EFFETS (JES MESURES DE L AUTORITE CIVILE
Prétendre devancer par les lois le jugement de l'opinion, détruire des institutiojis qu'elle protège encore, c'est une témérité que le pouvoir ne commet jamais impunément, et qu'il expie tôt ou tard par des réactions funestes. Mais, lorsque avec le temps ces institutions ont perdu leur crédit; lorsque la conscience publique les a condamnées ; lorsqu'elles n'ont plus de racines dans les cœurs, l'action du gouvernement peut beaucoup pour accélérer leur chute. Il en est comme de ces édifices à demi-ruinés, qui néanmoins demeurent debout jusqu'au jour où ils sont attaqués par la mine. De môme, une religion a beau être discréditée, son prestige dissipé, son influence annulée; si quelque atteinte ne lui est portée du dehors, si quelque coup du pouvoir ne renverse les appuis artiliciels qui la soutenaient, longlemps elle continue à subsister extérieurement, et S(î console, à ce prix, de ne trouver autour d'elle ni respect, ni dévotion sincère. Telle était la situation du paganisme au conimeiR'cment du quatrième siècle. Constantin sut le premier recoiniailre celte situation et s'en prévaloir'; il osa le premier accomplir, dans le domaine des laits, des
' fhific, Kirclicn Goscl'. Li'ipz. \Mi, p. !»7.
3o4 SECONDE PARTIE.
lois, des iiislitutioiis, le changement qni s'était opéré dans les esprits; il ouvrit le premier celle série de mesures que nous avons passées en revue, et dont nous avons maintenant à apprécier les effets sur le sort du paganisme.
Dans un empire où l'on était habitué à considérer le culte avant tout comme une affaire de police civile, où le chef de l'État était en môme temps le chef de la religion, ce fut pour le paganisme un premier coup fort sensible, lorsque Constantin l'abjura publiquement et lui ferma l'accès de sa nouvelle capitale. Dès qu'on sut que l'illustre monarque n'adorait plus les anciens dieux de l'État ; dès que la ville qui donnait le ton à l'empire les eut échangés contre le Dieu de l'Évangile, bien des hommes, jusqu'alors indifférents entre les deux religions ou désabusés sur le compte de l'ancienne, bien des courtisans qui, pour changer de drapeau, n'attendaient qu'un signal du maitre, bien des païens qui ne l'étaient que par le fait de leur naissance, et qui, pour éviter un éclat, seraient demeurés tels jusqu'à leur mort, avertis maintenant, par un exemple qui partait de si haut, qu'on pouvait sans se déshonorer déserter ses dieux et son culle, imitèrent sans scrupule l'apostasie de l'empereur, et les conducteurs de l'Église semblent confondus eux-mêmes du nombre immense de païens qui, dès ce moment, passèrent sous l'étendard de Christ'.
La nouvelle religion, devenue celle du souverain, fut immédiatement appelée à jouir des mômes piiviléges dont l'ancieiuie avait seule joui jus<pralors. Il >, cul un moment <l<ux religions de l'empire. Mais ce n'était là ([u'un réginnî de transition, (|ui (levait bientôt faire place à un régime
' Allianas., De iiicani. Veii)i, c. ;KI, il», I. J, p. T.\, 81.
Causes de la chite nr i'ap-axisme. 85o
nouveau. Pendant qu'on augmentait sans relâche les privilèges de l'Église et de ses ministres, les prérogatives des prêtres païens, an contraire, les aîino?ies des temples, les subventions pour les sacrilices, les allocations soit ordinaires , soit extraordinaires pour l'entretien de l'ancien culte, furent insensiblement réduites et enfin supprimées tout à fait.
Pour une religion qui eut eu encore de la vie en ellemême, cet abandon n'eût été ([u'un mal passager : les ressources qu'elle ne trouvait plus dans l'État, elle les eût trouvées dans le zèle de ses sectateurs; ce que les prêtres eussent perdu en privilèges publics, ils l'eussent gagné en considération morale; les offrandes des particuliers eussent remplacé les subventions du trésor. Mais, pour une religion que lopinion ne soutenait plus et qui n'avait jamais subsisté qu'unie à l'État, l'abandon de l'État, c'était la mort. Les temples tombant de vétusté, détruits par les barbares, consumés par les incendies ou renversés par les tremblements de terre, demeuraient en ruine sans que personne songeât à les relever; même à Rome, les sacrifices furent presque interrompus quand l'État eut cessé de faire les frais des offrandes et des victimes '. Il n'en fallait pas davantage pour détruire à la longue le culte païen , et le faire dépérir dans les institutions, conmie il était déjà mort dans les cœurs.
