait adieu au monde visible pour s'absorber dans le monde s|)iriluel, cette ardeur de S[)eeulatioii métaplixsicpie <|ue n'elïra\ aient point les problèmes les plus abstraits. Les platoniciens, en particulier, posaient j reconnaître la source ûv. l'idéalisme élevé que leur maitre avait empinnlé à Pvtliagore, et que Pytbagore, disait-on, avait recueilli dans les leçons des sages de l'Orient. Ce fut donc dans le mxsticisine orienlal qu'ils chercbèrent à retremper leur pbilosophie; ils empruntèrent aux systèmes tliéosophiques di; l'Inde, de l'Egypte, de la Clialdée, ainsi qu'à ceux di'S Juifs cabalistes et alexandrins, leurs dogmes caractéristiques du pantliéisme, de la Irinité, île lémanation, de la clinte des âmes cl de leur retour en Dieu par le moyen de l'ascétisme el de l'extase. Ue VUn, ou de la substance tli\ine inlinie, ils faisaient sortir l'intelligence primitive, renfermant en soi les types éternels de toutes choses ; de celle-ci, l'ànie du monde, formant avec elle et avec le principe suprême une Irinité, laquelle comprenait ainsi la plénitude de l'èlre, de la pensée et de la vie. De l'àme du monde, ils faisaient découler également, par une série d'émanations, tonte la variété des êtres iiilcUcctuels auxquels, par accommodation

' Ritlei. Hist. tic la l'iul., 1. î, ji. lo-lO. — Jules :>vnoii. I. I. P 101.

Ai'l'us m i'Af;.\M>.Mi: i;.\ (»i;ii;M. lOo

avec les idées reçues, ils doimaieiit le iiiuii de dieux, de dcMiiojis et de héros'; imis, de eeux-ei, la \ariélé iidinie des êtres sensibles. Kl, eumiiie la perleclion de Ions ces èlres allait en diiniiuiaiit à jnesiii'e (|ii'ils s'éloi^iiaieiil de la source suprême, c'était dans cette dégradation successi\e (ju'il fallait, selon les néo-platoniciens, chercher l'origine du mal. Notre àme elle-même, quoitpie identitiue avec Dieu par son essence, participait à celte déchéance par son union avec le corps. Le seul moyen de salut pour l'homme, c'était donc de mortifier la chair par l'abstinence et de laiie remonter l'àme elle-même jusqu'à sa source, en l'unissant étroitement à rêtrc iiitini par le recueillement et la contemplation -'.

Tels étaient les principaux traits de cette nouvelle philo- S( phie, qui , esquissée à la lin du second siècle par Ammonius, systématisée avec tant de génie par Plotin, coordiMinée ensuite et savamment exposée par Porphyre, avait s Ml principal siège dans les écoles d'Orient, mais tout particulièrement dans celle d'Alexandrie. On voit dun coup d'ieil connneni elle s'efforçait de répondre aux besoins du temps. Au scepticisnie (jui énervait et désolait les âmes, elle oj)posait comme contre-poids le dogmatisme le plus absolu; pnr l'idéalisme et l'ascétisme qu'elle portait si loin, elle se vantail d'arracher violennnent les âmes à l'empire de la matière; enfin, faisant tout dériver d'une seule sub-

' B. Constant, l*oljlli. rom.,1.2, \>. 2()î). Selon Pluliii, lesiiémbns pailicipait'iil h la fois do la nalurc divine vX de la nature inotlcllc. (:lia(|ue lnMiiiiie cii avail iincuMinie génie lulélairc. Mais IMolin, non plus que Plalon, n'adinellait (siicore aucun culte a rendre a ces démons, aucun moyen d'établii eiilre eux et l'Iionmie, par do» prières ou par des riles, luie coniiniiuicaliou liabiluelle el miraculeuse.

= riolin, Enuead. VI, lib. 'J. — lUlIrr, llisl. de la IMiilos., t. 4. p ;5o, 3(j.

|()(î l'iîiMii.iii: l'Ai'.Tii:, l" l'KiUdDi:, siic.nox m.

sliiiicc (^i^ iMc, dans le s<'iii de la(|iioll(' loiil dcvail iTloiinior iiii jour, clic |)r('l(Midail salisl'aire celle Icndance vers l'iinilcqni clail aussi un des principaux cai'aclèrcs du sicch*'. Sous Aninionius (^1 JMoliu , le uéo-plalonisnic , loul occup('' d'édilici' cl (l'exi)oscr ses doctrines, ne pril point paili enlrc les deux religions qui se coml)allaieiit ^; cl lorscpie, sous Porplij rc , il commença h se mêler de leurs débals, ce lui moins en vue de soutenir l'ancienne religion que de cnnd)allre la nouvelle. Porphyre, que l'on qualifie ordinairement de païen, (Mail pliilosoplie avant tout, et plusiems <le

' B. Constant, Polviii. rom., liv. XIV, c. 1 ; XV, Ti, 7.

- Jules Simon, Éc. d'Alex , 1. '2, p. 31), — Mosiieim, un peu Irnp préoccupé de son point de vue ecclésiastique, attribuait a Ammoniiis Saccas, qu'il regardait comme un déserteur du clirislianisme, l'intenti(»n formelle de combattre celle relifrioii pour remettre en crédit l'idolàlrie, et croyait le néo-platonisme loul entier calculé dans ce but (De turbalà, etc., § S, 9, 13, etc.). Celle opinion a été solidement réfutée par Melners (1. c, p. 12 et suiv.), jiar Keil (De causis, etc., I. c, p. 435 et suiv.) et par les modernes liisloriens de l'école d'Alexandrie. Quant a Plotin, s'il combattit les ^nostiques, ce ne fut point à cause du nom de chrétiens qu'ils portaient, mais plutôt à cause de quelques doctrines métaphysiques qu'ils soutenaient, et qui n'étaient pas moins op|)osées a l'Évanjiilc qu'au néo-plalonisme. On trouve, il est vrai, des allusions mythologiques dans les ouvrages de Plolin ; mais c'étaient des accommodations semblables à celles fju'on trouve dans Platon lui-même, et l'on a lieu de croire, avec Meiners (ibid., p. 75, 76), qu'il était fort dégagé des préjugés de son temps, bien qu'il n'osât point loujours le faire paraître. Cette neutralité des philosophes éclectiques du troisième siècle entre les deux religions peut être encore prouvée, si je ne me trompe, par l'exemple de Chalcidius, philosophe de Carihage, traducteur et commentateur du Timée de Platon (Edit. Fabric. ad cale. opp. S. Hippo'yli, t. 2). — Beaucoup de discussions se sont élevées a son sujet entre les critiques : les uns l'onl prétendu chrélien, et même en ont fait un archidiacre espagnol; les autres l'ont cru païen; mais lorsqu'on examine impartialement les passages cités par les uns et pai- les autres, on n'y trouve que les vagues expressions d'un syncrétisme mystique qui croyait pouvoir embrasser toutes les opinions religieu ses et philosophiques du temps (Cf. Brncker, Hist. Philos.).

APi'iis uv i\\r.AMs:\n: f.n oi;ikm'

ses ouvrages nous mollirent eu lui un esprit tort supérieur aux superstitions du paganisme vulgaire '. Dans son traité sur l'abstinenee des viandes ', il rapporte l'origine des sacrifices aux tromperies des démons et aux fausses idées qu'on s'est formées des dieux. « On s'est persuadé, dit-il, « qu'ils nuiraient au genre humain si on les irritait par ot le refus de certains hommages ; qu'au contraire, on les « apaiserait par des offrandes et des sacrifices. Or, cela « n'est vrai que des démons malfaisants — Ce sont ces « derniers ^ qui, se plaisant aux lihations, à la vapeur de « l'encens, à l'odeur du sang, à la fumée des sacrifices « dont se repait leur corps grossier, se sont fait adorer « comme des dieux. » Il est curieux de voir, sur ce sujet, Porphyre pleinement d'accord avec quelques auteurs chrétiens de son temps '. Il conclut que l'homme sage s'abstiendra soigneusement de tels rites, qui ne feraient qu'attirer autour de lui les démons, et que, pour se rendre de plus en plus dissemblable à ceux-ci, il travaillera avant tout à purifier son cœur. « La divinité, dit-il ', regarde bien plus « à notre conduite et à nos sentiments qu'à l'abondance « de nos victimes. » — « Le Dieu suprême étant incorporel, « immuable , indivisible , n"a besoin de rien d'extérieur ; « tout ce qui est matériel est impur à ses yeux. » Et ailleurs '' : « Il n'est pas moins condanniable de sacrifier des

' C'est le jutieinenl que porleiil de lui liiller (Ilist. «li^ la TMiil , I. -i, p. ?Ho-518), M. Vachernl (tlisl. de l'ftc. d'Alex., t. 2, p. 111-118) el .M Jules Simon (ihid., t. 2, p. 131 el siiiv.}.

* ['orphyr.. De abslinenlià uh esu animal, (ir -Lai. Kd. Reiske. Ulrecht, 17GT, in-i, lit). 2, e. 37-43.

•' Ibid., c. 42, p 182.

' Orirjen., Kxlmrlal. ad martyr, c. ^r^. CnnI Cels. III, 29, VIII, Œl .

* Porphijr., De abstinent., Iib. 2, c. ir», 37. « lbid.,c. rJ1,:i2.

H»S l'iii.MiKiiK l'Aiim;. I"' l'i.iUdDi:. mxjki.n m.

