REFECTION DES LIVRES SIBYLLINS
les connait depuis lors sous leur titre définitif de Quinde-ceniviri S. P, *
Il ne restait plus qu'à reconstituer le dépôt qu'un accident providentiel semblait avoir détruit tout exprès pour montrer à quel point la destinée de Rome se confondait maintenant avec celle du monde entier. On pouvait bien admettre, au temps où la Méditerranée était un lac romain, que toutes les sibylles qui avaient erré sur ses bords avaient entrevu dans leurs rêves le « roc immobile du Capitole ». Pendant qu'on reconstruisait le temple de Jupiter Capitolin, le Sénat envoyait une ambassade à Erythrae, qui passait pour être la patrie de la plus ancienne des sibylles ou même de la seule véritable sibylle. Les envoyés y recueillirent environ mille vers qui, joints à bien d'autres coUigés à Ilion, à Samos, en Sicile, en Italie et même en Afrique, formèrent un fonds plus que suffisant pour assurer le service de la révélation oflacielle. Le tout fut déposé dans le nouveau temple, et l'on put dire que le désastre de l'an 83 était complètement réparé^. Le nouvel oracle fit ses preuves à l'occasion et montra qu'il était fort au courant des affaires de Rome. En 57, il empêcha le Sénat de réintégrer Ptolémée Aulétès sur son trône % et en 44, au moment où César voulut être plus que dictateur, il fit savoir aux Romains qu'ils avaient besoin d'un roi pour vaincre les Parthes *.
Auguste jugea à propos de faire un choix judicieux dans celte compilation hâtive où on lisait de si belles choses. Pour plus de sûreté, il fit recopier par les Quindécemvirs
\) Cicéron dst le premier qui, à la date de 51 parle des XVvirs (Cic, Ad fam, VIII, 4), mais nous savons que Sulla a augmenté le nombre des Pontifes et Augures, et il est le seul à qui on puisse -attribuer la mesure dont il s'agit. -^ 2) Dion., IV, 62. Tac, Ann. VI, 12. Lactaxt., InsU Div. I. 6, U. De irdDei, 22. — 3) Dio Cass., XXXIX, 15. Llcan., VIH, 824. — 4) Cic, Divin. H, 54. Dïo Cass., XLIV, 15. Suet., Cœs, 79. Plut., 0a?5., 70. Appian., B.CivAL HO;
eux-mêmes les textes agréés, et fit transporter réditiou ainsi révisée dans le temple d'Apollon Palatin (12 av. J.-C.)'. La sibylle se trouvait là associée, comme le voulait la tradition grecque, à son inspirateur Apollon, et tous les connaisseurs durent savoir gré au prince d'avoir si bien compris les affinités de ces deux êtres surnaturels. Trente ans après, Tibère ajouta aux livres sacrés quelques prophéties répandues dans le public et qu'il voulut retirer de la circulation.
Le quindécemvir Caninius Gallus crut sans doute que Von ne pouvait être trop riche : il fît proposer au Sénat l'acceptation de tout un nouveau livre sibyllin ; mais Tibère arrêta court ce zèle intempérant. Après avoir blâmé Gallus pour avoir fait la proposition et le Sénat pour Tavoir votée, il renvoya Texamen de la malencontreuse rapsodie au collège des Quindécemvfrs qui, sans aucun doute, n'accorda pas la moindre confiance à une sibylle si mal reçue par le maître*.
Du reste, le collège, mis en tutelle par le prince', n'avait guère dccasion de s'occuper de son oracle ; on n'entend plus parler qu'à de rares intervalles de consultations sous l'empire. Le régime n'aimait guère les prophéties, même contrôlées. Les Quindécemvirs n'en eurent que plus de temps à consacrer à leurs fonctions sacerdotales et administratives.
Le culte de la Grande-Mère (Cybèle), plus populaire que celui d'Apollon, était devenu leur principale occupation. Ce culte s'était propagé et enrichi de cérémonies nouvelles. Depuis le règne de Claude, l'équinoxe de printemps était le signal d'ane véritable effervescence religieuse. Le 15 mars, il y avait une procession des corporations de cannophores, hommes et femmes voués au service de la déesse. Sept jours après, un
i) Le précieux livre était renfermé dans un tabernacle d*or ménagé dans le piédestal même de la statue d*Apollon (Suet., Octao. 31). On était loin du temps où une arche de pierre suffisait. — 2) Tac, VI, 12. — 3) Les empereurs sont> àu moins depuis Domitien (C. 1. L. L p. 442), uniques nuUtres du collège, et y font expédier les affaires administratives par des promagistri