Mais quel est le parti religieux qui, se voyant le pouvoir en main, consente à nattendre son triomphe que de l'iruvredu temps, et renonce à h:\ler, par quelques moyens plus
' Zosim, V, 38. De lii les violcnles iilaiiilcs fies Honuiins cnnlre l'édil de (Iralien el de Tliéodose. « Illi, » dil saini Amliroise Coiitr. Symmacl)., Ep. J7), « ccerimonias suas sine quœslii inaneie posse « non cri'duiii. »
356 SECOXDE PAiiTin:.
actifs, la chute d'une religion rivale? Ce n'était pas du moins ce qu'il fallait attendre des chrétiens du (juatrième siècle. La résistance des païens, et les représailles auxquelles ils se hvrèrent sous Julien, purent seules, pendant quelque temps, mettre un frein au zèle impatient et fougueux de leurs adversaires. Enfin, lorsque Théodose se vit en état de reprendre avec succès les mesures prémalurémeiit essayées par Constance, ce fut d"ahord au culte i)ublic des païens qu'il s'attaqua. Valens n'avait interdit que les sacrifices magiques ; Théodose interdit toute espèce de sacrifices. Les sacrifices conlinuant, il ferma les temples. Plusieurs temples s'élant rouverts, il n'en ordonna point pour cela la démolition ; mais il laissa pleine carrière à ceux qui les démolirent. Du reste, il interdit l'encens, les hommages rendus aux idoles et même les moindres actes publics du paganisme ; jusqu'à ce que, les résistances du parti païen étant enfin vaincues, Arcadius et Théodose le Jeune purent ordonner formellement la destruction des temples ou leur appropriation au culte chrétien.
Des mesures de ce genre , lorsqu'on réussit à les faire exécuter, sont d'ime efficacité incontestable. « La dévo- « tion d'un philosophe, dil Gibbon', peut se nourrir par <i la prière, lélude et la méditation; mais les sentiments « religieux du peuple ne s'entretiennent que par l'exer- « cice du culte public, » Le paganisme, qui s'adressait avant tout aux sens, avait plus particulièrement besoin, poiii- subsister, de ses emblèmes, de ses monuments, de ses rites extérieurs. Lui ôter ses sacrifices, gage de la proteclioii de:; (lieux, ses idoles, symbole de leur présence, ses lenqiles renqilis de souvenirs patrioiitpies et religieux,
' (libhon, \)hn'K tli- l'Kiii|i. roiu., c. 28.
CAUSES DE LA CHUTE DU PAGANISME. 3o7
outre que c'était dissiper le prestige attache h ces monuments que le vulgaire jugeait indestructibles, convaincre d'impuissance ces dieux quil croyait prêts à foudroyer les profanateurs ', c'était encore enlever à la dévotion populaire ses principaux aliments, ses plus fermes appuis ; c'était rompre la chaîne des traditions, qiii se perpétuaient surtout par ces signes extérieurs ; c'était ôter à l'empire cette physionomie païenne qu'il avait conservée jusqu'à Théodose, et qui n'avait pas peu contribué au maintien de l'ancien culte. Tel était aussi le motif que faisaient valoir les chrétiens, lorsqu'ils solhcitaient la destruction des temples et des idoles-. Tel fut le motif expressément allégué par Théodose le Jeune, lorsque, en 399, il ordonna cette destruction ^ L'événement parut leur donner pleinement raison. Le jour où le temple de Vénus fut renversé à Gaza, celui où des visites domiciliaires eurent lieu pour l'enlèvement des idoles, furent marqués dans cette ville par la conversion d'un grand nombre de païens''. Après la démolition d'un temple dans une ville de Mésopotamie, Rabula, gouverneur de cette ville, se convertit au christianisme avec tout le reste des habitants ^ ; et Sozomène assure que les païens d'É-
' Sczom., VII, 20. Eus., De vità Consi., lil, o5-?)7.
- Sozom., Ilist. Fxcl., VII, 15. Liban. ,Vro lempl., 0pp. Ed. Reiske, t. 2, p. 17G. Jnlian., 0pp., t. 2, p. 2'Jj.
3 Cod. Theod., XVI, 10, 1. 16. Theod., Hisl. nccl., V, 37.
'' Baron., Annal, eccl., t. 5, p. 139 e.
