i'iu:\iii:iii: i-vkhiî, l" I'Kiuoiu;, sectiov i
Malgré des loiines aussi clairs el aussi positifs, Martini * |)r('t('ii(l que la loi do Constantin ne se rapportait qu'aux cultes innnoraux, que nous verrons tout à l'heure supprimés par ce prince. L'annotateur d'Eusèbe'^, Valois, n'y voit à son tour que le renouvellement de la loi promulguée en 319 contre les sacrifices secrets. Telle est à peu près aussi l'opinion de La Bastie, qui explique^ les termes cidessus comme s'appliquant seulement aux rites nocturnes, aux opérations mao^iqucs, aux sacrifices humains, en un mot, à ce qu'il y avait de plus détestable ou de plus dangereux pour l'Étal dans les pratiques idolâtres.
Pour nous, il nous paraît peu vraisemblal)le, qu'après ses succès inouïs contre les champions de l'idolâtrie, Constantin n'eût rien osé de plus contre celle-ci, que ce qu'avaient prescrit dès longtemps les païens eux-mêmes^, et se fût contenté de renouveler un édit contre les sacrifices magiques ou secrets, déjà publié dans le temps où il partageait le trône avecLicinius. 3Iais, avant tout, il nous semble impossible de doimer un sens aussi restreint aux deux textes que nous venons de citer, et de n'y pas voir plutôt l'expression d une prohibition générale des principaux actes de l'idolâtrie \
« aboleatur insania. Nam quicumque, contra leçjem divi principis 0 parentis nostri et liane nostrœ mausuetudinis, ausus fuerit sacri/i- « cta cetebrare, etc. »
' Gesch. der Einfiilir. des Chri.slentli. als Slaats-Relig.
' Valesius, ad cale. Eus., Hisl., p. 194, col. 2.
' Méra. del'Acad. des Inscr., t. 15, p. 93-95,100.
* Vojez les lois des Douze Tables, la loi Gabinia, et cette sentence dePaulus, jurisconsulle romain du troisième siècle : « Qui sacra « Impla noclurnave, ut allquera obcantarent, defigerent, fecerint « taciendave cnraverini, aul criici sufiiganlur, aut besliis objician- « tur » (Sentent., liv. V, lit. 33).
•■' Qu'on pèse en effet les expression? d'Eusèbe et celles deslilsde Cunslanlui ; les mois •'>i//)er.sf<7/o, sacri/icinriiin insania, u'jaacà ri,;
RKCNK riK (KtNSTAXTl.V. 63
An lémoij^nage d'Kusèbe on oppose, je le sais, celui de Libanius; on cite ce passage de son D/'scoi/rs j)our les temples ', dans leqnel il déclare, qu'en s'emparant des offrandes et des revenus des temples païens, Constantin ne toucha point aux cérémonies consacrées ^ Mais Libanius, qui, à la mort de Constantin, n'avait que vingt-trois ans ^ et qui jusqu'alors avait toujours vécu à Antioche ou à Athènes, était-il bien placé pour savoir ce qui, en 324, se passait à la cour? Qui ne voit d'ailleurs avec Neander * que le rhéteur, plaidant auprès de Théodose la cause des tem-
