AUTORITÉ DU GRAND-PONT IFK
passé le mois d'août*. Plutarque est loin d'être une autorité sûre : son moindre défaut est le manque absolu de précision, et partant, son incapacité notoire à reproduire avec quelque exactitude des .dispositions juridiques. Nous savons que, si bien délimitée que fût d'ailleurs la compétence respective des deux collages, il y avait au moins deux espèces de questions contentieuses qui pouvaient être pour eux une occa^ sion de conflit. Les lieux consacrés et inaugurés étaient soumis à une double réglementation, et il en était de même des actes de la puissance publique qui, pour être inattaquables, devaient s'accomplir non seulement sous des auspices sûrs, encore mais aux jours déclarés opportuns par le calendrier pontifical. Les auspices pris pour les comices, par exemple, en un jour qui n'eût pas été « comitial », pouvaient être valables au point de vue du droit augurai, ils étaient néanmoins viciés par une disposition du droit pontiflcal. Aussi vit-on le docte augure Messala s'informer auprès des pontifes «si les nundines étaient ou non jours fériés ^» . C'est à l'occasion de quelque consultation analogue que le Grand-Pontife Métellus a dû rendre l'arrêt auquel Plutarque fait allusion. On peut même essayer, en poussant un peu plus loin l'hypothèse, de préciser le sens de l'interdiction de Métellus, qui doit avoir porté sur une matière grave pour avoir laissé sa trace dans les auteurs compulsés par Plutarque. Le décret pontifical ne peut pas avoir eu pour but d'interdire aux ma^ gistrats la prise des auspices passé le mois d'août, c'est-à-dire
i) 'Ext&Xusv o?(i>v(Ç£9(jat (xeià tôv Se^t(Xiov (x^va, xbv vuv A5yooaTov icpoaacYopEutfl«vov (Plut., (?. /Jow., 38). L^expresssion o2wv{î^6cT0ai traduit également bien inaugurare ou auspicari. Plutarque croit que Métellus a fait défense de « prendre les auspices ». Défense à qui ? ce ne pourrait être qu'aux magistrats, qui ont seuls la spectio (ci-dessus, p. 211), et en ce cas, Tallégation devient manifestement absurde. Plutarque saTait mal le latin et compilait à la hâte. Je me permets de proposer une explication qui lui a probablement échappé, et qui me paraît d'accord avec ce que nous savons du rituel augurai. — t) Màcrob., 8at.^ Ii 16, 28.
d'arrêter la vie.politique à Rome. Le président du collège des Pontifes n'a point d'ordres à donner ou de défense à intimer aux magistrats ; et ce qu'il ne peut interdire aux magistrats, il ne peut l'interdire aux augures "requis par eux. Il s'agit donc de quelque opération augurale prévue, renouvelée chaque année, qui pouvait et devait se faire avant le mois d'août et que l'on avait pris l'habitude de retarder abusivement jusque dans Tarrière-saison.
A la question ainsi posée, on a chance de trouver une réponse plausible. Les fonctions obligatoires des augures, en dehors de l'assistance prêtée éventuellement aux magistrats et des enquêtes sur les cas litigieux, se réduisent à Vinauguration des personnes et des choses; et la seule inauguration prévue pour chaque année est celle du sol romain, en dedans et même en dehors de la ville. Celte cérémonie s'accomplissait en divers actes, tels que Vamburbium, Vauguriiim canarium et même Vaugurium Salutis \ On a déjà vu que les Pontifes intervenaient pour fixer la date de « Taugure du chien- », et Vamburbium était encore plus à leur discrétion. Quant à 1' « augure du salut », il n'est annuel qu'en théorie. Ce n'est pas à ces solennités qu'a dû s'appliquer le décret de Métellus. Il reste une opération importante, que les augures avaient seuls mission d'accomplir, mais qui intéressait tout le monde; il s'agit de la rénovation du temple urbain et des lieux inaugurés dans la ville . Les augures ont pu négliger de remplira temps ce devoir, et le Grand-Pontife, se prévalant de son droit de surveillance sur l'ensemble du culte national, leur rappeler que ces cérémonies devaient être, comme le voulait l'usage, des « augurations printanières ^ ». Métellus crut donc ne pas dépasser la limite de ses pouvoirs en fixant comme dernier délai le mois d'août.
1) Voy. ci-dessus, p. 193 sqq. — 2) Voy. ci-xlessus, p. 194, 5. — 3) VerniVrfl augiiria, Voy. ci-dessus, p. 192.