‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 113 sur 163 · LES BANQUETS DES DIEUX · texte numérisé non relu

LES BANQUETS DES DIEUX

s'ouvraient qu'aux prêtres, aux magistrats ou à certaines catégories de citoyens, tout le monde, y compris les affranchis et les esclaves, était invité à aller prier les dieux dans leurs demeures, à leur offrir des sacrifices ou des parfums, et à contribuer aux quêtes faites en leur honneur. Les banquets servis aux dieux couchés sur des lits, dans leurs temples ou sur les places publiques {lectistemia)^ étaient bien un spectacle exotique, dont les contemporains de Numa eussent été peu édifiés. Jadis, on se contentait d'offrir aux Lares quelques bribes du repas de famille, et l'on croyait les dieux suffisamment rassasiés avec la fumée des sacrifices. L'anthropomorphisme grec exigea davantage ; il lui semblait que les dieux, las d'hommages de toutes sortes, trouveraient une saveur nouvelle aux jouissances d'un festin où ils figureraient non plus comme des invités solitaires, mais comme des convives groupés en une réunion joyeuse.

Le premier lectistemium fut servi en 399, et l'on y vit pa- ^raître, couchés deux à deux sur trois lits {lecti'-pulmnaria)^ Apollon et Lêto, Héraklès et Artémis, Hermès et Poséidon ^ Le second suivit de près, car on rencontre déjà le troisième en 364^; le quatrième eut lieu, toujours à l'occasion d'une pestilence, en 349 3, et le cinquième en 326*. A partir de ce moment, le nombre des convives divins s'accroît : on sert des repas particuliers ou on ouvre les grands banquets à des divinités derrièî^e lesquelles on aperçoit les Olympiens absents, comme la Juno Regina de l'Aventin ^ et les dieux du Capitole*, jusqu'à ce qu'enfin le cénacle des douze grands dieux de l'Olympe se trouve au complet, réparti par couples sur les six lits du lectistemium de l'an 217, banquet servi entre la bataille de Trasimène et celle de Cannes ^ On se figure mal

{) Liv., V, 13. Dion., XH, 9.-2; Liv., VU, 2. — 3) Liv., VII, 27. — 4) Liv., VIll, 25. — 5) Liv. XXII, 1. — 6) Macbob., Sat. I, 6, 13. — 7) Liv., XXII, iO.

cet étrange spectacle de mannequins à tête de cire ou de bois peint, qui, descendus de leurs chars et accoudés sur les coussins du pulvinavj semblaient regarder avec un appétit silencieux les mets posés devant eux. Il leur arriva une fois en 179 de détourner la tête, et ce ne fut pas un des moindres prodiges de cette malencontreuse année*.

Supplications et festins restèrent en tout temps des cérémonies accidentelles, comme les circonstances qui y donnaient lieu : les jeux tendaient au contraire à s'inscrire à époque fixe dans le calendrier et à prendre place parmi les institutions régulières. Après la bataille de Cannes, les «vers Marciens» et les livres sibyllins s'accordèrent à recommander la célébration de jeux en l'honneur d'Apollon. Ces Ludi ApoUinares furent en effet célébrés pour la première fois en 212 par le décemvir et préteur urbain P. Cornélius Rufus^. L'année suivante, on les porta au tableau des fêtes votives annuelles, sur la proposition du préteur L. Calpurnius Piso^, et en 208, à la suite d'une peste, on les fit passer * dans le canon des fériés statives *. Cérès-Démêter avait depuis longtemps, peut-être depuis la dédicace de son temple en 493, ses jeux particuliers (Ivdi Cereris), augmentés depuis 238 des jeux Floraux {FloraliaV. Enfin, en 204, on créa pour la Grande-Mère les jeux Mégalésiens^y de sorte que, par ses trois cultes de Cybèle-Cérès-Flore, la religion de la Terre nourricière occupa tout le mois d'avril.

L'institution des Jeux Séculai7*es, qui remontait, dit-on, au commencement de l'ère républicaine, nous montre le collège décemviral occupé à combiner des rites grecs avec des doctrines qui inspirent aux Romains une sorte de vénération

4) Liv.,XL, 49.-2) Liv.,XXV, 12. Macrob., Sat I, 47, 27-29. On prétend que P. Corn. Rufus prit de là le surnom de Sibylla^ contracté en Sulla ou Sylla. — 3) Liv., XXVf, 23. — 4) Liv., XXVIf, 23. — 5) Dion., VI, il. Plcn., XVnr, § 286. —6) Liv., XXIX, 44.

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