‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 12 sur 163 · XVI. Nocturnus. — Janitores terrestres · texte numérisé non relu

XVI. Nocturnus. — Janitores terrestres

1) Plin., ibid, Serv., ^n., II, 693. — 2) Marcian. Cap., I, 15 [p. 17 Eyssenhardt].

L*ASTR0L0OIB ET LE TEMPLE CÉLESTE 25

0. Mûller croyait reconnaître, dans cet étrange tableau dressé par un compilateur du v* siècle, un « fragment des livres fulguraux, plein de doctrines purement étrusques *, » bien qu'encombré par les haruspices eux-mêmes de théologie exotique. H. Nissen s'extasie à son tour sur le sens profond de cette doctrine « toute romaine d'un bout à l'autre », où il trouve, par un détour inattendu, la trace du monothéisme latent infusé dans les religions italiques ^. Une étude attentive de la question nous paraît devoir conduire à des conclusions sensiblement différentes.

Ce qu'il peut y avoir d'étrusque ou de latin dans cette espèce de panthéon circulaire disparaît sous les emprunts faits à l'astrologie, dont on retrouve ici les créations propres, à savoir, les maisons^les lietcxet les sorts ^. Presque toutes les abstractions déifiées qui s'entassent dans chacune des cases du temple y ont été introduites par divers systèmes astrologiques juxtaposés. Ainsi, la théorie suivie parManilius place dans le xi* Heu la Fortune et dans le xi* sort la Santé (Vale^ tudo) qui figurent avec ce numéro d'ordre dans le temple. Au v« ei auix' sort^ affectés, l'un au mariage et à l'hospitalité, l'autre à la progéniture, correspondent ici, d'un côté le G^niusy de l'autre, le Genius Junonis Sospitœ ou Hospitœ. De même, Mars et QuùHnus représentent la « milice ; » Minerve^ accompagnée de la Discorde et de la Sédition^ symbolise dans leur variété les « travaux urbains » du cercle chaldéen, et Pluton se trouve dans le même compartiment parce que certains astrologues plaçaient au m* lieu la Mort.

\) 0. MuLLRR, Etrusker, IP, p. 135. — 2) H. Nissen, ïïa$ Templum, p. 184. — 3) Voy. voL 1, p. 229-231, 239-242. Les maisons sont les domiciles des dieux-planètes dans le Zodiaque; les lieux sont un système de douze influences régulièrement distribuées sur le cercle à partir de Thoroscope; les sorts ou travaux, une graduation semblable ayant pour point de départ le « lieu de la Fortune ». On a affaire à des systèmes conçus séparément et combinés ensuite par des gens qui ne visaient point à la simplicité.

Il est superflu de poursuivre jusqu'au bout ces comparaisons. On peut être assuré que les systèmes astrologiques^ à cause de leur multiplicité même, avec leurs liaisons par aspects on polygones inscrits au cercle et leurs superfétations^ expliqueraient le classement de tous ces noms qu'on dirait assemblés au hasard *. Il ne resterait, pour la part de la tradition étrusque, que certaines personnalités divines dont le nom national a été traduit par des équivalents latins^.

Mais l'astrologie, qu'Otfried Miillôr lui-même déclare « tout à fait étrangère à la discipline toscane primitive^, » ne peut avoir été mêlée en aussi forte proportion à la science indigène qu'à une époque relativement récente. Elle y a été introduite, soit parles éruditsqui raisonnaient avec des idées préconçues sur la divination étrusque, soit par les haruspices eux-mêmes, en un temps où l'astrologie jouissait d'une vogue telle* que les autres méthodes devaient, sous peine de discrédit, s^associer avec elle. Cette infusion des doctrines orientales dans l'haruspicine était sans doute déjà en voie de

i) SvLTles aspects irigone,quadrai, sextil...,etc., voy. vol.l, p. 21 8-220. 229. — 2) H. NissEN (op. cit., p 185), signale certaines concordances entre les divinités placées en opposition diamétrale (1 -f- 9: 2 -f- 10: 34-11... etc.) et entre celles que la langue astrologique désignerait comme étant en aspect quadrat (i 4- 5 -|- 9 + 13, etc.) : mais il n'a pas soupçonné Tinfluence astrologique qu'il constatait ainsi en vue de tout autres conclusions. — 3) G. MuLLER, EtruskeTf 11^, p. 16. Cependant, il y avait douze peuples en Élrurie, et c'est bien là un nombre astrologique. — 4) Cf. vol. I, p. 25t. L'astrologie finit, à une certaine époque, par envahir toutes les méthodes divinatoires. Ou osa môme transformer en science astrologique le pouvoir révélateur d'Apollon: on citait des oracles où Apollon indiquait l'avenir d'après les astres IptonrjOe'iç 6 'Atî'SXXwv, ifTéÇs-cai liyuv/,, ixtûv àarpo)v gT;:£v 5Ti..,etc.(EusEB., Prœp, Evang^t VI, 1). La science des haruspices, et surtout la science fulgurale, ne pouvait échapper & cette vassalité, qui serait môme devenue de l'esclavage, si l'on en croyait les extraits donnés par lo. Lydus. C. Wachs- MUTH (Proleg. in Lydi librum de ostentiSf p. xxx-xxxi) se fait fort de prouver qu'il n'y a rien d'étrusque dans la compilation de l'écrivain byzantin. Nous sommes à peu près de son avis, en ce sens que toute cette « brontoscopie » astrologique a été ajoutée après coup à la science étrusque.