^ Tillemont, Mém. sur l'hist. eccl., t. 12, p. 493. On raconte, il est vrai, que Rabula, au moment de recevoir le baptême, fut sur le point de renoncer a son projet, parce qu'il vit une des veuves entretenues par l'Kglise, en proie aux possessions du démon. La ruine des temples lui avait prouvé l'impuissance des dieux du paganisme; les angoisses de celle femme lui parurent une preuve du |h'U do puissance du Dieu des chrétiens. Il revint cepenilant à son premier dessein, et fut, quelque temps après, placé sur le siège épiscopal d'Kdesse.
oo8 SECONDE PARTIE.
gypte, et particulièrement ceuxd'Alexamine, lorsque leurs temples eurent été abattus, s'accoutumèrent à fréquenter les égriises '.
D'après ce dernier témoignage, nous sommes conduits à supposer que, le culte public une fois ôté aux païens, il n'y en eut comparativement qu'un petit nombre qui cliercbèreni un dédommagement dans le culte privé. Si, même en Occident, comme l'a remarqué M. Beugnot - , ce fut là une faible ressource pour le paganisme, à plus forte raison en Orient, où l'adoration des génies domestiques avait bien moins d'importance que celui des lares et des pénales cliez les Romains \ le paganisme ne pouvait-il longtemps se soutenir par le moyen du culte particuliei'.
Au reste, on ne lui laissa pas même un tel refuge. Théodose avait soumis à la confiscation toute terre, toute maison «pie son propriétaire aurait souillée pai- la fumée des sacrifices ou la vapeur de l'encens; Léon T prononça cette peine, même dans le cas du siniple consentement du propriétaire, et le condannia, ainsi (pie le coupable, à des cli.iliMiciils rigoureux. Les libations furent donc le seul litc propremenl dit auquel les païens puient encore vaipier dans l'intérieur de leurs demeures; mais ce rite avait trop |»eu d'inqiortance en lui-même poui' [)rêter beaucoup d appui .1 leur dévotion. Les néo-platoniciens, cependant, continuèrent à l'aeconiplir a\ec exactitude,
lMi\é de la ressource du culte, soit public, soil particulier, le paganisme avait encore celle <le l'enseignement. Kn (Mienl, surloulj les néo-plalonicieus le soutenaient
> Snzom., MisL Fret., VU, 20. • » nriiijtiol, I. 2, |i. 200.
■^ (liiiifriiaul, \.'.\, r-' parljc, p. i;5. T^cltinirr, |)ir j'.ill des Ijcitt., |). -iU.
énergiquement par ce moyen. Par leurs écrits, où la cause du paganisme était plaidée avec adresse, et le christianisme spécieusement réfuté-; par leurs écoles, foyer actif et permanent d'opposition contre le nouveau culte, ils exerçaient encoi'e de rinlluonce, sinon sur le peuple, au moins sur les classes supérieures. Il fallut aussi renoncer à cette ressource. Théodose le Jeune avait fait brûler leurs livres ; Justinien ferma leurs écoles et prohiba tout enseignement païen.
Enfin, à défaut de tout autre sanctuaire, il restait au paganisme celui des consciences. Pauvre asile pour une religion qui consistait moins en croyances qu'en cérémonies, et pour laquelle ne pas se produire au dehors, c'était presque ne pas subsister! Les empereurs, néanmoins, n'hésitèrent pas à la poursuivre dans ce dernier asile. Théodose le Jeune, en fermant à tout païen connu pour tel l'accès aux dignités civiles et militaires, avait, par cela même, interdit la profession du paganisme aux classes élevées. Justinien généralisa cette mesure en excluant les païens, jion seulement des charges publiques, mais encore des droits civils les plus précieux, et en les condamnant, pour le seul fait de leurs opinions, à des peines exlrèmcnjcnt graves. Il ne se borna pas même à punir les païens qui lui étaient dénoncés; il les fit rechercher avec soin dans la capitale et dans les provinces, les contraignit à recevoir lu baptême, et fil punir de mort, comme apostats, ceux qui, après l'avoir reçu, venaient à abjurer.
