CHAPITRE III
Fia de remplre danois |i»r 1a |i»lm de
litettin, en 1570.
Les Suédois ne veulent plus de Jean P^ Rivalité de la maison de Troll ou du clergé et de celle de Sture et do la noblesse. Affaire de la forteresse ecclésiastique de Stœke.
Avant d'être encore et définitivement rompue, rimpossible Union devait être, non pour les Norwégiens, qui acceptaient toujours la postérité de Marguerite ou de Valdémar III comme représentant le droit héréditaire, mais pour les Suédois qui la repoussaient, une occasion de bien des maux. Quatre années à peine suffirent pour dégoûter les Suédois du gouvernement de Jean P% qui n'avait été reconnu que dans un moment de mécontentement passager et non de récite sympathie. Dès l'année 1 501, on revint à Sten Sture, et après lui à Suante Sture, son parent et son ami, qui gouverna la Suède pendant onze ans avec le même titre que son prédécesseur, et auquel succéda, en 1512, son propre fils, Sten Sture II, ou le Jeune. Le clergé avait alors mis sur les rangs, pour les fonctions d'administrateur, Éric
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Troll, père de Gustave Troll, archevêque d'Upsal. 11 espérait, sinon qu'on pourrait, sous cet administrateur, préparer le retour des Suédois à F Union mieux que sous un Sture, du moins que ses biens et privilèges seraient mieux sauvegardés. La candidature d'Éric Troll ne put réussir. La Suède, avecSten Sturele- Jeune, fut plus que jamais séparée du Danemarck, et les évèques, comme il le prévoyait, faute de vouloir renoncer à leurs vieilles sympathies pour les Danois, furent surveillés, furent même inquiétés par une aristocratie jalouse et en ce moment dominante. Sten Sture II, ainsi que la noblesse qui marchait avec lui et était parlui toute-puissante, s'en prit aux forteresses que le clergé suédois possédait et qui lui donnaient des garanties solides, des centres de résistance et l'aspect d'un État formé dans l'État. Celle de Stœke, qui dépendait de l'archevêché d'Upsal, fut conquise sur le primat Gustave Troll, qui y fut fait prisonnier ; et c'est à un jeune seigneur qui bientôt va jouer un rôle brillant, et qui déjà, sur la question des Mens ecclésiastiques, manifestait ses opinions, que Ton devait ce succès. Au point de vue de la rupture de l'Union, ces attaques, cette captivité du primatde la Suède, étaient bien impolitiques : on irritait un corps qu'il fallait se rattacher ; on tournait contre soi l'ÉgUse romaine elle-même, qui, sous ces attaques, apercevait très-bien des tendances d'une autre nature et voyait avec crainte que les prédications de Luther, qui, à cette époque, venait défaire entendre en Allemagne sa terrible voix, avaient de l'écho en Suède parmi les seigneurs, comme en avaient eu déjà,
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ail quinzième siècle, celles de Jean Huss, Par là on s'exposait à rexcommunication, qui, en eflTet, en 1519, fui lancée par le pape Léon X contre Sten Stiire II ; parla, enfin, on permettait au Danemarck de donner à une nouvelle guerre contre les Suédois le caractère d'une croisade.
Christian II. Sa politique, libérale pour gagner les basses classes, et tolérante pour gagner la noblesse, favorable à la réforme.
Pour pouvoir impunément agir ainsi, il aurait fallu que le Danemarck fût gouverné par un roi incapable, insouciant, maladroit. Mais il n'en était pas ainsi. Jean I", après avoir, avec son amiral Norby, abaissé les marchands ambitieux de la Hanse, avait frayé le chemin du trône à son fils Christian II, qui, en 1513, un an après l'élection de Sten Sture II en Suède, fut élu roi de Danemarck.
