MODE DE L'INTERVENTION PROVIDENTIELLE
à droite ou à gauche, la préméditation divine a dû se servir de moyens plus complexes pour amener sous l'œil du sacrificateur les signes gravés dans les entrailles des victimes.
On se demanda, en effet, lorsqu'il fut question de justifier la pratique par la théorie, si la conformation des entrailles était naturelle chez l'animal choisi comme victime, ou si elle prenait miraculeusement les caractères fatidiques par l'effet des prières et des rites religieux du sacrifice1. Dans la première hypothèse, la Providence avait dû graver à l'avance dans les animaux des réponses applicables à tous les cas possibles, et guider le choix du sacrificateur de façon à lui faire prendre la victime qui contenait précisément la réponse exacte à une question posée : dans le second cas, elle devait modifier sur-le-champ la constitution anatomique des organes.
En adoptant cette dernière explication, qui était celle des haruspices toscans, on peut encore concevoir divers modes d'action providentielle. Porphyre propose trois systèmes distincts. Ou bien la modification des fibres animales est produite par Dieu lui-même, ou elle est l'œuvre de quelque génie, ou encore l'âme de la victime, éclairée par la révélation, laisse elle-même, en sortant du corps, la trace de sa pensée sur les viscères2.
Tous ces systèmes peuvent se réclamer de l'autorité de Platon, qui rattache ingénieusement les principes de l'extispicine à sa théorie générale de la mantique. Selon lui, le foie est comme un miroir qui, après avoir, pendant la vie, servi de réflecteur à la pensée divine et produit la divination intuitive, garde après la mort les traces des images contemplées par l'àme 3. Cette conception entraîne après elle une conséquence fâcheuse, c'est que les entrailles humaines doi-
1) Cic. Divin., I, 52; II, \% 15,16, 17. Cf. Ahnob. Adv. cent., IV, 11-12. — 2)Pûrphyr. De Âbstin., II, 51. - 3) Plat. Tim., 71 c.
vent être les plus intéressantes à consulter. C'est ainsi que l'entendit, paraît-il, Héliogabale, dont le funeste exemple passait pour avoir été imité1. Porphyre, qui veut abolir tous les sacrifices sanglants, ne manque pas de signaler le danger, mais Philostrate avait déjà arrêté la logique sur cette pente fatale en proposant un système qui aboutit à des conclusions tout opposées. Philostrate pose en principe que le foie ne donne de présages que s'il est complètement livré à l'influence divine et soustrait à celle des passions. Cette condition ne se trouve remplie que chez les animaux et seulement chez les animaux pacifiques ou apathiques. Ainsi le coq et les animaux enclins à la colère sont impropres à l'observation splanchnoscopique2. Il n'y avait pas, comme on pense, de doctrine imposée. La preuve en est que les entrailles du coq passaient, au contraire, aux yeux de certains, pour les plus « parlantes » de toutes3. L'extispicine s'est faite au jour le jour, en-dehors et, au besoin, en dépit des théories.
Cette méthode divinatoire, que les Grecs désignent par quantité d'expressions synonymiques\ était inconnue de l'âge homérique5. Sans doute, le sacrifice étant l'acte religieux par excellence, a été de tout temps un moyen de connaître la volonté des dieux. Mais les îspsfç et le Suooxdot, autrement dit les « prêtres et les sacrificateurs » des poèmes homériques, ne sont pas des devins proprement dits : leur office est simplement déjuger si le sacrifice est accepté ou
1) L'accu-ation d'avoir sacrifie des victi.nes humaines a été reproduite centre Valérien, Maxence, Pollentianus, Julien,... etc., par leurs ennemis politiques. D'après Strabon, les Lusitaniens et les Albauicns du Caucase pratiquaient cette divination homicide qu'on a appelée l'anthropomancie. (Sthabon, IN, 3, 0; XI, 4, 7.) — 2) Philostr. Vit. Apoll., VIII, 7, 49-52. — 3) Cic. Divin., II, 12. — 4) 'Ispo<r/.07î(a — ÎEpojJtaVTeJa — c-).ay/vo[j.avT$fa — crXay/voa/.07:(a — 5uoaxon(a — ïjîtaroaxojtfa — f3ci){M)aîi07t(a — duTiXTJ (xr/vr^). — Le nom d'hicroscopic est le plus ordinaire, peut-être à cause de la ressemblance qu'on lui trouvaitavec haruspicine. — o) Vhy. 0. Mdller. Etruskcr, II, p. 183. A. Loueck, Aglaophamus, p. 262. Njegelsbach, Nachhomerische Théologie, p, IG8,