‹ Histoire de la destruction du paganisme dans l'empire d'OrientChapitre 12 sur 31 · DEUXIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PÉRIODE

DEPUIS l'aVÉXEMENT DE THÉODOSE JUSQU'a CELUI DE JUSTINIEN.

( An 379 - 527 )

A la fin de la période que nous venons de parcourir, le paganisme, quoique déjà fortement ébranlé, était encore debout et exercé publiquement dans la plupart des provinces de Tempire. Si les confiscations de Constantin l'avaient privé en Orient d'une partie de ses revenus; si les violences prématurées de Constance avaient détruit les temples et fait cesser les sacritices dans quelques-unes des provinces orientales, le règne restaurateur de Julien, et la tolérance, limitée, il est vrai, de ses premiers successeurs, avaient permis au paganisme de réparer partiellement ses brèches. Son sacerdoce subsistait, ses temples étaient ouverts; on y sacrifiait encore', quoique plus timidement que par le passé. Bien plus, le culte païen y conservait encore quelques-uns des liens qui l'avaient uni autrefois à l'Etat. Plusieurs de ses fêtes étaient encore des fêtes pour l'empire, en ce sens, particulièrement, que les magistrats municipaux devaient, chacun à tour de rôle, en faire les

' Le sermon 39 de saint Grégoire de Nazianze, In sancta lumina, prononcé, selon les éditeurs bénédiclins, l'an 381, nous montre en elîel le culte païen célébré, comme autrefois, dans les principales villes [Greg. Naz., 0pp., t, 1, p. 678. Voy. de même Orat. 5 in Jul., c. 33, p. 170; Oral. 41 in Pentec, c. i, p. 731).

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frais, et présider aux solennités et aux repas dont elles étaient accompagnées'. Ses prêtres, comme nous l'avons vu pari'édit de Valentinien, conservaient encore une partie des privilèges civils et des titres d'honneur qui, de tout temps, avaient été affectés au sacerdoce. Les empereurs, de leur côté, conservaient, au moins nominalement, leur ' ancienne surintendance sur le culte païen ; ils étaient encore revêtus de ce titre de souverains j^ontifes, qui, dès l'origine, avait été un des principaux apanages de la dignité impériale ^ Plusieurs inscriptions laltribuent positivement à Valentinien I*^' , à Valens et à Gratien ^

Cependant, quoique la situation légale du paganisme fût encore en partie la même, les temps élaient bien changés pour lui, depuis l'époque où Constantin l'avait abjuré. La plupart de ceux que l'exemple de Julien avait ramenés sous ses drapeaux les avaient de nouveau désertés, immédiatement après la mort de l'apostat S et la tolérance dont il

> Gothofr., De intcrd. Clirist. cum Genl. communione, p. 21-23.

* LaBastie (Méra. de l'Ac.nl. fies liisc, l. 15, i' méni. sur le snuv. ponlif. des emp. rom., p. TSelsuiv). In niimisni. Musei Pisan. aniiiiadvers. fol. 1741, I. 2, p. 66 el suiv.

3 Voy.Mus.Pisan., l.^,p.61.Gruter, liiscr.anliq,, l.l, p. 159, Wl, 160, n" 4; p. 286, n" 3; p. 1082, n''13. Orelli, Lalin. liisc. Collecl., t. 1, p. 24o, n" 1117-1119. De ces inseriplioiis, deux allribuenl le souverain pontificat h Gralien, une à Valens; une quatrième enlin, et la plus remarquable de toutes, celle du pont Ceslius, reconstruit en3G9, l'attribue nommément a eliacun des trois empereurs, Valentinien, Valens el Gratien. Godefroj- répond, il est vrai (1. c, p. 3i), que, dans ces inscri|.tions, ce ne sont pas les empereurs eux-mêmes qui se désignent comme souverains pontifes; mais on a peine k croire, s'ils eussent déjà répudié ce titre, qu'ils l'eussent laissé inscrire sur un monument public tel que le pont Ceslius, construit et dédié en leur nom pour l'usage du peuple romain. Au reste, le témoignage de Zosime, que nous citerons ci-après, est très positif.

* Theoi., IV, 1. liufin., XI, 1. Tkcm., Orat. consul, ad Jov., 0pp. p. 67 d. — Le même Aslère d'Amasée, que nous avons vu ci-

il A PREMIÈRE PARTIE, 2' PÉRIODE.

avait joui pondant dix-huit ou vingt ans depuis colto époque ne l'avait pas cnipèclié de perdre encore un nombre incalculable de ses sectateurs.

