LA SUÈDE ET L'EMPIRE DU NORD
riuvasion des Pays-Bas. On pouvait penser que la France, fort occupée ailleurs, ne pourrait pas trop secourir les Suédois; mais, d'un autre côté, la Hollande, ce soutien très-désirable du Danemarck, avait besoin de toutes ses forces, de toutes ses ressources, pour tenir tête à un ennemi qui, sur terre, l'écrasait, qui, sur mer, pouvait l'égaler, qui, dans tous les cas, avait sur elle la supériorité des gouvernements absolus sur les gouvernements agités des États républicains. En sorte que le Danemarck ne pouvait rien espérer des Provinces-Unies, dans le cas où, à cette époque, il serait de nouveau en guerre avec la Suède. Il ne se laissa donc pas aller à des instigations dangereuses ; du moins il hésita encore. Ce n'est qu'en 1675, quand l'affaire entre les Hollandais et la France fut bien engagée et qu'il vît que la France avait sur les bras presque toute l'Europe, soulevée contre elle par le statbouder Guillaume, qu'il se décida à se déclarer contre la Suède, à attaquer l'une des deux puissances qui menaient l'Europe pendant que tant d'États étaient aux prises avec l'autre. Christian V, successeur et fils de Frédéric III, prit cette grave détermination. Le Brandebourg le seconda sur terre ; c'est même comme allié du Brandebourg que ce prince fit la guerre aux Suédois. Il fut constamment heureux. Charles XI, successeur de Charles X Gustave et moins capable que lui, fut battu sur mer aux combats d'CEland et de Kidge, et il fut fort heureux pour lui, à la fin de la guerre, en 1679, que la France pût aller le soutenir. Louis XIV, l'année précédente,
avait triomphé de toute l'Europe par la paix de Ni-
mègue : il était plus puissant que jamais. Sou intervention seule suffit pour conserver aux Suédois, malgré leurs défaites, toutes leurs possessions telles qu'elles existaient à la mort de Charles X Gustave.
La paix de Lunden, 1679, obligea le Brandebourg et son allié le Danemarck à laisser la Suède jouir en repos d'un empire qui, s'il rompait l'équilibre dans le nord, servait à le maintenir contre l'Autriche et au profit de la France, dans l'Europe occidentale et centrale. En un mot, la paix de Lund ne fut que la confirmation de celle de Copenhague.
Constitutiou pins forte en Suùdc, 1679-1680.
Ainsi l'empire suédois ne se soutenait plus par luimême, et à peine fondé il était en décadence. Son existence était précaire, dépendante, hors de lui et non en lui, liée à la puissance d'un autre État et paraissant devoir tomber sitôt que cet appui extérieur lui serait retiré. Cette situation fit réfléchir les Suédois, comme une situation analogue, en 1660, avait préoccupé^es Danois. A l'exemple de ces derniers, le clergé et les classes inférieures, n'aimant d'ailleurs ni les grands, ni le sénat qui n'était qu'une tyrannie collective, et leur imputant les défaites que la Suède venait d'essuyer, résolurent d'étendre la prérogative royale. Deux diètes lurent successivement convoquées, la première en 1679, la deuxième en 1680. Dans l'une et l'autre, les classes que nous venons de