‹ Histoire de la destruction du paganisme dans l'empire d'OrientChapitre 20 sur 31 · PRHMIKHH PARTIE, 2* PÉRIODE, SECTION II · texte numérisé non relu

PRHMIKHH PARTIE, 2* PÉRIODE, SECTION II

assurer raliénalion perpétuelle des édifices et des domaines qui avaient clé jadis affectés à ce culte, il décréta' que ceux qui auraient acquis des temples confisques et vendus à l'enchère en demeureraient pour toujours légitimes propriétaires, et que nul ne pourrait leur eu contester la possession. Le 8 décembre 396, il acheva doter aux prêtres, aux pontifes, aux hiérophantes ^ , en un mot, aux divers ministres du culte païen, tout ce qu'ils conservaient encore de leurs anciennes immunités et prérogatives civiles ^. Il n'y eut qu'une classe de prêtres qui demeurèrent en dehors des dispositions de cet cdit : ce furent ceux qui, dans certaines contrées de l'Asie, et en retour des privilèges que la loi leur assurait, étaient chargés de pourvoir et de présider aux jeux publics.

En général, il est curieux d'observer l'indulgence dont les empereurs chrétiens, môme depuis Théodose, usèrent à l'égard de ces jeux, qui tous avaient été primitivement institués en l'honneur des dieux, et qui avaient fait si longtemps une partie essentielle de leur culte \ Car, si ces

* Cod. Justin., XI, 69, 1. 4, de diversis prcediis.

* Godefroy, au lieu de « liieropliantas ayrorum » que porte le texte, lit : « hierophantas sacrorum. »

3 Cod. Theod., XVI, 10, 1. 14. Voyez Godefroy, t. 4, p. 388; t. 6, p. 2Si. Selon lui, les immunités dont il est ici question consistaient surtout dans l'exemption de toutes charges onéreuses.

* Saint Cyprien (De Spectac.) appelle l'idolâtrie : « Ludorum om- « nium mater. Quod enim spectaculum sine idolo, quis ludus sine <c sacrificio, etc.? » Lactance (Institut, div., VI, 20) : « Ludorum « celebrationes deorum fesla sunt. » Salv. de Gub. Dei, 1. 6. Sur les rapports des jeux publics avec la religion, chez les Grecs et les Romains, voy. Gronovius (Antiq. Greec. thés., t. 8, passim). Millier (De genio et moribus sévi Theod., Gœtl. 1798, part. 2, c. 7 9, etc.J, Ch.Magnin (Origines du théâtre moderne, Introd., p. 148, 327, passim). Nous avons regretté vivement que la suite de ce dernier ouvrage n'ait pas encore paru; elle nous aurait fourni, sur les jeux

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jeux n'étaient plus célébrés précisément de la môme manière qu'ils l'avaient été jadis ; si la loi de 392, en particulier, en avait fait disparaître les invocations, les libations, les sacrifices, en un mot, la pompe païenne dont ils étaient autrefois accompagnés ; si l'on avait ôté de l'amphithéâtre et du cirque les autels et les idoles qui les faisaient jadis désigner par Tertullien sous le nom d'ecclesia diaboli, il y restait néanmoins assez de traces de leur destination primitive pour justifier la réprobation dont l'Église continuait à les frapper*. Le nom même de plusieurs de ces jeux, le lieu, l'époque de l'année où ils se célébraient, rappelaient encore leur origine païenne. La tragédie, la pantomime surtout, qui, depuis le temps d'Auguste, était devenue le spectacle favori des Romains, et, à leur imitation, des Grecs ^, retraçaient encore, comme jadis, les aventures des dieux et des héros du paganisme. Libanius, Chrysostome, ainsi que les écrivains occidentaux, nous font connaître

publics des Grecs depuis l'ère clirélienne , des renseignemenls précieux qui nous ont souvent manqué.

1 Le huitième livre des Constitutions dites Apostoliques, rédigé postérieurement plutôt qu'antérieurement à Constantin (Theolog. Quartal-schr. Tubing. 1829, p. 410), exclut de la communion de l'Église (can. 32) les histrions, les cochers du cirque, les ghidialeurs, et généralement tous ceux qui remplissaient quelque rûle dans les spectacles publics, et ceux qui les fréquentaient habituellement. Le vingtième canon du second concile d'Arles (an452. Labbe, Cunc.,t.4, p. 1013) excommunie les cochers et les histrions. Saint Chrysostome, dans une de ses homélies de carême, déclare formellement qu'il retranchera de la communion prochaine ceux de ses auditeurs qui , dans l'intervalle, retourneraient aux jeux publics (Homrconlrà lud. et theatr., c. 4, t. 6, p. 27G). Il est vrai que les censures du saint évêque sont en partie motivées par l'indécence scandaleuse des spectacles d'alors, et par les leçons de débauche et d'adultère qu'on y recevait.

' Magnin, Inlrod., p. 4G8 et suiv. Bœttiger, Quatuor selates rei scenica3 (Opuscul. Dresde, 1837, p. 3i3 et suiv.).

;2I0 l'IŒMIKRE l'AKTIE, 2" rÉFtlODE, SECTION H.

les principaux personnages qui y figuraient de leur temps. Celaient Jupiter et Junon, Mars et Vénus, Plulon et Proserpine, Apollon et Daphné, Jason et Médée, Nessus et Déjanire, Hercule et Thésée, Cybèle, Léda, Plièdrc et Pasipliaé ', Les chœurs qui s'entremêlaient à ces pantomimes, pour en expliquer le sujet et en marquer les situations'*, étaient naturellement aussi remplis d'allusions mythologiques; et, tandis que Libanius s'applaudissait de voir les faits instructifs de l'antiquité païenne retracés ainsi dramatiquement aux yeux et aux oreilles des Grecs ^, saint Chrysostome se scandalisait, au contraire, de ces chants profanes et impies qui, appris au théâtre, retentissaient dans les maisons, sur les places publiques, y remplaçaient les cantiques du roi-prophète, et souillaient la mémoire des jeunes gens et des vieillards^. Enfin, ces spectacles, tout calculés pour enivrer, pour enflammer les sens, les danses lascives de l'orchestre, les mélodies efféminées du thymélé, le culte de la volupté qui présidait à tous les jeux de la scène, celui de la force qui respirait dans les combats du stade, de l'amphithéâtre et du cirque, le déchaînement

1 Liban., Pro Sallator., t. 2, p. 495, .^09 et suiv. Chrysost., Hom. G in Thess., t. 2, p. 464.— Voy. de même Augustin., De Civ. Del, II, 4; VII, 26. Hieronym., Ep. 43 ad Marcell., t. 4, 2« part., p. S53. Sidon. Apollin., Carm. 23, v. 263 306. Paris, i614. Salvian., De gub. Dei, liv. 6, t. 1. Paris, d833.