« ;iiiiiii;iii\ (Ml MIC (K' (• miKiilic l'iiNciiir... Le pliilosoplic u (U)ii! nous hiicoiis le i)oilr;iil ii'aiii;i (juc lairc do roiisuln lor les (lc\iiis, d'inlerru^cr les ciilrailk's des victimes... u Les choses doiil il s'eii(|iiierl sont de celles (jue la di\i- « iialion n'enseigne point ; car en s'appi'ochant dn iJieu « (|u'il recèle dans son propre cœur, et se recueillant en « lui-même pour l'inteii-oger, c'est le grand Jupiter (|u'il « aura pour devin, c'est de lui qu'il recevra des révélations « sur la vie élernelle. » La lettre de Porphyre à sa femme Maicella ' respire un spiritualisme encore plus pur. « La « philosophie enseigne, dit-il, (|ue la divinité est présente « partout et pour tous , mais que Tàme du sage est son « principal ou plutôt son unique temple. » — « Dieu n'a « besoin de personne, et le sage n'a besoin que de Dieu « seul. » — « L'impie a beau immoler des hécatombes et « enrichir de mille offrandes les autels des dieux , il n'en « est pas moins inq)ur et sacrilège. » — « Celui qui adore « Dieu comme si Dieu avait besoin de son culte, semble « l'estimer moins que lui-même,» etc. — Mais rien n'égale la hardiesse de sa lettre à Anébou -, prêtre égyptien ; ce sont, sous forme de questions, les objections les plus acérées contre les oracles, la divination, les conjurations, les sacrifices. « Le prêtre Chérémon, dit-il entre autres, pré- « tend (]ue certaines paroles, prononcées dans les mystères, « ont une grande puissance pour contraindre les dieux. . . . « Je crains fort que tout cela ne soit, ou des tours d'esca- « niotage, ou l'effet de préjugés qui nous font attribuer

1 Maio, Classic. Auctur. CoUeci , t. i, p. iJuG el suiv. Porphyr., Ad Marc, c. ii, 1 i, il, J9, elc.

^ Porphyr., Episl. ad Anehonein pioplielaiii .Kj,'ypl. (ad iuil. lainblicli., DciMyst., Oxon. 1078. fui.). Vciyez aussi l'exlrail qu'en donne saint .4iiguslin (De Ci>ilale Del, liv. 10, c. il )

Al'l'l IS III l'At.AMMl l"\ lilUI'M

« aux (lieux les passions Imiuainos. Je demainle, tlil-il eu « lerminaul, s'il u y a |)oinl d'aulie voie vers la suprême « félicité que la diviualiou et la tliéurgie, et si tout ee qui tt concerne cette dernière n'est pas une pui-e chimère qui « donne de l'importance à des choses de rien. La divina- « tion n'est assurément point le seul chemin vers le hon- « heur, puisqu'on peut avoir cette science et ne point sa- « voir en user, ou s'en servir pour importuner mal à « propos la divinité sur la fuite d'un esclave, lâchât d'une « terre, un mariage ou un négoce '. »

Ces citations révèlent, ce semble, assez bien l'esprit de Porphyre. Lors donc qu'on le voit dans d'autres ouvrages, dans celui, par exemple, sur la grotte des nymphes ^ se livrer à des allusions mythologiques ou à des explications allégoriques des légendes des anciens, ce n'est point dans le but de remettre ces légendes en crédit; c'est plutôt, comme Platon et comme Plotin, dans le dessein de rendre sensibles , par des emblèmes connus , ses propres idées philosophiques. Si, dans son ouvrage sur les statues des dieux, il explique ' le but dans lequel elles ont été érigées, dans sa lettre à Marcella il déclare que l'impie n'est pas celui qui leur refuse son culte, mais plutôt celui qui se forme des notions indignes de la majesté des dieux '. Lnfin si, dans un passage conservé par Eusèbe ', il semble s'afthger de la cessation des oracles d'Esculape, et s'écrie, dans un accès d'humour, (jiie, « depuis que Jésus est adoré, « personne n'éprouve plus rassislaiice des dieux, » ce sont

1 Porpli., 1. c, !>. 1>.

î Vacherot, t)e l'Écolo d'Alex., I. ^2, p. r,:i, tO'>. 110.

•' Fabric.,\V\h\io[\\A.vivc., l -4, p. "ilW.

'► Porph., Ad Marcel , c. 17 in Maio, t. l, |». ■>^'i-

^ Fus., Pra>par. Evantiol., liv. ."), c. \.

110 l'HF,\lli:ilK l'Vl'.Tli:, 1" l'KItiMllK, SKCTIO.N III,

là les pliiiiitos iriiii pliiUisoitlic l>ien moins |)réuc(ij|t(': de la cliutc (le raïu'ionnc religion qu'iiHiuiet des progrès de la nom elle '. Peu lui imporle an fond le cas que l'on fait des oracles d'Esculape; i)en lui imporle le discrédit de croyances surannées au-dessus desrpielies il a su s'élever. Ce qui lui importe, c'est que, cette religion une fois tombée, une autie n'en viemie pas prendre la place; c'est que la foi d'autorité ne se substitue pas de nouveau au lihie examen ; c'est qu'au moment où le néo-platonisme espérait en finir avec les ( ro\ances positives, s'emparer seul du sceptre de la pensée bumaine, renqjlaccr les cultes anciens par une pbilosophie religieuse universelle -, elle ne se trouve pas ellemême supplantée par un culte nouveau. Mieux placé qu'Ammonius et Plotin pour juger de la force vitale inbérente i\ ce culte, lui qui vit le commencement des persécutions de Dioclétien , Porpbyre pressentit sans doute le triomphe du christianisme, et s'indigna à l'idée de voir un jour cet héritier du judaïsme barbare ^ s'installer sur les ruines de la sagesse antique et disputer à la philosophie le droit d'éclairer

» Il se peut aussi, comme le suppose Preller (llist. pliil. gr. rom., p. 52i-), que cis passages et d'aiilres du même geure, si disparales a\ec ceux que nous venons de rapporler, apparliennenl à une autre époque de la carrière philosophique de Porphyre, et probablemenl a la première. Il se peul que. ce philosophe eùl coaimencé, comme ses prédécesseurs, par s'accommoder au langage reçu, mais que plus tard, voyant poindre dans l'école née- platonicienne les tendances tiléurgiques de lamblique, il se fût rejeté dans la philosophie pure l>our demeurer fidèle à l'esprit de son maître Plotin. C'est ce qui le fil accuser d'inconstance par ses successeurs, entre autres par lamblique et Eunape {Eunap. in Porph., p. 457. Eusèb. de Prœp. evang., IV, 10, August. de Civilate Dei, X, 9J. La plupart des philosophes de l'école d'Alexandrie suivirent, comme nous le verrons, une route inverse de celle de l^orphyre; en avançant en âge, ils leudireut toujours plus fortement vers le paganisme.

^ Jules Simon, t. 1, j) 18o.

" i'.apêafiv --■;/■'>., cimime déjii l'appelait Celse.

APPUIS 1)1 l'ACAMSMI', K.V OltlKM'. I I 1

le genre liuuKiiii '. Voilà ce qui lui fil i)reiRlie la pliiine pour le combaltie, el Tou sait (|ue ce fui par des argumenls philosophiques, beaucoup plus que païens, qu'il l'allaqua "*.

Mais nous sommes arrivés au momeul où, | our le combattre avec plus d'avantage encore, ou du moins pour échapper plus sûrement à sa domination, le néo-plalonisme, jusqualors indépendant, allait conlracler une alhance intime avec l'ancien culte.

Les craintes de Porphyre s'étaient réalisées : de proscrite, l'Eglise était devenue victorieuse, et déjà elle commençait à abuser de son triomphe. Comme elle n'avait jamais demandé grâce à ses adversaires , elle n'était maintenant disposée à leur faire aucun quartier. Cette constance d'opinion qui l'avait tant honorée dans les mauvais jours, celte fixité de principes qui, même en face des supplices, n'avait souffert aucune concession à l'erreur, connnençait, sous le patronage du pouvoir, à se tourner en esprit d'exclusion et d'intolérance. Déjà Constantin avait supprimé le traitement de plusieurs professeurs de philosophie à Athènes •^; déjà, de la même main qui avait signé l'abolition des sacrifices, il venait dedécréler la destruction des écrits dePorphjre\ et n'avait cru pouvoir flétrir plus sévèrement les sectateurs d'Arius qu'tn ordonnant de leur appliquer le litre de Porphyriens. Le néo-platonisme se voyait menace d'une proscription inévitable'. Comment

1 Tennemann, Gescli. d. IMiil., l. 6, p. 43">-437. — lieil, De caiisis alieni, p. 40:î, 401».

* Voyez d.iris Fubrtciiis, Bibliolli. r.r?ec. Harnl). 1708, t. i, p. 272- 276, des cilalions des UyA /.ari xpiaTtavôjv de l*orpli\ rt;.

3 mitpr, llisi, de la IMiilos. Irad. t. i, p. o8, riol.

* Coristanl. episl. Kpisr. ol plrli. (iri Socrat., 1,9, p. 3-2).

s Jnl. Simon, llisl. de \'\ir. d'AI.'X , 1.2, p. 27r>, 27().— l'ucherol, i. 2, p. UO.

{\*2 l'KKMIKRH PAhlIi:, I" ITIUOKK, SI-.c;TIO\ III.

roniiircr ce péril ï (loimnriil, îincc le pelil iioinliic; de ses adeptes, se llaller de liiller seul conlre une r<'li^iou (pul'Élal soutenait et (pii ((•niplait déjà des millions de seetaleui's .' IMulôl que de lui eédei" l'enqyiie et de conseulir à tomber sous son joug, il s'unira coidre elle avec le paganisme; il s'efforcera de relever l'ancien culte pour s'en taiie un rempart conlre l'ennemi comniim; ilappuieia le pul\ théisme de son crédit auprès des homiues éclairés, pour ohlenii' en retour son appui auprès de la multitude'.

Mais quoi! va-t-il donc re\enir aux ^ieilles superstitions que tout à Tlieure il tmiinait en ridicule!' Va-l-il de nouveau prostituer à la niultiplicilé des dieux ces hoimeurs quil se faisait gloire d'élever jusqu'au Dieu souverain? Va-l-il quitter les hauteurs de la contemplation idéale poui' asservir sa perisée aux bizarres fictions des poètes'!' En (in, après avoir proclamé qu'il n'v a rien en Dieu (|ue de pur, et que l'hommage d'im cœuv pur esl le seul digne de lui, va-t-il avec la tbule, et dans le même esprit qu'elle, cncensei' les dieux grossiers, adultères, parjures, chantés par Homère?

Non; le néo-platonisme n'adhérera aux croyances populaires qu'en les expliquant à sa façon; en empruntant aux païens leurs légendes el leurs piali(jues, il aura soin d'en détourner le sens. L'interprétation allégorique, ressource ordinaire des philosophes qui veident introduire leurs systèmes sous le manteau des dogmes reçus, l'inlerprétalion allégorique, à l'aide de laquelle Philon trouvait dans Moïse les doctrines de IMaton, et les cahalistes celles de la théosophie orientale, à l'aide de laquelle aussi les anciens

' Vacherot, llisl. de IKc. «l'Alex., I. 2, p. (W. — ^f//. 5/(/(o//, ilii,!., l. I, (). 1.%(i, l(i8.

\PIM IS Ul l'AOAMSMK EN ORIENf. \ \o

prèlres de l'Egypte et de l'iiide avaient jadis associé ;ui fétichisme du peiiple leur panthéisme mélaptiNsiqiie et abstrait, rendra un semblal)le service aux néo-platoniciens.

Dès ce moment, elle prend dans l'école d'Alexandrie une importance toute nouvelle. Ce n'était chez Plotin, chez Porphyre, qu'une forme ingénieuse dont ils aimaient à revêtir leur enseignement; chez leurs successeurs, c'est un procédé systématiquement employé pour voiler les absurdités de la religion populaire '. Ils tiennent à justifier pour elle ce zèle naissant dont le monde pourrait à bon droit s'étonner; ils veulent faire comprendre comment eux, esprits supérieurs, penseurs distingués, peuvent, sur des objets si importants, s'exprimer comme le vulgaire; ils cherchent enfin à réhabiliter ce paganisme dont il leur convient de se faire un appui. Dès lors, les mythes les plus clioquants, les rites les plus bizarres revêtent chez eux un sens profond; ce sont des emblèmes dont ils ont retrouvé, disent-ils, la signification dès longtemps oubUée ; ce sont de hautes vérités philosophiques couvertes pour le vulgaire d'un voile qu'ils ont eu les premiers la gloire de lever.