il^iùXoXrtT^da.(;, pcuvent-ils êire réduits a désigner uniquement des cultes immoraux ou des sacritices secrets? ÎN'esl-ce pas ainsi, au contraire, qu'un ctirélien, un néopliyle surtout, devait s'exprimer sur le paganisme en général, et le t^; y-xTi iriXîi; xa't y.wpaî tô TraXaiov (T'jvTEXouasvïi; ziS(,i\rj}.7.i^iia.z n'iudique-t-il pas évidemment l'idolâtrie, telle qu'elle subsistait de temps immémorial, plutôt que telle espèce particulière de rites païens ? Que faire surtout, dans cette dernière hypothèse, de la fin du passage d'Eusèbe, qui mdiqiie la prohibition de toute érection de statues, de toute espèce de divinations et de sacrifices? Est-ce bien comprendre le w; ^.r, te roXfjiàv u-rAi-io., que d'y voir l'eflet de l'iiilimidation des païens, qui leur faisait craindre de paraître contrevenir à l'édit, plutôt que la conséquence, la véritable portée de l'édit lui-même? Entin, s'il ne concernait que les sacrifices secrets, pourquoi, dans la phrase qui suit, le paganisme tout entier est-il représenté comme aboli; pourquoi ces mots : -rr; tîo/.uôsou fAavîa? èi4jîc^''wv f.iaî/r,:, qui, tout il la fois, expliquent le sacri/iciorum imania et embrassent l'ensemble du culte polythéiste? Au reste, Eusèbe s'exprime ailleurs en termes non moins positifs (De vità Const., IV, 25): « Par des lois et « des constitutions successives, dit il (e'TTaX/.TiXnc vo^ot;), il fut défendu « à tous de sacrifier aux idoles, d'élever des statues et de vaquer à « des rites secrets (TjXE-rà; x.z\>Q'.r,^; èxraXEÎv). » On observera qu'ici les rites secrets sont distingués des autres sacrifices, les(iuels sont déclarés également interdis.
1 Liban., Orat., Ed. lU-i^kc. Altenb. 171)3, in-8, t. 2, p. 162.
^ Ty;; xotTac vo|j.',u; 8k îspaTSta; à-ctvYijev sùi^àv i-i.
» Il était né en 314 {lieislce, ibid., t. 2, p. 160 not.— Fabr., Bibl. gr. Ed. Harl.,l. 6, p. 751).
* Seauder, Kircli.-r.escli., part. 2, p. 1)3 not.
(j4 IMlEMlKlili l'XKTlE, \" l'F.UIODr, SICTIOX I.
|»l(*s HKMi.urs, avjiil inlôrèl à c\prK|ii(M- hi coiidiiilc chi prt''iiiior t'in|)or('ur clirélinii dans le sens le plus l'avorahlc au paganisme? Mais, dans une autre occasion, il déclare au contraire que ce fut Constantin « qui alluma la première étin- « celle de l'incendie ([ui éclata sous Constance *, » et ici il se trouve d'accord avec l'empereur Julien, qui appelait son onde « novator furbuforqve j)riscarum legvm et moris an- « tiquitks recejjf.i'. » Enfin, à l'appui de l'inlerprétation que nous avons donnée du récit d'Euscbe, nous pourrions invoquer le témoignage de ses continuateurs-'.
Tout nous porte donc à admettre que Constantin, peu de temps après la défaite de son dernier rival *, publia une loi contre l'exercice public du culte païen, et en particulier contre les sacrifices. Mais nous reconnaissons en même temps que cette loi ne fut point mise à exécution ; et ce qui l'empêcha de Tèlre, ce fut probablement la raison que
' Liban., Ora[. Apolog. 0pp. fol., t. 2, p. 591 c.
» Amm. Marcell., Rer. Gesl., XXI, JO. Paris, 'J684. fol.
^ Socr., 1,-J8. — Sozom.,\,S; II, 34, p. 4%. — Theod., I, 2. p. (>. Joignez-y le lénioignage d'0?-05f, Hisl., Vil, 28, ad tinem, el d'aiilres, cilés par Godefroy, Cod. Th., l. 6, p. 261 et siiiv.
