‹ Histoire de la destruction du paganisme dans l'empire d'OrientChapitre 13 sur 31 · S PREMIERE PARTIE, 2' PÉRIODE · texte numérisé non relu

S PREMIERE PARTIE, 2' PÉRIODE

pâlies (les inonlagnos voisines et les associcreiU à leurs coimimiiaiiU's inoiiaslicjiies, (iiii (Icniiiieiit ainsi 1res nombrensos '.

De si notables ehangemenis ne pouvaient s'accomplir dans les esprils sans amener tôt ou tard un changement analogue dans les iiistilutions. Il fallait s'attendre à voir, dans un avenir plus ou moins prochain, la condilion extérieure et légale du paganisme abaissée au niveau de sa condilion réelle; et puis(|uc la tolérance, au moins partielle, dont il jouissait depuis plus de vingt ans, lui avait rendu si peu de crédit, il fallait s'attendre à la lui voir retirer, aussitôt qu'il se trouverait un prince assez puissant et assez hardi pour reprendre l'œuvre de destruction commencée sous Constance. Ce rôle était réservé à Théodose le Grand, dont l'avènement marque ainsi l'une des époques les plus importantes dans l'histoire de la chute du paganisme.

^ Quatremère, Mém. géogr. sur l'Ég., t. 1, p. 453-457.

SECTION I

R^:>:ue lie Tliéoilose le Cirtiiul.

( An 379 - 305 )

Fils d'un général espagnol qui, sous le roj^nc de Valentinien, s'était illustré par ses exploits en Afrique et dans la Crande-Bretagne, mais qu'une sentence injuste, arracliée à l'inexpérience de Gratien, avait lait mettre à mort, Théodose arrivait à l'empire, soutenu parla glorieuse réputation de son père, et par celle que lui-même s'était acquise en Rlésie dans la guerre contre les Sarmates. Les éminenfes qualités qu'il déploya sur le trône, les services signalés qu'il rendit à l'empire, en contenant les Gollis préis à inonder toutes ses provinces, justitièrent pleinement les espérances qu'on avait fondées sur lui. Il avait maintenant assuré au dehors la paix nécessaire pour ses réformes intérieures. Il se présentait à son peuple avec celle auréole de gloire, avec ce prestige du succès, avec cette répulation d'invincible qui devait écarler de son chemin toutes les résistances. Sa chimère, comme celle de Conslantin, était d'unir l'empire après l'avoir sauvé; et comme sous les règnes précédents rien n'y avait introduit plus d'éléments de trouble que la diversité des cultes et celle des opinions théologiques, c'était l'imité religieuse qu'il avait principalement à cœur d'y établir. Les maximes de tolérance on d'indifférence philosophique, proclamées par Themistius et Symmaque, étaient peu à Tusage de Théodose. Né chrétien, élevé dans les principes de l'orthodoxie la plus exacte, baptisé récemment au sortir d'une maladie qui avait mis

180 r>REMti;uE partir, 2* f-kriook, section i

SCS jours en danger, il suivait avec docilité les avis de ses directeurs ecclésiastiques, qui le sommaient de consacrer an service du Dieu nniciue cl trois fois saint la vie et la puissance qui lui avaient été conservées, et le rendaient en quelque sorte responsable du crédit dont l'idolâtrie el l'erreur jouiraient encore sous son règne. Tliéodose, en un mot, semble s'être efforcé, avant tout, de mériter cet éloge qu'il a reçu de la bouche d'un évèque : « Il fut moins « empereur que serviteur de Dieu. i>

Tout ce qui pouvait d(!nner quelque relief à l'Église, ajouter à la considération de ses ministres, faire prévaloir ses intérêts, fleurir ses institutions, tout ce qui pouvait imprimer à J'empire une physionomie plus chrétienne, fut l'objet des soins attentifs de Tliéodose. Par un édit du 27 mars 380 ', il ordonna que toute instruction criminelle serait suspendue dans les tribunaux pendant le carême. Par d'autres édils du 7 août 389 et du 27 mai 392^, il interdit toute action juridique, soit publique, soit privée, le dimanche, ainsi que pendant les quinze jours pascaux. Le 20 mai 392, il défendit également les combats de l'amphithéâtre et les jeux du cirque le dimanche, sauf quand la fête anniversaire de la naissance de l'empereur tombait sur ce jour ^. Joignez h ces mesures, dont M. Beugnot a fait ressortir l'importance relativement à l'Église et j» l'État \ les honneurs que Théodose prodiguait à ceux qui rompaient d'une manière éclatante avec l'ancien culte les prérogatives multipliées qu'il accordait au clergé chrétien, les sommes immenses qu'il consacrait à la construction des églises.