2 Liban., Pro Sait., p. 502. Lucîan.,De Sait., c. 37. Magnin, 1. c, p. 487. MuUer. 1. c, p. H9. Bœttiger, 1. c, p. 346.

' C'est un des grands arguments qu'il fait valoir en faveur des pantomimes de son temps. Liban., Pro Sait., t. 2, p. 510.

* Chrysost., Hom. 10 in Act., t. 9, p. 86; Hom. 2 in Malt., t. 7, p. 29, etc. Quant aux femmes, qui, en Orient, ne pouvaient assister au théâtre, Chrysostome observe que le démon leur tendait les mêmes pièges aux fêles de noces, où des mimes, pris de vin, chantaient des iiymnes licencieux en l'honneur de Vénus (Ibid., t. 3, p. 195; t. 11, p. 154).

iiKc.NK d'arcadius. 211

des passions, tantôt grossières, tantôt violentes et cruelles, auxquelles ces représentations donnaient lieu , tout cela détruisait dans les âmes les saintes impressions que le christianisme s'efforçait d'y produire, et n'y laissait qu'un fond déplorable de matérialisme païen '.

Et cependant, c'était encore là le goût dominant du peuple au quatrième siècle. « Du pain et des jeux, » tel était encore le cri des populations de Rome, de Constantinople et d'Antioche ^; et, dans les jours les plus solennels de la chrétienté, les prédicateurs les plus éloquents, les plus respectés, ne pouvaient empêcher la foule de déserter le saint lieu pour accourir au thécàtre ou à l'hippodrome '.

Les empereurs, à la demande de l'Église, firent cesser pour elle cette fatale concurrence. Ils interdirent tous spectacles publics le dimanche et dans les principaux jours de fêtes chrétiennes ^ et défendirent de mettre les fêtes du paganisme au rang des jours fériés ^ Ils restreignirent aussi les dépenses ruineuses qu'entraînait pour les magistrats et

' Salv., De gub. Dei, 1. 6, 1. 1, p. 360. Saint Augustin nous montre la conversion de son ami Alipius relardée, et même compromise un mo • ment par sa passion pour les combats de gladiateurs (Confess.,^!, 8).

* Amm. Marc, XIV, 6. L'empereur Julien attribue la haine des liabilants d'Antioche au peu de goût qu'il montrait pour le théâtre et pour les fêles publiques (Misopog. Jul. 0pp., t. 1, p. 337, 362). C'était en effet, comme on l'a vu, par des moyens plus directs qu'il s'efforçait de relever l'idolâtrie.

' Voyez, entre autres, les plaintes réitérées deChrysostome (Hom. in Laz., t. i, p. 790; De David et Saiil, Hom. 3, c. 2 ; In Gènes, i, Hom. 6, c. i, 2; In Gènes. 17, Hom. 41, ci; Hom. 4 in Matlli., p. 12; Prolog, in Evang. Johan., p. 8; De Anna serm., IV, t. 4, p. 39- 42, 730, 771 ; Ibid., t. 7, p. 100, t. 8, p. 189, etc.). Augustin (Serm. 311 in Natal. Cypr., c. 5) reprochait h. son troupeau d'avoir introduit la représentation des pantomimes jusque dans les vigiles des fêles chrétiennes, et sur les tombeaux des martyrs.

* Voy. ci-dessus p. 180.

* Peyron., Cod. Theod. fragm., liv. II, tit. 8, 1. 22 : « Solemnes

212 l'«F>lll>nE PARTIR, 2* PKIUODE, SFCTIOX FF.

pour les proviiifcs la célébration des jeux publics ', et s'opposèrent à ce qu'on y fit contribuer personne contre sa volonté '^. Ils interdirent d'élever des statues aux histrions, aux mimes ou aux cocliers, ailleurs que dans le cirque ou sur le théâtre, de prendre sur la scène aucun travestissement inj!uicux pour l'Église, de vouer au métier d'histrion aucun enfant ou femme de bonnes mœurs et faisant profession de christianisme ^. Ils permirent, au contraire, aux comédiens qui, en danger de mort, auraient demandé les sacrements, de ne point remonter sur la scène si, depuis leur guérison, ils continuaient à vivre d'une manière honorable*.

Mais, sauf ces prescriptions salutaires, nous voyons les empereurs user des mêmes politiques ménagements qui avaient dicté à Constant son édit de 342 ^. Loin de vouloir ôter au peuple ses antiques divertissements^, ils invitent les magistrats à y prendre part, à les renouveler de temps en temps pour se concilier la faveur populaire'; ils font eux-mêmes célébrer des jeux les jours de leur triomphe, lors de l'érection de leurs stalues, ou aux anniversaires de

a paganorum superslilionis dies, inter ferialos haberi olim remi- < nisciraur imperasse. » Loi d'Arcadius du 7 août 395.

1 Cod. Theod., XV, 9, 1. d, an 384.

» lbid.,XlI, -J, 1.103; XV, 1. 3, loi de Gralien, an 376.

s Ibid., XV, 7, 1. d2, loi d'Arcadius, an 394. Voy. même litre, 1. 2, an 371 ; 1. 4 et 8, an 380 et 381 .

* Ibid., XV, 7, 1. 1, an 371.

s Voy. ci-dessus, p. 79.

6 Valentinien el Valens avaient dit en 376 : « Non invidemus, sed « potius cohortamur amplectenda felicis populi sludia. gymnici ut « agonis spectacula reformentur (i. e. reslituantur), » Cod. Theod., XV, 7, 1.6. Arcadius dit à peu près de même, dans un édit de l'an 399 (Ibid., t. 6, 1. 2) : « Ludicras artes concedimus agitari, ne ex « nimià restrictione tristitia generetur. »

■^ Cod. Theod., XV, 9, 1. 2. Cet édit est de la première année de Théodose le Jeune (409).

