ORIGINE DES JEUX SECULAIRES
machinale. Le mélange d'habitudes romaines, étrusques, grecques, d'où est sortie la théorie incohérente et la pratique capricieuse des jeux Séculaires est des plus complexes.
On racontait qu'au temps des rois, au moment où une peste et des prodiges de toute sorte effrayaient les Romains, un certain Valesius avait découvert dans le Terentum^ « trou » volcanique du champ de Mars*, un autel souterrain de Des Pater et de Proserpine : que plus tard, le consul P. Valerius Poplicola, membre de la famille qui desservait ce culte, y offrit, sur Tordre des livres sibyllins, des bœufs et génisses noirs, et délivra ainsi la cité d'une nouvelle peste^. Voilà le commencement de ce qu'on appela plus tard les Lvdi Te^ rentini.
Pour transformer ces cérémonies d'un culte privé en fête publique et celle-ci enjeux Séculaires, il fallut l'intervention d'idées que nous connaissons déjà pour les avoir rencontrées dans le rituel toscan. On a vu que les haruspices divisaient • la durée de l'existence des sociétés en un certain nombre d'âges ou sièclesy dont les dieux annonçaient, au moyen de prodiges exceptionnels, le commencement et la fin ^. Lorsque les Romains furent initiés à ces arcanes par les haruspices, ils se persuadèrent nécessairement que Rome avait déjà, à leur insu, franchi un certain nombre de ces étapes fatales, et leur sollicitude patriotique chercha à se rendre compte du chemin parcouru, afin d'évaluer, si faire se pouvait, ce qui restait à parcourir. Comme, d'une part, le Teren-tum était affecté à un culte tellurique et que les prodiges annonçant le passage d'un siècle à l'autre ne pouvaient manquer de suggérer des rites expiatoires intéressant les divinités souterraines ; comme, d'autre part, ces mêmes prodiges avaient dû provoquer la consultation des livres sibyl-
{) Terenturriy de ierere, — 2) Val. Max., II, 4, 5. Zosim., II, ^. — 3) Voyez ci-dessus p. 90 sqq.
lins, on pouvait être sûr de rencontrer, dans ces rechetches rétrospectives, des cérémonies expiatoires célébrées a\i Terentum en vertu de réponses sibyllines.
En attendant qu'on retrouvât dans le passé les dates qu'on avait négligé de noter, on se mit en règle pour le présent. En 249 ou 236, au milieu des angoisses de la première g^uerre punique, un ouragan ayant renversé une partie des remparts entre la porte Colline et la porte Esquiline, les décemvirs ordonnèrent des sacrifices nocturnes de bêtes au pelage sombre {hostiœ furvœ) durant trois nuits consécutives au Terentum, et décidèrent que ces cérémonies seraient renouvelées tous les cent ans *. Une fois tirée du domaine de Tabstraction par un fait bien et dûment constaté, la tradition flottante se fixa et se compléta d'elle-même. On supposa donc que les jeux Séculaires avaient été deux fois déjà célébrés sous la République^, et qu'ils avaient dû Têtre antérieurement sa us les rois. Le collège décemviral mit ses archives au courant, ^t on citait plus tard des dates fournies par ses Comniéntcti'^^^'
Seulement, son opinion ne fit pas loi, et les érudit-s n® purent se mettre d'accord ni sur la durée du siècle^ ni ^'^^ les points de repère à établir dans le passé. < La mesur*^ ^^
siècle romain, dit Censorinus, est incertaine : car, en c« ^"^ concerne les intervalles de temps auxquels les jeux S^^^" laires doivent revenir, non seulement on ignore quels ils ^^^ été dans le passé, mais on ne sait même pas quels ils doî^^^ être'. » Les Décemvirs paraissent avoir tenu pour un si^^ de 110 ans % fraction d'une grande année assez conna^ ^^ Orèce ; les Romains amis de la précision et des idées clai^^^'
1) Varr. ap. Censorin., 17, 8. Schol. Cruq. ad Ilorat. Carm, SœcuL ^^ -i' EpU. XLIX. Augustin., Civ, Dei, III, 18. Fest., p. 329. s. v. Sasculares i^^ X Rolh). — 2) Censorin., 17, 10.— 3) Censorin., 17, 7.-4) Telle fi**' ^" moins leur opinion au temps d'Auguste, opinion fondée sur un oracle &l^^ lin cité par Zosime (II, «>) et Pblégon de Tralles ( De longœv, 4)*