1 Cod. Theod., IX, 3o, 1. 4.

a Peijroîi., Cod. Tlieod. fragm., p. 60, 62. Til. de feriis, 1. 19, 21.

3 Peyron., ibid., 1. 20, p. 61. Cod. Theod., XV, 5, 1. 2.

* Beugnot, l. 1, p. 401.

RÈGNE bK THÈODOSK. 18t

En même temps qu'il unissait ainsi, d'une manière toujours plus intime, la société chrétienne et la société civile, et assurait au christianisme tous les privilèges d'une religion dÉtal, il retirait de plus en plus ces mêmes privilèges au paganisme.

Quelques médailles des règnes précédents, en très petit nombre à la vérité, portaient encore, comme celles de Julien, des effigies de divinités païennes'. C'était, selon la remarque de Banduri , l'effet de la précipitation des monnayeurs, qui, n'ayant pas le temps de graver de nouveaux coins, accolaient la tète du nouvel empereur avec d'anciens revers gravés sous Julien '^. Depuis Théodose, il n'en fut plus de môme. Ce prince ordonna de détruire toutes les monnaies frappées ^ et vraisemblablement aussi tous les coins gravés sous le règne de l'apostat, et fil exiler de Constantinople quiconque, en ayant découvert, ne les ferait pas connaître au trésor. Aussi ne Irouve-t-on pas une seule médaille de Théodose, ni de ses successeurs, qui porte,

ou le nom, ou le type de divinités païennes. Le Génie de Rome, la Victoire ailée, qu'on y voit encore de temps en temps, n'étaient plus aux yeux des Romains que des em-

> Ainsi l'on trouve sur quelques médailles de Jovien, de Valenlinien, de Valens, el même du coramencemenl du règne de Gralien, une Isis assise, un Harpocrale debout. Banduri, t. 2, p. 447, 462, 477. Mionml, t. 1, p. 433-437. Musée Tlieup., p. 3S0.

» Banduri, ibid., p. 4i7. 11 faut avoir égard ici, comme en d'autres cas, a la dislinction, imporlanle en numismatique, enlre les monnaies qui servaient de moyens d'échange el les médailles commémoralives d'événements. Tel emblème, qui serait fort significatif sur une médaille, l'est fort peu sur des monnaies, où l'on faisait surtout attention îi la lêle et presque point au revers {Hennin, Man. de numism. anc. Paris, 1830, c. 5, p. GOel suiv.). Le module des médailles dont il est ici question est en effet celui des monnaies ordinaires.

' Combefis., Orig. rcrunni, Conslanl., p. 23,24.

183 PREMIKHE l'ARTŒ, 2* PKR[ODE, SF.CTIOX I.

l)lèinos palrioliqnos, qn'achcv.iil do légilimer le labanim ou la croix (ju'on y joignait ordinairement.

C'est aussi depuis le règne de Thcodose, cl sans doute grâce à son ascendant et à celui de saint And)roise, que la dignité de souverain pontife cessa pour jamais d'circ unie à la dignité impériale. En 382, Gratien refusa la robe pontificale qui lui était offerte, selon l'usage, par les prêtres de Rome '; fit de nouveau disparaître du sénat l'autel et la statue de la Victoire; adjugea au fisc les revenus des prêtres et des vestales, ainsi que les fonds anciennement affectes par le trésor à rentrelien des sacriticcs, et enfin décréta la saisie de tous les immeubles qui seraient à l'avenir donnés ou légués aux temples et aux prêtres de l'ancien culte ^. Il étendit ainsi à l'Occident les mesures de confiscation que Constantin et Constance avaient adoptées pour l'Orient, et que Jovien et Valons avaient depuis confirmées^. Cependant, toutes ressources n'étaient point par là ôtées au culte

1 Zosim., Hist., IV, 36. Van Dale (De orac. Etlin., Diss. 2, p. 555), La fiastie (loc. cit., l. 15, p 39) el d'aulres ailleurs ont prouvé que la robe ponlifiealc fui oiTerle a Gralien et refusée, non en 367, a l'époque où il fui proclamé Auguste par son père, n'ayant encore que huit ans, mais en 382, au moment où il combaUait la révolte de Maxime. C'est ce qu'indique la réponse attribuée aux prêtres de Rome : « Si princeps non vull appellari pontifex, admodùm brevi pontifex <( Maximus fiel. » C'est ce qu'indique encore la remarque de Zosime, qui voit dans la mort de Gratien, en 383, le cliàlimenl de l'outrage fait aux ponlifes (Zos^■m., IV, 36). Voyez, au reste, sur ce fait, qui concerne parliculièrement l'empire d'Occidcnl, les observations de M. Beugnot (l. 1, p. 329 etsuiv., 341 elsuiv.).