Or, Christian II était un prince d'une grande ambition et d'une étonnante habileté. Il vit aussitôt ce qu'il y avait d'heureux pour lui dans la situation de la Suède, D'abord il afficha des idées très-libérales, tout pour les bourgeois, tout pour les paysans, et c'est pour eux qu'il abolit le droit de varech ou droit de naufrage, principale source des revenus du roi et des évoques eux-mêmes. Plus tard, on le vit défendre aux nobles de Sééland, de Falster, de Lolland, 4e Mœn, de vendre leurs paysans comme des bestiaux, et il accordait à ceux-ci, dans le cas oiiils seraient
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injustement maltraités, le droit d'émigrer, comme cela avait lieu dans la Scanie, le Juthland et dans File de Fionie. On le vit aussi établir une cour de justice supérieure, semblable au conseil aulique de Fempire germanique, accompagnant le roi partout et pourvu de la haute juridiction dont jusqu'alors avait joui le sénat. Ces tendances, toutes despotiques qu'elles étaient au fond, devaient pourtant plaire à la classe moyenne et au peuple en Suède, parce qu'elles avaient un caractère profondément anti-aristocratique. Une chose non moins agréable, c'est qu'il veillait à ce que la marine de l'Etat fournit aux Suédois le sel et le houblon , qu'ils tiraient ordinairement de Lubeck. D'un autre côté, tout en berçant le clergé suédois de l'espoir d'avoir en lui un protecteur, il n'était douteux pour personne que, imitant les Sture et flattant les passions anti-cléricales de la noblesse suédoise, il avait l'intention, petit à petit, d'introduire la Réforme en Danemarck et de confisquer ce mouvement, au moins pour la question des propriétés ecclésiastiques, au profit de la royauté. L'on savait positivement, par exemple, qu'il était fatigué, qu'il s'inquiétait même de voir l'évêque de Roskhild, entr'autres, posséder seul trente fiefs. On n'ignorait pas non plus dans le public qu'il correspondait avec Luther, qu'il invitait Garlostadt à venir à Copenhague, et qu'il voulait ménager au clergé danois, trouvé trop ignorant, l'occasion de controverses qui le fissent sortir des ténèbres intellectuelles où il vivait. Il laissait parler librement, en 1519, Pierre Lille, en latin Petrus Parvus, Pierre Petit, plus connu sous le nom de Rosefontanus, Ro-
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sefontaine, mot qui est la traduction de Roskhild. C'était un gentilhomme de Roskhild, fort imbu des idées nouvelles. 11 accordait la même liberté d'écrire et de parler à Paul Éliason ou Éliœ, prieur des Carmes de Copenhague et en même temps professeur de théologie à rUniv^*sité^ autre partisan de la réforme. Enfin, il fit venir de Wittemberg le prédicant Martin Reinfaard, auquel il permit de prêcher dans Téglise Saint-lNicoias, à Copenhague même (1).
Que pouvait dire, que pouvait f^re le clergé, lié à rÉtat par ses privilèges politiques et par ses immenses propriétés qu'il craignait de compromettre en montrant de l'humeur contre le roi? D'ailleurs, si cette tolérance de Christian il l'alarmait, le mariage de ce prince avec Elisabeth d'Autriche, sœur de Charles-Quint, de celui qui déjà était roi catholique des Espagnes et était devenu, depuis 1519, le chef laïque de la chré^nté, semblait lui donner des garanties qui 'coutrebalançaient ses alarmes. Ainsi Christian 11 avait de quoi contenter ou inquiéter tout le monde, suivant le côté qu'on envisageait.
La fruitière hoilandaise Sigebrittc Villkis. Sa vie, son influenoe
politique.
Mais ce qu^ pouvait faire d'agréable à certaines classes était gâté par le caractère peu honorable de
(1) Oïl peut voir, pour tous ces détails, Eyriès, Hist, de Datiez' nmrck, règne de Christian II, et Schœll, t. XXII.
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son entourage, par la détestable réputation des ministres et des confidents qui le conseillaient et qui en faisaient le Louis XI du Danemarck : c'était une ancienne fruitière d'Amsterdam, naguère maltresse d'hôtel à Bergen, en Norwège, nommée Sigebritte Villius, femme sans mœurs, mais intrigante de premier ordre et femme d'État supérieure ; c'était la jeune Dyvèke, que cette même Sigebritte, sa mère, avait livrée à Christian, espérant peut-être qu'il l'épouserait et que la pauvre marchande d'Amsterdam deviendrait la belle-mère d'un roi; c'étaient trois ou quatre personnages sans foi ni loi, dont Sigebritte avait composé, en quelque sorte, le ministère de Christian II : Hanz Mikkelsen, bourguemestre de Malmoë, Clans Host, maître Godskalk, et enfin Didrik Slaghœck^ ancien barbier westphalien, devenu docteur en droit canon à Rome et puis ordonné prêtre. J^aghœek et «n autre prêtre, Beldenack, évêque d'Odensée, étaient les hommes de eoafiwce de Sigebritte et méritaient cette honteuses faveur. On peut ajouter à ces ministres ou c(mseiU^rs intimes, Éric Walkendopp, archevêque de J)rootheim et chancelier du roi. Il se prêtait 4 ses Héfis de réferme, et en Norwège, où il »v^t le même rang que l'archevêque d'Upsal en Suède., c'esjtlui qui avait eu le mérite de faire coimaltre Dyvèke h Christian II.
Avec na <M)«seU ainsi <^mposé, ni la notasse de &iède, m même le f^euple, n'attendaient de Christian rien de iH)a. Ces sqpqE)réh€^ions ne se réalisèrent que trop. D'abord, en i&i'9, .aprè» ^es ouverture
d-accommodement avec Sten Stnre-le-Jeune, il s'empara perfidement de la personne de Gustave Wasa et l'emmena prisonnier en Danemarck. Puis, avec quatre mille fantassins allemands et deux mille; Français que lui envoya François ?' moyennant quelques avantages commerciaux faits à la France, et que commandaient Gaston de Brézé seigneur de Fouquarmont, avec le baron Gondrin et les capitaines Saint- Blimond, de Préfou et La Lande, il vainquit et blessa mortellement à Bogesund, en 1<520, l'administrateur Sten Sture.