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tiiairc; une prédiction, accréditée h Alexandrie, annonçait que la chute de ce simulacre serait le signal de la ruine de l'univers. Toute la ville était dans l'attente, et les démolisseurs eux-mêmes hésitaient à toucher à cet objet vénéré, lorsqu'un soldat, plus hardi que les autres, porta à la tète du dieu un coup violent qui le renversa. Des milliers de rats sortirent de sa carcasse vermoulue, et non seulement le ciel ne s'écroula pas, mais l'année fut plus abondante que de coutume ; on exposa au grand jour les fourberies des prêtres ; en sorte, disent les historiens, qu'une foule d habitants d'Alexandrie passèrent, presque sans transition, delà vénération la plus superstitieuse au mépris des idoles, et laissèrent, sans opposition, remplacer par le signe de la croix les figures de Sérapis qui ornaient l'entrée et l'intérieur de leurs demeures. Les prêtres eux-mêmes, si nous en croyons Rufin , furent des premiers à se convertir et cherchèrent à justifier ce brusque changement en montrant, parmi leurs anciens symboles, les croix ansées, emblèmes de la vie, qui semblaient d'avance désigner à leur adoration la croix de Christ, auteur de l'immortalité et du salut '.
Les mêmes scènes de violence et de déprédation se répétèrent àCanope'^, sous rinfluencc de l'évèque Théophile.
' On croit avoir remarqué que, depuis ce moment, les chrétiens d'Egypte donnèrent au monogramme du Christ, inscrit sur leurs monuments, la forme de croix ansées. Voyez, sur ce sujet curieux, les savantes dissertations de MM. Letronne et Raoul-Rochette (Mém. de l'Acad. des Inscr., 1846).
* Eunap., In ^des.,p.472. Selon NVyllenbach (Annot. in Eunap , 1" éd. Boissonade, t. 2, p. 148-lSO), le sérapeura de Canope, dont Eunape raconte la démolition, n'était autre que le sérapeum d'Alexandrie. Canope étant située à cent vingt stades seulement d'Alexandrie, il suppose qu'elle formait comme un faubourg de celte ville, et que le temple de Sérapis était situé entre deux. Cette opinion est contraire au témoignage positif de Slrabon, qui mentioime et
198 l'UK.Mii^uE PAiniii:, 2° péiuode, section i.
Une paWie du sérapcum de celte ville fut détruite et l'autre convertie en un monastère, « où, dit Kunape, les tètes « embaumées de je rre sais quels malfaiteurs, punis du dcr- « nier supplice, furent adorées à la place de nos dieux '. »
Les exploits de Théophile piquèrent d'émulation d'autres évèques égyptiens, qui s'empressèrent aussi de détruire les principaux temples de leurs diocèses; et nous voyons, dans celui de Syrie, Flavien, patriarche d'Antioche, encourager également ces dévastations ^.
Cependant, les démolisseurs de temples n'eurent pas partout le même succès. En quelques provinces reculées, où le zèle polythéiste s'était conservé plus fervent, et où les chrétiens étaient en plus petit nombre ou moins puissam-
décrit s(''par(?ment le sérapcum d'Alexandrie et celui de Canope (Geogr., jiv. il, éd. gr.-fr. in-4, t. 5, p. 342-360), et surtout au témoignage de Rulin, qui, ayant visité l'Egypte avant la démolition du sërapeum, et recueilli ensuite de nombreuses informations sur cet événement, mentionne aussi séparément la ruine des deux temples, et décrit la forme bizarre du Sérapis de Canope, laquelle ne ressemblait en rien à la ligure majestueuse de celui d'Alexandrie [Rufin., llist. Eccl., XI, 23, 26). Au reste, les antiquaires de l'expédition d'Egypte ont retrouvé, dans l'ancienne enceinte de cette dernière ville, l'emplacement probable de son sérapeum (Sam<-Ge«/s, Descr. d'Alex., p. 88 et suiv. Antiq. d'Egypte, t. 2).
* Selon Etinape (In ^des., p. 47t), le pbilosopbe néo-plalonicicn Antonin, qui résidait à Canope, avait prédit quelques années auparavant la ruine de tous les temples de l'Égyple et leur conversion en tombeaux. L'accomplissement de cette prophétie, contenue également dans un des livres d'Hermès Trismégiste (IFj/Wen^., Nol in Eunap., p, -131-433), fit, à ce qu'il semble, une grande sensation parmi les païens du temps. Ils triomphèrent, à leur manière, d'un événement si fatal pour eux , en le citant comme une preuve de la divinité de leurs oracles. Saint Augustin, pour leur ôter cet argument, publia son traité « De divinatione dœmonum » {Baron., Ann., t. 4, p. 618). Il y fit aussi allusion dans sa » Cité de Dieu » (liv. 8, c. 26).
* Liban., Vm templ., p. 173.
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menl soutenus, à Pétra, à Aréopolis en Arabie, à Raphia et à Gaza en Palestine, à Héliopolis en Phénicie', les habitants combattirent vaillamment pour leurs temples et réussirent à en empêcher la ruine ^. Ailleurs, où ils furent moins heureux, ils purent goûter du moins le plaisir de la vengeance. A Ascalon et à Bcryte en Palestine, ils brûlèrent h leur tour les églises chrétiennes ^ Apamce, près du fleuve Axius, en Syrie, était un des lieux d'asile et de pèlerinage les plus célèbres chez les païens * ; l'intérêt des habitants s'unissait à la superstition pour les animer à la défense de leur sanctuaire. Marcel, néanmoins, évoque de cette ville, entreprit de le raser jusqu'aux fondements. Profitant de la présence de Cynégius, préfet d'Orient, qui se trouvait à Apamée avec des troupes et deux tribuns militaires , et voyant que les matériaux du temple résistaient aux efforts du levier, il fit mettre le feu aux pièces de bois qui soutenaient la base des colonnes; à l'instant tout un côté de
' Selon Tliéoclorel(lV,22), les habitants d'IIéliopolis ne pouvaient même entendre prononcer devant eux le nom de Jésus-Christ.
2 5ozom., VII, 15.
3 Ambros., Epp. Class. prima Ep. 40 ad Tlieod. (t. 2, p. 9ot).
* Des médailles d'Apamée portent : A7r*u.£i&v t/,; itpa; y.x\. aurcvcjAtu
ec; — aTCaïA. rri; isia; y.at a(fj).ou, etc. Mus. Theupol. nuinlsm., p. 1249.
Sestini, Mus. Hedervar., 3<' part,, p. 53. Une inscription curieuse, trouvée près d'Apamée et publiée dernièrement dans le recueil de Bœckh, nous retrace le zèle des habitants de cette ville. Sur leur demande, AntiochusXIll avait attribué au temple de Jupiter, avec la possession du bourg de Bœtocœce, où il était fondé, le droit d'asile et d'autres privilèges. Ils firent d'abord conlirmer ces droits par Auguste , et m demandèrent plus tard la confirmation a Valérien. Celui-ci leur ayant accordé leur demande (vers 253), ils firent graver son rescrit, avec le diplôme d'Anliochus et leur propre requête a Auguste, sur une plaque de marbre qu'ils placèrent dans le temple de Jupiter. C'est celle inscription qui nous a été conservée. Voyez-en le fac-bimik" dans 5û?c^/i et Franz, Corpus Inscr.Grcec, t. 3, p. 222-223