2 Ambros , Ep. 18, 0pp., t. 2, p. 837. Beugnot, t. 1, p. 328.

3 « Et cerlè, disait Symmaque en 382, anlè pbirimos annos, « lemplorum jura tolo orbe sublata sunt » {Symm., liv. 10, ep. 54). Sur les revenus des temples païens, voyez Joseph Laurent, Varia sacra gentilium, c. 6 (in Gronov., Anliq. (ir. Thés., t. 7, p. 107 et suiv,), Bougainville, Mém. sur les prêtres d'Alhcnes (Acad. d. Insc, 1. 18).

r.ÈGNE DE THÉODOSE. 1 H3

païen. II lui restait, entre autres, les allocutions que de temps imincmorial les magislrals municipaux faisaient , chacun à son tour, pour les fêtes publiques', et que les chrétiens eux-mêmes n'osaient point encore refuser^. Théodose, en 386, les exempta de ce tribut payé à la coutume. Par un édit exprès, adressé le IG juin au préfet augustal de l'Egypte^, il voulut que VàfjyjefMfjvvn, c'est-à-dire la présidence des jeux sacrés et des solennités publiques , aussi bien que les dépenses qu'elles entraînaient , ne pût à l'avenir être imposée qu'aux païens seuls, et que les chrétiens, non seulement en fussent exempts, mais encore s'y refusassent toutes les fois qu'ils en seraient chargés. C'était priver le culte ancien d'une ressource d'autant plus précieuse, que le nombre des chrétiens allait toujours en croissant.

Après avoir ainsi retiré au paganisme la plupart de ses appuis extérieurs et légaux. Théodose aurait pu l'abandonner à lui-même, certain que, réduit à ses propres forces , il finirait tôt ou tard par succomber. Mais ni l'impatience de l'empereur, ni celle des évêques qui l'entouraient, ne s'accommodaient d'une victoire aussi lente. Ils avaient hâte d'en finir avec celte religion dont ils avaient

* A Alliènes, par exemple, les frais des Panathénées, des Dacclianales, etc., étaient k la charge du chorége, qu'on nommait parmi les phis riclies citoyens et qui acceptait volontiers celte cliarge, en échange des dignités civiles dont elle lui frayait l'accès et de l'Iionneur immédiat qui lui en revenait : son nom était gravé sur le trépied suspendu dans le temple. Boxujainv., Mém. sur les prêtres d'Allicncs (Acad. des Inscr., t. 18, p. 1\).

2 Ainsi les chrétiens faisaient quelquefois partie de certaines confréries païennes tolérées par les empereurs, telles que les collèges des centenaires, des dendrophores, etc. [Gothofr.^ De iaterd. conun., p. 2()-28).

3 Cod. Theod., XII, i, 1. 112. Golhofr., De inlerd. Christ, cura Cent, communione, p. 20-25.

ISt l'KKMIKItK l'AiniK, ^^ IM'RIOIU:, SIXTION I.

jmv la pLM'lo el dont rimpoiiiiiic présence les otrus(iiiail.

Leur premier soin pouv arriver à ce but devait être d'assurer, d'une manière solide, les conquêtes (ju'ils faisaient journellement sur le paganisme, en ôtant à ceux qui l'avaient une fois abjuré tonte possibilité de retour.

Nous apprenons, en effet, par les canons ecclésiastiques «le saint Basile ' el de saint Grégoire de Nysse ^, par le troisième canon du concile de Valence ^ , enfin par dilTcrents traits que nous rapportent les historiens \ que même à cette époque, où le christianisme était si évidemment en voie de progrès, plusieurs de ceux qui l'avaient embrasse revenaient, au bout de qnclque temps, à leurs anciennes erreurs, allaient de nouveau, non seulement consulter les devins, mais encore s'asseoir aux repas sacrés, prendre part aux sacrifices.