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s'accomplir au septième siècle de Rome, au moment où la foi aux influences sidérales et à « l'étoile » des grands hommes commençait à envahir la société romaine. Des archéologues de science cosmopolite,comme Varron et surtout Nigidius Figulus,ont dû contribuer par leurs écrits à fixer dans la divination toscane passée au service des Romains cet élément exotique*.

Tout semble indiquer que la théorie du temple était à l'origine beaucoup plus simple, et que, sur ce point, les rites toscans ne différaient guère de ceux des Romains. D'abord, la division en seize parties, si tant est qu'elle ait jamais été de quelque usage dans la pratique, ne paraît avoir été appliquée qu'à l'observation des foudres ^. Pour toutes les autres opérations de l'art, qu'il s'agisse de la fondation des villes, de la division d'un territoire colonisé ou de l'érection d'un temple bâti, il n'est fait emploi que des deux grandes lignes perpendiculaires orientées sur les quatre points cardinaux. Il y a plus : la confusion qui règne dans les opinions relatives au nombre des foudres et des divinités fulminantes^ prouve que la science fulgurale elle-même s'accommodait mieux du temple quadripartite que des seize compartiments. On trouve, en effet, un système qui admet quatre dieux armés de la foudre^ : tandis que, même en portant le nombre de ces dieux à neuf, comme le veut l'opinion commune, on laissait toujours un tiers environ des seize régions inoccupées, et l'on était obligé de combler les lacunes en supposant que Jupiter pouvait tonner dans toutes les régions'*, c'est-à-dire, en supprimant, ou peu s'en faut, toute classification.

La division du temple céleste en seize parties ou maisons célestes pourrait donc bien être, en définitive, étrangère aux rites de la divination pratique. Elle a di\ être obtenue par

1) Cf. vol. I, p. 2o3. —2) Cic, Divin. j II, 18. In scdrcim partes cœlumin eo speciu [fulminum] divisere Tusci (Plin.. II, § I i3). — 3j Voy. ci-dessous, p. 36. — 4) Vaer. ap. Skrv., ^/i., 1, 42.Cf. VUl, 429. — o) Serv., JS/i., VllI, 427.

une de ces assimilations incomplètes qui ne sont pas rares dans l'histoire religieuse. Le nombre 16 n'appartient à aucun système de division astrologique ; mais il n'en faudrait pas conclure qu'une combinaison de l'astrologie et de l'haruspicine n'ait pas pu le produire. Il se peut qu'en ajoutant à la division traditionnelle du temple en quatre parties les douze parties du zodiaque, on soit arrivé, au mépris de la géométrie, à ce total de 16 : il est également possible que, la tradition imposant le devoir de diviser en quatre, nombre générateur du temple, on n'ait trouvé, pour multiplier le nombre des parties, d'autre moyen que de subdiviser chaque quadrant en quatre \ Enfin, la division — que nous rencontrerons plus loin — de la durée totale de l'univers en huit âges porte à à croire que le temple céleste portait sur son contour les points qui, reliés entre eux par des diamètres, forment les axes et les diagonales du temple sacré, soit huit régions, occupées par autant de divinités fulminantes. Il suffisait de distinguer dans chaque région une droite et une gauche pour arriver à doubler le chiflTre : et ces moitiés de régions purent être converties en régions indépendantes lorsque l'on eut à parquer la foule sans cesse grossissante des personnalités divines multipliées par l'intrusion des religions étrangères. Il n'a été question jusqu'ici que du temple céleste et de ses lignes idéales. Mais ce temple n'est qu'une perspective mouvante : l'observateur et les points de repère immobiles sur lesquels il se règle sont portés par le temple terrestre, c'est-à-dire le sol limité, orienté et divisé en bonne et due forme. L'orientation et la division du temple terrestre reproduisent exactement celle du temple céleste ; mais il y aici un élément nouveau à considérer, à savoir, la limitation oxté-

i) Facile fuit quatuor quas nos habemus duplicarej post idem iterum facere. (Cic, ibid,). Has [quatuor] iterum in quaternas divisei'c partes (Plin., ibid.).

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