‹ Histoire de la diplomatie slave et scandinaveChapitre 46 sur 57 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

UTeairelleA tentatlires de la RuMle CQiitre Osimmtantliieple, depuis Plerre-le-Grand JuMia^ Cfntlierliie H.

Nouvelle guerre contre les Turcs, sous Anne.

Nous nous occuperons en son temps de cette femme extraordinaire, de celte seconde Sémiramis du Nord. Il faut voir auparavant quels progrès fit la Russie du côté de Constantinople, sous les premiers successeurs de Pierre-le-Grand.

Quand mourut .ce czar fameux, c'était pour les Russes un devoir d'honneur en même temps qu'une inspiration ambitieuse de religion, de reprendre la croisade contre les Turcs, d'aller réparer la honte de la journée et du traité du Pruth. Ils ne firent rien sous les règnes, ou courts ou agités, de Catherine I" et de Pierre II ^lexiowitz. Mais Anne, qui succéda à Pierre II, résolut d'armer contre les oppresseurs de ses co-réligionnaires grecs, et, nièce de prédilection de Pierre P', elle apporta à ce renouvellement de la guerre sainte l'ardeur reconnaissante qu'elle devait à une pieuse mémoire. Elle s'entendit, dans la Moldavie, avec un grand parti, celui du prince Cantémir^

réfugié, comme ou sait, eu Russie (1) ; elle gagna uue bonne partie du clergé grec (2) ; elle eut aussi des intelligences parmi les Tartares de la Crimée, qui étaient shiites, et dont le khan lui>même^ vassal des Turcs, fut, en 1737, dépouillé de sa dignité par son suzerain comme suspect (3). Avec ces appuis divers, elle commença seule la guerre en 1735, et débuta par la prise d' Azoffdont s'empara le maréchal Munnich. Mais des auxiliaires lui arrivèrent bientôt. Dès l'année 1733, l'empereur Charles VI avait signé avec la France, au sujet de Stanislas Leczinskiet des Deux-Siciles, les préliminaires de la paix de Vieune; mais cette paîx^ même en 1737, n'avait pas été encore changée en un traité définitif (4). Cela faisait que le cardinal Fleury, alors principal ministre en France, était toujours, à son égard, dans une attitude hostile. Le marquis de Villeneuve, ambassadeur de France à Constantinople, eut donc mission de susciter aux Autrichiens le plus d'embarras possible (5). Rakoczi ou Ragotzi, chef émigré d'une dernière insurrection hongroise, une foule d'autres émigrés auxquels les Turcs, rivaux de l'Autriche, avaient donné asile, et enfin le fameux comte de Bonneval, renégat français, très-influent auprès du sultan Achmet III, se joignirent à l'ambassadeur

(1) Hammer, t. IIF, p. 484.

(2) Yillemain, ÊtcUdes Grecs, p. 295.

(3) Hammer, t. III, p. 470.

(4) Hammer, l. III, p. 466, 2» colonne.

(5) Hammer^ t. ÏII, p. 462, 2« colonne.

français. Tous ensemble ils répétèrent sans cesse aux membres du divan, que l'empereur Charles VI était affaibli par les pertes qu'il avait éprouvées, soit en Pologne, soit en Italie, et qu'il ne pouvait guère plus compter sur le prince Eugène, qui était trop avancé en âge ; qu'ainsi l'occasion était bonne pour les Turcs s'ils voulaient revenir sur la désastreuse paix de Passarowitz. Ils ajoutèrent que les Autrichiens d'ailleurs s'allieraient tôt ou tard avec les Russes, dont l'entrée en campagne était une réelle invitation ; que ce qui leur faisait craindre cette alliance, c'était que la cour de Vienne avait vu de très-mauvais œil les ouvrages élevés par les Turcs à Widdin, sur le Danube, tout près des possessions que cet avantageux traité lui avait procurées (1). Us dirent qu'en outre la diplomatie russe, habile dans l'art de corrompre, cherchait par tous les moyens à entraîner l'Autriche à une rupture ouverte avec la Turquie. Dans ce cas, fallait-il attendre les Autrichiens? Ne valait-il pas mieux les prévenir? Ces raisons étaient spécieuses ; elles ne purent cependant persuader le grand-vizir Sidi-Mohammed-Pacha, qui craignait de s'exposer gratuitement à avoir deux ennemis à combattre au lieu d'un. Une conférence qu'il eut immédiatement avec l'internonce ou ambassadeur autrichien, le comte de Talman (2), et oîi celui-ci sembla approuver que les Russes voulussent déchirer le traité du Pruth, conclu, disait-il, dans une circons-

(1) Hammer, t. III, p. 466, 2" colonne.

(2) Hammer, t. III, p. 462, 2« colonne.

tance où Pierre-le-Grand avait le couteaa à la gorge, lie lui fit pas plus d'impression.

Ceux qui voulaient, à tout prix, une rupture de rAutriche avec la Turquie, furent plus heureux à Vienne. La cour de Vienne pourtant devait tenir beaucoup plus à la paix, de peur de compromettre, dans une guerre toujours incertaine, les avantages tant enviés du traité de Passarowitz. Mais on dit à Fempereur qu'il était question, à Constantinople, d'une expédition contre Belgrade ; l'ambassade russe confirma de tout son pouvoir cette communication ; l'internonce de Talman, interrogé, ne la démentit point : et aussitôt Charles VI envoya à la Porte ottomane le comte de Kœnigseg pour déclarer la guerre aux Turcs, prétextant le refus, fait par eux, de détruire les ouvrages de Widdin ; il signa en même temps, 1737, l'alliance austro-russe, et ses troupes, se mettant en marche, aDèrent s'emparer, pour prot^r Belgrade, de la forteresse de Nissa, située au cœur de la Turquie, derrière les lùontagnes qui servent de rempart à la Roumélie^ à la province qui possède Constantinople. Il vit bien, plus tard, qu'il était allé trop vite, qu'il avait été abusé ; mais le gant était jeté et il avait été relevé. Il l'avait été à la grande joie du cardinal de Fleury, qui obtint alors, en 17S8, que les préliminaires de Vienne fussent convertis en un traité définitif; il l'avait été à la grande joie du parti de M. de Villeneuve, de Rakoczi et de Bonneval, qui prédisaient aux Turcs, sur l'Autriche affaiblie, des succès éclatants : il n'y avait donc pas moyen de reculer.

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