LE COLLÈGE DES DECEMVIRS
fois les longues et coûteuses cérémonies qu'ordonne infailliblement la sibylle chaque fois que Ton consulte ses oracles*. Les DecemviH S. F. prennent rang immédiatement après les Pontifes et les Augures^ sans être, en fait, inférieurs aux uns ou aux autres : le trépied qui leur servait d'emblème^ et la couronne de laurier qu'ils portaient dans les grandes occasions étaientmêmedes insignes moinsdémodésquelesimjjwZwm et la secespita des pontifes ou le lituus des augures. Prêtres, administrateurs et prophètes à la fois, ils réunissaient dans leurs mains des attributions que se partageaient les deux collèges créés par Numa.
Nous nous occuperons aussi peu que possible des fonctions sacerdotales et administratives du collège décemviral : ce qu'il nous importe d'étudier, c'est son rôle prophétique et la façon dont il use de l'instrument de révélation confié à sa garde.
On s'attend bien, dans, un État qui règle avec autant de prudence le jeu de la divination officielle, à ne pas rencontrer la révélation sibylline prodiguée à tout propos. Elle était tenue en réserve pour une seule espèce de cas, pour la procuration des prodiges^ — et non pas des prodiges ordi-
\) On trouve même dans Jes procurations décemvirales (?) des sacrifices humains, fantaisie honteuse pour un rite hellénique. Tel Thorrible sacrifice des couples gaulois et grec enfouis vivants sur le Forum Boanum (ex libris fatalibus. Liv. XXII, 57} en 216. — 2) Varron traitait de ces collèges dans l'ordre indiqué ici (Augustin., Civ, Dei, VI, 3). Cicéron [Legg., II, 8, 20) nomme les XVviri après les Pontifes, mais il ne traite point des préséances, et on sait qu'il serait plutôt tenté de mettre les Augures au-dessus des Pontifes. Tacite les énumèrê dans Tordre officiel : PontificeSy augures^ XVviri {Ann, III, 64). Ces trois collèges (avec celui des Epulons^ créé en 196; forment les summa colkgia (Suet., Octav, iOO), amplissima coUegia (Monum. Ancyr., Tab. II, lig. 16), par opposition aux autres collèges et sodalités. — 3) Le trépied et le dauphin apparaissent sur les monnaies signées des membres du collège, à une époque où les Xvirs sont considérés comme des prôtrcs d'Apollon (tepojivT) 'Atî^XXwvoç. Plut., Cato, 4. — anlistites eosdem ApoUinaris sacri. Liv., X, 8. — <l>o(6ou <jTeoav7)«p<5poçÎ6peuç. C. I. GaiEC., 6012 c). — 4) VaRR., Rerusl, I, 1.
naires, de ceux dont la tradition connaissait des exemples et qui pouvaient être procurés parles Pontifes, ou des incidents plus bizarres qu'eflfrayants dont on demandait Pexplication aux haruspices, — mais des fléaux et calamités qui, soit par leur gravité, soit par leur persistance, frappaient les imaginations et inquiétaient les consciences*. Le Sénat se réservait de décider s'il y avait lieu de recourir aux livres sibyllins {adire-inspicere libros^)^ et il gardait encore le droit de faire de la réponse donnée par les interprètes compétents Tusage qu'il lui plairait, cette réponse ne pouvant être ni publiée ni transformée en mesures effectives sans son aveu. Il était interdit aux Décemvirs non seulement de consulter les livres sans Tordre exprès du Sénat, mais même de les lire pour leur propre édification-
La discrétion observée par les Décemvirs est cause que, en ce qui concerne la méthode employée pour consulter l'oracle sibyllin, nous en sommes réduits aux conjectures. Le plussimple est d'admettre un procédé identique à l'usage si répandu des sorts tirés d'un livre quelconque, et qui consiste à ouvrir au hasard le livre en prenant pour une réponse divine le passage ainsi amené sous les yeux du consultant'. Ce genre de divination était fort commun en Italie, et il est probable que les auteurs qui parlent de « sorts sibyllins* » prennent le mot dans son acception propre. Comme nous ne possédons .pas un seul vers authentique des livres sibyllins de Rome, et que le libellé des consultations décemvirales enregistrées çà et là par les historiens ne donne que les conclusions adoptées
{) Dion., IV, 62. Liv., XXIF, 9. — 2) Dion., ihid, Cic, Divin., II, 54. La compétence des Décemvirs n'est ni déterminée ni limitée d'aucune façon. Le Sénat se sert à son gré des trois modes d'information usitées : dans certaines occasions, on le voit employer à la fois les Pontifes, les haruspices et les Xvirs, et répartir les procurations en trois catégories distinctes. — 3) Voy. vol. I, p. i95-196, et ci-dessus, p. 145 sqq. 149. — 4) Tibcll., Il, 5, 69. Lactant., Inst, Div. I, 6, 12.