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leur avènement. Nous les voyons encore , par des édils exprès, pourvoir à l'achat et au transport des bètcs féroces destinées à l'amphithéâtre de Constantinople ^ et veiller à ce que le théâtre pût revendiquer tous les sujets de condition vile, qui ne rentraient pas dans l'exception mentionnée plus haut^. Théodose lui-même, par sa présence fréquente aux spectacles mimiques, donna prise aux reproches, d'ailleurs exagérés, de l'historien Zosime^. En 396, son fds Arcadius leva l'interdit précédemment porté contre la fête de Majuma, et ne la supprima de nouveau, trois ans après, qu'à cause de son incurable indécence*. Enfin, nous avons vu qu'il laissa subsister, par exception, les ordres de prêtres chargés plus particulièrement de présider aux jeux pubhcs. Tels étaient les asiarques en Asie Mineure, les syriarques en Syrie, les alytarques à Antioche, enfin les agonotJûtes en général, tous mentionnés dans une loi du 25 février 409, comme pouvant donner à leurs frais, dans le cirque et l'amphithéâtre, des fêles aussi somptueuses qu'ils le jugeaient à proposa

« Cod. Theod., XV, 11, l. 2.

î lbid.,1.8, an 381.

" Cet historien (IV, 33) accuse Théodose d'avoir contribué h accroître .chez son peuple le goût pour ces honteux amusements. Nous pensons qu'il eût été bien difûcile d'accroître chez ce peuple une passion déjà si effrénée.

* Cod. Theod., XV, 6, 1. 1, 2. A/U«er, ^Ev. Theod., p. 41-43. — Rivinus, dans sa monographie sur la fêle de Majuma (In Synlagm. Dissent. Ulrechl, 1702, in-4, p. 563, et suiv.), montre qu'elle lirait son origine de Majuma, port de Gaza, d'où elle avait passé a Daphné, près d'Anlioche {Liban., De Angar. Orat. 4. Ed. Gothof. Genev, 1631), et de là dans d'autres parties de l'Orient, puis enhn à Rome. Elle consistait, selon Rivinus, dans des jeux fluviaux et marins, que rendait surtout indécents le mélange des deux sexes, et qu'accompagnaient des danses et des repas dissolus.

» Cod. Theod., XV, 9, 1. 2. Les al.vtarqucs d'Antioche jouissaient

214 pRi:>iiKiîE l'AuriK, 2" pftRioni;, section ii.

Les divertissements publics étaient ainsi comme un dernier asile où se retrandiail le paganisme, et nous verrons qu'on l'y respecta longtemps encore, tant ces divertissements étaient chose sérieuse pour les Romains et pour les (^recs '.

Arcadius n'osa point non plus encore, au commencement de son règne, donner des ordres pour la destruction des temples païens. Dans ses édils de 395, déjà cités, il renouvelle la défense d'entrer dans les temples pour y célébrer des sacrifices, il ratifie l'aliénation des temples déjà confisqués et vendus; mais il craint encore, ainsi que son père Théodose, de toucher à ces édifices révérés qui passaient pour le principal ornement des campagnes et des villes^; il craint de porter la main sur ces vieux monuments, auxquels se rattachaient tant de patriotiques souvenirs. Pour l'y décider, il ne fallut rien moins que l'exemple et le signal donnés par une nation barbare.

Ici s'ouvre, en Grèce, une époque particulièrement fatale pour le paganisme.

Arcadius, oubliant que son père n'avait pu contenir les ravages des Goths qu'à force de concessions et de largesses, s'était hasardé à leur retirer l'espèce de tribut annuel que l'empire leur payait, et à réduire ïa solde exorbitante dont ils jouissaient dans ses armées. Aussitôt les Goths révoltés

encore, à cette époque, de l'antique privilège de couper chaque année un cyprès dans le bois sacré de Daphné, en le remplaçant par un autre cyprès. Ils ne perdirent ce privilège que sous Théodose le' Jeune (Cod. Justin., XI, 77, 1.2); mais il y eut des alytarques à Antioche jusqu'au règne de Justin P"" en 521 {Joh. Malala, Chronog., liv. 17, p. 417, édit Niebuhr).

* On en peut juger par quelques-unes des épîtres de Symmaque et de Libanius (Symm., Epp., liv. 10, ep. 19, 23. Liban., Ep. 1314- 1316).

* Liban., Pro lempi.

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résolurent de se payer par leurs mains '. Sous la conduite d'Alaric, le même qui plus tard livra Rome au pillage, ils inondèrent l'Illyrie, la Thrace, la Macédoine, la Thessalie, dévastèrent tout le pays compris entre l'Adriatique et le Pont-Euxin. Au moment où Stilicon, général d'Occident, allait à leur rencontre et se disposait à les faire rentrer dans le devoir, une intrigue de son rival Rufin le fit rappeler, l'obligea à licencier ses troupes, et les Goths, ne trouvant plus d'obstacle à leur marche impétueuse, forcèrent le passage des Thermopyles, en 396, et parcoururent, le fer et la flamme à la main, toutes les provinces grecques ^.

La Grèce, comme on l'a vu, était un des pays où les rites et les monuments du culte païen s'étaient conservés le plus intacts^. Ce fut, dit-on, ce qui donna pour auxiliaires aux Goths les moines et les prêtres grecs. « Cette race impie, « aux vêtements noirs, dit Eunape * , conduisit les bar- Œ bares à travers les défilés des Thermopyles comme à ce travers un champ ouvert. » La Locride, la Phocide, la Béotie, l'Attique, le Péloponèse furent le triste théâtre de leurs dévastations. Les Goths, récemment convertis au christianisme, et qu'aucun souvenir national ne portait à respecter les monuments de l'art grec, signalèrent contre eux, sans scrupule et sans arrière-pensée, leur zèle encore plein de ferveur. Tout en dévastant Mégalopolis, en brûlant Amyclée et Lacédémone , en rasant Olympie et en

» Le Bas, Hisl. rooi., l. 2, p. 430.

* Zosim.,\^ 5. Eunap., Légal. Excerpl. {Maio, Script, vet. coll., t 2. p. 30i, 305).

3 Villemain, Du Polylljôisme (Nouv. tncl., p. 243-246). Fallmerayer, Gesch. d. Morea, \. i, p. tOO, 102 et suiv.

* Eunap., In Maxim., p. 476.