D'où ponvaient venir ces actes d'apostasie? Faut-il y voir, avec Godefroy % l'etTet d'une contrainte exercée par les païens? Admettrons-nous avec lui que ces derniers, enhardis par la tolérance de Yalens et ligués avec les ariens contre les catholiques, profitassent de cette alliance pour forcer les nouveaux chrétiens à l'apostasie? Une telle alliance, nous en sommes convaincu, n'a jamais existé que dans l'imagination d'Athanase'' et de l'évèque orthodoxe

1 Basile ^Ep. canonica, can. 72, 0pp., t. 3, p. 328) soiimel à la péuilenceperpéluelle quiconque aura renié Jésus-Chrisl el renoncé a son baplème.

- Greg. Nyss., Ep. canonica ad Leloium, can. 2 (in Bevereijii Synodicon. Oxon. HJ12, t. 1, p. 38o).

8 Labbe, Concil., l. 2, p. 90o.

* TUlemont (tïisl. des Emp., in-4, l. 5, p. 109) parle entre autres de Festu>, ancien gouverneur de Syrie el proconsul d'Asie, lequel, peu de lemps avant sa ranrl, en 379, se fit païen.

5 Cod. Theod., t. 6, p. 203.

* Athan., Apol. conlr. Arian., c. la, etc.

15i:(;.\E DE TIIÉODOSE.

donlTIiéodorclcmpriinle le récit'. Les ariens, qui avaient souflerl sous la doniiiiaHon des calholiqucs, prolilèient, à la vérilc, du règne de Valcns pour exercer contre eux des représailles; mais, à coup sûr, ce ne fut point au prolit du culte païen; ils élaietil, plus encore que les catholiques oux-mèines, opposés à tout acte qui avait la moindre apparence didolàtrie; et l'exemple de l'empereur Constance, acharné à la destruction des sanctuaires païens, celui de Georges, évoque arien, représenté par Lihanius comme le plus implacahle ennemi du paganisme \ et massacré par les païens d'Alexandrie pour avoir provoqué la démolition cl la profanation de leurs temples, n'annoncent pas une liaison hien étroite entre ces deux partis. Nous voyons, d'ailleurs, les édits contre l'apostasie renouvelés à diverses reprises, jusqu'en 4^26, à des époques où, dès longtemps, les ariens ne jouissaient d'aucun pouvoir, ni les païens d'aucune liherté, et où, par conséquent, ni les uns ni les autres ne pouvaient (exercer aucune pression sur les catholiques. Enfin le texte même, aussi bien que la fréquence et la sévérité de ces édits, prouve évidemment qu'il s'agis-

» Theodor., IV, 22, Epist. Pelri, Episc. Alexaiidr. — Les ariens, il est vrai, tout en considéranl le Fils de Dieu comme une créature de son Père, ne laissaient pas de lui attribuer le nom de Dieu et les honneurs de l'adoration; c'est pur la qu'ils se sont attiré le reproche spécieux de polythéisme. Mai, il esl aiséde voirque ce n'était de leur pari qu'une concession à l'opinion de leur temps, et lorsqu'on étudie de près leur doctrine, on y trouve, malgré son inconséquence, bien j)lus d'affinité avec le monothéisme juif qu'avec le polythéisme hellénique. Aussi les Itères leur prodiguent-ils les épilhètes de samosaléniens, d'ébioniles et même de juifs. C'était par ce principe de monothéisme strict que les plus prononcés d'entre eux, Eunomius et les anoméens ses sectateurs, refusaient tout hommage religieux aux martyrs à leurs images et à leurs reliques [Aster., Sermo m Mart. in Collecl. patr. gra-c. lat., t. 1, p. 196, 205-208).

« Liban., Vw Arisloph. 0pp. fol. t. 1, p. 4i8.

ItSfi l'IŒMlKUE l'AUllE, ^'' PÉRIODE, SECTION F.

sait, non d'abjuralions forcées, mais d'apostasies volontaires et qu'on avait môme beaucoup de peine à prévenir '. Loin donc dy voir l'effet d'une contrainte exercée par les païens , nous sommes beaucoup plus tenté d'y voir l'effet des moyens de conversion employés par les clu'étiens eux-mêmes. Des baptêmes précipités, que n'avaient précédés aucun noviciat, aucune instruction préalable, des conversions ou commandées ou achetées, laissaient dans le cœur des nouveaux chrétiens un fonds d'idées, d'habitudes païennes, qui de temps en temps reprenaient le dessus et les ramenaient aux pieds des idoles. Ce devait être surtout, comme l'observe Rûdiger^, le cas de certains néophytes qui ne reliraient pas de leur conversion les avantages temporels qu'ils s'en étaient promis. Depuis l'édit de Constantin ^ qui avait accordé aux membres du clergé l'exemption des charges curiales, beaucoup de riches, pour jouir de cette précieuse immunité, s'étaient fait baptiser, et, à force de brigues, avaient obtenu des dignités dans l'Église. Les autres propriétaires, sur lesquels retombait d'autant plus pesamment le fardeau du décurionat, se peignirent, et Valentinien, pour faire droit à leurs plaintes, décida ^ que toute personne qui, par sa fortune, se trouvait sujette aux emplois municipaux, devrait, avant dentrer dans les ordres sacrés, céder ses biens à la curie, ou les transmettre