Un signe évident de sa décadence dans l'opinion, c'était le titre depaf/a7i{, qui, depuis quelque temps, était affecté aux idolâtres '. Quelle que lût l'origine de cette dénomination, que ce fût le peu de faveur que le polythéisme trouvait auprès du peuple des cités, ou, comme Gieseler le suppose^, la surveillance des agents impériaux, qui forçait ses adhérents à se concentrer déplus en plus dans les campagnes, toujours ce titre indique-t-il que leur nombre et leur influence diminuaient graduellement dans les principaux centres de la civilisation. Au contraire, le nombre des chrétiens s'accroissait dans les villes avec une rapidité surpreuante. On en a la preuve par la multitude d'inscriptions chrétiennes, funéraires surtout, qu'on trouve dans les recueils à partir du règne de Jovien ^ On en a la preuve plus

dessus déplorer les apostasies du temps de Julien, s'écrio dans une autre homélie : « Réjouis-loi, ô épouse de Ciirisl... Les autels des a démons ne se partagent plus tes enfanls; mais les églises se rem- « plissent de néophytes. Les idoles ne régnent plus sur nous; ce « sont les autels de Christ qui l'emportent... Les apostasies ont « cessé; les apostats se pressent à la pénitence (-;".vu>;X'.<j ai r>.u.a-ja'/). » {Asterii Hom. V in Ps. 5 in Cotelerii Eccl. grœc. monum. Paris, •J681, t. 2, p. 41.)

^ On rencontre ce titre pour la première fois dans un ouvrage de Marins Viclorinus, écrit vers l'an 36o (De oaccuaiM... recipiendo). Mais le premier document officiel où il se trouve mentionné, c'est un édit de Valentinien I", publié en 368 ou 370 (in Cod. ïlieod., XVI, 2, 1. 18. Voy. le Comment, de Godefroy, t. 6, p. 2o0 et suiv.).

* Gieseler, Lehrb. der Kirch.-Gesch., 1. 1, p. 3-i3. Baronius (Ann., t. 3, p. 6oo) fait dériver le mot de pagani de ce que les idolâtres, étant exclus du service militaire par Constance, se trouvaient ainsi réduits a la condition de paysans. Cette étymologie nous paraît fort peu plausible.

^ Vo^ez surtout les recueils de Gruler, de tleinesius, de Muratori

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directe encore dans le nombre considérable d'évcchés nonvellement fondés en Orient depuis le règne de Constantin jusqu'à celui de Théodose ^ Je veux croire que le cliiflVe de la population chrétienne n'était pas toujours en proportion exacte avec le nombre des évèchés. Dans les premiers siècles, le titre d'évèque était bien plus prodigué qu'il ne le fut dans la suite. La ville de Gaza, par exemple, en avait un, bien qu'elle ne comptât que trois cents chrétiens au plus. Toutefois, lorsqu'on voit le nombre des évèchés s'accroître si rapidement, dans un intervalle de cinquante à soixante années; lorsqu'on voit, sousThéodose, figurer comme sièges épiscopaux d'une certaine importance tant de villes qui, avant Constantin, offraient à peine quelques traces d'églises chrétiennes, on ne peut s'empêcher de reconnaître à ce signe les immenses progrès que le christianisme avait faits parmi la population de l'empire, surtout lorsque ces progrès nous sont attestés directement par le témoignage de quelques auteurs.

Saint Chrysostome, dans son panégyrique de Babylas, prononcé vers l'an 382 ou 383, représente l'erreur des païens comme « tombant en poussière, bien qu'elle n'eût « encore été l'objet d'aucune persécution. » — « Dans une a ville prise d'assaut et démantelée, dit-il, le vainqueur « ne s'inquiète guère s'il voit encore debout quelques « masures, s'il aperçoit encore errant çà et là quelques

et celui des inscriplions cliréliennes de Maio (Script, vetl. collecl., t. 5).

• Vov. Lequipn, Oriens Christ. Wilisch, Handb. d. Kirclil. Geogr. Berlin, 1840, 2'' période, % 97-159. En parcourant ces deux ouvrages, on y lrou\e nicnlionnés une foule d'i-viVliés dont 1rs titulaires ne sont connus qu'a partir du règne de Conslanlin, soit parce qu'ils n'avaient auparavant aucune importance, soit, pour le plus grand nombre, parce qu'ils n'étaient pas encore fondés.

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« vieilles leiiimes et quelques enfants'. » Ailleurs, il s'exprime à peu près dala même manière : « Quoiqu'aucun de « nos empereurs n'ait tourmenté les païens, ni essayé de a les contraindre à abjurer, d'elle-même l'idolâtrie s'éteint « et meurt, alin que la puissance de la vérité et l'impuis- « sancc du mensonge éclatent au grand jour*. »

' Chrysost., In Babyl., c. 3, 1. 2, p. 540. Voy, encore. In 1 Gen., liom. 7, c. 7, 1.4, p. 56.