21 G rr>i:Mii';RR pautie, S*" période, section ii.

massaciiuil leurs habilanls, ils détruisirent aussi leurs temples, en pillèrent les (résors, renversèrent leurs idoles, troublèrent leurs fêtes et leurs jeux sacrés. C'est alors, entre autres, que cessèrent, ou du moins que furent interrompus pour longtemps, les jeux olympiens qui, depuis tant de siècles, se célébraient régulièrement en Élide, et que l'ère antique des olympiades fit place à celle des indictions '. Parmi les principales villes de la Grèce, Athènes seule fut épargnée. Selon Zosimc, elle dut cette faveur à la présence de Minerve et à l'ombre d'Achille, qui, pour la protéger, se montrèrent sur ses remparts^. Il est probable qu'une bonne rançon la préserva plus efficacement des ravages des Goths. Mais, à ses portes, fut détruit ce célèbre et magnifique temple d'Eleusis qui contenait, dit-on, jusqu'à vingt ou trente mille âmes^, et dont les mystères , institués depuis tant de siècles ^, avaient jusqu'alors échappé aux plus sévères édits publiés contre le polythéisme ^. Les hiérophantes de Gérés ^ furent mis

* Cedronus rapporte en effet (Hist, corap., p. 326. Ed. Reg.), que « les jeux olympiques et la coulume de compter par olympiades « cessèrent la dernière année du règne de Théodose. » Quelques-uns ont conclu de là que ce fut par un ordre exprès de ce monarque; mais, outre qu'un tel ordre ne se trouve nulle part, ce n'est point la le sens des paroles de Cedrenus, qui dit simplement : Év toûtoiî TÎTê

Ttov oXu|xma<î'uv inia^fi waviî-jupi;... xal rp^avTO aptâpLJÎaôat al tv^tjCTOt.

2 Zosiin., Hist., V, 6,

3 Ouvaroff, Essai sur les mystères d'Eleusis, 3^ édit., p. 37. — Joh. Meursii, Eleusinia (in Gronov. Ant. Gr., t. 7, p. ■171).

* Sainte-Croix, Recherches sur les mystères du paganisme, t. 2, p. 187.

^ Meursius se trompe lorsqu'il place sous Théodose le Grand la destruction des mystères d'Eleusis (1. c, c. 132, p. 171).

' Deux ou trois ans auparavant, a l'époque où saint Jérôme composait son traité contre Jovinien, les prêtres de Gérés consacraient encore a la déesse leur perpétuelle chasteté [Hieron., Adv. Jovin., t. 2, part. 2, p. 192).

uÉ(;\E d'arcadius. 217

en fuite ou massacrés sur les ruines de leur temple, et ainsi, ditEunape', s'accomplit la sinistre prédiction faite à Julien par le prêtre même qui l'avait initié à ces mystères. La ruine d'Eleusis et d'Olympie fut pleurée amèrement par toutcequ'ilrestaitencored'anciensGrecs; plusieurs, dit-on, se suicidèrent ; d'autres moururent de douleur^. Après la défaite de Chéronée et la destruction de Corintlie ; « la nationalité grecque, dit Fallmerayer^, n'avait jamais souffert de plus rude échec que la destruction de ses temples et de ses dieux par Alaric. La vie du peuple grec était atteinte jusque dans ses racines. » L'ancienne patrie, aussi bien que l'ancienne religion, porta le deuil.

Quant aux chrétiens, ils puisèrent dans ces désastres un nouveau courage, une nouvelle ardeur pour la ruine des monuments de l'idolâtrie. Le charme était levé; les chefs de l'empire se firent moins de scrupule d'achever une destruction que les barbares avaient commencée, et dont la Providence elle-même , par une dispensation imprévue , semblait avoir donné le signal. Après la catastrophe qui venait de frapper en Grèce les temples les plus illustres, les évêques d'Orient s'affligèrent d'autant plus de voir qu'en Asie Mineure, en Phénicie, en Palestine, tant de sanctuaires fussent encore debout ^ Ce fut là en particulier le sujet des vives préoccupations de saint Chrysostome, depuis son

• Eunap., [n Maxim., p. 475.

2 Eunap., In Prise, p. 482.

3 Fallmer., Gesch. derMorea, t. 1, p.l3G.

' * Saint Jérôme atteste qu'a l'époque où il composait k Bellilcem SCS commentaires sur Esaïe (vers 410), les païens d'Orient allaient encore passer la nuit dans les temples d'Esculape, pour recevoir, pendant leur sommeil, les révélations qui devaient leur rendre la santé {Hieron., 0pp., t. 3, p. 482. Conf. Proleg. 2, § t, dans le même volume).

218 PRE.MIKRE PARTIE, 2" l'ÉKIOnE, SECTION II.

élévation au siège patriarcal de Byzance. Il pensait qu'avant tout il fallait opposer aux temples des faux dieux des églises chrétiennes aussi nombreuses que possible, y établir des prêtres zélés qui travaillassent avec ardeur à la conversion des habitants, et y attirer ceux-ci par des encouragements de toute espèce. Il ne cessait de recommander cette bonne œuvre aux riches propriétaires des campagnes : « Vous savez bien, leur disait-il ', établir sur vos « terres des marchés et des bains publics, pourquoi pas « aussi des églises?... Comment vos paysans se convertif ront-ils, s'ils vous voient si indifférents sur leur salut ? « Il faudrait que chacun de vous eût au moins une église « sur son domaine. » Mais on avait beau en fonder de nouvelles, l'attrait des temples l'emportait encore quelquefois, tant les riches païens, par l'appàl des fêtes, des jeux et des festins qu'ils y offraient, avaient l'art d'y ramener la foule ^. Pour détruire cette dangereuse rivalité, pour vaincre la résistance que des populations nombreuses et farouches ne pouvaient manquer d'opposer à la démolition des temples, Chfysostome crut avoir besoin d'un édit impérial. Il le sollicita, et, cette fois, Arcadius se résolut à raccorder. Par un décret daté de Damas le 13 juillet 399 et adressé à Eutychianus, préfet de l'Orient, il ordonna « que s'il se trouvait dans la campagne des temples encore « debout, ils fussent démolis sans trouble et sans tumulte, « en sorte qu'avec eux disparût le dernier aliment de la « superstition^. »

C'était là, nous le répétons, le premier édit formel qui,

* Chrysost., Hom. 18 la Act. Ap., t. 9, p. 149 e. « 6hrysost., In Babyl., c. 8, l. 2, p. 548.

' « His dejeclis et sublatis, omnis superslitionis raateria consu- « melLir. » Cod. Theod., XVI, 10, I. 16.

