‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 48 sur 149 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Ce qui caractérise la divination inductive, c'est qu'elle n'est pas le produit direct de l'inspiration surnaturelle, mais une induction hypothétique ou conjecturale fondée sur des faits connus par l'observation. C'est l'interprétation des signes extérieurs qui recèlent la pensée divine.

La mise en œuvre de ce procédé intellectuel suppose résolue une question préalable qui se posait à nouveau pour chaque cas particulier. Par quel caractère spécial les signes de la volonté divine devaient-ils s'affirmer comme tels et se distinguer des phénomènes ordinaires ou naturels? A quoi pouvait-on reconnaître qu'il y avait lieu d'appliquer à un fait observé une interprétation poussée dans le sens des causes et des rapports surnaturels?

Le problème est de telle nature que ni le temps ni l'expé-* rience n'en devaient rendre la solution plus facile. Au rebours des sciences destinées à progresser, de celles qui, à chaque pas fait en avant, affermissent leurs principes et simplifient leurs lois, la divination inductive ne put se systématiser, se chercher des règles et se créer des habitudes, sans rendre

plus instable et plus ruineux le fondement même sur lequel • elle étaye ses conjectures. A Torigine, nulle difficulté. Les âges primitifs ne connaissaient point, à vrai dire, de lois naturelles. Les hommes, raisonnant par analogie, attribaaient à raction d'êtres invisibles, doués comme eux d'intelligence et de volonté, tous les phénomènes dont ils ne croyaient pas être eux-mêmes la cause. Tout est alors prodige, intervention surnaturelle, matière à conjectures divinatoires. C'est affaire aux devins^ aux hommes privilégiés que les dieux ont pourvus d'une faculté spéciale, de discerner, dans ce spectacle mouvant des choses, les indices des volontés célestes. Le caractère fatidique n'est point réservé à un ordre déterminé de phénomènes; il est ou peut être partout pour ceux qui savent le découvrir. Des oiseaux qui babillent sur an arbre n'apprendraient rien au mortel vulgaire : ils révèlent à Mélampus toute une histoire secrète, dont il connaît par eux les moindres détails.

A mesure que l'expérience constate entre les faits observés un plus grand nombre de rapports invariables, le nombre des faits sans cause évidente ou des < prodiges > diminue. En d'autres termes, plus il y a de causes connues, r^ulières, naturelles, et moins on a recours à cette cause vague et inconnue, qui constitue le surnaturel. Lorsque le monde est ainsi ordonné, il semble que Fart divinatoire doive se réfugier, avec le hasard et l'arbitraire, dans un petit nombre de faits inexpliqués. Mais déjà, cet art, créé par les favoris des dieux, s'est constitué en science traditionnelle qui ne peut ni ne veut céder le domaine oft elle s'est une fois installée. A mesure qu^un signe interprété jusque là comme fatidique est classé parmi les faits naturels, elle invoque un postulat qui relient l'esprit dans la sphère du merveilleux, à savoir, que le phénomène en question a des causes et un but absolument différents de ses causes naturelles: qu il est

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