Mais, dira-t-on encore, si le néo-platonisme devait ainsi renoncer à être une pure philosophie et revêtir la livrée d'une religion, pourquoi ce singulier choix? Pourquoi, hostile au christianisme avec lequel il avait plus d'une secrète affinité, ne fût-ce que celle du spiritualisme, rechercher l'alliance d'un culte matériel et grossier'

Rien de moins sur|)renant, si l'on réfléchit que, de ces deux religions, l'tnie, dans la plénitude de sa force, ayant

• Varhncit, I. -1. 1». i(>:>, m.

•11-4 fin mm:iik PxiniF, l" iM-.itiour.. sFriKiv m.

«r.iilltMirs (les ilof^ini's piisitils et ai'ièlôs, no se nrriail pour le in.)iiient ù aucune transaction, et repon&sait les néoplaloniciens comme elle avait naguère repoussé les guostiques; tandis que l'autre, abattue et délaillante, devait se laisser altérer, métamorphoser sans résistance, heureuse encore, à ce prix, de trouver des philosophes qui consentissent à la soutenir et à porter son nom '.

C'est de lamblique, chef de l'école d'Alexandrie sous le règne de Constantin, qu'on fait dater généralement cette remarquable évolution dans le néo-platonisme '^ Ammonius, Plotin, n'avaient été que des philosophes; Porphyre, par amour pour la philosophie, avait déclaré la guerre au christianisme; lamblique, pour assurer à la philosophie un nouveau soutien, se fait païen et païen fervent. Paribis encore, il est vrai, on l'entend s'exprimer dans le sens le plus spiritualiste. Dans une de ses sentences que Stobée nous a conservées ^ il proclame « heureux celui qui, au- « tant qu'il peut se faire, est semblable à Dieu, parfait, « simple, pur, élevé au-dessus des choses humaines , et « vertueux, celui qui unit lénergic à une âme honnête, « et qui, revêtant la beauté intelligible, participe ainsi à « l'essence et à la puissance de Dieu '. » Mais ailleurs nous le voyons composer un traité tout exprès en faveur de la vertu des simulacres \ tant de ceux qui passaient pour descendus du ciel, que de ceux dont on connaissait les auteurs, et établir que, remplis de la présence de la divi-

» Ritter, EisL de la Phil., l. 4, p. 138.-5. Constant, Polylli. rorn., t. 2, p. 2()8.

* Bitter, t. 4, p. o29. — 7. Simon, t. 2, p. 187-190. — Vacherot, t, 2, p. 63, 66, 119.

3 Joh. Stobœi Senlenlife. Aurel. Allob. fol. 1609, p. 221, 5a3.

* Tcù OecO.

» Photii l^iMiolJi. FjI. r.nil. Sleph. iri92. fol. end. 21,". p, .^,"4.

APPLis DU l'Ac.wrsMi: K\ oitij;.\r. llîi

nilc", ils avaient tous le pouvoir d'evaucer ceux qui les invoquaient. Dans sa Vie de Pythagore, il ne néglige aucune occasion de louer la dévotion païenne de ce philosophe et la fidélité avec laquelle il s'acquittait de tout ce qu'il devait aux dieux '. F^ui-mème passa une partie de sa vie dans le temple et au milieu des bocages de Daphné; il se vantait d'opérer des prodiges et des évocations mystérieuses; tous les soirs, accompagné de ses amis, il allait sacrifier dans un faubourg d'Antioche, et les apparitions miraculeuses dont il les rendait témoins lui assuraient, dit Eunape -, leur docilité et leur confiance.

Sopater, successeur de lamblique \ et Salluste, ami de Julien, furent aussi de ces philosophes qui, tout en se formant sur la religion des notions assez pures, employèrent leur crédit et leur savoir à justifier le culte qui l'était le moins. Dans le traité Des dieux et du monde, qui lui est attribué, Salluste s'énonce avec beaucoup de justesse sur les rétributions futures ''' : « L'impiété, dit-il, est à elle- « même son châtiment ; car ceux qui ont connu les dieux « et les ont méprisés, sont vraisemblablement dans une a autre vie privés de leur connaissance..... Quand nous « sommes souillés par le vice, nous avons les dieux pour « ennemis; non qu'ils soient courroucés contre nous, « mais parce que nos fautes empèdient les dieux de nous

' lambl., De vilà l'Uliag. Ariist 1707, in-4, c. 28.

* Eunap., De vil. pliil. in lainlilich., p. 451). Nous n'avons ni;)llieiireusemenl poitil conservé les livres de lamldique dans lesquels élaienl consignées ses explications de la mylliologie, el auxquels .lulien renvoie fréquemnienl (Oral. 4, p. J46 a, 157 cd).

* Sopater, dans ses exirails (Kxcerpla varioruni, liv. 12), rasstMnbla, dil Pliolius, toutes les fables des anciens relatives aux dieux [Phof , cod. 161, p. 338}.

* Sailust., De diis el tnundo, c 14. 18 'in Opusc. M.vlliol. gr.-lai. Ain^l. 1688, in 8).

Ii6 l'i;K.>llKltK l'Altïll., I" l'KKlnKK, sKi.lKiN III.

v< luirt'. « On (■(•nj|ntMicl (ju'iiii esprit aussi l'Uvé nactvpUpas sans l'oiiimeiilairc lo.s liadilioiis de la in\ lliolo^ie, et quavant de s'en faire l'ap()lt)gisle, il ait besoin d'un long avant-propos : « Si les dieux sont immuables, dit-il, et si « leur essence est incrcée, d'où viennent ces fables (|u"on « nous donne comme divines et qui nous les représentent « sons un aspect si différent ' ? » — Écoutons bien sa léj)onse : « Oui, sans doute, les fables sont divines... en ce tt qu'elles annoncent à tous qu'il y a des dieux; quant à la «. nature de ces dieux, 11 est vrai, elles ne la dévoilent qu'à « ceux qui peuvent comprendre le mystère; mais c'est cela « même qui est le plus admirable en elles, puisqu'elles « voilent la vérité pour ceux qui risqueraient de la nié- <i priser, étant hors d'état de la comprendre, et que, par « leur absurdité même, elles poussent les autres à la cber- « cher. Â l'ouïe des récits qu'on lui lait des vols, des « adultères, des violences dont les dieux se sont rendus « coupables, le philosophe reconnaît bientôt que ce n'est « là qu'une enxeloppe, sous laquelle il y a des vérités pri)tt fondes à découvrir. » Sallusle, poursuivant ce sujet, distingue cinq sortes de fables, correspondant aux cinq sortes de vérités qui s'y trouvent figurées; elles sont, ditil, ou théologiques, ou naturelles, ou psychiques, ou matérielles, ou mixtes. Ainsi, la table de Saturne dévorant ses enfants est à la fois théologique, en tant qu'elle représente la nature du dieu intellectuel se repliant sur luimême, et naturelle en ce qu'elle représente le temps absorbant en soi ses plus petites subdivisions, etc. '^ Puis vient une longue explication cosmologique du mythe d'Atys et

1 Sallii.st., iliiii., c. :).

^ lLii<l.. ('. i, p. -2i7-i4;.».

AIM'l 1> Kl l'.\(.\MsMi; K.\ OFIIKM. '^7

(lcC\l)èlo, cl (le luiiles k's lï'li'saii\<|iiclles ce mylhe donnent lieu.

C'est à dessein que nous n'avons point enroir parlé de la fameuse'' lettre sur les Mystères, allrilniécà laint)lique. Meiners ' a prouvé par divers arguments qu'elle n'est point de cet auteur, et telle est aujourd'hui l'opinion delà plupart des historiens de l'école d'Alexandrie. Cette lettre, eu effet, outre qu'elle renferme plusieurs doctrines peu d'accord avec celles de lamblique, seml>le dater d'une époque où l'alliance entre le polythéisme et la philosophie était plus intime, qu'elle ne pouvait encore l'être de son temps ; d'une époque, d'ailleurs, où les sacritices se célél)raient dans toute leur pompe, où les prêtres de Delphes, de Colophon, rendaient librement leurs oracles, où le culle égyptien surtout était en grande faveur, en un mot, très probablement de l'époque de Julien. Mais si cette lettre n'est point de lamblique, elle est au moins de son école, et nous offre le type le plus complet de l'alliance conclue entre la nouvelle philosophie et l'ancienne religion. On sait qu'elle a pour titre : Réponse du prêtre Amabhon à la lettre que Porphyre a écrite à Anèbon, et solution des doutes qui y sont énoncés '. Autant Porphyre se montrait ennemi des superstitions vulgaires, autant l'auteur de la réponse se montre le patron complaisant de ces mêmes superstitions. C'est un esprit cultivé, sans contredit, mais que l'intérêt de son parti a jeté dans une fausse route, et qui dès lors semble prendre à tâche d'étouffer les lumières naturelles de son esprit. Les formes diverses sous lesquelles apparaissent les dieux, les noms plus ou moins

' Meiners, In Comment. Soc. Reg. Gœlling. lli^t. ot pliilol. class. ad an. 1781, t. l, p. bOelsuiv.

' lambltch., de Myst. liber. Oxon. 1G78, fol.

^l^î l'KK.Mii UK r'Miiii;, 1"' i-kkiodi:, skciiox m,

harbnivs qu'on leur (lonnc, les (•.ilrgorios dans lesquelles ils se (listiiiguenl, les opérations pr(»j)res à cliaeune (relies, les si^rnes divers par lesquels elles font connaîlj'e leur volonté, la certitude des présages tirés du vol des oiseaux, des entrailles des victimes, la guérison des maladies au moyen de songes envoyés par les dieux, l'efficacité de$ conjurations et des opérations tliéurgiques , la nécessité des expiations, des lustrations, des sacrifices, tout enfin, juscpi'aux obscènes processions des Mystères, se trouve, dans cet écrit, expliqué, justifié, et delà manière souvent la plus étrange '. Porphyre avait demandé s'il n'y avait point d'autre voie vers la félicité que la divination et la tliéurgie. « Non, répond sévèrement l'auteur de la lettre d'Amab- « bon -, la divine Mantique, présent des dieux mêmes, « nous a été donnée comme le seul préservatif contre les « maux de la vie; et il n'y a point d'autre voie qui con- « duise à la félicité... Garde-toi donc de te joindre aux « impudents qui taxent de charlatanisme les prêtres et « les adorateurs des dieux. » Il veut même ^ qu'on n'omette dans leur culte aucune des plus menues cérémonies prescrites par les prêtres; car, dit-il, « les dieux supérieurs « ne viennent jamais seuls ; ils ont leur cortège de divi- « nités inférieures qui réclament aussi leurs hommages « particuliers; et, comme les prêtres seuls peuvent con- « naîti'e le moment où les dieux descendent et le cor- « tége dont ils sont entourés , eux seuls aussi peuvent c déter-miner les rites nécessaires en cliaque occasion , « et l'omission d'un seul de ces rites peut gâter tout l'ou- « vratie. »

' lambl., Lih. rie itysl., secl. 1, c 11 ; sf<-(, 2 7. passim. - Il)i<l., secl. 10. V. 1, (i.