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depuis le règne de Constance, cûl été publié pour la destruction des temples, et l'on remarquera que ceux des villes n'y étaient point encore compris.

3Iuni de ce décret, saint Chrysostome lit abattre, en 401, tous les temples de Cybèle qui subsistaient encore en Pbrygie'. Il cbargea de la destruction de ceux de Phénicie des moines et des prêtres dévoués, qu'il faisait venir de toutes les parties de son diocèse. Sur les ruines des temples qu'ils parvenaient à démolir, il les cbargeait de construire des églises et d'en faire pour les habitants des foyers d'instruction chrétienne. Afin de n'être point gêné par la parcimonie du trésor, il pourvoyait à ces dépenses par les libéralités qu'il sollicitait de l'impératrice et de riches matrones^. Sa disgrâce et son exil ne lui firent pas perdre de vue cette œuvre un seul instant.

Des âpres contrées du Taurus, où il avait été relégué, il ne cessait de pourvoir aux besoins de ses religieux, et de les fortifier contre les périls auxquels ils étaient exposés à toute heure. Isolés, avec le petit nombre de leurs prosélytes, dans une contrée inhospitalière où bien souvent ils manquaient de tout, assaillis de temps en temps par les païens furieux, ils ne trouvaient de recours et d'appui qu'auprès de l'illustre archevêque. Une ou deux de ses lettres', citées au hasard, nous feront juger de son zèle et de la puis-

» S. Procli, Oral. 20, laudatio J. Chrys. : « Omnem locutn ab er- « rore liberavil. In Eplieso arlem Witlse nudavil; in Phrygià malrem a quœ dicebalur deorum sine filiis fecil » {Combe fis., Pair. Gr. Lat. coll., t. 1, p. 468).

* Theod., V, 29. Eudoxie, plus lard l'ennemie, alors la proleclrice de saint Clirysoslome, est appelée, dans une de ses homélies, « la « nourricière des moines, la bienfaitrice des églises. »

3 Voy. principalement ses épîlres 28, 51, 53-5L>, 69, 123, 126, 221 , t. 3. Édil. des Bénéd.

2i50 l'REMIKUE PARTIK, 12" l'KRIODE, SECTION II.

sancc de ses encouragements. « Je t'exhorte, » écrit-il de Nicée au prêtre Conslantius, en partant pour l'exil, en 404 *, < à poursuivre avec courage Tœuvre dont tu t'es chargé « pour la destruction de riicUénisme, la construction des 0 églises et la conversion des âmes... Fais-moi connaître « chaque année les saints hommes qui se seront rendus « dans ce but en Phénicie et en Arabie, les églises qu'ils « y auront construites et les progrès qu'ils auront faits. » L'année suivante, il apprend les maux qui les assiègent, les violences qui les menacent, et leur écrit de Gueuse ^ : « C'est dans le fort de la tempête que le pilote fidèle tient « le plus ferme au gouvernail ; c'est dans le plus ardent « paroxysme de la fièvre que le médecin redouble ses soins « vigilants. Malgré l'émeute qui vient de vous assaillir, « gardez-vous bien de quitter la Phénicie; déployez, au « contraire, un nouveau courage pour ne point perdre le « fruit de vos travaux : Dieu saura calmer l'orage, écarter « les obstacles et couronner votre patience... Quant à moi, « je m'engage à ne vous laisser manquer de rien; j'ai « donné l'ordre qu'on vous fit parvenir en nourriture , « en chaussures , en vêtements tout ce qui vous serait « nécessaire. Si , de ma retraite de Gueuse, où j'ai tant à « souffrir, je ne cesse de prendre soin de vous, pourquoi « vous abandonneriez-vous vous-mêmes ? » Mais bientôt leurs périls redoublent ; la fureur des païens est montée à son comble; plusieurs moines ont été blessés, quelquesuns ont péri. Saint Ghrysostome presse le prêtre Rufîn ^ de se rendre sans retard auprès d'eux, pour rassembler les débris de cette pieuse troupe; « et moi, de mon côté.

• Ep. 221.

* Ep. 123, p. 663.

^ Ep. 126, p. 671.

nÈGNE d'\rcadius, 221

< lui dit-il, je vous promets mon concours le plus actif,

< dussé-je envoyer pour cela mille messages à Constanli- « nople. D II est probable qu'à sa mort, en 407, l'œuvre était déjà bien avancée'; elle ne tarda pas à s'achever ^ Au reste, il est à croire que les moines ne s'en tinrent pas aux limites fixées par l'édit, mais démolirent les temples des villes aussi bien que ceux qui étaient épars dans la

campagne ^

Cependant, le zèle de saint Chrysostome avait stimulé celui d'autres dignitaires de l'Église, en particulier de Porphyre, évêque de Gaza*. De toutes les villes de l'empire d'Orient, c'était peut-être celle où le fanatisme des païens avait conservé le plus d'âprcté; ils n'avaient oublié ni les privilèges accordés à leurs dépens au bourg de Majuma, ni la démolition de leurs sanctuaires sous Constance et plus tard sous Théodose. Malgré la vengeance qu'ils en avaient tirée sous Julien, leur haine n'était point encore assouvie; le petit nombre d'adhérents que le christianisme comptait chez eux, vers la fin du siècle étaient exclus des droits municipaux, soumis à mille traitements vexatoires ; la ville, ainsi que les campagnes des environs, conservait encore la plupart de ses idoles et des temples qu'elle avait fait rebâtir K Porphyre, désespérant d'en venir à bout autre-

» En 40S, Chrysostome exhortait les moines de Phénicie à se conlier en Dieu, qui leur avait permis de détruire en partie }'^àoMvye, et qui bientôt couronnerait leur œuvre (Ep. i23, t. 3, p. 063 d).

