‹ Histoire de la diplomatie slave et scandinaveChapitre 12 sur 57 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

léA HuM^e au quInBlèine et au «elzlènie «lèele^ en fttee de l'Europe.

Le Pé PesseYin touchant les yoes divan IV sur Toccideut.

Avant d'entrer dans aucun détail sur la Russie en face de TEurope, au quinzième et au seizième siècle,, laissons parler ce jésuite négociateur que nous avons déjà cité, le P. Possevîn. Dans son curieux ouvrage, il donne sur le tzar Ivan lY et sur ses tendances, qui sont restées celles de ses successeurs, les détails les plus singuliers et qui frapperont le lecteur comme ils nous ont frappés nous-mêmes (1) .

« Ce Jean ou Ivan, dit-il, fils de Wasili ou Basile, c outre les titres de tzar, de roi de Kazan et d' Astra- • can qu'il a voulu porter, a voulu encore naguère, « en écrivant au Turc, être appelé empereur de Ger- € manie, sous ce prétexte gn'il est frère de César- « Auguste. De plus il a clierché à conquérir la Li-

(1) La Moscovia del Possevinay article : Nature du Schisme des Moscovites^ pages 54, 5i$.

• vonie et la Prusse, car, dît-il, César-Auguste avait a été appelé dans son temps Prussien, et lui-même u il est le descendant de cet empereur. De plus, il a u tenu à montrer qu'il était bien avec Charles-Çuint, a avec Ferdinand d'Autriche, son frère, avecMaxia milien, fils de ce dernier; et ainsi on peutfacilement « comprendre ce qu'il avait dans la pensée relative- « ment à la partie ultérieure de la Germanie et de a r occident. Et certes, les discordes des princes chrc- «( tiens, les nombreuses et pestilentielles hérésies, « les succès récents des Russes en Lî vonie, à Kazan « et à Astrakan, et l'opinion que ce tzar a de son « schisme (je dis de son schisme plutôt que de sa « religion) , Font entretenu dans celte espérance et « ont contribué à lui persuader qu'il était une éiaile « choisie de Dieu pour illuminer le monde entier. Ce « qui a encore accru cet espoir, ce sont quelques ( ambassades, qui sont venues rechercher sa faveur « et lui demander son concours pour faire passer à « une autre personne la couronne de Pologne. Même « à l'époque où j'étais auprès de ce prince et où « les affaires de la Moscovie n'étaient pas aussi bril- « lantes, le souvenir de ces ambassades flatteuses « n'était pas sorti de son esprit. En dernier lieu, son « espoir s'est encore accru par des lettres que lui a « éérites un grand prince» dans lesquelles celui-ci se tf loue de la propagation de l'hérésie luthérienne dans (. ses États. Il en a conclu que tous les catholiques,^ « qu'il appelle romains, seront bientôt hérétiques, et « qu il pourra facilement se les assujettir. Il fondait « même sur la sévérité dont il a été usé à leur égard,.

« la prochaine réalisation de ces ambitieuses pensées ;

tt cela, disaiMl, devait lever tout obstacle. D'ailleurs,

« la terreur de son nom n'avait-elle pas déjà pénétré

« dans la Lithuanie, dans la Livonie? Pour la même

« raison, il ne doutait pas qu'il ne pût s'ouvrir le che-

« min à la conquête de tout le reste, ne dubitava

« aprire la strada al rimanente. »