* Ibid., secl. o, c. 21.

APi'iis 1)1, cAf.wisMi: i;\ (ir.iE.NT. H 9

Voilàdoiic, non [iliis seiilenienl les Iradiliuns inylliologiqiios, mais le lilncl païen lonl entier accepté par Jes riéoplalonicicns. Que penser d'une telle alliance? Ces modernes prùneurs du pag^anisine étaient-ils trompés ou trompeurs? Nous pensons, avec MM. Vacherol et .1. Simon ', qu'ils n'étaient précisément ni l'un ni l'aulre, mais qu'engagés par la position qu'ils avaient prise, ils aimaient à se croire sincèrement dévoués à une religion qu'ils n'adoptaient toutefois qu'en la dénaturant. « Les Alexandrins, dit M. Cousin ^, « étaient des philosophes, des hommes d'État, qui, ne vou- « lant point accepter la religion nouvelle, et ne pouvant sé- « rieusemeiil soutenir l'ancienne telle qu'elle étail, la trans- « formaient à l'aide dune interprétation arbitraire;... des « gens qui voulaient d(mner aux peuples la religion la « plus morale et la plus raisonnable possible, en maintenant « l'ancienne religion, mais en l'élevant à la dignité de phi- « losophie... » « Apparemment, continue-t-il, les mythes « païens avaient eu dans la pensée de leurs auteurs un «c sens élevé, défiguré depuis. Il fallait remonter jusqu'à « ce sens et le restituer, ou, si cela était impossible, à c ause « du laps des siècles , de l'incertitude et de la variélé des « traditions, tout en prétendant quon le restituait, il lal- « lait, les yeux toujours lixés sur le ^rai but, à savoir l'ae niélioialion des hommes et des hommes du temps où « l'on vit, s'arranger, même aux dépens de la lettre et de tt l'exactitude archéologique, pour trouver ou donner à « ces mythes un sens honnête, capable de produite sur les « esprits une impression morale. Platon avait connnencé :

' Vacherol, t. 2, p. t40. — Jid. Simon, I. 1, p. 170. M. Cousin se [lose la même question (Fragments philos., t. 1, p. 321. Coninu'iit. d'Olympiodore sur le (iorgias).

- Journal des Savants, an 1834, p. i21>.

120 i'iii,,>iii:i;i: l'AiiriK. I" i-kiuoim:. "«i.cikin m.

a les Alc'\.iii(lriiis (iiil siii\i. (,)ii('l Mai |>liil(iso|)lu' (isi'i ail v< 1rs en lilauiof 't »

Nous ro^MoKons, quant à nous, de ne poinoir lonr accorder une approbation aussi implicite. D'abord, noiis ne croyons point leurs motifs aussi désintéressés et aussi purs qu'on vient de les représenter, La liaine du christianisme, la crainte de tomber sous sa domination entraient, comme nous l'avons vu, pour beaucoup dans ce système d'accommodation aux idées païennes. Ensuite, ce système lui-même nous paraît manquer à la fois de franchise et de dignité. « Que « peuvent faire, demande M. Cousin ', les philosophes en- « vers les cultes établis? Ou y croire im])Iicitement conune « le peuple, c'est-à-dire aljdiquer la philosophie, ou mé- « priser les croyances populaires comme un amas de su- « perstitionsstupides et sans aucun sens, ce qui est peut-être « moins philosophique encore; ou, sans y croire soi-même, 9 comme le peuple, et sans les mépriser, essayer de s'en « rendre compte. Qu'est-ce, en efîet, que la philosophie, « sinon la tentative de se rendre compte de toutes choses? »

Assurément, en face des traditions religieuses, le philosophe n'est point tenu d'abdiquer son propre jugement, el de se contraindre à regarder comme vrai ce qui, après un examen sincère et approfondi, lui apparaît manifestement comme faux. Kncore moins doit-il mépriser indistinctement les croyances populaires, parmi lesquelles il en est qui sont dignes de tout son respect ; surtout il doit se garder, en étalant ses doutes devant des esprits mal préparés, d'ébranler gratuitement des croyances inoffensives. Mais, n'en déplaise à l'illustre auteur, entre ces deux partis, l'un d'aveugle approbation, l'autre de négation absolue, il est un parti

* ( ousin, FiHtsiri. |tliiios.. I. i. p. J42.

Ai-i'iis i)i: cAf.A.No.Mi'; r,.\ oiui.m. t;2l

incilk'ur, ce nie semble, (|iie relui «ni'il piopose. An lien de s'obstiner à trouver un sens moral et [diilosupliliine à des traditions qui le pins sonvent n'en ont et n'en peuvent avoir aucun, étant tout simplement le Irnit de I i{^iior;mcc des premiers âges ; au lieu de jnèter à leurs auteurs des pensées élevées ou profondes qui n'entrèrent jamais dans leur esprit; au lieu de se livrer à des interprétations ingénieuses, si l'on veut, mais arbitraires et, comme le reconnaît M. Cousin, bien souvent ridicules; au lieu de se tromper soi-même et de tromper les autres par un langage à double sens ; enlin, au lieu de s'embarrasser des erreurs d'mi autre temps, pourquoi ne pas consacrer toutes ses toices à la lecberche indépendante et sincère de la vérité, et, quand on l'a trouvée, i)ourquoi ne pas la proclamer à S(i manière et dans son propre langage?

La pbilosopbie, en effet, coniprise dans son sens le plus étendu, connue science de l'bonmie et du monde, est ellemême une voie légitime et excellente pour aller à Dieu. La nature annonce son auteur comme l'ouvrage fait connaitre l'ouvrier; le fini, par ses limites mêmes, parle de l'infini aux cœurs qui en sont avides; le monde présent, ne fût-ce que par ses imperfections, nous ré\èle un monde à venir; l'àme enfin qui s'interroge sérieusement elle-même trouve dans ses instincts, dans ses besoms de sûrs indices sur son oiigine, ses devoirs et ses hautes destinées. C'est à ces sources que la philosophie puise ses démonstrations et ses preuves. Elle s'aliène, il est vrai, par là, les partisans exclusifs de l'autorité; elle est cncoïc, nous dit-on, pour longtemps réduite à prêcher au désert. Mais, si vous ne pouv; z vous passer du suffrage de la foide, si vous n'avez foi pour ra\(Miiran pouMiii' de la vcrilé, si \(H|s ne savez au Ixvsom moinir pour elle, connue Stei.de. êtes-vou^ dignes du titvc

\'2'2 i'i;i:Mii':r.i; paimii:, I" n;iii(iiii:, skction m.

(le philosophe? KsI-il \riii, (rfiilUMii-s, (pi(> h* laii^a<;o do l;i roiisciiMice et delà laisoii Iroiive ac(ès dans si peu d'àmes? F't, loisquFI en seiail ainsi, lorsciue la i)hilosophie avec ses al)slraciions ne serait, comme on l'assure, accessible qu'à une laihle élile, pour celle élite au moins elle est d'un prix inestimal)le ; elle instruit, elle persuade ceux que leurs habitudes intellectuelles empêchent de croire sur autorité, elle est le p^uide de ceux qui ne reconnaissent i)lus de maître, elle recueille des l)ords du doute, (pielquelois même de l'abîme du désespoir, ceux pour lesquels toute clarté céleste était évanouie, et les ramène par une nouvelle route à l'espérance et à la toi. Si la relif;ion, comme on l'a dit, est la philosophie des masses, la philosophie est l)ien souvent la religion des esprits indépendants.

Oui, la. philosophie a quelque chose de mieux à l'aire eu ce monde que de prêter son appui à des pratiques superstitieuses, et par des interprétations forcées, de rendre la vogue à des croyances qui ont lait leur temps. Son rôle, au contraire, est de séparer dans les religions établies le vrai d'avec le faux, de laisser tomber l'erreur, l'erreur innocente du moins, tout en combattant l'erreur nuisible et oppressive; mais de recueillir précieusement la vérité, de l'entourer de toutes les clartés dont elle est susceptible, d'en développer, d'en féconder tous les germes et de concourir ainsi pour sa part à l'éducation religieuse du genre humain. Voilà son rôle ; c'est ainsi que l'entendaient Socralc, Platon, et probablement aussi les premiers fondateurs de l'école d'Alexandrie.

Mais trop souvent la pliilosophie se laisse aller à déserter ce rôle glorieux, tantôt pour combattre brutalement les croyances les plus salutaires, tantôt pour embrasser et soutenir sans discernement les dogmes les plus surannés. Que

la foule, imp;iti(Mile <le ses vieilles entraves, aspire à les briser, qu'elle veuille secouer le frein de la religion et de la morale, on voit de prétendus philosoplies se mettre à la tète de cette œuvre de destruction, fiers d'entraîner un instant le genre humain à leur suite et de se venger sur la religion de ses anatlièmeset de ses mépris. Puis, que sur les ruines qu'ils ont faites, le genre humain se prenne à regretter ses dieux ; que, las de douter et de nier, les peuples ne demandent plus qu'à croire, que les classes influentes invoquent la foi aveugle des ancêtres comme un gage de sécurité ou comme un moyen de domination ; que les philosophes euxmêmes, pour se fortifier contre l'invasion d'une doctrine ennemie, aient intérêt à rallier contre elle les défenseurs du passé, on les voit à leur tour, saisis d'un beau zèle, tr.ivailler à recrépir les cultes vieillis, à recouvrir d'un vernis philosophique des croyances vermoulues, monirant partout vérité, sublimité, profondeur, où ils ne trouvaient naguère qu'erreur et absurdité.