2 Theod V 29.

' C'est, il' ce'que l'on croit, vers l'an 400, qu'Alexandre, fondateur des moines acœmètes, ruina et brûla un temple d'idoles dans une ville de Mésopotamie {TiUemont, Mém. sur l'Iiist. eccl. In--*, t. i-,

^'**Leqmen, Oriens Christ., t. 3, p. 613 et suiv. TiUemont Mém. sur l'hist. eccl., 1. 10, p. 703 et suiv. Baron., Ann., l. 5, p. \àl. » Saint Jérôme, dans sa Vie de saint Hilarion, la qualitie de

222 rKEMlKllE l'ARTIK, l^*" l'HIUODK, SI'C.TION M.

ment que par l'autorité des lois et avec l'appui de la force civile, demanda ;\ Arcadius un décret semblable à celui qne Chrysostome avait obtenu. Il n'obtint d'abord qu'un ordre pour la fermeture des temples; bien plus, rofficior chargé d'exécuter cet ordre, s'étant laissé corrompre par les présents des prêtres, laissa justement ouvert celui de Marnas, leur principale divinité ; et, après son départ, le ressentiment des païens se manifesta par un surcroît de violence. Porphyre, découragé, va trouver Jean de Césarée, son métropolitain, et veut résigner entre ses mains l'épiscopat; Jean le rassure, et, d'après son avis, ils partent ensemble pour Constantinople (en 400 1. Là, mettant dans leurs intérêts Teunuque favori d'Eudoxic, ils obtiennent d'elle une audience et la promesse de son appui auprès de l'empereur. Arcadius, cependant, résistait encore. Gaza payait d'énormes impôts, et les payait avec les revenus de ses temples; il lui semblait dommage de se priver de cette ressource ; il eût préféré des moyens plus lents. Mais l'heureuse naissance d'un prince, qu'Arcadius avait ardemment désirée et que Porphyre se vantait d'avoir prédite, finit par désarmer l'empereur; le jour même du baptême de son fils, il promet la démolition de tous les temples de Gaza. Les deux évêques partent comblés de joie, et le préfet Cynégius les suit de près, accompagné de ses troupes. Dans l'espace de dix jours, les huit temples de Gaza sont démolis, les idoles livrées aux flammes, et, sur les ruines du temple de Marnas, on construit une église magnifique qu'on baptise du nom d'Eudoxie, et à laquelle on joint un hospice

« urbs genlilium » (t. 5, p. 78). Il dit ailleurs (Ep. 57 , t. -i , p. 591) que, « depuis que Sérapis élait devenu chrétien, Marnas, enfermé « dans son temple, pleurait sa solitude , et tremblait en attendant « à chaque instant qu'on vînt aussi l'abattre. »

RÉGNE d'arcadius. 223

pour les chrétiens. En mémo temps, on abat à Majuma un simulacre honteux de Vénus qui était resté jusqu'alors exposé en public *. Poi'phyre eut le bon esprit de défendre, sous peine d'excommunication , toute spoliation et tout pillage des temples ; il évita ainsi de donner prise à des accusations fondées de la part des païens.

Chose remarquable! la même année où Arcadius donnait le premier édit formel pour la destruction des temples, nous voyons, en Occident, Honorius les prendre expressément sous sa protection. En 395, il avait souscrit à l'édiî du 7 août qui renouvelait en Orient l'interdiction contre les sacrifices; et vers l'an 398 ou 399, les vives sollicitations des évêques d'Afrique ^ l'avaient enfin déterminé à le mettre lui-même à exécution dans ses États. Il s'ensuivit, de la part des chrétiens, les mêmes scènes de dévastation qu'avait précédemment occasionnées, en Orient, l'édit de Théodose. Sous prétexte d'assurer l'observation de l'édit impérial, ils pillèrent et détruisirent les temples où avaient encore lieu des sacrifices. C'est ainsi que Gracchus, un des premiers patriciens de Rome convertis au christianisme, démolit la grotte de 3Iithra et en détruisit les simulacres. C'est ainsi encore que fut rasé, à Carlhage, le fameux temple de la Vénus Céleste, et qu'une chaire chrétienne fut élevée au lieu même où elle avait rendu ses oracles '. Mais ces violentes représailles, les émeutes sanglantes auxquelles les païens se livrèrent en quelques lieux, surtout en

* Hospiniani, De orig. fesl. Ellinic. Gen. 1675. fol. p 230. » Concil. Carlliag., V, can. 15 (Labbe, Conc, t. % p. 1218).

* Il en fut, vraisemblablement, de même en Espagne. Les Fasios Idatiens portent, k l'année 399 : « Sous le consulat de Mnnilius et de Théodose, les temples des païens furent démolis » {Fabric, [.u\ Evang. tolo, etc., p. 277).

22 i PKl'MIKRE PARTIK, 2" l'I'.lUODR, SECTION H.

Afrique, déterminèrent Honorius à arrôter le zèle des démolisseurs. Le 29 janvier 399, il publia un édil dans lequel, tout -en interdisant de nouveau les sacrilices, il ordonnait la conservation des monuments publics '. Le 20 août suivant, il réitéra cet ordre, en l'appliquant plus spécialement aux temples ^ ; et dans cette même année, où Ârcadius supprimait définitivement la fête de Majuma, Honorius publia un nouveau décret pour faire respecter les fêtes païennes dépourvues de sacrifices ^ Ce ne fut que neuf ans après, le 15 novembre 408, qu'Honorius osa rendre un décret pareil à celui de son frère pour la destruetion des idoles, des autels et des temples, ainsi que pour l'abolition des fêtes païennes. Encore l'ordre de délruire les temples ne concernait-il absolument que ceux qui étaient bâtis sur des propriétés particulières ; quant aux autres, il s'efforçait, au contraire, de les conserver, en les adjugeant au fisc et les affectant à d'autres usages ^ Honorius renouvela cet édit, d'une manière plus détaillée, le 30 août 415 \

Ainsi, dans toutes les mesures décernées contre l'ancien culte, l'empire d'Orient devançait constamment d'un certain nombre d'années celui d'Occident. Il y avait près de quinze ans que Théodose avait aboli les sacrifices dans une partie de l'Orient, lorsque Honorius se hasarda pour la première fois à les interdire. H y avait près de dix ans que Théodose avait autorisé par son silence la démolition des

* Cod. Theod., XVI, iO, 1. 15. a Sicut sacrificla prohibemus, itu 0 volumus publicorutn operum ornamenta servari. »

* Ibid., 1. 18. « ;Edes illicilis rébus vacuas... ne quis conetur « everlere. »

3 Ibid., 1. 17, 20 août 399. « Ut profanes ritus jam... submo- « vimus, lia feslos convenlus civium... non palimur submoveri. »

* Cod. Theod., XVI, 10, i. 19.

^ Ibid., 1. 20.