' Voyez, par exemple, l'édit de Valentinien de l'an 396 (Cod. Th., XVI, 7, I. 5), où les apostats sont dé-^ignés comme « fide devii, ac « mente cœcali. »

- Rildiger, De stal. pag., p. 48, 49.

» Cod. Theod.,XVI,2, 1. 1,2, ea313 et 319, réitéré en 3 i9 (ibid., 1. 9).

* Cod. Tlieod., Xll, 1, 1. 59. Ce règlement, publié pour la première fois en 36i, fut décidément conlirmé en 383 (Ibid., 1. 104.— Gothofr., Paralill. ad tit. de Decurionibus, p. 34J}.

WkC.M-: DK TllfiODOSR. 187

à (jiiclquc aulic personne capable, qui remplirait en son nom CCS emplois. Dès loi-s, beaucoup de ricbes convertis, se voyant frustrés du privilège auquel ils avaient aspiré en embrassant le nouveau culte, retournaient à celui vers lequel leur éducation ou leurs préjugés les portaient de préférence, et l'on surprenait souvent aux banquets sacrés, dans les temples et autour des autels , ceux qui , tout à l'heure, admis dans les rangs des clnétiens, aspiraient déjà aux bonneurs de la prêtrise. C'était, au fond, un moindre scandale que celui qu'ils eussent donné en exerçant un ministère pour lequel ils étaient si mal préparés. Théodose néanmoins crut devoir réprimer ces apostasies. Dans un édit daté de Conslantinople et adressé au préfet Eutrope ', le 2 mai 381 , il ôla la faculté de tester à tous ceux qui passeraient du christianisme au paganisme, et fit casser les testaments de tous les apostats déjà décédés. Deux ans après, le 20 mai 383, il aggrava la sévérité de cet édit à l'égard de ceux qui apostasiaicnt après avoir reçu le baptême, en les excluant absolument du droit d'hériter, aussi bien que de celui de tester ^. La même année, Valentinienïl publia un édit semblable pour les provinces d'Occident, et dès lors, jusqu'en 420, il n'y eut pas moins de quatre lois nouvelles , et de plus en plus sévères , dirigées contre l'apostasie '.

Dans la même année où Théodose commença à sévir

1 Cod. ïlieod., XVI, 7, 1. 1.

« Ibid., 1.2.

' Ibid., 1. 3-7. Celle du 9 mai 301 vouait les aposlals a l'infamie (ibid., 1. 4, 5). On remarquera que les édils conlre l'apostasie furent plus friî'quemmenl renouvelés en Occident; comme l'observe M. Reugnol (t. 2, p. 92), les conversions obtenues en Orient, provenant d'un examen plus attentif et plus approfondi du christianisme, étaient en général plus durables.

188 i'i;i:.MiKi!F' l'Ainii:, 2' I'Himodk, si-ci ion i.

cuiilic ce déHI, il renouvela les édils de ses prédécesseurs coulre les sacrifices divinatoires. Le 21 décembre 381, il IVappa de proscription « quiconque, dans le dessein de « connaître l'avenir, vaquerait, soit de jour, soitdeuuit, « à des wicrilices défendus, crùl-il incine pouvoir s'y au- « toriser en les faisant célébrer dans les temples '. » Le 25 mai 385^, il décerna la peine de mort contre ceux qui, « en sacrifiant, clierclieraicni, par l'inspection du foie et « des entrailles des victimes, à satislaire une exécrable « curiosité ou à se i*epaîlrc d'espérances sacrilèges. » Dans ces deux édits, Théodose semblait ne s'attaquer qu'aux sacrifices magiques ou mêlés de consultations séditieuses; mais, comme la distinction entre les sacrifices illicites et les sacrifices légaux n'était pas toujours aisée à reconnaître, et que l'espoir de lire dans l'avenir était toujours im des principaux attraits qui portaient les païens à sacrifier, les deux lois que nous venons de citer équivalaient, ou peu s'en faut, à une interdiction absolue des sacrifices. Telle est aussi la portée que Libanius n'hésite pas à leur attribuer ^

Cependant les sacrifices divinatoires continuaient malgré la défense de Théodose. Ce fut pour lui l'occasion d'un redoublement de sévérité. En envoyant, en 384 ou 386, Cynégius, préfet d'Orient, proclamer en Egypte IVIaxime qu'il venait d'associer à l'empire, il le chargea, selon Zosime^, de suspendre l'exercice du culte païen et de faire fermer les temples. Zosime ajoute que Cynégius s'acquitta ponctuellement de ce message; que dans tout l'Orient, en

' Cod.Tlieod.,XVI, 10, 1. 7.

