‹ Histoire de la destruction du paganisme dans l'empire d'OrientChapitre 4 sur 31 · DÉCADENCE DU PAGANISME AVANT CONSTANTIN · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DU PAGANISME AVANT CONSTANTIN

force saisissante, les dogmes de l'unité, de la spiritiialilé de Dieu; il célébrait en termes magnifiques sa sainlelc et sa toute-puissance. Aussi partout où les Juifs avaient des synagogues, on voyait un certain nombre de Grecs fréquenter leurs assemblées, écouter avec dévotion la lecture de leurs livres saints, invoquer avec eux le Dieu unique et parfait, créateur du ciel et de la terre.

Le judaïsme, cependant, offrait certains caractères qui devaient nécessairement limiter ses conquêtes et l'empèclier de devenir jamais la religion universelle des peuples civilisés. Ce n'étaient pas précisément, selon nous, ceux qu'a signalés Benjamin Constant ' . Dès longtemps la simplicité dogmatique avait cessé d'être un attribut distinctif des écoles juives; et les Grecs, amoureux de subtilités, trouvaient dans le pbilonisme et la cabbale amplement de quoi se satisfaire. Quant aux notions sur la vie future, si elles manquaient primitivement au judaïsme, on sait qu'il s'en était enrichi dès l'époque de la captivité de Babylone. Ce qui tendait plutôt à éloigner de lui les Grecs et les Romains, c'était le caractère éminemment local et exclusif dont il était empreint. Jaloux à l'excès de leur titre de peuple de Dieu, les Juifs repoussaient de leurs rangs quiconque n'était pas descendant d'Abraham et ne se soumetlait pas à la loi de la circoncision. Cet esprit d'exclusion, jadis si précieux pour le judaïsme, et qui l'avait préservé au milieu de la contagion de l'idolâtrie, était précisément ce qui l'empêchait maintenant de la supplanter. Quelque peu nombreux que fussent les prosélytes de la jjorfe, c'est-àdire les païens qui assistaient au culte de la synagogue, les prosélj tes cZe la justice, c'esl-à-dire ceux qui se faisaient

» R. Constant, Polylli. roni., l. "i, p. 237.

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circuiuiiv, i'ImiciiI boaucoiip moins nombreux encore ; à peine en eomplail-on qnelqnes-unshorsde J('!rusalem et de la l'alesline ; el l'on peut aKinncr en loule assurance que la géntM-alilé des (îrecs el des Romains eût à jamais repoussé le ihéisnie des Juifs, si, pour Tembrasser, ils eussent été obligés de se soumettre à leur loi cérémonielle.

Mais à l'époque même où, par la réduction de la Judée en province romaine, le judaïsme commençait à exciter plus d'attention, la réforme chrétienne vint lui enlever ce caractère étroit et exclusif qui s'opposait à ses progrès dans le monde.

Déjà plusieurs fois, dans le cours de son ministère, Jésus avait fait entendre que le cérémonialisme touchait à sa fin, que désormais ce ne serait plus à Jérusalem, mais dans le cœur de chaque homme , que le vrai Dieu serait invoqué, que le royaume des cieux était ouvert à tous les peuples, que la repentance, l'amour de Dieu, l'amour des hommes étaient les seules conditions requises pour y entrer, qu'en dehors de ce peuple qui se croyait seul élu de Dieu, il y avait d'autres hommes admis à son héritage, d'autres brebis appelées à la bergerie, d'autres convives invités au festin. Les Juifs ne comprirent que trop Jésus, et son salaire fut la mort de la croix. Mais cette croix devint le marche-pied de son triomphe. Ce que Jésus n'avait dit qu'à l'oreille, saint Paul le proclame du haut des toits : « Plus de mur de séparation entre le Juif el le Grec, plus de distinction de races, plus d'acception de personnes devant ce Dieu qui veut être reconnu pour le père commun de tous. La vraie circoncision c'est celle du cœur. Avant le contrat passé avec Abraham, il y a un contrat antérieur, éternel, passé avec toute la race humaine ; la sentence de malédiction prononcée contre les païens a été déchirée sur la croix,

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effacée par le sang de l'agneau, tous sont appelés, tous sont invités à s'approcher de Dieu par Christ. »

Magnifique déclaration, qui, en transformant le Dieu particulier d'un peuple dans le Dieu universel du genre humain , devait détrôner les idoles et changer la face du monde !

Armé de ce mot magique de Vocation des Gentils, et avec la brûlante ardeur qui l'anime, saint Paul va de ville en ville, de province en province, annoncer le Dieu du crucifié. Partout repoussé des Juifs qui voient en lui l'implacable ennemi de leurs préjugés, il trouve un accès d'autant plus facile chez les païens, il rassemble dans l'Église ces prosélytes que les Juifs retenaient sur le seuil de la synagogue, il recueille les âmes sérieuses que le polythéisme rebutait et que la philosophie laissait incertaines. Elles reconnaissent dans le Dieu qu'il leur prêche ce Dieu vivant, unique et vrai dont elles avaient soif sans le connaître, cette puissance, cette sagesse infinie dont elles trouvaient l'empreinte dans toutes les parties de la création, ce Dieu saint et juste qui se révélait à leur conscience, ce Dieu de miséricorde et de bonté vers lequel s'élançaient leurs soupirs. Partout saint Paul laisse derrière lui des églises déjà florissantes ; partout de sa voix entraînante il suscite de nouveaux apôtres à l'Évangile. Le message de salut vole avec la rapidité de l'éclair; on dirait une étincelle électrique qui circule à travers les contrées civilisées, et met en commotion leurs principales cités.

En vain essaie-l-on d'opposer à cet entraînement les menaces et la violence, en vain la populace s'ameute-t-elle pour ses idoles, en vain les magistrats vengent-ils par des supplices l'outrage fait aux dieux de l'État; ces violences, trop partielles et trop peu soutenues pour réussir à rxlirper

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