MÉTHODES DIVINATOIRES
Les idées générales exposées dans l'Introduction nous ont déjà indiqué le point de vue auquel se sont placés les philosophes et les archéologues de l'antiquité pour classer les diverses méthodes divinatoires. La divination aborde l'homme de deux manières, par le dehors ou par le dedans : elle se manifeste par des signes extérieurs ou par une illumination intérieure. De là, deux méthodes générales auxquelles peuvent se ramener tous les procédés et rites particuliers ; la méthode que les anciens ont appelée artificielle (ïwyyoç— ts/vhhî, artiftciosa') et qui consiste dans l'interprétation conjecturale des signes extérieurs; et la méthode dite naturelle ou spontanée (à'iEyvoç-dtofSaxToç, natumlis), dans laquelle l'âme se laisse passivement diriger par l'inspiration divine.
1) Servius (ad Mneid., III, 443) appelle la divination inductive « simple » (simpk'x). par rapport à l'autre, qu'il trouve plus complexe ou plus complète.
108 l' REM 1ÈRE PARTIE
Cette classification doit être maintenue1. Elle n'exclut de la mantique qu'un seul ordre de phénomènes révélateurs, la parole directe des dieux apparaissant aux hommes et leur parlant avec une voix perceptible aux sens; et, en effet, il n'y a plus là de divination proprement dite, mais une révélation qui s'opère hors de l'homme et sans lui, entièrement comparable à un livre qui tomberait tout écrit du ciel. Tous les autres modes de révélation trouvent place dans les deux aspects de la mantique, tels qu'ils ont été définis plus haut. Seulement, les qualificatifs appliqués par les stoïciens aux deux méthodes générales ne peuvent être maintenus, car,
i) L'esprit confus de la décadence byzantine s'est servi de ces termes consacrés pour construire des classifications dans lesquelles ils prennent une acception toute nouvelle. Ainsi, Suidas, un compilateur du xe siècle (s. v. îtPo<pr)Ts(a), considérant la divination, d'une manière générale, comme une prévision, distingue d'abord la prescience spirituelle (icveupaTixii) ou prophétie chrétienne, issue de L'Esprit-Saint, puis la divination démonique (Saipvtx^), qui vient des génies, et la physique ou naturelle (çuaix^), qui utilise l'instinct des animaux. Enfin, la prévision artificielle ou technique (TE/vaif) et la vulgaire (or^wor,;) représentent simplement, lune, l'induction scientifique, l'autre, le bon sens. C'est à peu près la division adoptée par Caspar Peucer dans son traité De variis divinationum generibus. Le scoliaste de Lucain [Phars., I, 585) a une manière bien plus étrange encore de classer les méthodes divinatoires (quibus providentur futura). 11 en distingue cinq dont la mantique n'est plus que la première. Après la mantique, subdivisée en autant de parties qu'il y a d'éléments, vient la mathématique, dans laquelle entrent pêle-mêle les auspices, l'haruspicine et l'horoscopie ; puis, le sortilège ou divination par les sorts. Les deux autres méthodes appartiennent à la magie; le maléfice, d'abord, le prestige ou l'art de se rendre invisible, ensuite. L'utile mais indigeste compilation de Boulenger (Bulengerus, De sortibus, de auguriis et auspiciis, de ominibus, prodigiis, de ierrx motu et fulminibus, 1621) est étrangère à toute méthode C. R. Pabst, dans son excellente dissertation {de diis Grxcorum fatidicis, 1840), et M. Mezger, dans son article Divinatio (Paulys li.-Encycl.), s'en tiennent à la division consacrée. M. Chevreul, amené à s'occuper de ce sujet par des circonstances qui rendaient aux sciences occultes un certain intérêt d'actualité (Journal des Savants, 1852 et 1853), dresse {ibid., 1852, p. 711») une classification d'ensemble qui s'appuie sur la division traditionnelle, mais se con tente trop facilement dans le détail, de rapports superficiels, et surtout ne tient pas compte de l'évolution historique