LA RUSSIE ET L'EUROPE APUÈS PIERRE
Finlande. Poussé par le parti des Chapeaux, par le parti de Gyllembrog et par Fambassadeur français Castéja, Frédéric P' ne tarda pas à faire dans ce but la guerre aux Russes. La jeunesse belliqueuse répétait ces paroles de Tambassadeur de France : « Qu'un « ministère composé des Bonnets n'était pas bon « pour la Suède, et qu'il fallait, comme du reste un « grand comité secret l'avait reconnu, tenir à l'amitié « de la France , appuyer le roi Stanislas et abaisser
« la Russie » Un traité de subsides pour dix ans
fut conclu avec Louis XV, qui s'engagea par chacune des trois premières années, à fournir à la Suède 300,000 thalers. Ces arrangements dataient déjà de 1738i Le traité de Vienne, qui, cette année-là, vint régler l'affaire de la Pologne en faveur du candidat russe, l'électeur de Saxe, n'empêcha pas pour cela la guerre. Elle se fit en il M , au moment où la France de son côté allait combattre Marie-Thérèse» dont les Russes étaient les fidèles alliés. Elle ne fut pas heureuse ; les généraux suédois Sevenhaupt et Buddenbrog, attaqués près de Frédéricshamn, se retirèrent devant l'armée ennemie sans se défendre, lâcheté qu'ils payèrent bientôt, l'un et l'autre, de leur vie ; et au lieu de recouvrer la Finlande, ils la perdirent tout entière. Cependant les Suédois tinrent toujours bon ; ils firent même une chose qui dut irriter beaucoup la czarine Elisabeth : les pay-sans dalécarliens se soulevèrent, parlant hautement de donner la couronne de Suède au duc de Deux- Ponts,. déjà héritier de Christian VI alors roi de Danemarck. Contre leur attente pétit-être, ce qui semblait
devoir envenimer les hostilités fut ce qui y mit fin. En ce moment, Kaunitz s'occupait activement de rétablir la paix du nord, afin que les Russes pussent descendre au secours de Marie -Thérèse contre la France, Pressée par les agents de cet habile homme d'État, Elisabeth obtint d'abord de Charles-Pierre- Ulrich qu'il se démît de ses droits à la couronne suédoise en faveur de son cousin Adolphe-Frédéric, chef de la branche cadette de Holstein-Gottorp ; cela fait, elle fit aussitôt dire au congrès réuni à Abô, qu'elle se tiendrait pour contente si les Suédois voulaient reconnaître pour leur futur roi ce dernier prince à la place du duc de Deux-Ponts , et même qu'elle leur rendrait la majeure partie de ses conquêtes dans la Finlande. « Les Suédois, dit leur « historien national Geyer, étaient profondément hu- « milles de recevoir un roi de la Russie comme con- « dition de paix. » Il fallut pourtant se décider, et c'est sur cette base que fut conclu, le 17 août 1743, le traité d' Abô, par lequel la Russie ne gardait en Finlande, pour les ajouter au district de Viborg acquis par Pierre-le-Grand, que la province de Kymenogord, la forteresse de Kyslot et les îles situées à l'embouchure du Kymené ; ce fleuve devait servir de limite. Mais le candidat de la Russie au trône de Suède, Adolphe- Frédéric, de la branche cadette de Holstein-Gottorp et déjà évêque de Lubeck, était déclaré solennellement Prince royal, c'est-à-dire héritier présomptif de Frédéric P' de Hesse-Cassel, alors roi de Suède (1).
(1) Voir Geycr, p. 503 à 509; Schœll, t. XLIV, p. 222.
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En 1751, en effet, Adolphe-Frédéric de Holstein-Gottorp devint roi de Suède, où il fut le premier de cette maison. En 1762, à la mort d'Elisabeth, Charles-Picrrc-Ulrich, de la branche aînée de la môme maison, fut proclamé empereur de Russie sous le pom de Pierre III. Cette année-là donc, la Russie avait réalisé dans le nord la même grande combinaison que Louis XIV, dont Pierre-le-Grand avait profondément étudié la politique et les plans, avait, dès le commencement du siècle, fait triompher pour la France dans le midi. Ici, de deux États depuis longtemps rivaux, la France et l'Espagne, l'un avait écrasé l'autre au nom de l'équilibre de l'occident et se l'était ensuite, par les conséquences heureuses d'un mariage important, incorporé en quelque sorte, en lui donnant pour roi un cadet de sa dynastie ; là, pareillement, après des succès analogues suivis de semblables nœuds, la Russie s'était uni la Suède en lui imposant pour roi le cadet aussi d'une maison dont elle-même possédait la branche aînée.
Ainsi , le génie politique et les grandes vues de Pierre-le-Grand revivaient dans ces czarines qui savaient porter son sceptre, Catherine I", Anne Ivanowna, surtout dans sa fille Elisabeth. Et pourtant ce grand ministre anglais que nous avons souvent cité et qui, en 1743 (1), dans sa tranquille retraite, écrivait sur son passé, voyait et jugeait le présent et ne pouvait ignorer les progrès des Russes sous ces illustres impératrices, appelait cela de l'inaction : « Ne
(1) T. I, p. 1. du Testament dr Walpole.
ZOi LIVRE QUATRIÈME.
« devoiis-Dous pas même, dit-il, regarder aujourd'hui « Y inaction des impératrices, non comme une insuf- « fisance , mais plutôt comme une préparation à de tf grands coups ? » 11 semblait voir, dans un prochain avenir, les hardies entreprises de Catherine II (1), auprès desquelles, en effet, les actions de ces impératrices pourront être regardées presque conune un repos, sinon comme une inaction !
l;i) Testament^ t. II, p. 238.