C'est à cette nouvelle phase de son histoire que l'école d'Alexandrie était arrivée depuis lamblique; et ce qui prouve que cette alliance entre elle et le paganisme n'était point un fait accidentel et fortuit, c'est qii^éfîe se maintint à peu près jusqu'à la ruine totale de l'anj^en culte. On cite, à la vérité, un ou deux néo-platoniciens qni conservèrent à cet égard quelques scrupules philosophiques. Ëusèbe de Mindes, disciple d'^.desius, aimait peu toute cette thaumaturgie alexandrine, et disait que ces prestiges théurgiques, en éblouissant et amusant les yenx,ne faisaient que rabaisser l'àmeau culte des puissances matérielles '.Mais ^Ëdesius lui-même, Sopater son prédécesseur, P^ustathe son succes-

' Ewi(i[j., lu .M.ixiiii , p. 47 i

12i T'iii;>iii:iti; i'AIhii:, i"' I'kkkim:, skciki.v mi.

sciir en (lapp.uldcc, illirxs.iiillic, Maxiinc, H'K'rocIrs oX une (bille «l'anti'cs sonl vailles paf Kiina|)(' (((iniiio ayant uni à l'amour pour la |»hilos(tpliic k; plus prol'orul lus'perl poiu' ran( iiMi cullo. Ouchpics-uns niôtiK- d'enlro eux lurcnl vicliiuos (lo leui' /('le llRMiriiKpic. Sopaler, «pii i)our son éloquence jouissail à la cour de (lonslanlin du plus grand crédit, accusé d'avoir par ses arlilices magiques retenu la flotte (|ui venait approvisionner Conslantinople, eut, dit-on, la tète tianchéc par ordre de l'empereur '. .4^Mesius, averti par une sorte d'oracle qu'un pareil sort le menaçait, quitta le poste brillant qu'il occupait et se retira à Pergame^. D'autres lurent probablement, ainsi que les rbéteurs, imp]i(]uésdans les accusations de magie auxquelles donna lieu l'édit de Constance. Mais ces sourdes persécutions ne firent peutêtre que donner plus de piquant à la théurgie néo-platonicienne. Maxime et Cbrysanlhe surtout étaient fort adonnés H ce genre de pratiques. Issus tous deux de familles no])leset opylentes, altacbéspar les liens de la parenté aux premiers dignitaires de l'État, tous deux instruits dans les écoles les plus célèbres, ils représentaient à la fois les trois aristocivities de talent, de ricliesse et de naissance, qui, se croyant menacées par le christianisme, se rattachaient avec d'autant plus de zèle à l'ancienne religion. Ghrysantlie, dit Eunape^ se voua tout entier à la connaissance des dieux, et se montra fort attentif aux prodiges. Maxime se faisait initier à tous les mystères de la Grèce et de l'Asie, et se livrait en présence de ses amis à des opérations théurgiques qui dénotaient en lui ou beaucoup d'enthousiasme ou beaucoup de charlata-

' Eunup., De vil. pliilos. in .tildos., p. 1(33. M. Cousin révoque en doulo la vérité de ce récit (Fragin. phil., I. 1, P- 180). * Eunap., In .Edrs., p. i65.

^ Eunap., In Clirvsantli., p. ri(X).

Ai-iM is m i'w;^M>Mi: t\ uluKvr. l'i'»

nisiiu', el l'hezsos tliscipUs uiir (Miaiif-v civdulili'. In jour, dans U- temple d'Hécate, ..ù il les usait convoqués, il brûla de l'encens en récitant un hymne; aussitôt Timagc de la déesse resplendit, et les llambcaux qu'elle portait à la main s'allumèrent instantanément '. Lanticiuité nous a transmis, sous le nom de ce philosophe, un poème de plus de six cents vers, destiné à faire C(jnnaitre sous quels signes astronomiques il convenait de se livrer aux différents soins de la vie domestique et sociale^ et à quels maux on s'exposait en négligeant ces indications. Nos anciens almanachs offrent peu de détails d'une superstition aussi absurde et aussi choquante.

Tels étaient en Orient, sous Constantin et ses fils, les principaux auxiliaires du paganisme. A la multitude ignorante et aux classes privilégiées qui lui prêtaient, comme on l'a vu, un appui moins efficace qu'en Occident, se joignaient, comme ses sectateurs les plus influents, les amis de l'ancienne littérature et les partisans du néo-platonisme, les rbéteurs et les philosophes. Néanmoins, dans l'étal tie décadence où se trouvait le polythéisme, tous ces auxiliaires ensemble n'eussent point réussi peut-être à provoquer en Orient une réaction sérieuse en sa faveur, sans l'événement qui fit monter sur le trône un jeune prince, éminemment qualifié pour être l'instrument de celle réaction. Il fallait un Julien pour défaire l'œuvre de Constantin et de Constance.

« Eunan., In Mfix., p. 47.^. mi r ^

» Maxim. ncs\*'>.rar/ô.v. De eh'crK.nihiis.iii Z-a^nc. Bil)t. Gr*c., I f» n :m cl si.iv.Ed. HailfsV lli.l.nken pr.Heud fibid.) que cet ouvn.ge élail d'un autre érrivain. ,niitenipnrain de Calliinaque ; mais la plupart rallril.ueiil ii Ma\mir

i-2Ct MU'.MH l:l l'XlillK. I" l-hRIol»!-:.

SECTION IV

Réaction païenne houn Julien.

I ( An 301 -363)

Après la morl clcConslautin, ceux qui voulaicnf assurer l'euipiro h ses trois fils avaient, sinon par l'ordre exprès, (lu moins avec le consentement de Constance, fait massacrer fi la tois les deux (rcrcs de l'empereur défunt, sept de ses neveux et quelques-uns des principaux personnages de sa cour. Deux tils de Jules Conslantius, Gallus et Julien, avaient seuls échappé à ce massacre. Constance s'était chargé de l'éducation de ces deux n(d3les rejetons; mais son apparente tendresse n'était qu'un prétexte, dont il se servait pour s'assurer d'eux et les mettre hors d'étal de lui disputer le diadème. Après les avoir lait baptiser et instruire dans la religion chrélicnne, il les avait voués dès leur bas Age ù la carrière ecclésiastique ; il voulait en faire des évêques, pour être plus sûr qu'on n'en ferait janiais des empereurs, et déjcà il leur avait fait conférer un des ordres mineurs dans l'Eglise. Julien avait sept ans lors de la mort de son père ; aussitôt quil eut atteint l'âge de quinze ans, Constance le relégua avec son frère Gallus àMacellum, domaine impérial près de Césarée en Cappadoce, leur interdisant toute communication au dehors. Là, séparés du reste du monde et placés sous la direction exclusive de maîtres chrétiens, ou que du moins Constance croyait tels, ils étaient façonnés à toutes les pratiques de la dévotion du temps; une partie de leurs journées se passait à visiter des église», h converser avec do pieux solitaires, et, par forme de récréa-

HKACTIO.V l'AÏKWR SfX S .III.IKV. 127

tion. on loin- (aisail bàlir une ('lia|jelle sur lo loniboau do saint Maunnas près de Césarée '. (ialliis, d'iui caractère naturellement lent et encore appesaidi j)ar la captivité, se soumit sans résistance à ce qu'on exigeait de lui; mais Julien entra moins docilement dans les vues de l'empereur. Son génie actif, passionné, se révoltait contre les occupations monacales qui lui étaient prescrites. Pendant que le cAlé de la chapelle de saint Mammas auquel son frère travaillait avançait rapidement, on remarquait que le sien tombait en ruines; comme si, disent les historiens ecclésiastiques^, cette terre consacrée eût repoussé l'ouvrage du futur apostat, ou plutôt sans doute à cause du profond dégoût qu'il apportait à ce travail. Le christianisme tout entier se présentait à lui avec un cortège de pensées sinistres et de souvenirs amers; c'était la religion de son geôher, du ravisseur de ses biens, du meurtrier de sa famille; c'était une chaîne que lui avait forgée le despotisme, un joug que, dans les vues les plus suspectes, son ennemi cherchait à lui imposer. Tandis qu'il n'apportait à ses exercices religieux que de la contrainte et de l'ennui, il recueillait au contraire avec avidité les leçons de ceux qui étaient chargés de l'instruirp dans la philosophie et la littérature grecques; sous la direction de son précepteur Mardonius, il se pénétrait des principes du stoïcisme; il étudiait Platon, Âristote ; il se passionnait surtout pour Homère dont les poétiques tableaux transportaient sa vive imagination, el tournait des regards pleins d'amour vers la Grèce, cette terre des plylosophes et des héros , qu'il considérait déjà comme sa propre patrie ^. Apres quelques années de captivité en Cap-

» Sozom., Ilisl. Eccl., V, 2.

» Sozom., V, 2. Theodoret , III, ->.

3 Julimi., Oral. 3. p. i'X). .( Nous Unis, dil il, (|iii ll;llnl»^n^ la

padoco, il olitiiil fiiliii la pci inissioii do se rtiiiln' à NicoiiK'dit»; mais sous la roiidilioii i'\|noss(' qu'il n'y suivrail poini les hvoMS de Libanius. II n'en l'allait pas davanlage pour lui inspirer l'cxtrènie envie de connaîlre ce rhéteur; ne pouvant se mêler h la foule de ceux (pii accomaienl pom- l'entendre, il se procura ses déclamations, les lut avec enthousiasme, et cet enthousiasme, bien connu dans Nicomédie, le mit en relation de plus en plus étroite avec les ihéteurs et les so|)liistes, dont les sentiments ne tar- <lèrenl pas à devenir les siens. Comme eux, à fnesure qu'il se livrait avec plus d'ardeur à l'élude des lettres anciennes, il regrettait le déclin d'une religion sous l'intluence de laquelle elles avaient tleuri; comme eux, en parconrant les annales de l'empire, en comparant son état présent à son état passé, le règne de Constance au règne deMarc-Aurèle, il se demandait si le christianisme n'était pour rien dans cette décadence des institutions et cette dégradation des caractères ; si la prépondérance accordée à un e religion de moines n'avait point énervé la puissance romaine; si enfin le rétablissement de l'ancien culte n'était pas le seul moyen de rendre à l'empire son antique splendeur '. Cependant quelque prédilection qu'il se sentit pour la

« Ttirace ou l'Ionie, n'esl-ce pas de la Grèce que nous lirons noire « origine, el qui de nous serait assez ingrat pour ne pas souhaiter de * voir ses parenis el de saluer son pays natal?... Pour la philosophie ■< el les hautes études, il en est de la Grèce, comme de l'Égyple pour « le climat. Car, de même que le soleil qui dessèche tant de conlrées « ne tarit jamais les sources du Ail, ainsi la philosophie n'a point " abandonné la Grèce : elle fleurit à Sparte, h Argos, a Corinihe, et « ses ruisseaux ferlilisauls, (pii embellissent Athènes, se répandent « de la pour féconder aussi d'autres climats. »

