‹ Histoire de la diplomatie slave et scandinaveChapitre 43 sur 57 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Pi*<iinpèii de la Ramile du eété de la lÊmltUgue et de rCnrope après Pierre-le-Grai»d, Jaima'i^ l'airéneineiil; de Catlieiiiie II, en i^at.

PoUtique générale des successeurs de Pierre-le-Grand.

Les successeurs de Pierre-le-Grand ne dévièrent pas du chemin qu'il leur avait tracé par ses instructions et par ses exemples. Placés désormais, par l'heureux résultat de ses travaux, en contact immédiat avec l'Europe centrale et occidentale , ils ne négligèrent aucune occasion d'intervenir dans les affaires générales de ce continent. Dans deux guerres européennes, la guerre de la Succession d'Autriche et la guerre de Sept-Ans, ils hâtèrent par leur intervention armée, par leur arrivée sur le Rhin, qui n'avait vu encore aucun soldat russe sur ses bords, la fin des hostilités. Us se mêlèrent aussi des affaires particulières des États européens, surtout de ceux qui, par leur situation géographique, étaient plus rapprochés de leur sphère d'action, et oii, par cette raison, il leur était plus utile d'avoir de l'influence

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et du crédit. En Suède, ils appuyèrent la faction des Bonnets qui défendait les intérêts aristocratiques contre celle des Chapeaux qui représentait les intérêts du pouvoir royal. En Pologne, ils prêtèrent mainforte aux partisans des institutions républicaines et de Tanarchie, qui se recrutaient également parmi les grands ; et, dans Tempire ottoman, ils ne manquèrent pas, suivant la recommandation de Pierrele-Grand, de patroner leurs co-réligionnaires, soit slaves, soit grecs,

A l'extrême occident de l'Europe se trouvaient deux royaumes puissants, l'Angleterre et la France. Le premier, dès le seizième siècle, s'était lié avec la Russie par des rapports commerciaux ; les czars cultivèrent son amitié en vue de leurs entreprises soit sur la Baltique , soit sur la mer Noire et sur la mer de l'Archipel. Le second, si l'on excepte l'époque du Régent, tout à fait à part dans l'histoire de la maison de Bourbon, n'offrait pas les mêmes précédents. De plus, après cette régence, le seul moment où la France leur eût été favorable, Louis XY, reprenant le système préventif de son aïeul, songea à épouser la propre fille de Stanislas Leczinski, ce qui était une menace pour la Russie et une marque nouvelle d'intérêt pour la Pologne. L'année même, en effet, où mourut Pierre-le-Grand, et quelques mois seulement après sa mort, le 5 septembre 1725, ce mariage, qui avait une grande portée politique et qui était un événement, s'accomplit à Paris : en sorte que l'ancienne lutte de Charles XII en faveur de la Pologne semblait devoirrecommenceravecde nouveaux champions, au

LA RUSSIE ET l'eUROPE APRÈS PIERRE 1**". 293

moment où la Russie perdait le prince qui pouvait le mieux la soutenir. Telle était, en face de cet État, l'attitude respective des deux grandes nations de TOccident. L'Angleterre n'avait paru se préoccuper que de ses intérêts conunerciaux ; la France, pénétrant de bonne heure la pensée des czars et se posant, dès lors, comme le bouclier de l'Europe, avait écouté plutôt un intérêt politique, un intérêt européen.

Dans l'impossibilité de la détourner de cette ligne de conduite, la politique des czars envers la France., après Pierre-le-Grand, fut de la contrecarrer partout : elle était pour les Chapeaux en Suède, ils furent pour les Bonnets. Elle soutraait en Pologne le parti nationsd et catholique, ils appuyèrent le parti des MaU contents ou Anarchistes, et celui des Dissidents. En orient, elle protégeait les Turcs, dans l'intérêt de l'équilibre européen, ils offrirent du secours aux Grecs. Dana fempire germanique^ elle en voulait toujours à la maimn d'Autriche ; eux, au contraire, ainsi l'avi^t Mt et conseillé Pierre-le-Grand et ses prédécesseim» B*dlièrent toujours avec cette maison. Enfin, dans te monde Scandinave^ la France penchait pour la Suède, ils se prononcèrent pour la partie adverse, pour le Danemarck, qui, tenant les clefs de la Baltique et n'ayant pas joué le rôle de rival de la Russie, était pour eux un allié agréable autant que nécessaire et plus sûr.

Dans un autre ordre de faits et de vues, ils continuèrent à se poser dans le monde, ainsi que l'avaient fait autrefois Ivan IV et tout récemment Pierfe-le- Grand, comme les héritiers des Césars, et en partî-

culier des Césars grecs ; seulement ils n'afflchèrent pas, avec la ridicule ostentation du premier de ces princes, leurs étranges prétentions. Le pouvaient-ils, quand il s'agissait d'empires qui jamais n'avaient été, de droit, héréditaires? Pour constater ces prétentions d'une manière plus sérieuse et plus politique, ils cherchèrent à se faire reconnaître partout le titre d'empereur, que Pierre-le-Grand avait pris le premier, que Pierre-le- Grand leur avait légué, cette reconnaissance paraissant devoir légitimer davantage à leurs yeux les droits dont ce titre était l'image et le garant. Il ne faudrait pas croire que dans les cours de l'Europe^ et particulièrement, comme de raison, à Constantinople et à Vienne, on ne prît pas la chose au sérieux. En 1767, les Turcs allaient être en guerreavec les Busses, alors gouvernés par Catherine II ; ils voulaient tâcher de gagner les Autrichiens ou du moins de les engager à la neutralité. Quel moyen emploientils à cet eflFet ? Nous trouvons dans Y Histoire de V Empire ottoman de M. de Hammer (i), que le grandvizir Mohammed-Amin, adressa aU prince Kaunitz une lettre extrêmement amicale, dans laquelle, ajurès avoir articulé tous les griefs qu'il avait contre la Russie, il déclarait que depuis le temps de ISuschirwan^ le souverain de l'Autriche, héritier de la couronne de Hongrie, était seul digne du titre impérial usurpé par la czarine de Russie. Il est si vrai, en outre, que, à cause de l'ambition bien connue des czars, on ne regardait pas ce titre en Europe comme une chose

(i) Hctmmer, t. III, p. 591.

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