‹ Histoire de la diplomatie slave et scandinaveChapitre 41 sur 57 · VI · texte numérisé non relu

VI

Traité du Pruth, 1711.

Ils furent obligés de signer, par le traité du Pruth, l'abandon d'Âzoff, la démolition du port de Taganrok et de toutes les forteresses qu'ils y avaient construites (2). Terrifiées par cette triste nouvelle, les nations grecque et slave ne bougèrent pas; elles

(1) Lévesque,p. 385, t. IV.

(21 Voltaire, Charles XII, p. 269.

affectèrent même an grand attachement pour les Turcs, que Voltaire (1) veut bien regarder comme sincère. Mais elles virent bien, malgré F affreuse position de rarniée russe derrière le Pruth, que le czar leur resterait fidèle quand même. De tous les articles que les vainqueurs lui demandèrent^ il n*en reftasa qu*un, ce fut de litrer le prince Caotémir; et tous les Grecs se dirent, de l'un à l'autre, les belles paroles qu'il prononça à cette occasion : • Qu'il aimait mieux « s'exposer à toutes les extrémités, que de trahir un « infortuné qui s'était remis à sa foi (2)^ » Aussi ne cessèrent-ils de conserver avec lui les relations les plus amicales et les plus suivies.

Mais, quelques précautions qu'on prît pour les cacher, ces rapports n'échappèrent pas toujours à la connaissance de la police ottomane. Le prince Br ancovan Cantacuzène, entr^autres, fut découvert en 1714. On se contenta d'abord de le mettre à la torture avec ses fils ; mais, deux ans après, 1716, tous ces Cantacuzènes furent étranglés à Constantinople (3). Les Turcs savaient si bien que les Grecs, malgré tout, penchaient toujours pour les Russes à cause de la similitude de religion, que, dans le traité du Pruth de 1711, ils firent insérer une clause d'après laquelle, à l'exception des marchands, aucun représentant de la Russie ne pourrait séjourner à Consiantinople (4) . Mais les Russes saisirent les moindres

(1) Page 268 de la Vie de Charles XII,

(2) Lévesque, l. IV, p. 397.

(3) Hammer, p. 365, t. III.

(4) Hammer, p. 347, t. III.

PIEBRE-LE-GRAMO ET CONSTANTIMOPLE. 287

prétextes pour retourner daus cette ville, Don pas à titre d'ambassadeurs résidents, mais à titre de chargés d'une mission.

Un an après cette glorieuse paix, de Passarowitz, que le prince Eugène^ en 1718, avait imposée aux Turcs, et par laquelle rÂutriche acquérait Cerigo, Semendria, Belgrade, une partie de la Servie et de la Valachie,yQniza, Prevesa, Butrinto et les châteaux dalmates, tandis que les Vénitiens ne recouvraient que la Morée (1) ; un an donc après cette paix, Pierre-le- Grand envoya à Constantinople Dascoff, p<Hir se plaindre de nouveau des trop grandes faveurs, accordées toujours, dans les Lieux Saints, aux Francs ou Latins de préférence aux Grecs et de certains brigandages qu'exerçait le gouvernement turc sur les terres des Busses. Cet ambassadeur devait aussi, disait-on, se concerter avec le sultan au sujet de Bakotzi, que le czar proposait pour le trône de Pologne. Feinte que tout cela : au fond, c'était pour intriguer encore auprès des Grecs. Aussi, malgré tout le déplaisir qu'en éprouvait la Porte ottomane, prolongeait-il sans cesse et indéfiniment son séjour à Constantinople. Le fait est certain. Le résident anglais Stanyan, qui n'avait pas, sur les diverses questions agitées par Dascoff, la même manière de voir, Je combattit; «mais, dit Hammer (2), il ne tf toucha que légèrement aux intelligences de ta « Russie avec les Grecs^ pour ne pas exposer ceuxci) Hammer, p. 379, t. III.

(2) Hammer, p. 386, t. III.

c ci à des enquêtes et à des poursuites qui auraient « fait bien des victimes. »

Ou ne put se débarrasser de Dascoff que lorsqu'on eut modifié la paix du Pruth. On supprima le tribut que les Russes payaient encore au khan de Crimée, protégé des Turcs, et Ton rendit à la Russie la faculté d'avoir un résident à Gonstantinople, c'est-à-dire le moyen de favoriser, d'encourager, de solder, sur les lieux mêmes, l'opposition grecque.

Non content de cela, le czar Pierre se dédommagea encore du côté du Caucase et de la mer Caspienne, des pertes qu'il avait faites sur la mer Noire et qu'il n'avait pu que très-imparfaitement réparer. Là, intervenant en faveur du shah de Perse que menaçait un usurpateur nommé Mahmoud, il acquit d'importants établissements. Le sultan Âchmet III eut beau arriver pour s'opposer à ses progrès , il ne put empêcher le czar, par un traité de partage entre la Russie, la Perse et la Porte ottomane en 1720, d'acquérir le Daghestan et une partie du Scbirwan, plus le port de Derbent. Les Russes pouvaient de là donner la main aux chrétiens de la Géorgie et de la Turquie d'Asie (1).

Ne croyons pas que les Grecs fussent mécontents de voir les Russes prendre tous les moyens pour arriver jusqu'à eux. Ils ne le furent pas non plus quand ils apprirent que Pierre P% à son retour de Paris, avait, pour faire la cour aux philosophes

(1) Lévesque, t. IV, etSchœll, t. XXXV.

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