' Riidigor (1. c, p 19), Godefroy (l. c, p. 262 et t. 3, p. 139) et Neander (Kirch.-Gesch., t. 2, p. 52}, tout en admettant l'cvislence (le celle loi, la rapportent à la fin du règne de Constantin, et nons ue nions point qu'elle n'ait pu être renouvelée à celle époque. Ensèbe semble même le donner à entendre dans le passage cité plus Iiaul (De vità Consl., IV, 25) : « Par plusieurs lois et édils successifs, « Constantin défendit à tous, etc. » Mais dans le passage en question (11,44-451, l'ordre du récit d'Eusèbe, et la coïncidence de temps (y.aTà TÔ y.-jzo) qu'il établit entre la loi contre les sacriflces et celle pour la construction des églises, indiquent plutôt le milieu que la lin du règne de Constaulin. En effet, selon Socrate (Hist. Eccl., I, 16), ce fut immédiatement après le concile de îs'icée et pendant les fêtes de la vingtième année de son règne, qu'il tourna tous ses soins vers la réparation des églises; et, dans l'épîlre que Constaulin lui-même écrivait k Eusèbe sur ce sujet, il parlait de la persécution de I.icinius comme enc(»re récente [Eus., De \ il;\ Consl., II, 4(i),
ni:r.Nr: nr. roNSï.wTi.v. 0."'i
Conslaiitin lni-môiiic iiuli(|ii«'à la lin (run ('dit sul)S(''quenl. « Je me suis, dil-il, éleiuUi plus que je n'en avais le des- « sein, ne vuuiant point refuser le témoignage que je devais » à la vérité, et surtout, avant ouï dire que plusieurs pro- « clamaient partout la suppression des cérémonies des « temples et la destruction de la puissance des ténèbi'es ; « ce que j eusse moi-même recommandé à tous , sans l'obsti- « nation violente et séditieuse ' avec laquelle plusieurs de- « meurent plongés dans leurs pernicieuses erreurs '\ » Constantin nous semble donner ici la ciel" de sa conduite. Toujours préoccupé de ses chimères d'unité et disposé ;\ s'exagérer son ascendant sur ses peuples, il prenait quelquefois des mesures précipitées, dont la politique ou la nécessité le forçait ensuite à revenir. C'est ainsi fju'il lança, en 3:23, contre Ârius et ses adhérents, l'arrêt de proscription le plus sévère, et que, les voyant inébranlables dans leurs sentiments, trois ou quatre ans après il ordonna leur l'appel. De même, aussitôt après sa victoire sur Licinius, il avilit, sans doute à la sollicitation des évêques, proclamé en Orient l'abolition de l'idolâtrie. Il se flattait que cette seule déclaration, tombant au mibeu des païens consternés, suftirait pour les arracher à leurs sacritices; mais, leur première terreur une fois passée, ils revenaient l'un après l'aulre aux pieds des autels. Les chrétiens alors, ledit de l'empereur à la main, s'élevaient contre ses infracteurs ; ils s'écriaient que le paganisme était aboli, la puissance des ténèbres détruite; ils abattaient les idoles \ menaçaient,
- Eus., de vilà Consl., Il, GO. — Rildiger, 1. c, p. 11).
' Aussilôt après l'édil qui rendit la paix à l'Église el permit aiiv évêques de relourner dans leurs diocèses, plusieurs d'enlre eux, jiarmi lesquels IJaronins cite Nicolas, évêque de Myra, en [.ycie, iTrurcnl rien di; pins pressé que do briser les idoles, de rcn\erser
btl l'iir.MiKiu; l'ARiii-, V l'iiuoni:, sKcrinv i.