' Le lias, Hist. rom., t. 2, p. 418. On trouve l'empreinte de ces réflexions de Julien dans sa satire des Césars, dans son épllre auv habitants d'Alexandrie iJuliani Opp., l. j, p. 433 d,, el dans quel-

nnACTKiv i'AÏi:\\(-: sors j'i.irv. 1^9

religion iK^Uéirniiio, il avait, dans le commerce d(S [)liil()soplies et dans la fréquentation des chrétiens, puisé trop de hunières, acquis surtout un sens moral trop développe pour se conleider des traditions du polytliéismc vulgaire. Il lui l'allait des croyances qui satisfissent les besoins de son intelligence, en même temps (luc ceux de son imagination; il avait besoin, tout en rétrogradant vers les vieilles superstitions, de croire s'élever dans les hautes régions de la morale et de la philosophie. A ce titre, le paganisme raffiné des néo-platoniciens semblait fait exprès pour lui, et l'on peut juger de l'empressement de ces philosophes h enrôler parmi eux un jeune prince, dont la faveur pouvait nu jour assurer le triomphe de leur école. Ils eurent l'art cependant de tenir sa curiosité en haleine, en ne se révélant à lui que par degrés, en ne l'introduisant que pas à pas dans le sanctuaire. yEdesius, après l'avoir adroitement flatté, après lui avoir ouvert quelques-uns des trésors de sa science, se sentant trop âgé, disait-il, pour lui en dévoiler les parties les plus sublimes, le renvoya à ses disciples Priscus et Maxime, qui achèveraient de l'initier; mais ces deux sages étaient éloignés; Julien dut, pour le moment, s'en tenir aux leçons de Chrysanthe et d'Eusèbe de Mindes. Ce (jue ce dernier lui raconta, en souriant, des prestiges théurgiques de Maxime, loin d"exciter sa défiance, ne fit (pi'entlammer sa curiosité. Il avait déjà foi aux dieux du paganisme; ce (pi'il ambitionnait maintenant, c'étaient des secrets pour entrer en connnunication avec eux et disposer de leur puissance. «Adieu, dit-il brusque- « mentàEusèbe, retournez à vos livres ; pour moi j'ai trouvé

qiios autres passa^'cs de ses écrils. « I>a folie des dalilécns, dit- il « qiiol(iue pari, avail, peu s'en faut, loiil bouleversé dans l'eiiipiio; '( c'est la ljieiivcil|;mce des dieux qui nous a sauvés. "

430 PHRMIKRE l'AHTIH, i" VÉMOUF., SKCTION l\ .

« VliomiiK^ (iii'il iiu' faut. « L.-i-dcssiis il vole ?i Kplièso, sfi rond auprès de Maxime ', et liouve en lui un charlatan habile qui, tout en l'initiant aux secrets de la Ihcurfi^ic, les fait servir h éveiller en lui les desseins ambitieux qui devaient proliter à son parti. Le séjour de qu(^kpics mois que Julien fil ensuite à Athènes acheva son éducation païenne. Initié aux mystères d'Eleusis par l'un des plus célèbres hiérophantes du temps ^, il crut dès ce moment soutenir im commerce intime avec les dieux. Les prêtres et les philosophes qui l'entouraient ne cessaient de l'entretenir de ses hautes et saintes destinées, et, lui montrant tout à la fois des prédictions qui lui assuraient le trône et des oracles qui annonçaient le rétablissement du polythéisme, ils le saluaient à ^a^ance comme le restaurateur de l'ancien culte et de l'ancienne grandeur de Rome.

Lorsque l'on considère les goûts philosophiques et studieux de Julien , son amour pour la retraite , son éloignement stoïque pour toute sorte de faste et de représentation, l'espèce d'embarras enfin avec lequel il porta la pourpre impériale, on ne peut s'empêcher de croire, avec plusieurs de ses historiens^, qu'en acceptant la dignité de césar et le commandement des Gaules, que l'empereur, en 35'), consentit enfin à lui confier; en déployant, dans ce nouveau poste, les éminentes qualités qui le firent juger digne de la puissance souveraine, il obéit moins à des motifs de

> Eunap., De vit. pliil. in Maximo, p. ilo.

» Ibid.

' La Bletterie, Vie de Julien, p. 203. — Vacherot, École d'Alex., t. 2, p. 163. C'est aussi le jugement de Libanius dans son oraison funèbre de Julien : a il ne se souciait, dit-il, ni du faste, ni de la « domination; il n'ambitionnait point la pourpre; il voulait scule- « ment rendre aux peuples ce qu'ils avaii ni perdu, le culte de leurs « dieux, détruit sous le prrci'dent règne. >'

vanilé ou d'imibition pcrsonncllo qu'à tiii luolif de devoir palrioti(iiic cl religieux; qu'il désira surtout le trône pour le partager avec les anciennes divinités de son pays, et renverser le nouveau culte que, dans ses aveugles préventions, • il accusait de l'abaissement et de la décadence de l'empire. Aussi, en 360, à peine son armée, indignée de l'ordre jaloux qui le rappelait, l'eut-elle salué du titre d'empereur; à pieine se fut-il mis en marche contre Constance, que, jetant le masque dont il s'était si longtemps couvert, divulguant un secret qu'il n'avait jusqu'alors confié qu'à un petit nombre d'amis', il se donna ouvertement pour un adorateur des dieux, et permit à tous ses sujets de leur offrir des sacrifices^. La croix disparut de ses médailles, ainsi que du front de ses légions % pour faire place aux effigies d'Apollon, d'Isis, d'Osiris, de Sérapis et d'Harpocrate *. A son arrivée à Constantinople, dont les portes lui furent ouvertes par la mort de son rival, et où le général païen Démophile fit élever une colonne de porphyre en l'honneur « du grand et pieux empereur Julien ^ » il sacrifia luimême publiquement, et fit élever une statue à la Fortune et des temples aux autres dieux '^ dans ces murs qu'aucun

» Amm. Marc, XXI, 2 Socr., II, 1. Sozom., V, 2.

* Amm., XXII, 5. Julian., Kp. ad S. P. Q. Allienicns. C'est probablement alors que les Athéniens rcconinieneèrenl à célébrer les Panathénées avec !a solennilé décrite par Ilimerius, et les Corinthiens, a olFrir des sacrifices à Nei)tiine Islliuiien [Himer., Oral. 3, ad Basil., c. 9,10, 12, p. 53).

8 S. Greg. Naz., Oral. 4 adv. Jul., c. C6.

* Banduri Nuinism. Impp. RH., t. 2, p. 425-440. Occon., ibid., p. 498. Ducange, Familia; lîyzanlinœ, p. 39.

* Combe/is., Origin. rcrimiq. Constantin, manipulus, p. 25.

" Himerii Orat. 7, c. 9, 15, p. 02, 03. « Noire divin Auguste, dil-il n dans son discours prononcé a Constantinople, ne s'est pas contenté « d'orner celle \ilie d'édilices soniplueux; le premier il a dissipé les « nuages qui vous enip(*chaienl d'élever vos m.iins vers le soleil et

i32 l'HKMIKHK l'AllIir, \*' l'KlUOlM', sF.CTIOV IV.

rilc idolàlio n'avait souilles (l(>|uiis plus do ticnl»^ ans, et tics ce monienl il mil au premier rang de ses devcjirs impériaux le rélal)liss(Mnenl de l'ancien culte.

Julien, loulefois, ne s'abusait point sur les causes qui avaient fait décli jir le paganisme dans l'opinion ; il sentait bien cpie la restauration qu'il méditait avait besoin, [)()ur être durable, d'être soutenue par une réforme. Déjà, en le spiritualisant par le néo-platonisme, il espérait obvier aux objections et aux doutes des esprits éclaires; nous le \oyons passer des nuits à composer pour les tètes des dieux des discours apologéticjues, dans lesquels il ex|)liquait allégoriquement, à la façon de lamblique, les mythes el les rites païens'. Il voulait faire mieux encore, et prenant, comme Marc-Aurèle , au sérieux son titre de souverain pontife, il traçait des plans et publiait des décrets pour la régénération morale du paganisme '-. « Si l'hellénisme, « écrivait-il à Ârsace, ne fait pas les progrès qu'il devrait « faire, c'est avant tout la faute de ses sectateurs. »

Plein de celte idée, il voulait qu'on établit dans toutes les villes •* des écoles publiques à l'instar des églises, où il y eût des lectures el des explications, soit pour la morale, soit pour les mystères, ainsi que des prières régulières récitées par deux chœurs. Il prescrivait des châtiments réglés pour les diverses fautes, des préparations pour l'iniliation

« vos regards vers les cioux. Il a élevé des templfs el ordonné des « sacrifices aux dieux dans celle ville, jusqu'alors élrangère à leiu- « culle, elc. »

* Voy. Jul., Oral. 4, o ad Solem, et in matr. Dcorum (0pp., l. i, p. 13-2, 111,150, etc., 1S9, 16J, 163, etc.).

' Voyez son épîlre à Arsace, ponlife de Galalie (0pp., 1. 1, p. 429), celle à Théodore, ponlife d'Asie Mineure (p. 4S2), el le l-^ragnienl, qui renferme probablemenlune parlie de son décrel (p. 28S el suiv.S

' S. Grerj. Xaz., Oral. 4. c. 111, p. 1:18.

IIKACIION" l'AÏK.WL' SOIS .UlJt.V. ^'^3

aux céiéinoiiios religieuses; la coiisliiiclioii d'Iiôpitaux et lu roiulaliun de inoiiaslères, où des célibataires se livrassenl à la médilalion; il rclraeai! ensuite les (|ualités qu'on devait requérir elie/ les [)rétres des dieux; il ordonnait qu'on les elioisil parmi les eito\cus les plus respectables et les plus reli<îieux, sans distinction de fortune ni de naissance; (ju'on destituât tous ceux qui s'acquitteraient mal de leurs tonttions, comme il en donna lui-nième l'exemple en suspendant pour trois mois un prêtre indigne '. Il voulait voir le sacerdoce païen travailler, comme celui de l'Kglise, à instruire le peuple par la prédication. Dans ce but, il recommandait aux prêtres de se nourrir des écrits des philosophes et des auteurs les plus distingués, en évitant toutefois ceux des épicuriens et des poêles satiriques, et de savoir par cœur les hymnes des dieux. Puis, soccupant de leur tenue et de leurs mœurs, il leur prescrivait la pureté dans 1er, paroles, la simplicité dans le geme de vie, la décence dans le costume, la fréquentation exclusive des gens de bien , la fuite de tout spectacle licencieux, de toute compagnie déshonnête; entin Texercice de la bienlaisancc et de l'hospitalité, car « c'est par cette vertu, disait-il', que « les impics Galilécns ont fait parmi nous tant de prosé- « Ijtes. »

Mais on n'ente pas ainsi à volonté sur un culte ce qui constitue l'essence et la supériorité d'un autre culte; on ne fait pas aisément porter à la religion des sens les fruits de la religion de l'esprit. « Félicitons Julien, disait saint « Grégoire de N'azianze\ de ce que son beau projet n'a a pu s'accomplir: on eût vu la différence (pii existe entre

' JuL, tp. g;>, p. 'm1.

2 JuL, Kr;i2nienl,p.30r).

' Gre'j., Oral. lV,c.îli.

434 l'IîKMII.IiK l'Alilli;, l"' l'IiUlODK, Sl-CIION IV.

« l'iiomino ol le singe (lui clierilie à riiuiler. (loiiime nul « coursier n'égale ceux de Thcssalie, nulle femme celles « de Laccdémone, on ne réussira pas mieux à conlrel'aire « les chrétiens dans l'excellence de leur culte et de leuis « mœurs. » Julien lui-même ne tarda pas à reconnaître tout ce qu'il y avait de chimérique dans son plan. Ne pouvant donc espérer d'introduire dans le paganisme des réformes incompatibles avec sa nature, il fit servir du moins tout le^pouvoir dont il disposait à lui rendre sa prépondérance et son lustre extérieur.

