‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 53 sur 152 · CLASSIFICATION DES "SIGNES · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION DES "SIGNES

Prodiges et incidents fortuits sont ainsi mis à part, comme étant le prolongement indéfini de toutes les méthodes régulières, distincts en ce que les uns sont contraires et les autres conformes aux lois naturelles, mais rapprochés par ce caractère commun d'être des symboles imprévus qui exigeaient de leurs interprètes' une sagacité particulière.

Philochore, laissant de côté les prodiges, qui ne pouvaient donner lieu à aucune habitude, avait cru simplifier sa classification en groupant dans un chapitra spécial tous les incidents fortuits donnés comme produits, ou garantis, ou utilisés pour la première fois par Démêter ^. Mais comment ne s'apercevait-il pas que, de ces « symboles, » les uns étaient destinés par leur nature même à rester toujours imprévus, en-dehors de toute interprétation arrêtée à l'avance, tandis que les autres se laissaient facilement prévoir, classer, interpréter suivant des règles fixes; en un mot, cessaient d'être des symboles en prenant place dans une méthode systématisée? Il était sans doute impossible de préjuger le sens d'une Clédoney c'est-à-dire d'une parole échappée au hasard et appliquée par allusion aune pensée étrangère*; mais l'expérience avait appris à prévoir la plupart des autres « rencontres » et en avait fixé le sens. L'éternuement fut d'abord l'objet d'une interprétation improvisée, puis tomba dans le domaine dés signes régulièrement expliqués. Il n'y avait plus rien de fortuit dans ces symboles que leur appa-

i ) TepOTOox^icoç — Tepaax6j:oç — oufA^oXo^id^Tiç — ov(jLpoXo5e(xTiîç — oujjt^oXoiiSdbcTrjç.

— 2) SCHOL. PlNDAR. 0/1/771])., XII, 10. HeSYCH. S. V. Su(l66Xouç. SCHOL. AaiSTOPH.

Àves, 721. Les 9;>(i6oXoi ou ou[A6oXa, dans le sens ordinaire du mot, sont les rencontres fortuites, ijcavii^aEiç, èvo5t'a auvavci^jiaTa, hn. oyvavr/jiJwtToç o?a>v((7(jiaTa, et on y avait attaché le souvenir de Déméter, sans doute parce que la déesse, cherchant sa fille en tous lieux, avait dû être attentive à toutes les rencontres. Suidas (s. v. MeX^jx^couç) cite un traité spécial de Mélampus ïïepl aupL6<0A>v. Ce pouvait être un chapitre de Touvrage mentionné ci-dessus (p. 113). — 3) Voy., ci-dessous, Clédonomancie.

rition, c'est-à-dire la somme de hasard qui pouvait se rencontrer dans les méthodes les plus dépendantes de Ja tradition. Quoi de plus régulier, de plus fixe que la divination cléromantique, fondée sur le hasard lui-même, interrogé par des procédés connus et à un moment déterminé ? L'interprétation cléromantique pouvait être si bien arrêtée à l'avance qu'on vit un oracle, celui de Boura, fonctionner par ce moyen sans desservants, toutes les réponses étant inscrites sur un tableau où les consultants allaient les chercher*. Cependant Philochore devait rejeter pêle-mêle tous ces produits du hasard dans la catégorie des « symboles, » catégorie qui, ainsi surchargée, n'offrit plus à l'esprit que l'idée vague de « présages. » «

Nous chercherons donc à établir sur des caractères plus précis une division qui nous permette de conserver aux méthodes leurs noms propres tout en les rattachant à quelques idées générales. Au point de vue de la nature ou, si l'on veut, de la matière des signes fatidiques, nous distinguerons, d'un côté, les signes fournis par les êtres animés, de l'autre, ceux qui s'offrent dans les objets inanimés. En passant des uns aux autres, on suit, ou peu s'en faut, l'ordre de succession historique et l'on voit la divination devenir plus sèche, plus abstraite et plus fataliste, à mesure que les instruments dont elle se sert deviennent plus inertes. Il y a loin de l'aigle de Zeus aux positions astrologiques et aux chiffres de la divination « mathématique. » Ces deux classes principales une fois obtenues, nous les subdiviserons de manière à concilier autant que possible la logique avec les faits. Les êtres animés servent à la divination de deux manières, ou par leurs actes instinctif^ ou par leur structure même. Le premier mode, le seul qu'ait connu l'Hellade primitive, utilise les

1) Voy., ci-dessous, Divination cléromantique et, vol. lit, Oracles d*Héraklès,

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