oulrageaienl les païens, qui, de leur cùlé, r('[»oM(laienl par des voies de luit ou se livraient à la révolte, (^ouslauliii apprit bicntùi qu'à la guite de semblables vexations , de graves séditions avaient éclaté dans plusieurs provinces. Il comprit alors que sa tentative était prématurée, qu'il fallait contenir le zèle chrétien, imprudemment déchaîné, et rassurer les païens, tout en cherchant par la persuasion à les amener au christianisme. Nous ne pensons point, comme Riidiger ', qu'il ait formellement révoqué son premier édit, car, dans ce cas, ses fils n'auraient pu le citer comme ayant été réellement en vigueur ; mais il l'expliqua de manière à en suspendre ou en modifier les effets -, et surtout de manière à empêcher de simples particuliers de s'en constituer les exécuteurs. Ce fut l'objet du nouvel édit (ju'il adressa aux habitants des provinces d'Orient, et dont nous avons ci-dessus rapporté les dernières paroles ^. Dans cet édit, ou plutôt dans cette proclamation en style de rhéteur, il essaie d'abord ce que pourra l'éloquence d'un souverain pour changer la religion de ses sujets. Après leur avoir rappelé les grâces signalées dont l'a comblé le Dieu des chrétiens, il déclare que le culte de ce Dieu est, à ses yeux, le seul fondement assuré de la prospérité publique ; il s'annonce luimême comme venant relever l'Église injustement opprimée; mais en même temps il assure la tolérance à ceux qui sont encore enveloppés dans les erreurs du paganisme, et invite ses sujets de tous les cultes à se respecter mutuellement
les aulels el même les temples (Baron., Ann., l. 3, p. 194). A plus forte raison ce zèle fougueux dut-il se donner carrière après l'édil contre les sacrilices.
* Rudiger, De stal. Pag., p. 19.
' C'est ce que fit aussi Constant, en 3 42, à l'égard de la loi qu'il avait publiée l'année précédente fCod. Thcod,, XVI, 10, 1. 2, 3).
« Eus., De vila Const.. II, 47-00.
r.Kc.vi: iif: ^ionstamin. 07
dans l'exercice de leurs droits : « Que nul, dit-il, ne s'avise « d'inquiéter autrui. Que ton peuple, ô Dieu', demeure « dans la tranquillité et dans une paisible soumission. Que a ceux qui sont dans l'erreur jouissent de cette paix aussi « bien que les fidèles ; car c'est ce rétablissement de l'union « mutuelle qui sera le plus efficace pour ramener les liom- « mes dans la bonne voie. Que nul ne cause de vexations « à autrui. Que chacun suive en liberté ses propres senti- « ments. Ceux-là seuls, sans doute, que tu appelles à obser- « ver tes saintes lois, peuvent mener une vie honnête et « réglée. Quant à ceux qui se détournent de cette voie, « qu'ils aient, s'ils le veulent, leurs temples de mensonge « Pour nous, nous conserverons cette maison de vérité que « tu nous as fondée'^... Que chacun de nous donc cherchiî « à faire connaître la vérité à ses semblables; mais, s'il n'y « peut réussir, qu'il s'abstienne à leur égard de toute vio- « lence ; car autre chose est de combattre soi-même pour « l'immortalité, autre chose, de chercher à contraindre les « hommes par des supplices. »
Les ternies de cette proclamation ne promettaient pas aux païens une tolérance bien étendue, ni bien assurée. Désigner leurs temples comme des sanctuaires de mensonge, leur religion comme une pernicieuse erreur, les stigmatiser eux-mêmes comme dépourvus des principes qui font riioiinête homme et le bon citoyen, ce n'était pas montrer pour leur culte ni pour eux une bienveillance extrême. Constantin déclarait les protéger contre toutes vexalions personnelles ; il s'engageait lui-même à ne combattre le paganisme par aucun procédé violent, par aucune mesure de prohibition générale. Mais il était évident qu'il ne re-
' Euseb., De vilà Const., ii, Ii6.
* Ibid., c. UO.
(58 l'Itl MIKI'.I- l'MUIK, I" l'I ItlODi:, SFCilOX I.
iionrail ni :tn désir, ni au projj'l lU* laiiv Irioinplicr 1.riirisliaiiisnio pai' dfs nio>ens plus iloiix, el d'établir cho/ ses sujets la ('n))anee universelle au vrai Dieu, base de l'unité politi(pie cl religieuse qu'il rêvait pour son empire.
De là, à dater de sa victoire sur Licinius, rinégablé extrême de ses procédés envers l'une et l'autre religion de l'État; de là, la partialité manilcste avec laquelle il lait de plus en pluspeucber la balance en laveur du christianisme.