Partout il faisait rouvrir les temples, relever les autels, rétablir les anciennes fêtes, restituer aux prêtres leurs privilèges, aux sanctuaires leurs revenus'. De tous côtés, il appelait auprès de lui les rhéteurs et les philosophes païens qu'il comblait de distinctions et de marques d'honneur '^.

* En Égvple, il fit replacer dans les temples de Sérapis la coudée qui servait à marquer l'exhaussement des eaux du Nil et que Codstanlin avait fait transporter dans l'église principale. Il fit de même rétablir dans la salle du sénai romain, l'autel et la statue de la Victoire enlevés par l'ordre de Constance [Symmach., Epp., lib. 10, ep. 5i). C'est peut-être la date de ce rétablissement qui est indiquée sur un calendrier romain du quatrième siècle, inséré dans le recueil intitulé : « Aulores lingiice latince » (Ed. Golliofr., p. 1389-1392). Au cinquième jour avant les calendes de septembre, on lit : « Hoc die ara Victoria? in curià dedicala est. » 11 est possible cependant que cette date fût celle de la première dédicace. Julien fit encore transporter d'Alexandrie à Conslanlinople un obélisque, sur lequel des stylites chrétiens avaient commencé à pratiquer leurs incroyables austérités {Jul., Ep. 58; Alexand. in Fabric. Bibl. Grœc. Ed. Harles, t. 6, p. 734).

* Themistius, puis Modestus, furent nommés préfets de la capitale, Libanius revêtu de la questure et d'autres magistratures importantes, Acacius nommé préfet de Galalic et de Phrygie {Liban., Ep. 311, Modest.), Hinierius invité par Julien à se rendre à Anlioche (Himer., Oral. 5, c. 1, p. 56). Maxime surtout, appelé avec instances à la cour, accueilli comme un dieu, y déploya un faste qui compromit un peu sa réputation de philosophe, et dont Eunape lui-même se

Kr.ACIlO.N l'AÏK.NM'; SOIS .IlLIKX. 135

Parlout il cncourageail l'apostusic', parloiil il sliinulail le zèle des magistrats. Lui-même donnait le premier l'exemple. Ses palais et ses jardins étaient peuplés des statues des dieux. Économe et même parcimonieux pour sa personne, il prodiguait sans regret ses trésors en sacrifices et en holocaustes ; il se faisait gloire d'y remplir les offices les plus subalternes, quelquefois même le rôle le moins séant à sa dignité ; on le voyait, lui, grave et chaste sectateur de Zenon, lui, prétendu réformateur du paganisme, suivre à pied les processions de la fête de Vénus, entouré de débauchés dus deiLx sexes, qui faisaient retentir à ses oreilles des chants licencieux ^ En un mot, dans l'étalage de sa dévotion, il ne connaissait plus ni convenance ni mesure; plus il avait fait pour le paganisme, plus il voulait faire encore; il s'enivrait de son propre enthousiasme ; à force d'afficher la superstition païenne , il devenait tout de bon superstitieux et bigot ^

Tandis quil comblait ainsi de faveurs l'ancien culte, comment en usait-il envers le culte nouveau?

Il serait injuste, assurément, de voir un acte de persécution dans la publication de ses libelles contre le christianisme. Julien avait, comme chacun de ses sujets, le droit de choisir entre les deux cultes qui se partageaient l'empire, et d'exposer publiquement les raisons de son choix.

montre peu Odifu- {Eunap., In Maxim., p. 477). « Eiinn,dil Mbaniiis « (Panes, in .Inl ), l'éloquence recouvra ses honneurs, ainsi que le « (ulle des dieux.» Voyez de même les félicilalions et les remerciemenls qu'IIimerius adresse sur ce sujet aux nouveaux magislrals nommés par Julien (Oral. IV, c. 9; V, c. 10; XIV. c 5, p. 55-57, 72).

» /}u^n.,IIisl.Eccl.,X,32.

« Chrysost.. Oral, de S. Bahjl., c. U, 0pp. t. 2, p. 559 d. - La Bh'tlerie, Vie de Julien, p. 230.

3 « Siipcrsiiliosus magis quam sacrorum legilimus observalor, » dil, en parlant de lui, Ammien Marcellin ^XXV,4).

130 i'iii:.'*iii.iii'; l'Auni:, 1"' i'KIuoih:, mcciio.n iv.

A la ri^iu'iir niôiiK*, le tliéolof^^icn pouvail <Mre violoiil sans qiio le souvcMaiii cessât d'èlrt' jiislc ; la passion du liljellisle n'inipliqnail point la j»aitialité do renipcrcnr; \c monaifpic cnlin pon\ait n)an(piorau rcspcci qu'il se devait à liii-niènie, oublier les ménagements qu'il devait aux sentiments de ses sujets, sans que cela l'entraînât nccessaiiemrnl à la violation de leurs droits. 3Iais , il laid l'avouer, une parfaite équité ne se concilie guère avec une haine si aveugle, surtout (piand celui qui l'éprouve peut se dire qu'il a de gra\es offenses à venger.

Tous les privilèges qu'il rendait aux païens, Julien en dépouilla les sectateurs du christianisme ; il ôta au ckrgé l'exemption des charges civiles et curiales', aux veuves et aux \ierges chrétiennes les pensions que Constantin leur avait accordées, aux bourgades converties les privilèges de cité qu'elles avaient obtenus^, aux églises les allocations (jui leur étaient affectées sur le revenu des villes; ajoutant avec irjuie qu'en abaissant ainsi la condition de leurs ministres, il voulait leur frayer, par la pauvreté et l'humililé, le chemin au royaume des cieux ^

Non coident de retrancher ainsi aux chrétiens les prérogatives qu'ils avaient auparavant reçues du pouvoir, Julien les mit à plusieurs égards en dehors du droit commun. Ru fin * et Théodore! ■' assurent qu'il les exclut tous des charges civiles et militaires ; s'il est douteux qu'il ait publié là-dessus une loi expresse, il est certain, du moins qu'il ordonna de préférer les païens pour tous les emplois", et les lit

' rheodoret.,U[sLEcc\.,m,(i.

- Sozovi., V, 3.

•^ Julian., Ep. 13 ad Ixfbol., [i. i24.

^ /iu/in., Hist. Eccl., X, 3:2 (Auclor lii^l. Ecel. Basil, ioii).

•' Theodorcl., Itisl. Eccl., 111,6.

" Jidian., Ep. 7. p. 'MO.

nEACilON I'AIH.NM: sols JLLlIi.V. 137

ôtcr à des liommes qui les remplissaient honorablemeni, lorsqu'ils refusaient de sacrifier aux dieux. Mais l'acle le plus injuste qu'il commit dans ce genre, acte qui a révolté jusqu'à des auteurs païens', fut la défense qu'il intima à tous les sectatcui's du christianisme d'enseigner dans les écoles de grammaire et de rhétorique, et d'expliquer en l)ublicles ouvrages des anciens^.

Julien connaissait trop, par sa propre expérience, l'avantage que le paganisme retirait encore de son alliance avec l'enseignement classique , pour ne pas cherche)- à lui en assurer le monopole. Dans son ouvrage contre le christialiisme, il demande avec orgueil aux chrétiens quels noms ils pouvaient citer dans les aris libéraux, quels législateurs, quels savants, quels htlérateurs, quels poêles ils pouvaient opposer à ceux que la Grèce avait produits^. Aussi était-ce avec un secret dépit qu'il avait vu, pendant son séjour à Athènes, un Grégoire de Xazianze, un Basile de Césarce, >enir y chercher une science que, plus tard, ils voulaient employer au profit de leur religion ; c'était à ses yeux un larcin fait à l'hellénisme. Il savait qu'après s'être formés aux

' Ammian.,X\\\, 10. « Inclemens el obruendumperenni silentiu, « quod arcebal doccre magistros rlieloricos et grammalicos rilùs « chrisliani cullores. »

* Socrale (III, J2, IG), Théodorel (III, 8) el Rufin (X, 32 ont cm que i'édit de Julien inlerdisail aussi aux chrétiens de fréquenter les écoles publiques; mais ni Aminien, ni Orose (VII, 30), ni saint Jérôme (Eitseb., Cliron., p. 99), ni saint Augustin (Conf. VIII, 5) ne lui attribuent ce sens, et Julien (Kp. i2, p. i2i) permettait expressément aux jeunes chrétiens « de fréquenter les écoles de rhétorique, espérant « que par cette voie ils pourraient être amenés k la vérité. » Il est vrai que ceUe permission équivalait à une défense, pour ceux qui se faisaient scrupule de suivre les leçons de professeurs païens; c'est de là sans doute qu'est venue la méprise des auteurs nommés ci-dessus [Wifjyers, Jul. d. Ablninnit,., in Illgen's Zeitschr. d. hist. Theol., t. 7. p. 1 1-2).

' S. Cyrill., In Julian., liv. 7 ^Opp., Paris, 1(338, t. 6, p. 222).

138 I'i;i:mii:i!i; i-mmii:, I"' I'KIuoiiI', skctiov iv.

ofok's dos rlit3lciirs, Ijciuicuiij) de cliiélieiis ouvraieul à leur tour des écoles, où sous prélexle d'enseigner les hellesl(>llres ils enscignaienl leuis propres croyances , cl prulitaicnl de reAplication des auteurs anciens pour tourner en dérision les labiés du pa<ifanismc. « Je n'entends pas, « dit Julien , que ces gens-là nous combattent avec des « armes dérobées h nos propres arsenaux '. » Ce furent ces armes qu'il résolut de leur ravir. Il voulut que, privés de leurs écoles, les cbréticns fussent obligés d'envoyer leurs enfants à celles des païens, ou, si leur conscience leur interdisait l'emploi de cette ressource, il voulut du moins les em])ccher de disputer aux rhéteurs la palme de l'érudition et de l'éloquence, les réduire, en un mot, à un état d'ilotisme littéraire qui leur ôtàt toute considération auprès des esprits cultivés ^. « Votre saint Paul, leur disait-il ^, qui vous dé- « feud de toucher aux viandes immolées, ne vous a-t-ilpas « défendu aussi de goûter des lettres grecques, ne fut-ce « que pour éviter de scandaliser la conscience du prochain ? » « C'est à nous^ qu'appartient l'art de la rhétorique ; c'est à « nous seuls, qui adorons les dieux deTHellade, qu'il ap- « partient d'helléniser. Pour vous, qui n'avez que la rusti- « cité en partage, et dont toute la sagesse consiste à dire : « Croyez, qu'avez-vous à faire de nos sciences et de nos a lettres? » « Je veux ^ dit-il dans son décret, que ceux « qui aspirent à enseigner, professent des sentiments con- « formes à ce qu'ils enseignent... Homère, Hésiode, Thucy- « dide, Isocrate, Lysias ont eu les dieux pour instituteurs ;

' Theodor., III. 8.

* Il voulait, comme disent Sozomène (V, 18) et Grég. de. Nazianze (Oral 4, G. S, 6), leur ùler les moyens de persuader.

» CyrilL, In Jul , liv. 7, p. 229.

