‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 60 sur 152 · LA DROITE ET LA GAUCHE · texte numérisé non relu

LA DROITE ET LA GAUCHE

La préférence attachée au côté droit se révèle dans une foule de pratiques. La coupe dans les festins, le casque chargé de sorts, ou la cithare qui convie aux chants circulait de gauche à droite. C'est dans ce sens qu'Ulysse, déguisé en mendiant, fait le tour de l'assemblée des prétendants. L'Hellène relevait son manteau sur l'épaule droite, comme le Romain sur l'épaule gauche. A la danse, on devait commencer du pied droit, qu'il fallait aussi chausser le premier. Le nombre des marches aux escaliers des temples était toujours impair, afin qu'on pût partir et arriver du pied droit. Les joueurs de flûtes doubles préludaient toujours par la flûte droite. E. Curtius soupçonne même que cette croyance a fait modifier par les Grecs le sens de l'écriture phénicienne*, bien qu'on puisse opposer à son système une objection déjà faite à Hérodote par les prêtres égyptiens',' à savoir, que récriture dirigée vers la droite commence à gauche, c'est-àdire du côté funeste.

Ici se présente une difficulté. L'art augurai ne pouvait pas laisser Tobservateur absolument libre de déterminer pour chaque cas la gauche et la droite, d'après la position qu'il lui plairait de prendre. L'univers a son orientation naturelle, beaucoup plus importante que la direction arbitraire donnée au regard, et l'observateur est tenu de faire coïncider sa droite et sa gauche avec les deux moitiés correspondantes du monde. La foi en l'action libre de la Providence n'aurait pas eu de ces exigences, mais elle a dû accepter un certain mélange de fatalisme astrologique.

Mais quel est, dans l'univers, le côté heureux, celui que le Grec doit mettre à sa droite et le Romain à sa gauche ? Les deux peuples reconnaissent le privilège dé l'Orient, le côté d'où vient le soleil. Pythagore, Platon, Aristote décla-

e'jTT^jioç» ev^'jjtSoXoç, ^vaCatjioç, eu((>vu[io{, Bu9((>vu{âoç, duaoïtavcTrb;, Bug^pviç,... etc. — i) E. CcRTR's, Gnechisehe Geschichief P, p. 47o. — 2) Herod., CI, 36,

raient, après Homère, que l'Orient est la droite du monde \ Mais pourquoi la droite? Parce que, dit Aristote % le Grec, se tournant vers le nord, avait l'Orient à sa droite; tandis que le Romain, dans la même situation, faisait réflexion que sa droite à lui est la gauche des dieux et appelait, par conséquent, gauche le côté oriental. La raison serait valable si le fait invoqué avait été conforme aux rites religieux de la Grèce. Mais nous savons que les plus anciens temples grecs étaient tournés vers Pouest, afin que le dieu placé au fond de lacella eût le visage dirigé vers l'Orient», et nous voyons, dans un hymne homérique, Apollon choisir lui-même pour emplacement de son temple Krisa « tournée vers le Zéphyr*.» Aristote prête aux Hellènes des idées probablement étrangères, importées avec laf légende d'Hyperborée, quand il affirme aue les Grecs cherchaient au nord le séj our des dieux. Il faut donc reconnaître que les Grecs, croyant à la fois à l'influence heureuse de la droite et au privilège de l'Orient, se sont contentés de réunir ces deux idées conçues séparément, en appelant l'Orient la droite du monde.

En tout cas, l'usage des Grecs, plus conforme à l'instinct naturel, n'aurait pas amené spontanément dans leur langue la confusion qui s'introduisit de bonne heure dans les locutions romaines. AeÇiiç garda le sens d*« heureux,» tandis que lœvtis et sinister finirent par cumuler des sens contradictoires*.

i) HoM. Iliad,, XII, 339. Plutarch. Plac. philos.^ II, iO. Artemid., OntrocriL, 11,36. — 2) Aristt. De Cœlo, U, 2. Cf. Pldtarch. Quast. rom,, 78. Serv. JBn., Il, 54,693. — 3) Clem. Alex. Sirom., VII, p. 724. — 4) Hymn. HOM. In ApolL, 283. — 5) À£^i<Sc signifle précisément acceptable^ de Sfxrdc. La coafasioa s'introdubit pourtant dans la terminologie grecque, et cela pour plusieurs raisons : d*abord, parce que, pour certains oiseaux, il fallait renverser l'orientation du booheur et du malheur; ensuite, parce que des méthodes exotiques, particulièrement celle des Romains, prenaient le contre-pied de la méthode grecque. Bippocrate connaît déjà des systèmes qui placent le bonheur à gauche et le malheur à droite (Hippocr. Àciit. morb,^ 1, 14). Une cause bien plus active de perturbation fut la crainte des mots malheureux qu'on remplaçait par des euphémismes. L'euphémisme ne toucha

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