LES JEUX SECULAIRES
Carmen Sœculare composé tout exprès pour la circonstance.
Le rituel mélangeait ainsi avec beaucoup d*art les usages romains et les rites exotiques, les expiations et les actions de grâces, les graves impressions des cérémonies nocturnes et les pompes étalées à la lumière du jour.
Les jeux Séculaires furent célébrés suivant ce programme à des intervalles assez rapprochés, en 17 avant J.-C, en 46, 88, 147, 204, 248, 262 de l'ère chrétienne. Le simple rapprochement de ces dates indique que le comput des siècles, tel qu'il avait été réglé par Auguste, ne fut pas du goût de ses successeurs. Claude, expert en antiquités étrusques, estima que, si la durée accordée à Rome par les dieux comprenait un nombre déterminé de siècles, le premier de ces siècles avait dû commencer à la fondation même de la cité. Or, en évaluant le siècle à 100 ans, conformément à l'usage romain, à l'opinion qu'avaient gardée jusque sous le règne d'Auguste des hommes comme Varron, Verrius Flaccus et Tite-Live, il remit les siècles naturels d'accord avec la chronologie civile et célébra les jeux Séculaires l'an 800 de Rome (46 ap. J.-C). Ce système déplut à Domitien qui tenait beaucoup, on le voit par ses médailles, à présider aux jeux Séculaires. Domitien reprit donc les calculs d'Auguste, et, s'ennuyant d'attendre jusqu'en 93 l'échéance du siècle de llQans, il se contenta d'un siècle de 105 ans. Antonin le Pieux trouva le compromis étrusco-romain de Claude fort raisonnable, et fêta en 147 l'an 900 de Rome ; Septime Sévère compta deui siècles de 110 ans depuis Auguste, et célébra les jeux en 204; Philippe se prévalut de l'exemple de Claude et d'Antoniiï pour fêter en 248 le début du onzième siècle de Rome. Chacun choisissait le système qui lui permettait de donner ces fêtes si vantées, et les siècles, comme depuis les jubilés, allaient s'accourcissant de plus en plus, ou plutôt couraient sur deux lignes parallèles et entrecroisaient leurs échéances.
Ce fut bien autre chose encore quand on crut pouvoir se permettre d'employer les jeux Séculaires à l'expiation des prodiges exceptionnels. On prétendit sans doute revenir ainsi aux saines traditions, et, grâce à ce raisonnement, Rome jouit trois fois on cinquante ans du spectacle de ces fêtes. Après Philippe, Gallien les célébra en 262 pour conjurer les fléaux dont souffrait alors le monde. Maximien songeait à les célébrer en 304, cent ans après Septime Sévère ; on dut lui représenter que, pour continuer la tradition affirmée par Auguste et Septime Sévère, il fallait attendre jusqu'en 314. Or en 314, Maximien était mort, Licinius battu, le paganisme menacé par Constantin. Il n'y eut plus de jeux Séculaires.
Il nous faut maintenant remonter le cours de ces siècles si laborieusement et si diversement comptés, pour reprendre au point où nous l'avons laissée Thistoire du collège des interprètes de la Sibylle. •
§ III. Histoire du collège et des livres sibyllins.
Entre Tan 367 et le temps de Sulla, on ne toucha ni à la constitution du collège, ni à la collection officielle des oracles sibyllins. Mais, en 83, le feu du ciel incendia le temple de Jupiter "Capitolin, et détruisit l'instrument de révélation *. C'était une perte qu'on eût pu croire irréparable, et dont les sceptiques de l'époque se fussent d'ailleurs aisément consolés. Mais la disparition des livres sibyllins eût entraîné celle du collège décemviral, et les Romains n'entendaient ni supprimer ni diminuer une institution qui avait pris, dans la série des honneurs publics, un si haut rang. Loin de le traiter comme un rouage désormais inutile, Sulla réorganisa le collège et porta le nombre de ses membres à quinze. Oa
i) Dion., IV, 62. Dio Cass., fragm.