RÉVÉLATION PRIMORDIALE
justesse des interprétations, aurait pu même ajouter quelque chose à la certitude des résultats obtenus par la mantique. Mais, comme toutes les sciences révélées, celle-ci atteignit du premier coup à sa perfection ; THellade n'eut jamais de devins plus habiles que Mélampus et Tirésias.
Le symbolisme, rendu intelligible par une convention primordiale, a été le principal aliment de la divination inductive. Toutes les pratiques divinatoires relèvent de lui par quelque côté. La méthode cléromantique, celle de toutes qui s'en éloigne le plus, n'en est pas indépendante. C'est par voie d'allusion symbolique qu'un mot agréable ou malsonnant, qu'une phrase décousue s'applique à une préoccupation présente, et c'est le symbolisme encore qui a attaché à l'avance l'heur et le malheur aux divers coups de dés.
La diversité des méthodes édifiées sur ce fonds commun est telle qu'il n'est pas facile de ranger dans un ordre satisfaisant ces inventions bizarres. Les anciens se sont contentés de catégories vagues où l'on voit tantôt les disparates réunis et tantôt les aflOinités méconnues. Xénophon* et Philochore^ enferment toute la divination conjecturale dans trois de ces catégories : les auspices (o?w¥o(), les symboles (oujjtpoXoi), c'est-àdire tout ce qui est fortuit, et les sac^Hfices puolai) ou la divination par les entrailles. Varron proposait de répartir toutes les méthodes, d'après la nature des signes employés, en quatre groupes correspondant aux quatre éléments*. Il obtenait ainsi la géomancie, Thydromancie, Taéromancie et la pyromancie. La classification des auteurs grecs est confuse, et celle de Varron, dont le moindre défaut est de donner des acceptions nouvelles à des mots reçus'*,' est trop superficielle
I) Xenoph. Mem.^ I, i, 3. —2) Voy. G. Wolff. De phiL exorac, haur.,p. 46- 48. — 3) Varr. ap. Serv. £n., III, 359. — 4) Dans ce système, il faudrait, par exemple, attribuer Tastrologie à li pyromancie, comme le fait Servius (ibid,), et disperser un peu partout les méthodes cléromantiques.
pour être discutée. A plus forte raison ne peut-on attendre aucun secours desscoliastes et compilateurs qui avaient perdu le sens de la tradition sans le remplacer par la réflexion personnelle. Ceux-là distinguent les présages qu'on trouve chez soi de ceux qu'on rencontre en route, et paraissent ranger dans les auspices (oîtovianxîî) tout ce qui n'est pas fourni par le hasard ^ A défaut d'une classification historique qui nous montrerait l'âge relatif des méthodes, ou d'une classification philosophique qui nous en indiquerait la filiation, l'une étant trop peu ordonnée pour un exposé, et l'autre trop indépendante des faits pour une histoire, nous essayerons d'un arrangement éclectique assez complaisant pour se prêter à toutes les exigences.
Il faut d'abord écarter, comme échappant à toute prévision, et par suite à toute règle, les prodiges. Les incidents prodigieux ne constituent pas, quant à la nature de leurs symboles, une catégorie spéciale de signes. Ils forment l'appoint de toutes les méthodes, le complément ajouté par les dieux, suivant l'opportunité, aux signes prévus dont elles disposent. La tératoscqpie n'est donc point une forme particulière de la divination, mais la divination tout entière aux prises avec le merveilleux. Nous en dirions volontiers autant de ces mille incidents fortuits que Philochore confondait sous la dénomination générique de « symboles, » c'est-à-dire de rapports instantanément saisis ou créés par la réflexion '. « Des modes de divination qu'on appelle artificiels, dit Cicéron, les uns ont leur garantie dans les monuments et dans la tradition, les autres consistent dans une explication improvisée'. »
1) Suidas, s. y.OitovoL La coofusion des mots et des idées est telle que Marcianus Capella appelle tout spécialement oionistique l'enthousiasme prophétique : Oionistike tertia est (aprèi Tastrologie et la symbolique), per qiuzm tripus illa venlura denunliat atque omnis eminuU nostra corlina (Marc. Cap. , IX, p. 303 G.) — 2) Cf. Procop. Bell. Goth., IV, 21. — 3) Cic. Divin., I, 33.