* Grcg. Naz., Adv. Jul. oral. 4, c. t02, t. i, p. 132. ■' Julian., Ep. 42, p. 422.

r.ÉACTio.x r'Aïi:.\.M: sous jli.ikx. 139

« ils se coiiskléiaietit coiiiinc consacrés à Mercure et aux « Muses; coinmcnl tlouc perinetli'iuns-nuus aux ennemis « des dieux d'expliquer les ouvrages de ceux ([ui les ont « adores? Je ne prétends, du reste, forcer personne à a changer de sentiments; mais il me parait absurde d'en- « seigner ce que l'on condamne... Puis donc qu'ils prélen- « dent ne trouver dans nos auleurs qu'impiété et folie^ « qu'ils se bornent à expliquer dans leurs églises leur saint « Matthieu et leur saint Luc. » Telles étaient les raisons avec lesquelles il cherchait à colorer cet acte de mesquine tyrannie * .

En prenant toutes ces mesures pour rendre à lancien culte sa prépondérance, Julien, cependant, était bien décidé à ne pas aller plus loin , et à ne se livrer envers les chrétiens à aucune persécution. Lors môme que son tempérament l'eût porté à des mesures de ce genre, sa prudence l'en eût détourné ; il ne se sentait pas assez fort pour venir à bout d'une entreprise qui avait si complètement échoué sous Dioctétien ; il savait, comme il le dit lui-même à Libanius, que toutes les persécutions dirigées contre l'Église avaient, en dernier résultat, tourné à sa gloire. « 11 enviait, « dit Théodoret^, aux athlètes de la vérité le nom de mar- « tyrs, qu'on leur avait si imprudemment laissé prendre, » et se promettait bien de ne pas leur procurer de nouveau cet honneur. Enlîn son orgueil venait ici en aide à sa mo-

" Victorinus, rhéteur h Rome, abandonna sa cliairc pUilôl que de renoncer au litre de (.'lirélien {Attg., Conf. VIII, 5. Maio, Scripl. vel. coll., t. 2, p. 270j. Selon saint Jôrôme Suppl. ail Kus. clir.). Froieresius, quoique chrétien, avait reçu de Julien, par exception, la permission d'enseigner a ses coreligionnaires; mais il préféra aussi donner sa démission.

« Theodor., Ilist. Eccl., ill, da. Chriisost., Lib. in S. Bal)}l.,c 22.; in Juvent. et Max. c. 1, t. 2, p. 574, 578.

140 PREMIKKE PAKilK, 1"" l'KJWOKK, SECTION IV.

(lôrulion; iMoulait, comnic il l'écrit naïvcnionl aux liabilan's (le liostra, ne poiiil (léincnlir sa répulalion dopliilosoplie; ii\oiilail qu'en le coniparanl à ses prédécesseurs chrétien?, on le trouvât supérieur à cux-mcines dans la pratique des vertus chrétiennes '.

« Par les dieux, écrivait-ilà Artahius-, jeneveuxpas qu'on « mette à mort aucun des (ialiléens, ni qu'on les maltraite « injustement, ni qu'on leur fasse le moindre outrage; je « veux seulement qu'on leur préfère en tout les hommes « saints et dévoués aux dieux. » — « J'ai ordonné, «répétaitil à Ecéhole ^ qui sans doute se disposait à déployer contre eux son zèle de néophyte, « j'ai ordonné, dans mon linma- « nité et ma clémence, qu'on n'exerçât aucune violence « contre les (îaliléens, qu'on ne les traînât point de force « dans les temples et qu'cui ne les contraignît daucnne « manière à agir contre leur persuasion. C'est parles disa cours, par les exhortations, par la compassion, non par « les supplices ni parles mauvais traitements, qu'il laid « ramener les hommes égarés '. »

Mais le prince le plus maître de ses passions n'est jamais assuré de dominer aussi facilement celles de ses sujets. Désigner un parti à l'animadversion de la foule, c'est le désigner à ses violences Julien avait trop puhliquement fait connaître ses sentiments contre le christianisme, il avait trop ouvertement parlé au peuple de la folie, de la fureur, de l'impiété des Galiléens, pour (lu'oii dût craindre sérieusement de lui déplaire en outrageant ces objets de sa haine, ou en aidant par cpielques moyens de contrainte leui' con-

' M., Ep. 52 ad Bosir., p. i^fi.

* Jiil., Ep. 7, p. 37().

» Ep. i3ad Vxvh. p. 'r2i.

* Ep. o:2ad jjoslr., |i {î^.

RF.Ar.Tiox l'AÏi-wr. -or> jriiKv. \i\

version, qu'il paraissail avoir tant à cœur. « Enhaidis i)ar « l'apostasie de Julien, dil un historien ', les païens selivrè- « rt nt contre les chrétiens à beaucoup d'actes de violence. » Julien lui-mcmc y donna lieu par un cdit qui, avec quoique apparence de justice, ne pouvait avoir que de déplorables elfels. Au lieu de prendre sur le trésor public de quoi rétablir ou indemniser le culte païen, comme Constantin l'avait fait jadis pour l'autre culte, il voulut que la reconstruction des temples et des autels démolis, ainsi que la restitution des biens religieux soustraits sous les précédents règnes, eût lieu aux frais des spoliateurs eux-mêmes, ou, à leur défaut, de leurs familles et de leurs héritiers '. De là, dans certaines pro\inces, les enquêtes les plus vexatoires et les poursuites les plus iniques. Pour peu qu'un homme fût soupçonné de retenir quelque parcelle des trésors des temples ou du patrimoine des dieux, il se voyait lui et sa famille en bulle aux violences d'une populace, animée moins encore par le fanatisme que par l'amour du pillage ' ; en plusieurs lieux, les représailles des païens furent terribles \ A Héliopolis, dans le Liban, le diacre Cyrille qui, sous Constance, avait renversé les idoles, fut massacré par des furieux qui, selon le récit de Théudoret ', lui ouvrirent les entrailles et lui prirent le foie qu'ils mangèrent. Dans cette même ville, ainsi qu'à Ascalon et à Gaza, les vierges consacrées furent exposées aux plus atroces cruautés et aux plus infâmes outrages ". A Dorislole, en Thrace, Émilienfut jelé

' Theophan., Clironog., p. 38 et suiv. Voyez de même Clironic. Pasc, p. 2î)o. Paris, 1688, fol.

* Sozom., Ilist. Eccl., V, 5.

" Liban., Ep. 673, ad fk-l.eum, p. 323.

* (iveff. Xaz., Oral. 4, c. 80 et suiv. ■' Theodor., Ilisl. Eccl., III, 7.

« .So:om.,V,10.Cm/..Va;,,Adv.Jiil.,f'. 8G-87.ChF.Pasc.,p.20.j.

IH i'ni:Mii':itr l'xmiF, i''' ['KiilonE, skctfon iv.

sur le IhuIrm' p;>r l'oi'dro mriiio du pivlrl '. M.irc, ('vrqiio (l'An'Iliuso (Ml Syrio, ivlusant do rélaMir nu temple qu'il avait fait démoli-r, la populace se jeta sur lui, le frappa violemnieiil , le liaina ijiiiomiuicuscmcnt dans les rues; femmes, euiauls, tous voulurent lui faire quelque blessure; puis après avoir couvert de miel toutes ses plaies, ils l'exposèrent aux mouches suspendu dans un fdet '\ A Gaza, trois frères, qui avaient concouru à la démolition des temples, furent tués par les femmes païennes à coups de broches et de fuseaux, leurs corps jetés à la voirie et cnfm consumés sur un bûcher '. A Alexandrie, l'évoque arien Georges, dont nous avons raconté les déprédations, fut également massacré de la manière la plus ignominieuse et la plus cruelle ^

On est heureux, au milieu de ces actes de vengeance sauvage, d'avoir à citer, de la part de ceux qui auraient pu s'y complaire, des traits d'une courageuse humanité. Le modeste Chrysanthe, qui s'était refusé à toutes les invitations de Julien, et n'avait voulu accepter de lui qu'un pontificat en Lydie, se montra si modéré envers les chrétiens, qu'à peine s'aperçut -on dans cette province de la restauration du paganisme '\ Libanius se constitua le défenseur de plusieurs de ceux que menaçait la rapacité des préfets ou le fanatisme populaire. « Prends garde, écrit-il à « Belœus, préfet de Phénicic ", que tes mesures ne fassent

1 Ibid. — Hieron., Euseb. Chronic. p. 99.

« Sozom., V, iO. Theodor., 111,7.

' Sozom., V, 9.

* Amm Marc, XXII, H. Liban., Epist. 203. Epïph., Ilœres., 76, c. 1 . Epipliane a grand'peur que !es Ariens ne s'autorisent de là à vrnérer Georges coinine un marlyr.

» Eannp., In Maxim., p. 478. In Clirys, p. aOI .

« Liban., Kp. 730.

« parmi lions bcnncoup de niarlyrs à la façon do Marc d'A- « ivlhnsc, (jui a sonlTert lanl de lorlures etqni est niainte- « nant honore comme un demi-dieu. . . Délivre Orion, plutôt a que d'en faire un saint. Il déclare n'avoir rien dérobé « aux dieux; et quand il l'aurait fail, maintenant qu'il n'a « rien, crois-tu trouver une mine d'or dans sa peau y l'ar « Jupiter, épargne-le, ou, s'il doit èlre puni, que ce soit « sans supplice. » Il n'intercéda pas avec moins de chaleur en faveur d'im autre chrétien nommé Eusèbe, qui, précédemment il est vrai, lui avait rendu le même service. « Ab- « sous-le, écrivit-il au préfet Alexandre ', ou si tu ne veux a l'absoudre, viens, si tu l'oses, l'arracher de chez moi, « car il est dans ma maison , et, par les dieux, je ne me « crois pas plus lâche qu'Admète. » Libanius, qui n'est habituellement que disert, devient éloquent lorsqu'un noble sentiment l'anime. Qui ne préfère à toutes ses déclamalions si vantées les simples paroles que je viens de citer ^ ?

Quant à Julien, ce fut bien froidement qu'il blâma toutes ces violences. Après avoir reproché au peuple d'Alexandrie de s'être fait justice à lui-même, au lieu de traduire les assassins de Georges devant les tribunaux, il reconnut que ce pontife avait mérité son ti'aitement, et pardonna aux Alexandrins en considération du dieu Sérapis qu'ils avaient cru honorer, et de son oncle Julien qui avait été préfet de leiu' ville ^ Les cruautés commises à Gaza demeurèrent également impunies; l'empereur, loin d'en poursuivre le châtiment, déposa le gouverneur qui avait mis en prison quelques-uns des meurtriers. « Pourquoi, dit-il, punir

» Liban., Ep. i0o7.

* Voyez encore les recommandnlions de tolérance que Lilianiiis adri'sseà Ilesycliius cl ii B.u.cliins Kp (:G9). » Amm. Marc, XXII, 11. Jui, Ep. 10, TiO.

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