‹ Histoire de la diplomatie slave et scandinaveChapitre 18 sur 57 · DÉCADENCE DE L*EMPIRE SUÉDOIS · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DE L*EMPIRE SUÉDOIS

tont uni, compacte, bien arrondi : c'était un commencement d*édifice, c'étaient les premières assises de l'édifice, ce n'était pas encore l'édifice; c'était une domination dans le nord, ce n'était pas un empire du Nord. N'étant pas fort en soi et par lui-même, cet empire avait, de plus, à disputer son existence contre autant et même un plus grand nombre d'ennemis que s'il avait eu cette force intrinsèque et constitutive qui lui manquait , en un mot que s'il avait été complètement formé. Ces ennemis étaient même d'autant plus pressés à l'attaquer, et à l'attaquer vivement, qu'outre leurs souvenirs irritants et leurs ressentiments implacables, ils n'ignoraient pas le vice de constitution de cet empire, et voyaient bien qu'il prêtait les flancs de plusieurs côtés , que ce grand vaisseau, lancé sur la Baltique, n'étant pas achevé, faisait eau pour ainsi dire de toutes parts. La solidité que cet empire pouvait avoir, consistait dans la force même de ses fondateurs, force à laquelle les ressources d'un pays comme la Suède ne promettaient pas une éternelle durée, et qui devait d'ailleurs succomber enfin sous le nombre. C'est le nombre qui avait fait échouer tout récemment les Suédois devant Copenhague, au moment où ils auraient pu se croire invincibles ; et, sans l'appui de la France, qui sait s'ils n'auraient pas perdu la majeure partie au moins de leurs conquêtes? Mais cette même France, seule, et d'ailleurs bien éloignée de la Suède, ayant à passer pour y arriver entre deux puissances formidables sur mer et hostiles alors aux Suédois^ l'Angleterre et la Hollande, n'était pts 4in appui fs^

fisant, et bientôt même, à cause des loagues guerres de Lquîs XIV, elle allait n'être plus toujours en mesure de les soutenir efficacement.

Le Danemarck se fortifie par ane constitutiou plus monarchique, 1600.

Tous ces côtés faibles de la domination suédoise n'échappaient pas non plus au Danemarck. Composé de parties beaucoup mieux et plus anciennement liées ensemble, et surtout plus favorablement situéesentre la Baltique et la mer du Nord, entré l'Angleterre qui le parait à gauche, les Provinces-Unies et les États allemands qui l'appuyaient à la base, et toujours enrichi par la possession lucrative du Sund, l'empire danoiis, à la rigueur, pouvait, même seul, tenir tête à la Suède, à plus forte raison, lorsque, dans une Iqtte qui ne pouvait dans tous les cas se terminer que sur mer, il était assuré du concours d'une au moins des deux grandes puissances maritimes dont nous avons parlé. C'est pour cela qu'ayant conscience de leur force, les Danois songeaient à renouveler la guerre qui, dans un de ces moments où les choses humainessemblent conduites par une irrésistible fatalité, avait failli pourtant finir si mal pour eux. Pour mettre de leur côté plus de chances de succès, ils ne voulurent pas que leur gouvernement, avec un sénat ombrageux et exigeant, avec des diètes tumultueuses, avec un pouvoir électif, continuât de tant ressembler à la constitution • si anarchique de Pologne et fût même plus

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désordonné que celui des Suédois, chez qui la royauté, quoique limitée, était au moins tiéréditaire. C'est à ces vices de leur gouvernement qui ne hissait pas à la personne royale assez de liberté d'action et de pouvoir, qu'ils attribuaient en grande partie les malheurs qui, dans la dernière guerre, avaient mis la monarchie danoise à deux doigts de sa perte. Convaincus de la nécessité d'une réforme dans un sens monarchique, les états-généraux de Copenhague, convoqués, l'année même 1660, après le départ des troupes suédoises, résolurent de l'opérer immédiatement, et cela se fit sans conunotion violente, sans effusion de sang, parce que ce n'est pas le pouvoir, mais la nation même, qui en prit l'initiative. Deux hommes qui représentaient les classes les plus hostiles au principe aristocratique alors dominant dans la constitution, Suane, évêque de Sééland, et Nansen, bourgmestre ou maire de Copenhague, firent cette révolution. Ce sont eux qui même, bon gré mal gré, entraînèrent la noblesse effrayée à leur manière de voir.

Tout le pouvoir législatif aussi bien que le pouvoir exécutif, fut concentré entre les mains du roi et enlevé au sénat. La royauté fut déclarée héréditaire, même pour les femmes, à défaut de toute descendance mâle issue de Frédéric III, et l'ordre de succession, tel qu'il fut réglé, ne pouvait être changé par aucun roi. Nul ne pouvait non plus toucher à la Confession d'Augsbourg, adoptée comme religion nationale, ni à rintégrité de la monarchie danoise, qui était déclarée indivisible. Tous ces points furent insérés dans une constitution que le roi, en 1660, fut chargé

de préparer, et qui, sous le Bom de toi royale j abolit toutes les capitulations antérieures et devint en 1665 la nouvelle charte du Danemarck (1).

Les emiemis de la Suède se réveillent. Paix de Lund ou de Lunden^ ' *

en 1679.

Investi d'un tel pouvoir, Frédéric III, d'ailleurs prince intelligent, se mit à l'œuvre pour réparer tous les maux de la guerre et remettre les afSgiires du Danemarck sur un meilleur pied. La chose marcha si vite, qu'à la vue de cette prospérité qui renaissait avec la l*estauration du pouvoir, les ennemis du nouvel empire suédois pressèrent le Danemarck de reprendre les armes contre la Suède, ou au moins de se déclarer pour eux dans leurs démêlés avec cette puissance. Les plus acharnés étaient le grand-électeiur Frédéric-Guillaume, qui brûlait d'avoir la Poméranie dont la succession éventuelle lui avait été promise dans le cours de la guerre de Tren(e-Ans, et la maison d'Autriche allemande, qui en voulait à la fois et à la Suède et à la France, dont l'union étroite lui avait fait tant de mal dans cette même guerre et dans le traité qui la termina. C'était l'époque où la France, gouvernée par Louis XIV, et par Louis XIV seul, alarmait l'Europe et par la guerre de Flandre et par

(i) Kocb, t. II, pér. vu. Schœll, l. XXXIV, liv. vu, ch. xv, seci. IV et v. Eyriès^ Hist. du Danemarck, Règne de Frédéric III. Mallet, Hi$L du Danemarck, t. III»

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