RÈG\E n'ARCADHIS. 225

l(;inplcs ', lorsque Ilonniitis publia deux édits successifs pour leur niainlicu. Enfin, ce ne lut qu'au bout de neuf ans, et avec les plus grands mé. a-iements encore, que ce même prince adopta conire eux les mesures prises par son frère Arcadius.

' En Occiclent, saiiU Marlin de Tliours avait soiil osé iniiler, dans son diocèse, les déprédations auxquelles s'élaicul livrés, en Orient, un si grand nombre d'évêques.

:2:>G i'Iu;mil:hl: i'autie, '2'' l'Kiuoni:.

SECTION III

Règfiie de Tliéoilose le «leune.

(An 408-450)

Le règne de Théodose II pourrait, à plus juste titre, s'appeler celui de Pulcliérie. Agé de sept ou huit ans seulement, au moment où il monta sur le trône, ce jeune prince fut placé sous la tutelle de sa sœur, qui l'élcva dans les maximes de la dévotion du temps, et organisa son palais, dit Socrate, presque sur le pied d'un monastère V Thcodoret^ raconte, avec admiration, qu'excommunié par un moine auquel il avait dû plusieurs fois refuser une demande indiscrète, il ne voulut point prendre de nourriture, qu'il n'eût reçu l'absolution de celui-là même qui l'avait mis sous l'anathème ; telle était , ajoute l'historien , son entière soumission aux lois divines. L'Église avait tout à espérer d'un prince aussi docile et aussi timoré ; elle savait désormais le moyen d'obtenir toutes les grâces qu'elle désirait de lui ^. Aussi n'eut-elle pas de peine à le détermi-

» Socr., VII, 22. Sozom., IX, 4-3.

' Theod., Hist. Eccl. V, 37.

* C'esl à TLiéodose le Jeune qu'elle dul, entre autres prérogatives, la conlirmation et l'extension de son droit d'asile, restreint par Eu- Irope quelques années aupara\a;jt (Cod. Tlieod., IX, i5, 1. 4). C'est encore lui qui, renchérissant sur un décret de Théodose le Grand, déjà cilé, interdit d'une manière absolue, en 423, tout spectacle puolic le dimanche et dans les principaux jours de solennité chrétienne, à Koël, à l'Epiphanie, à Pâques el pendant la Passion, lors niènie que la fête de l'empereur tomberait sur ces jours -là (Cod. Theod., XV. 5, I. 5).

RÉGNE DE TIII'ODOSE 11. 227

ner h des mesures sévères contre le paganisme. Le 9 avril 42^3, il déclara ' «t qne lonles les lois de ses prédécesseurs, « concernant l'ancien culte, devaient sortir leur plein et « entier effet. » Il voulut bien, à la vérité, le 8 juin suivant, ne décerner contre ceux qui sacrifiaient aux dieux qne la peine d'exil et de proscription, au lieu de la peine de mort dont il les jugeait dignes ^. Par une loi datée du même jour, il prit aussi sous sa protection, et défendit contre les violences des chrétiens les païens soumis et inoffejîsifs ^ : t Nous enjoignons formellement, dit-il dans « ce dernier édit, aux chrétiens et à tous ceux qui font « profession de l'être, de ne se permettre, sous prétexte « de religion, aucune violence contre les juifs et les païens « paisibles, qui n'excitent aucun trouble et ne font rien de « contraire aux lois ; s'ils osent porter atteinte à leur « sûreté ou à leurs biens, qu'ils soient forcés de rendre « au triple et au quadruple ce qu'ils auront pris, et qu'on « -punisse également les gouverneurs qui auraient autorisé « ces injustices. »

11 fallait que les chrétiens se fussent portés envers leurs «adversaires à des excès bien condamnables , pour qu'un prince tel que Théodose le Jeune crût devoir les réprimer par un tel décret. Mais il ne remplit pas longtemps envers les païens ce rôle protecteur; les influences qui lui avaient inspiré son premier édit ne lardèrent pas à reprendre le dessus, et il donna, selon Théodoret S une nouvelle preuve de sa piété en sévissant, contre les temples et les sacrifices païens, avec une rigueur qui renchérissait

« Cod. Theod., XVI, 10, 1.22.

« Iljid., 1. 23.

s Ibid., 1. 2i.

♦ Theod., Hisl. Eccl., V, 37.

228 MU-MiKiu- l'AP.Tii:, ^1" ii-iiionr., sfction m. boîuiroiip sur celle de st)ii aieiil. Les leiines mêmes de son nouvel édil porlenl l'empreinle d'une sévérilé inaceouluniée * : « Nous interdisons, dit-il, à tous les sectateurs de « la scélératesse païenne toute immolation de victimes, tous « sacrifices et j^éi'.éralement tous les actes prohibés parles « précédentes constitutions. Nous voulons que tous ceux 0 de leurs temples et de leurs sanctuaires qui sont encore a debout soient détruits par l'ordre du magistrat, que la « souillure en soit effacée par l'érection du signe vénérable « de la religion chrétienne, et nous décernons la peine de « mort contre quiconque sera convaincu, devant les juges « compétents, d'avoir contrevenu à cet édit. » Comme les documents contemporains attestent que beaucoup de temples furent, à cette époque, transformés en églises, après qu'on les eut dépouillés de leurs ornements profanes, et sanctifiés par le signe de la croix, Godefroy pense que telle était peut-être rintenlion de Théodose dans l'édit que nous venons de citer ; mais l'expression dont se sert l'empereur '^ ne nous paraît en aucune manière susceptible de cette interprétation mitigée. On voit même que Théodose ne faisait plus, comme son prédécesseur, de distinction en faveur des temples des villes, mais ordonnait de détruire tous les temples sans exception. Nous ne nions point, au reste, que

* Cod. Theod., XVI, 40, 1. 2a. La dale de celte loi est fautive dans les inanuscrils : le douzième consulat de Tliéodose II ne coïncide pas avec le quatrième consulat de ValenlinienlILllyadoncii choisir entre deux corrections, entre celle de Godefroy qui lit: « Theod. XIL Val. IL Coss., » ce qui porte l'édit a l'an 426, et celle des éditeurs de Bonn qui lisent : a Theod. XV. Val. IV. Coss., » ce qui porte l'édit à l'an 43o. Celte dernière date semble devoir être préférée, parce que c'est l'époque où Isidore, auquel la loi est adressée, était certainement préfet de la pruvince d'Orient (Corp. jur. ante Jus!., fasc. j, p. 1C27).