2 Chrysost., In S. Drosid., t. 2, p. 69t. Ces témoignages de saint Clu'ysoslome ne paraissent guère, il est vrai, s'accorder avec l'espèce de calcul qu'il établit lui-même dans sa Xi'^ Ilomglie sur les Actes des Apôlrcs, prononcée vers l'an 398 (t. 9, p. 93). Il veut prouver aux chrétiens de Constanlinople, que, si tous les habitants riches de cette ville vendaient leurs biens, comme cela se pratiquait dans la primitive Église, non ssulemenl il n'y aurait plus de pauvres, mais que tons seraient dans l'abondance. « Eu cfTiH, leur dit-il, quelle « pensez-vous que puisse être la population de notre ville? Vous « d'abord, combien êtes- vous de chrétiens? Mettons cent mille. « Ajoulez-y les juifs et les païens; combien de milliers de livres d'or « ne recueillerait-on pas entre tous! Maintenant, quel pensez-vous « que soit le nombre des pauvres ? Je ne crois pas qu'il aille au-delà « de cinquante mille. » Cent mille chrétiens seulement sur une j)opulalion qui renfermait cinquante mille pauvres semblent former une proportion assez faible, celle d'un quart, par exemple, que fixe M. Beugnol (t. 2, p. 195). Mais, outre que la proportion des indigents, dans les grandes villes, était bien plus forte alors que de nos jours, si l'on défalque du reste de la population, d'abord les juifs, qui formaient dans toutes les villes commerçantes une masse très considérable, puis les hérétiques, en particulier les ariens, très nombreux surtout parmi les Golhsqui servaient à Constanlinople, et que saint Chrysostome ne comptait probablement point dans son troupeau, la proportion des païens paraîtra moins considérable, et surtout peu redoutable, si l'on réfléchit que, vivant pour la plupart sans culte, ils devaient à peine compter comme parti religieux. Rappelons-nous enfin le passage où Sozomène, avocat de Constantinople, parle de la propriété qu'avait celte ville de transformer en chrétiens tous ses habitants, et nous donnerons encore moins d'importance au calcul du patriarche. Au reste, le même Chrysostome nous apprend qu'à Anlioche le nombre des chrétiens surpassait déjà celui des juifs eldes païens réunis [Chrys, adv. Jud. l, 4). iNnus savons par le témoignage

DKi'ris i/avÉi\e.me.\t de TiiKonosn. 177

Il y a plus, le christianisme avait pénétré durant cet intervalle dans des provinecs i-eculées de l'enipiie, (|ui lui avaient été fermées jusqu'alors. Eulo^nus et l'rutogène, deux prêtres d'Edessc, que le fanatisme arien de Valens avait lait reléj^uer à Antinoë, sur les contins de la llanle-Éj'jple, et qui avaient trouvé la plupart des liabitanis de cette ville et de ses alentours encore livrés à l'idolâtrie, réussirent, selon Théodoret', à en convertir un grand nombre, grâce aux écoles cin-étiennes qu'ils fondèrent, cl à la léputation de thaumaturges qu'ils s'étaient acquise. Comme on amenait à Protogène beaucoup d'enfants malades pour qu'il les guérît, il ne consentait à prier pour eux qu'après qu'ils avaient reçu le baptême, et accrut ainsi beaucoup le nombre des chrétiens à Antinoë ^, Les deux Macaire, moines égyptiens, disciples de saint Antoine, travaillèrent avec le même succès dans des parties de l'Egypte encore plus barbares. Déportés, par l'ordre de Valens, dans une île du Nil, que 31. Et. Quatremère croit être celle de Chemnis ^ et où il n'y avait encore aucun chrétien, ils obtinrent bientôt la confiance des habitants, qui, h la suite d'une guérison merveilleuse opérée sur la fille de leur piètre, se convertirent au christianisme et détruisirent eux-mêmes le temple de leur ancienne divinité \ Dans le dé.sert de Scélis, où ils se transportèrent ensuite, les deux Macaire convertirent les

deJiilien(li:p.52,Boslren.,p.437)qu'àBostra,aiixconfinsderAr;iliie, les deux parlis élaicnt, môme sous son règne, en nombre à peu près égal. Enfin Augustin, dans un passage, manifeslt-meMil exagéré sans doiile, mais qu'on ne peut entièrement négliger, dit que, de son temps, « les idoles ne trouvaient |tlus d'adorateurs qu'à IJome et « parmi (pielques Occidentaux. »

1 Theod., Hist.Eccl., iV, 18.

^ Il en lit de môme à Carrlies en Mésopotamie.

* Quatremère, Mém. géogr. sur l'Ég. i»aris, 18H, t. 1, p. 227.

* Theod., Hist. Eccl., IV, 2t. Socr], lY, 2i. Sozom., VI, 20.

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