Il laisse i)our le moment au sacerdoce païen ses anciennes prérogatives; mais cha([ue jour il étend celles du clergé chrétien ; nouvelles exemptions de charges et d'impôts , droit absolu d'arbitrage entre les plaideurs qui voudront recourir au tribunal de révèque*; droit d'intercession en faveur des accusés, des esclaves et des débiteurs malheureux; droit spécial de certifier les affranchissements ~; tels sont les nouveaux moyens d'influence et d'autorité que Constantin attrihue aux ministres de l'Église.
Après la défaite du parti païen, les habitants de quelques bourgades s'étaient empressés de raser leurs temples, d'abattre leurs idoles, de consacrer des églises au vrai Dieu ; Constantin les en récompense aussitôt par les privilèges de cité; Majuma, port dépendant de Gaza, en Palestine, est affranchi du joug de sa métropole et devient la ville de Constantia; un bourg de Phénicie, dont le zèle chrétien s'était également signalé dans ce temps-là, devient la ville de Constantine\ D'autres moyens de persuasion sont pareillement mis en œuvre. Selon Constantin \ « rien ne « devait plus efficacement amener les païens au salut, que « de leur montrer dans la profession du christianisme un <i état désirable sous tous les rapports. Les discours ne
» Sozom., Hi.st. Eccl.. I, 8. — « Ihid., |, 9. — ^ Iltid., II, :;. ' Eus., De viiù Const., Ill, 21.
r.Ér.Ni: di: rn.NsïAMfx. r>0
« convertissaient qu'un petit nonihre de personnes; mais « un sur moyen de gagner des prosélytes, c'était de leur a fournir, quand ils en avaient besoin, des moycMis de sub- « sistance, ou de leur prêter secours et appui dans des temps « fâcheux; un accueil bienveillant et hospitalier, des prête sents, enfin, faisaient plus que de simples exhortations, « toujours assez peu efficaces, vu le petit nombre d'hom- « mes animés d'un vrai zèle pour la vérité ! » C'est ce qu'il prêchait aux évèques en plein concile de Nicée ; et contormément à ces maximes, que son panégyriste n'a que trop fidèlement rapportées, nous le voyons fournir aux évèques des fonds considérables pour être employés à la conversion des païens.
En 326, il s'aperçoit que la manie des constructions nouvelles, qui s'est emparée des gouverneurs de provinces, fait laisser une foule de monuments inachevés; il ordonne aussitôt de terminer tous les édifices commencés, avant d'en entreprendre de nouveaux. Mais à cet ordre il apporte aussitôt une exception : les temples païens seuls devront rester dans l'état où ils sont'. Beaucoup d'anciens sanctuaires tombent en ruines , Constantin ne se met point en peine de les relever; tandis qu'il invite les évèques à réclamer pour leurs églises des sommes aussi considérables qu'ils le voudront-, et que lui-même, à Antioche, à>ïcomédie, à Bethléem, au Saint-Sépulcre, et dans beaucoup d'autres lieux, il fait élever à grands frais des basiliques somptueuses.
Ainsi l'ancien culte était de plus en plus délaissé, tandis qu'on faisait toid pour la prospérité de l'autre. Les fêtes païennes se célébraient avec la même indilfêrence, tandis
' Cod. Tliodil., XV, 1, 1. ?y iU luiii 3-2(i,. ' Sozom., 1, >>.
10 rnr.MicKi: p.uviie, l" it.miotik, str.nox i.
que chaque jour on donnait aux fêtes chrétiennes plus de solennité et phis d'éclat. Le monogramme du Christ commençait à remplacer sur les moimaies de l'empire les symboles païens; sur les armes des soldats, sur les drapeaux des légions, brillait le signe de la croix; une chapelle mobile, desservie par des prêtres et des diacres, accompagnait l'empereur dans toutes ses expéditions; une prière au seul vrai Dieu était, chaque dimanche, récitée dans son camp ' ; le supplice de la croix était aboli; les peines contre le célibat étaient abrogées; plusieurs lois étaient modifiées selon l'esprit de la nouvelle religion^; tout revêtait insensiblement dans l'empire la livrée du Christianisme.