C.'s mesures, (|ni mettaient le sceau à toutes celles dont le paganisme avait été précédemment frappé et le forçaient jusque dans ses derniers refranchemeuts , n'eurent pas d'abord tout le succès (pi'oii en avait espéré. Parmi ceux que Justinien avait conuainls à se faire baptiser, nous
;^60 SECONDE l'Ain lE.
avons vu (ju'il y eut, dans les commencements, plusieurs apostasies. Mais l'inquisition sévère et vigilante, exercée par l'ordre de l'empereur, lassa bientôt des hommes dont, en général, le zèle était peu ardent, les convictions peu profondes, qui n'avaient persévéré quelque temps (juc pour lacquit de leur conscience, et qui renoncèrent bientôt à une résistance dont nul ne leur avait su gré. Dès lors, ce n'est plus que de loin en loin que nous apercevons dans l'empire d'Orient quelques faibles restes de pnganismc.
Applaudirons-nous pour cela aux rigueurs de Justinicn et de ses prédécesseurs? A Dieu ne plaise! Le succès ne légitime rien ; l'intérêt même de la vérité ne justifie point rinjustice. Que la violence s'exerce par Dioclélien on par Constance, par Julien ou par Théodose, elle est toujours violence , l'oppression est toujours l'oppression. Jamais l'homme de bien ne verra qu'avec douleur, avec réprobation, les atteintes portées à la liberté religieuse, et plus une cause lui est chère, plus il s'indignera contre ceux (pii la soutiennent par de tels moyens. Si parfaite, en effet, que soit mie religion, dès qu'elle se met à persécuter on laisse persécuter en son nom, elle se déclare par cela mémo incapable encore «ice n'est indigne, de gouverner le monde, et ne le gouverne réellement (jue du moment où elle peut se passer de cet appui. « La véritable force, dit lienj. Cons- « tant', est dans la proportion des opinions avec le reste « des idées; aussi longtemps (|iie celle ])roporlion n'existe « pas, le triomphe des opinions est moins léel qu'appa- « rent. » Vous croyez avoir changé le fond des croyances, vous n'avez lait (\uni gêner la niaiiircslalioii, ou les contraindre à se piijduire sous d'autres lornies; (juclquefois
» lienj. ConsL, Du l'olylli. loiu., l. ii, p. i'J.'i.
CAUSES l)E LA CHUTE UU PAGANISME. 361
même l'ivraie que vous croyez avoir dispersée est veiuie se semer dans votre propre champ. L'iiistoirede l'Église nous montre à chaque page, que, plus la conversion des païens s'opérait d'une manière brusque et violente, moins elle était solide et sincère; plus il se faisait de chrétiens par force, moins il y avait de vrais chrétiens; et, le plus souvent, on ne faisait par là que transplanter l'idolâtrie au sein même de l'Église.
Mais nous n'avons point à nous occuper ici du plus ou moins de justice de ces mesures, ou de leur avantage réel pour la cause de la vérité ; nous avons seulement à en constater l'effet quant à la situation extérieure du paganisme. Or, ces mesures lui furent d'autant plus funestes, qu'il n'avait dans sa constitution rien de ce qui eût pu le mettre en état d'y résister avec vigueur.
Si, du temps de Constantin, le polythéisme grec et romain eût eu à sa tête un sacerdoce aussi puissant que celui de Tancienne Egypte, par exemple, ou seulement aussi fortement organisé que l'était alors le clergé chrétien, nul doute qu'il n'eût opposé, par ce moyen, la résistance la plus vive et, pendant longtemps, la plus efficace aux efforts des empereurs. Mais le paganisme n'offrait alors rien de pareil. Dès les temps héroïques, les prêtres avaient cessé de former en Grèce un corps particulier et distinct'; cl, quant aux corporations sacerdotales, jadis si puissantes dans quelques provinces de l'Orient, les conquêtes des Grecs, puis celles des Romains, les avaient insensiblement désaimées ou détruites, et privées en tout cas de leurs privilèges les plus précieux. Les prêtres, dans l'empire romain, n'é-
' Voyez sur le sacerdoce grec : Bougainville, Mémoires sur les prêtres d'Athènes et sur les familles sacerdotales de la Grèce (Acad. d. Insc, t. 48 et 23); Benj. Comt., De la Ueiig., t. 2, p. 300, not. et suiv.