' Ibid., 1.9.

^ Liban., Pro templ., p. 1G3, 164. Voy. la noie de Reiske.

* Zosim., Hisl., IV, 37.

r.Kc.M: HE TiiF.ono^n:. 189

Egypte cl môme ;i Alexandrie, les temples furent fermés, les sacrifices abolis, le culte ancien totalement suppriirié. En supposant, ce qui parait peu vraisemblable, (|ue ces mesures aient été exécutées avec l'étendue et la rigueur dont parle Zosime, elles s'adoucirent sans doute au bout de peu de temps, puisque nous voyons plus tard saint Chrysostome ' reprocbcr aux cbréliens d'Antiocbe de manger des viandes sacriliées aux idoles et d'être ainsi en scandale aux païens mêmes qui sacrifiaient. Libanius atteste en outre ^ que les sacrifices subsistaient encore à Alexandrie, et que Théodose, en les supprimant partout ailleurs, n'avait point cependant fait lérmer les temples et n'avait interdit ni le feu, ni l'encens sur les autels \ Enfin, l'édit de Tbéodosc en faveur du temple d'Édesse, dont l'évéque Eulogius avait demandé la clôture, en 382, le soin que l'empereur prenait, dans cet édit, de faire considérer les temples comme des lieux de réunions et de réjouissances publiques, qu'il était permis de fréquenter pourvu qu'on n'y sacrifiât point \ prouvent qu'il n'entrait point encore dans ses projets d'ordomier d'une manière générale la fermeture et encore moins la destruction de ces édifices; ce n'était encore qu'aux sacrifices qu'd en voulait.

Malheureusement, de tous les éléments dont se composait l'ancien culte, il n'en élait aucun auquel les païens demeurassent plus opiniàirément atlacbés. L'immolation des victimes n'élaif pas seulement pour eux un moyen d'arracli(!r à l'avenir ses secrets, c'était encore un moyen de propitia-

' Chnjsost., Ilom. 2N in 1 I-Ipisl. ail Cor. (Opp-, MO, p.210 el siiiv.) prondfict'e, selon les éilileiirs bénédiclins, apn-s 380.

- Liban., l*ro ten.pl., p. 182, ibid. noi.

» lLI{l.,p. lOi.

* Cod. Tlieoil., XVI, 10, 1 8. En 387, deux temples ôlaionl encore ouvert.-; a Tapliné, pr.'s d'Anliochc [Chrysost. Adv. Jud., 4, G).

\[)0 l'IlKMIKRK PARTIR, ^^ l'KI'.IOhR, SKCTIOX I.

lion aussi nécessaire qu'infaillil)le. Sans ces gages de dévouenicnt et de reconnaissance oflerls aux dieux, sans celle salisraclion donnée de lenips en temps à leur exigence ou à leur colère, ils croyaient ne pouvoir assurer la prospérité des villes, la fertilité des campagnes, détourner les fléaux parliculiers et publics. Sans cesse on les surprenait dans les temples, offrant furlivement des sacrifices. Dans leurs jours do fêtes, où ils étaient plus exactement surveillés, ils ne laissaient pas de se réunir auprès des sanctuaires ou h l'ombre des arbres consacrés ; là, ils égorgeaient un bœuf ou un agneau, en faisaient rôtir la chair, et, couchés sur le gazon, la mangeaient ensemble, tout en brûlant des parfums et chantant des hymnes en l'honneur des dieux. Il n'y avait là, disaient-ils aux agents de l'empereur, ni libation, ni offrandes, ni gàlcaux de farine et de sel, ni autel pour recevoir le sang des victimes, rien en un mot de ce qui constituait les véritables sacrifices. Or, tout ce que Tempereur n'avait pas défendu devait demeurer permis '.