£ questo Giovanni figliuolo di Basilic^ dapoi che vive, oltre quel molti titoli^ coi quali vuole essere nominato czar, cioé re di Cazano e di Astracano, ha voluto ancora talora scrivendo al Turco Chiamarsi imperatore de Germani. Iraperoche avendo avuto Tanimo alla Lîvonia e aUa Prussia sotto certo pretesto del fratello di Cesare Auguste, il quai dicea esser stato chiamato Prusso , e che egli era disceso da queUo; e avendo voluto mostrare di aver amicitia con CarlO'Quinto, e Ferdinando, suo fratello, econMassimlgliane, figliulo Ferdinando, si pu6 facilmente coinprendere quel che egli ahhia avuto in animo circa la parte ulteriore délia Germania e delta Occidente : certo le discordie dei principi christiania le varie et peslilenti hérésie, i succesi di Livonia, Cazano e Astracano per l'adietro superati, e Vapinioni di quel suo scisma, piu tosto che religione, il nutrivano in queste speranze^ persuadendosi di essere stato eletto da Dio^ corne una iucentissima Stella^ per illuminare tutto il monda. Accrebero poi la sua speranza alcune ambasciarie» che ricercavano U favore, e Topera sua, per fare cadere in persona d*altri U regno di Polonia. Anzi nel tempo, che io era appresso quel principe, e che le cose di Moscovia erano assai diminuite^ la memoriapero non gli era ancora mancata di quelle ambasciarie, che davano grande fomente al animo suo. Finalmente bi fece maggiore la sua speranza, essendogli scritte leltere da un grande principe, nelle quali lodava la propagatione deir heresia Luterana nel suo domiuio ; onde credette, che tutti catolici;, i quali egli chiama Romani^, fos-

sero heretici, e pero che facilmente potezzero essergli sottomessi. Ultimamente la severita, usata contra tutti, prometteva doversi effeituare in brève il suo pensiero, colla quale severita sperava poter rimovere da se ogni impedimento, che potezze essergli opposto, essendo gia il suo terrore penetrato in modo nella Lituania, e nella Livonia, che per la medesima ragîonc non dubitava di potere aprire la strada al rimanente^

État de l'Europe au seizième siècle, comparé avec celui de la Russie.

Voilà ce que, dès le seiziènoie siècle, à l'époque des. derniers Valois en France, d'Elisabeth en Angleterre, de Philippe II en Espagne, de Guillaume d'Orange dans les Pays-Bas, de Ferdinand I" et de Maxîmilien II en Allemagne, de Frédéric II en Danemarck^ des fils de Gustave Wasa en Suède, un simple duc de Moscovie osait espérer pour son pays. Et ces prétentions exorbitantes, ces destinées extraordinaires, un homme qui raisonnait en diplomate autant qu'en religieux, qui avait vu de près les Russes, apprécié leurs ressources, leurs tendances, leurs instincts, connu intimement leur tzar, entendu et jugé toutes leurs illustrations politiques ou militaires dans ce congrès de Kiverova qu'il avait présidé, ou à la cour même de Moscou ; qui connaissait l'Europe aussi bien que la Russie ; qui voyait d'un côté non pas seulement des guerres internationales, mais les plus longues, les plus irrémédiables et les plus fâcheuses des guerres civiles, je veux dire des dissensions ou des guerres religieuses en Angleterre, dans les Pays-Bas,

LA RUSSIE EN FACE DE l'EUIIOPE. 9/

en France, en Allemagne, dans le nord Scandinave, partout; de l'autre côté, au contraire, une unité religieuse puissante, soutenue même avec fanatisme, comme dans l'Espagne de Ferdinand-ie-Catholique et de Philippe II, et, comme dans ce pays, le sentiment religieux s' exaltant, s'enflammant des défaites et de la destruction d'autres musulmans, des enfants de Gengis-Khan; ici, des gouvernements gênés dans leur action par des assemblées, par des classes puissantes ou par des novateurs en révolte, là un gouvernement fort, qui avait fait tout plier sous sa main, et Tartares, et boyards, et principautés féodales, et républiques indépendantes, qui avait même, au milieu d'un peuple neuf, ignorant, barbare, et, de plus, imbu des idées orientales, la force d'un pouvoir théocratique, comme le prouve cette réponse habituelle faite par Ivan-le-Terrible aux demandes de ses sujets : Je le ferais si Dieu l'ordonne! et ces paroles mêmes des sujets, quand ils ignoraient quelque chose: Dieu le sait et le tzar! Eh bien ! ces prétentions dont nous avons parlé, ces ambitieuses espérances, vu l'état de l'Europe comparé avec celui de la Russie, le P. Possevin, avec son coup d'œil de négociateur et de jésuite, pensait qu'elles pouvaient bien un jour se réaliser. Il le donne à entendre, quand il dit que les discordes des chrétiens, les nombreuses et funestes hérésies, jointes au retentissement et à Teffet des succès du tzar en Livonie, devant Kazan, devant Astrakan, et enfin à l'opinion qu'il avait de son schisme, étaient faites pour nourrir cet espoir.

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