talent plus exclusivement ni même principalement voués aux fonctions du sacerdoce ; ils n'en tiraient point leurs principaux moyens de subsistance, d'influence, ni de considération. C'étaient plutôt des magistrats municipaux, des nobles, des citoyens distingués, quelquefois même d'anciens généraux, qu'on revêtait pour un temps de l'bonneur de présider aux cérémonies el d'offrir les sacrifices '. Sils y trouvaient encore la source de quelques prérogatives el de quelques profits; si, comme piètres, leurs personnes étaient in\iolables; s'ils étaient exempts de certaines cliarges publicpies; s'ils recevaient leur part des offrandes et des victiirtes, ainsi que des revenus des temples*, outre que ces ressources étaient par elles-mêmes d'une nature assez précaire et devenaient plus cbétives de jour en jour, outre quil s'y joignait souvent des obligations onéreuses, celle, entre autres, de pourvoir aux dépenses des jeux publics \ les pontifes de la Grèce el de Rome, plus magistrats encore que prêtres, vivaient de l'État plus que de l'autel, et donnaient à leurs fonctions plus d'éclat qu'ils n'en recevaient.
Eussent-ils eu l'intérêt le plus direct et le plus pressant au maintien de l'ancien cnlle, ils ne possédaient ni l'inlluence, ni l'union, ni rindépendance nécessaires pour le proléger contre les atteintes du pouvoir.
' Une foule de inoniimenis ancions aUeslenI ce niiniil Imliiliicl <lii raraclf-re sacf-rddlai avec des fondions civiles et ailininislialives. V«.\t;/ naiiul-fUtrliHte, Aniiq. jrreeq. du Bospli. Ciuim<:^r., p. 111», |i|, 12. Ha-rkh, Cnrp. Iiiscr. Crar.., I.'2, p. ni!», etc. Orrlli, liiscr. Ifliiti coll., l, 1. p. 2."»!», 2(i1, elr. Muratori, Nov. Tlies. inscr., I. I, |i :{'.t7, l'Ic /yoif7(//rjr., I'ri^lr('sd'A!lit'''ti('s(.\(ad.d liisc. I IH, p (i;i), (hiif/tiinul . Ucl. d<' r.\nlif| , I. 'A, p. TM.
Iloufininr., Sur les pnMres d'Ailiruts, I. c, t. IH.p <i<i 7(1, !».'».
> lliid., p 71.
Simples pontifes, chargés en public du soin des cérémonies, ils n'exerçaient aucun ministère au sein des familles ni auprès des particuliers; ils n'étaient point chargés de celte direction des consciences qui donnait au clergé chrétien tant d'ascendant, et dont Julien, dans son célèbre mandement, avait essayé, mais sans succès, d'investir aussi les prêtres des idoles.
Ils ne formaient point un corps compacte, uni par l'homogénéité du culte ou par des liens hiérarchiques. A Rome seulement et en Egypte, les divers collèges sacerdotaux reconnaissaient à leur tète un souverain pontife chargé de l'inspection générale de la religion * ; encore, depuis Constantin, cette dignité était-elle devenue à Rome purement nominale. x\illeurs, elle était inconnue. En Grèce et en Orient, VArchierevs était, non le chef de la religion, mais le grand pontife d'une divinité particulière '\ En vain Maximin Daza, pour donner plus d'unité à ses mesures contre les chrétiens, avait-il ordonné d'établir un archiprêtre à la tête des prêtres de chaque province ^ il n'avait pu réussir à lier entre eux des éléments nécessairement étrangers les uns aux autres. Le paganisme, par sa nature même, ne pouvait avoir que des pontifes isolés : autant de cultes, et même autant de sanctuaires différents, autant de prêtres ou de collèges de prêtres. Ceux de Jupiter ne se mêlaient point de ce qui concernait Apollon; les outrages ou les persécutions qui atteignaient les uns trouvaient les autres assez indifférents; et l'on pouvait démolir le temple de
1 B. Const., Du Pol. roiri., t. 1, p. 34. Lcironne, Insc-r ii\ev>\. de l'ÉgypIe. Voy. ci-dessus, p. 14.
2 »OM(/a?nr., Sur les piùlriis d'Alli., I. c, p. 7'.{-74. ^ Eus., Hisl. Eccl., l.\, 4. De vilà Consl., I, 8.
telle ou telle divinité, sans que les ministres dos autres divinités songeassent à élever aucune plainte.