Mais ce fut surtout depuis la translation du siège de cet empire en Orient, et la fondation de sa nouvelle capitale (an 330), que Constantin fit éclater sa partialité de la manière la plus outrageante pour l'ancien culte.
En travaillant à rendre cette ville digne du rôle éminent qu'il lui destinait, en y appelant de tous côtés la population qui devait en remplir l'immense étendue, en renouvelant la face de cette cité, dès lors si fameuse, il pourvut aussi aux intérêts de la religion dont il s'était déclaré le patron ; il voulut que Byzance, en changeant de nom, changeât aussi de culte ; que Constantinople , principalement peuplée de chrétiens ^, exclusivement gouvernée par des magistrats chrétiens, consacrée par les rites de l'Église'', devint une
1 Eus., De vità Const., IV, 48-21.
' Troplong, Influence du Chrislianisme sur le droit civil des Romains. Paris, 4843. In-8.
' Sozomène (Hist. Eccl., II, 3) dit, que celte ville avait le don de transformer ses habitants en chréliens, et que les juifs et les païens qu'elle renfermait abjurèrent presque tous leur ancien culte.
* Voyez l'jiisloire de cette consécration dans Combefis, Orig. rerum Const., p. 26 et suiv. Pans, i(j(ii, In-8.
RÉG.VF, nr. CO.\STA.\TI\. 71
ville toule clirctinnne, « une ville, dit Eusèbe', pnic do « toute espèce d'idolâtrie, où l'on ne vît plus, ni idoles adoa rces dans les temples, ni autels souilles de sang, ni vic- « times consumées par le feu, ni fêtes consacrées aux « démons, ni aucun des rites de la superslition ancienne.» S'il y laissa, selon Malala^ subsister quelques sanctuaires païens, entre autres ceux qui ornaient l'acropole, il les priva de leurs revenus et n'y souffrit plus aucune cérémonie idolâtre.
Ce ne fut pas tout : la réédification de Constantinople lui fournit un prétexte pour étendre ailleurs ses spoliations. Comme le trésor épuisé ne pouvait suffire à de telles dépenses, et que l'art, dans sa décadence, ne pouvait produire les chefs-d'œuvre nécessaires à l'embellissement d'une si grande ville ^, « Constantin envoya de tous côtés, dit Eu- « sèbe *, des agents sûrs qui faisaient la visite des temples, « saisissaient les offrandes et les revenus des uns ^ dé- € pouillaient les autres de leurs ornements, ôtaient à ceux- « ci leurs colonnades, à ceux-là leurs statues les plus re- « nommées, enlevaient, pour les convertir en monnaie, « les plaques d'or et d'argent dont les idoles étaient recouc vertes , et envoyaient toutes ces dépouilles à Constanti- « nople. » C'est ainsi qu'on voyait dans les églises de celte ville de riches colonnes qui avaient appartenu à des temples ; dans ses rues, dans ses places , dans le cirque , dans les avenues du palais, les fameux trépieds de Delphes , l'Apollon Pythien, l'Apollon Sminthien , le Jupiter de Do-
1 Eus., De vilà Corisl., IH, 48. — Soc»., I, 16.
2 Joh. Malala, Clironog., liv. 13, p. 324. •■' Le Bas, Hist. rom., t. 2, p. 386.
* Eus., De vilà Const., III, 5i. Cf. Orat. de laud. Const. •■> Liban., Oral, pro lempl. Ed. Keiske. I..2,i). 160. Apologcl., I. 2, |i, .V.U c. F.d. Miji-.