Mais les évoques ne se payaient pas de semblables raisons. Partout où ils jugeaient que la loi avait été violée, sous prétexte de prévenir des infractions nouvelles, et sans attendre le signal, sans même demander le consentement de l'autorité, ils faisaient démolir les édifices dans l'intérieur ou le voisinage desquels ces réunions sacrilèges avaient eu lieu ; ils soutenaient ^ qu'il n'y avait que ce moyen de faire cesser les rites prohibés ; qu'aussi longtemps que les temples resteraient debout, les païens seraient tentés dy entrer pour offrir des sacrifices. Mais les plus acharnés à cette guerre des Titans, comme l'appelait Eunape'\ c'é-

' Liban., Pro templ., p 174, 175.

2 Liban., Pro templ. l. c, p. 176. Sozom., VII, 13, p. 72o d.

^ Eunap., in ^Edes., p. 472.

RÈGxr: DE TIIÉOnOSE. 191

(aient les moines, dont les noirs essaims ' parcouraient les provinces, toujours prêts à se mettre à la télé des expéditions pieuses et au service des évéques les plus entreprenants. Suivis de la populace, soutenus par des bandes de gladiateurs, et au besoin par des corps de troupes que les proconsuls mettaient à leur disposition^, ils allaient, armés de pierres, de leviers et de marteaux, renverser les statues, démolir les autels, raser les sanctuaires, mallraitant les prêtres qui osaient en prendre la défense, et s'emparant des trésors et des objets précieux qui y étaient renlermés. Quelquefois même, si nous en croyons Libanius etZosime^, sous prétexte de ravir à l'idolâtrie toutes ses ressources, ils étendaient leur rapacité sur les terrains contigus aux temples, pillaient les récoltes dont ils étaient couverts, « déro- « bant ainsi le bien et détruisant l'espérance des cultiva- « leurs *. » Le temple d'Édesse, dont nous venons de parler, paraît avoir été un des premiers exposé à leurs dévastations^ Pendant queThéodosc était éloigné de l'Orient, un nouveau gouverneur d'Osroène, dont réponse était dévouée à Eulogius, et qui lui-même espérait sans doute avoir part aux dépouilles du temple, se munit, à ce qu'on assure, d'un faux rescrit de l'empereur, et à la fête d'une troupe confuse de moines et de soldats détruisit de fond en comble ce magnifique édifice, qui n'avait d'égal en richesse que le temple de Scrapis à Alexandrie.

A la vue de ces déprédations violentes et illégales, que

' Liban., Pro lempl., p. IGi: M£)av£t,u.ov&ù'<Ts; tutoi.

' Ibid., p. 192. not.

» Zos., V, 23,

♦ Liban, Pro. lempl., p. 164-171.

» Selon Godefroy (|». S9) el Heiske (p. 147), c'est ce Ijeau temple sur les frontières de la Perse dont Libanius déplore surloul la ruine (p. 192 el noie de Godefroy).

402 i'Ui;M(i:iif: l'Mirti:, 2'' l'iiiitooi-:, srcrtdv j.

le i>liis soiivcnl ils iic pouvaiciU on n'osaicMil cmpèLlier, les païens dicrclièronl à intéresser \Hmv en.\ la justice de l'enipereiii'. Lilianins lui adressa cette célèbre requête', cpii, indépendanuncnl des documents précieux (pTelli' fournil pour notre histoire, est considérée coinnu; un des morceaux les plus éloquents de ce rhéteur. Après s'être plaint amèrement de la violence des moines, de la connivence des évê- (jueset deTinjusle api)ni que leur prélaieid les gouverneurs, il plaide la cause des temples et lait valoir, avec autant de force (pic d'adresse, toutes les raisons qui devaient engager l'cmperenr à protéger ces antiques monuments de la religion. Il lui rappelle leur origine, les bienfaits des dieux, qu'ils étaient destinés à commémorer en même temps qu'à perpétuer. Il lui propose pour exemple les ménagements do ses prédécesseurs, et ceux dont Théodose lui même avait usé jusqu'à ce jour ; il justifie les païens de l'accusation d'avoir enfreint ses ordres, soutient que les rites qu'on leur reproche ne sont point de véritables sacrifices'- ; qu'aucun d'eux n'a jamais été traduit en jugement pour ce délit, qu'il y a eu, de la part des chrétiens, des actes de dévastation et de rapine là où, de notoriété publique, il n'y avait eu aucun acte d'immolation. Ensuite, répondant à quelquesuns des prétextes allégués par ses adversaires, il nie que la destruction des temples aide réellement à la conversion des païens; outre que ce n'est pas ainsi ([uc la religion doit êlre protégée, les conversions qu'on prétend obtenir par ce moyen ne sont que des acies d'hypocrisie ; tel qui fait sem-

