‹ Histoire de la diplomatie slave et scandinaveChapitre 42 sur 57 · PIERRE-LE«GRAND ET CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

PIERRE-LE«GRAND ET CONSTANTINOPLE

français qu'il venait de quitter, chassé les Jésuites de ses États. S'il avait par là complété ses titres au droit de bourgeoisie française, et surtout parisienne, il avait aussi, d'une manière éclatante, fait acte de bon catholique grec (1).

Un grand résultat était donc obtenu dans la question de Constantinople : il n'était plus douteux pour personne que les Rus3es ne fussent regardés et acceptés comme les chefs du monde grec schismatique et des nations slave» soumises aux Turcs. La révolution religieuse que le czar opéra à Moscou , en 1 72 1 , ne changea rien aux dispositions des Grecs. La dignité de patriarche de Moscou fut abolie, et toute la souveraineté spirituelle sur l'Église russe passa au czar et à un saint-synode dont lui seul nomma les membres (2). Ainsi le lui avait conseillé, dit le duc d'Ântin dans ses Mémoires, le roi d'Angleterre Guillaume III, qui jouissait de cet avantage dans l'empire britannique et qui trouvait cela on ne peut plus commode.

Qu'avait à faire maintenant Pierre-le-Grand pour que ses successeurs ne perdissent pas le fruit de sa politique et de ses efforts? Il n'avait qu'à leur recommander de suivre, à l'égard des Grecs, la même marche que lui. C'est ce qu'il fit dans son testament, qu'un ambassadeur français apporta, dit-on, de Saint-Pétersbourg à la cour de Versailles : « Ser- « vez-vous, leur dit-il, de l'ascendant de la religion

(1) Lévesque, u V, année 1718.

(2) Schœll, Hist. des États européens, t. XXXV, scct. m.

« sur les Grecs schismatiques répandus en Turquie, f en Asie , en Hongrie et dans les parties méridiof nales de la Pologne : c'est le moyen de ruiner t l'empire turc, »

Une réflexion se présente à notre esprit. Dans la guerre contre les Turcs, en 1710, Pierre V^ avait fait tout ce qu'il avait pu pour apparaître aux Grecs comme un autre Constantin. L'année précédente, après sa grande victoire de Pultawa, il avait triomphé à Moscou à la manière des anciens Romains, traînant derrière son char triomphal les généraux faits prisonniers. Cet appel fait par lui aux souvenirs grecs et aux coutumes romaines, montrait bien qu'il était occupé de l'empire romain d'Occident conmie de celui d'Orient, qu'il pensait à l'un et à l'autre, qu'il était le digne héritier du czar Ivan IV, son précurseur du reste, sa règle et son modèle (1) !

(1) Ségur, liv, XI, ch. vi, p. 483.

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