* « Desirui pra^cipimus. »

r.ÈG\t; UE THÉODOSE II. 229

ces onhcs n'aient été, en quelques lieux, éludés, ou du moins adoucis dans l'exécution.

La rigueur de l'édit précédent tut dépassée de beaucoup dans un article de la 3" Novellc de Thcodosele Jeune, inlitulée : « De Judœis, Samaritanis, hœreticis et paganis » et publiée le 31 janvier 438 ou 439 '.

Il y avait eu vraisemblablement, dans les années précédentes, une disette extraordinaire que les païens cherchaient à détourner par des sacrifices, et dont les chrétiens attribuaient, au contraire, la persistance à la colère de Dieu, excitée par ces rites profanes. Théodose n'hésite pas à se piononcer dans ce dernier sens. A la suite de ses décrets contre les autres ennemis de l'Église, il ajoute, en parlant des païens : a Nous devons aussi prendre en considération « l'erreur des Gentils, qui, au mépris des lois de nos pré- « décesseurs, et bravant les peines portées contre eux, no « daignent pas même se cacher pour accomplir leurs rites « sacrilèges, mais s'y livrent en public, comme pour in- « sulter à leur siècle et à la majesté du Dieu souverain, et, « malgré la clémence dont nous serions disposé à user « envers eux, nous forcent à nous souvenir de leurs cri- « mes. Nous déclarons, en conséquence, que toute personne « qui sera surprise, en quelque lieu que ce soit, occupéede « sacrifices, verra ses biens confisqués, et encourra cllc- « même une accusation capitale. Il convient en effet que les « impies soient punis et la chrétienté épargnée. SouflVirons- « nous plus longtemps qu'à cause d'eux l'ordre des sai- « sons et le cours entier de la nature soient troublés ? D'où

' Theodosii Novel., ad cale. Cod. Tli., lit. 3, § 8, Tlieod. XVI. Cons. (an 438}. Les édileurs de Bonn préfèrenl celle date a celle du XVII* conciliai de ïhéodose, admise par Godcfroy, el qui correspond h ran439(Corp. jur. anle Jusl., fasc. 6, p. 7j.

230 l'lli:.MIEUE PAIUIE, i* l'EUlODE, SECTION 111.

c vieil! que le piiiileinps a perdu sa douceur accouUiiiiéc, « que l'élé, sans moissons, trompe l'allcnte de ragricullcur, « que l'hiver, armé de pénétrantes rigueurs, lue dans les « profondeurs du sol les espérances de l'année suivante ? « Pourquoi tous ces fléaux, si ce n'est pour punir l'impiété « de nouveau déchaînée ? Que ces sacrilèges soient donc « expiés, cl le courroux céleste apaisé par la présente or- « donnance! »

Théodose le Jeune, en publiant cet édit, était, comme on le voit, bien revenu des illusions qu'il se faisait en 423, lorsqu'il disait à la léle de son premier décrel : ' « Paga- « nos qui supersunt, qnamquam jam niiUos esse crcda- « mus. » Deux mois après, il n'énonçait déjà plus le môme doute, et disait sunplemenl : Paganos qui supersunt ^. En 436, il sait non seulement qu'il y a encore des païens, mais que ces païens sacrifient ; enfui, en 438, ce n'est plus de sacrifices secrets qu'il les soupçonne, il sait qu'ils s'y livrent en plein jour, publiquement, et, pour les en empêcher, il est obligé de déployer toute la sévérité de la loi. C'est sans doute cette sévérité que célèbre avec emphase Cyrille d'Alexandrie, lorsque, dédiant à Théodose II et à Valcntinien 111 son livre contre Julien ^, il eslime « ce présent « digne de deux princes qui mettent toute leur gloire « à avancer celle de Dieu, et font sentir le poids de leur a exécration à ceux qui osent y porter atteinte. »

Déjà même ces princes ne se bornaient plus à proscrire l'exercice d'un culte profane; ils commençaient à sévir contre les croyances païennes elles-mêmes, en privant de droits précieux ceux qui étaient connr.s pour païens, lors

« Cod. Theod., XVI, 10, 1. 22.

« Ibid., 1.23.

5 Lib. 10 in Jul. {Cyril. AL, Opp., l. 6, p. 2).

RÉGNR DE THÉODOSE H. 231

même qu'ils ne se livraient à aucun acte d'idolâtrie. Nous avons vu que Théodosc le Grand, ni Arcadius n'étaient point encore allés jusque là, et n'avaient fait ni Tun ni l'autre, de la profession du christianisme, une condition essentielle pour occuper des postes d'honneur. Qu'on se rappelle à ce sujet la déclaration de Libanius '. Honorius fut le premier à déroger à cette tolérance. Le 14 novembre 408, il exclut des charges militaires du palais ^ tous les ennemis de l'Église catholique, « attendu , disait-il , que « l'empereur ne pouvait souffrir, autour de sa personne, « que des hommes qui lui fussent unis par les liens de la « rehgion et de la foi ^ » Cette loi, qui s'apphquaiten partie aux hérétiques, et qui est inscrite dans le CodeThéodosien sous le titre qui les concerne, s'appliquait, selon Godefroy ^ plus particulièrement aux païens; elle était destinée par l'intrigant ministre Olympius, maître des offices, à consommer la ruine de la famille de Stilicon. Après le supplice de ce général, Olympius affecta de craindre qu'Eucherius, son fils, qui passait pour païen, ne tramât une conspiration contre lempereur et contre l'Église, et, sous prétexte de religion, il fit écarter de la garde du palais ceux qu'on pouvait d'avance considérer comme ses com-

» Liban., Pro templ., p. 202-203. « Tu n'as point, » disait-il à Théodose, « imposé aux hommes le joug de les propres opinions ; « lu n'as point repoussé les ariornleurs des dieux, mais tu les as « honorés par des mngistralures et admis à la lahle. » Sous Arcadius. le général païen Fravilla, qui, selon Eunape, n'avait deniaudé, |)our toute récompense de ses services, que le droil de célébrer librouieul le culte de ses pères, avait été de plus revêtu du consulat, en 401 [Eunap., Excerpt. in Maio, Scr. Vet., t. 2, p. 289-290). Oplatius, païen, était gouverneur de Constautinople en iOi {Bcugnot, t. 2,

' « Inirh palatium militarc prohibcmus. "

» Cod. Iheod., XVI, 5, 1. 42. — ' Ibid., l. 6, p 16i.

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