^ VîT-p T^jV tïSOiV,

- Il maïKniait ici, dans les édilions de Godefroy et de Reiske, deux on trois pages, que Maio a relroiivées dans nn nianiisoril du Valiean et publiées dans rappcndice de son édilion de M. Cornélius Fronlo (Konio, 1823, p. 42-2-4-24)^

RÈGNE UE TIIÉODOSE. 193

blant d'adorer le dieu de l'empereur, adore en secret les anciennes divinités, ou, qui pis est, n'en adore aucnne. Quant à l'intérêt du monde et de l'humanité, que les chrétiens faisaient valoir, bien loin qu'il nécessitât la ruine des temples, l'histoire certiliait au contraire que les anciens États n'avaient fleuri qu'autant qu'avait fleuri leur ancien culte '. Constantin, Constance, qui les premiers y avaient porté atteinte, en avaient tous deux payé la peine, Tun par les malheurs de sa famille, l'autre par ceux de l'empire et par les victoires des Perses. Enfln les temples, ne fût-ce que comme ornements des villes et comme monuments publics, par cela même comme propriété de l'empereur, devaient obtenir toute sa protection. 111e suppliait donc de résister au zèle intéressé de ceux qui, sous prétexte de religion, ne visaient qu'à partager les dépouilles des sanctuaires, de faire preuve de la même tolérance dont il avait usé jusqu'à cette heure, et de protéger ce qu'il n'avait point encore condamné. « Que si, disait en terminant Libanius, tu donnes a raison aux déprédateurs, il nous faudra bien nous sou- « mettre, quoique avec un amer regret. Mais si, en l'ab- 4 sence d'ordres exprès de ta part, ils osent poursuivre le « cours de leurs violences, les possesseurs des terrains « envahis sauront faire respecter leur propriété et la loi. » Lorsque cette réclamation parvint à Théodose, probablement dans l'été de 390^, il était depuis deux ans environ

* C'est la môme thèse que Symmaque avait développée , mais avec bien plus d'ampleur, six ans auparavant, dans sa Relatio , ou requôle à l'empereur pour le rétablissement de l'autel de la Victoire.

* C'est la date que Godefroy assigne au discours pour les temples (Not., p. 39, 50), d'après des indices qui nous paraissent concluants. Tiileinont (Hisl. des Emp.) s'est évidemment trompé en fixant celle de 384.

494 PRF.MII^RE PARTIE, 2* PKRronE, SF.CTION F.

m Occiilcnt, où l'avait attiré son expédition contre Maxime. Après sa victoire sur cet usurpateur et son triomphe à Kome, il s'était fixé à Milan, et y soutenait les relations les plus intimes avec saint Ainbroisc, dont l'ascendant pastoral l'avait entièrement subjugué. Il semble même que cet ascendant se fût accru, depuis qu'après le massacre de Tliessalonique (390) l'évoque avait l'ait sentir à l'empereur le frein sévère de la discipline ; Tliéodose disait hautement dès lors : qu'il ne connaissait qu'Amhroise qui fût digne de l'épiscopat'. Or, on sait quelles étaient, en matière de politique reUgieuse, les maximes de l'illustre pontife; selon lui, « le « pouvoir conlié aux souverains devait servir avant tout à « soutenir la cause de Dieu et à frayer aux hommes la route « du ciel ^ ; les princes étaient complices de tous les crimes « qu'ils ne punissaient pas , et les crimes les plus grands « étaient ceux qui étaient commis contre le plus grand des « êtres. La vraie foi pouvait seule être professée sous des « princes chrétiens ; envers les idolâtres, les Juifs, les héré- « tiques, en un mot les ennemis de l'Église, il ne pouvait « être question de tolérance. » C'est d'après ces principes qu'Ambrois€ avait refusé à l'impératrice Justine une église pour les ariens. En 388, Théodose, informé que les chrétiens de Callinique en Mésopotamie avaieftt briilé la synagogue des Juifs, ainsi qu'une chapelle des Valentiniens, ayant ordonné de punir les coupables, et de faire rétablir la synagogue aux frais de l'évèquc , saint Ambroise

1 Theod., YII, 47.

' « Ciim omnes liomines, qui siib ditione romanà sunl, vobis « mililenl imperaloribus lerrarum alque principibus, tiim ipsi vos « Omnipolenti Deo et sacrœ fidei mililalis. » Ambros., 0pp. Bened., t. 2, Ep. 17, etc.

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