Mais ce qui manquait surtout au sacerdoce païen pour lulter avec avantage contre les empereurs, c'était l'iiulépendance. En Grèce, il n'était demeuré héréditaire ([ue dans (juelques ancieinies familles présidant à quelques cultes obscurs '. Presque nulle part il n'avait conservé le privilège de se recruter par lui-même. Ses membres étaient tantôt désignés par le sort, tantôt choisis par les municipalités dans leur propre sein, quelquefois nommés directement par les empereurs , plus souvent encore p;ii- les gouverneurs de provinces; et ce n'était que par condescendance et sous forme d'exception , que ceux-ci laissaient de temps en temps ce choix aux collèges pontilicaux euxmêmes -. A peine les prêtres pouvaient-ils exercer sans contrôle une seule des fonctions de leur ministère. Ils n'avaient pas même la garde du trésor sacré et l'adminislration des revenus des temples^. Dans le jugement des délits religieux, ils n'avaient eu, même du temps de Socrate, qu'un sinqile droit de préavis, la sentence définitive étant réservée aux magistrats et au peuple ^ En un mot, tout ce qui concernait la religion était considéré comme du ressort de la police civile, et les prêtres, connue des ronclioimaires ou plutôt des serviteurs de l'État. Eux-mêmes ne s'euNisageaiciil pas autrement, et ne visaient pas à une position pitis in(li'|M'ii(laiitc.
' L'ouiiftinc, ! a ni. .^acird. (I(! la (iittc, 1. c, l. i!?, p. Tiii-d;!.
' La Itaslie, Du Souv. l'onl. des einp. rom. (Acad. d. his( t., I. \t, \\ 'MtW-'M'i; i. i:i, p. i(i). liou<ininv.. Sur les prt'^lres d'Aili,, 1. c, I». <;:{. Joh. MalaL, Clirr)!!!»^., liv. 1^2, p "IHC-HHl , etc.
^ Hduijainr.y iliiil., p. li).
\ ^ il>i<l., |.. T.VTT. h. Consl., De la ll.l., l. -1, p. 3(12, iiol.
De là, depuis Constantin, la résistance presque nulle qu'ils opposèrent aux mesures et aux édits des empereurs. Que pouvaient faire, vis-à-vis d'un pouvoir devenu indiflerent, puis hostile, des prêtres habitués à n'agir que par l'impulsion et sous les inspirations du pouvoir? Rien, sinon de demeurer spectateurs passifs et résignés de ses mesures, et puisque l'État qu'ils servaient ne voulait plus de l'ancienne religion, s'abstenir de déployer pour elle un zèle, qui, dans leur propre point de vue, n'eût plus ete qu'un contre-sens. Cette disposition des prêtres païens est relevée avec vivacité par saint Chrysostome ' : « Tandis « que les ministres du vrai Dieu, dit-il, le servent d'autant « plus fidèlement que les puissances du siècle lui sont plus « contraires, eux ne servent leurs idoles que par la crainte « qu'ils ont du chef de l'Etat. Aussi, qu'il vienne à mon- « ter sur le trône un empereur qui ne partage pas leur « croyance, en entrant dans leurs temples, on trouve les « statues couvertes de poussière, les murs tendus de toiles « d'araignée, l'herbe croissant sur le pavé et jusque sur « l'autel. Depuis que le culte, délaissé par l'empereur, ne a leur apporte plus aucun profit, pourquoi s'en soucie- « raient-ils? Ce n'est plus pour eux que du bois et de la « pierre. » Ils ne devaient guère s'émouvoir davantage quand ce culte était outragé, profané. Nous avons vu avec quelle facilité les agents de Constantin dépouillèrent les temples dans plusieurs provinces ^ Si, plus lard, comme l'affirme Libanius , des prêtres furent maltraités en essayant d'en prendre la défense, ce ne fut quun bien pelil nombre. Ceux qui montrèrent le plus de zèle poui- le culle
' Chrysost., De S. Babyl., c. 7, t. 2, p. 548. 2 Voy. ci-dessus, p. 72.
3(>6 SECONDE PARTIK.
p.iiVn, les Piwtextatus, los Symninqne, le firent bien moins comme pontifes que comme patriciens, comme représentants et soutiens de l'ancienne Rome. Mais en Orient, où le sentiment national avait moins de puissance, les empereurs eurent l)on marché d'un sacerdoce si dépendant, si ser^ile, et (|ui, surtout depuis la pcile de ses anciennes prérogatives, ne tenait plus à sa religion que par de si faibles liens.
Mais ce qui acheva la dissolution de l'ancien culte et lui porta le dernier coup, ce fut la décadence de l'empire romain et linvasion des barbares.
CAL'SES DE LA CHUTE DU PAfiAXiSMK. 367